OL. f.xiv, 4] défaite d'attale
supériorité sur mer. Si elles s'étaient réunies pour une action commune, ou si seulement elles avaient agi de concert, elles auraient pu en effet braver longtemps le nouvel ordre de choses, et notamment barrer le chemin à Antipater qui regagnait l'Europe. Mais, alors que l'union était le plus nécessaire, ni Alcétas ni Attale ne se montrèrent disposés à se soumettre au Gardien Eumène, contre lequel ils n'avaient pas caché leur jalousie, du vivant même de Perdiccas. Attale se dirigea avec sa flotte vci's la Carie, pour s'emparer du littoral depuis Guide jusqu'à Gaunos et, si faire se pouvait, de File de Rhodes, tout au moins pour appliquer le droit de la guerre au commerce maritime extraordinairement actif que Rhodes entretenait entre l'Europe et l'Asie. Mais les Rhodiens, qui aussitôt après la mort d'Alexandre avaient chassé leur garnison macédonienne*, vivaient depuis lors dans une heureuse indépendance sous une sage constitution; en possession d'un commerce excessivement vaste, ils étaient arrivés en peu de temps à une prospérité qui ne devait pas tarder à faire de leur île une des premières puissances maritimes de ces parages. Us mirent en mer une flotte sous les ordres de Démarate. Il y eut une bataille navale où Attale fut vaincu : il s'enfonça avec les débris de se forces dans l'intérieur du continent. A ce moment même, conformément aux instructions d'Antipater, Asandros marchait sur la Garie, la satrapie qui lui avait été assignée; il rencontra Alcétas, auquel s'était joint Attale. Le combat qui eut lieu, quoique indécis, suffit à faire échouer leurs plans^.
Cependant, au cours de l'été, Eumène avait, comme on l'a dit plus haut, gagné les provinces occidentales de l'Asie- Mineure, frappé des contributions sur les villes éoliennes, remonté superbement sa cavalerie dans les haras royaux du mont Ida'. Delà il descendit aux environs de Sardes, pour y attendre dans ces vastes plaines de la Lydie, le meilleiu* de
^) DiODOR., XVIII, 8. Arrian. ap. Phot., § 39.
«) Arrien (§§ 39 et 41) raconte les affaires d'Attale et d'Alcétas dans son dixième livre ; elles se placent par conséquent avant le passage d'Antipater en Europe, c'est-à-dire vers le commencement de 320.
^) Plut. Eumen. 8. Les inscriptions nous apprennent qu'il y avait dans la région de l'Ida de grandes propriétés domaniales (paatXtxT) ycopa). Cf. Histoire d'Alexandre, p. 780.
140 ETTMÈNE ET CLÉOPATRE [I? *
tous les champs de bataille pour sa nombreuse cavalerie, Antipater et Tarmée qui regagnait avec lui la Macédoine. La reine Cléopûtre se trouvait à Sardes. Il voulait lui montrer que lui, le vainqueur de Cratère, était tout aussi capable de tenir tête au vieil Antipater : son intention était de se poser en défenseur de la reine, qui avait d'ailleurs offert sa main à Perdiccas, et de continuer en son nom la lutte contre les nouveaux détenteurs du pouvoir. Elle le conjura de s'éloigner, sinon les Macédoniens croiraient que c'était elle qui causait cette nouvelle guerre. Sur ses instances, il se décida à quitter la Lydie et se retira à Çélaenae, dans l'ouest de la Phrygie, pour y prendre ses quartiers d'hiver ^ Cette position lui offrait le double avantage d'êlre, d'un côté, assez près des autres partisans de Perdiccas qui se trouvaient encore présentement dans les provinces maritimes du sud pour lui permettre de se réunir à leurs forces et à celles des Pisidiens, les fidèles partisans d'Alcétas, d'autre part, d'attirer ainsi Antigène, qui s'avançait de l'est avec l'armée royale, sur un champ de bataille dangereux par la nature des lieux et le voisinage des contrées montagneuses de la Pisidie. Le plan d'Eumène dut être de se maintenir dans sa position de Célaenae, qui commande les routes principales entre l'intérieur du pays et les côtes de l'ouest, et d'y rester sur la défensive, en face d'un ennemi aux forces supérieures duquel il ne croyait pas pouvoir résister en rase campagne.
Pendant ce temps, Antipater s'était avancé en Lydie, nous ignorons par quelle route', avec les troupes qu'il avait emmenées d'Europe au début de la campagne. Arrivé à Sardes, il demanda formellement compte à la reine Cléopâtre de ce
*) Plut., îog, cit, Arrian. p. 72 a. 40. Vu Tinsuffisance de nos renseig-nemeDts sur ces mouvements (Diodore a ici, entre XVIII, 39 et 40, une lacune, où manque rindication de l'arcbontat d'Archippos, 01. CXIV, 4= 321/0), il est difficile d'en déterminer le lieu stratégique ; l'exposé ci-dessus est ce qu'on a trouvé de plus vraisemblable.
*) En tout cas, ce n'est sûrement pas la route venant de CUicie à travers les régions de l'intérieur, car le cbemin qu'il prit devait éviter Eumène, qui remontait le Méandre à partir de Sardes. Le plus probable, c'est qu'il venait du sud, de la Pamphylie probablement, et qu'il avait dû faire le trajet jusque-là par mer.