‹ Histoire de l'hellénismeChapitre 13 sur 231 · DU TRADÎT.TEUR XXXV · texte numérisé non relu

DU TRADÎT.TEUR XXXV

chose parfaitement indifférente. Aimer, pour lui^ c'est jouir; il ne connaît pas, comme Alexandre, le beau et profond sentiment de l'amitié ; ses goûts, ses espérances et sa destinée changent du jour au lendemain comme des caprices. Ce n'est pas une grande et unique pensée qui dirige et remplit sa vie et son activité ; il n'a pas, comme Alexandre, la pleine conscience de sa vocation, de l'énergie qu'il puise en elle et pour elle, et qui le rend capable de vaincre le monde : il hasarde, il lutte, il domine pour jouir, plongé en plein dans les joies de l'orgie, d'une force qu'il tourne vers n'importe quel objet. Ce qu'il conquiert, ce qu'il fonde, ce qu'il appelle à la vie, est pour ainsi dire l'œuvre du hasard; son centre, son but à lui, c'est sa propre personnalité : c'est un caractère fait pour la biographie, non pour l'histoire*.

Voilà un portrait bien venu : j'ajoute que, si Grote savait écrire, c'est à peu près ainsi qu'il eût représenté Alexandre lui-même. M. Droysen a eu soin d'introduire un parallèle à l'endroit où la ressemblance devenait frappante et de remettre chacun à sa place, Démétrios dans le monde qui s'agite, Alexandre dans celui qui pense.

Je m'arrête, ne voulant point gâter par avance au lecteur le plaisir de constater lui-même qu'il n'a point affaire à 'un amas indigeste de matériaux réunis tant bien que mal par des dissertations filandreuses. Les notes, abondantes et précises, témoignent de l'immense labeur dont le texte offre le produit net; elles attestent aussi avec quel soin a été fait le triage de ce qui devait figurer dans la trame du récit et de ce qu'il était bon de rejeter dans les informations de détail. Ce genre de mérite ne risque pas de passer inaperçu chez nous, et ce n'est pas pour le signaler que j'ai cru devoir écrire cet Avant- Propos,

Mon but a été de familiariser du premier coup le lecteur avec le point de vue de l'auteur ; de ne pas lui laisser ignorer que V Histoire grecque et Y Histoire de V Hellénisme se font suite, mais comme des tableaux éclairés d'un jour tout différent ; de le mettre en état de résister, s'il lui plaît, à la pression d'un système très arrêté, mis en œuvre par un esprit supérieur.

Qu'il ne résiste qu'à bon escient, toutefois. La préoccupation, j'allais dire la passion dominante de M. Droysen — qui ne voit jamais dans l'individu qu'une fraction d'un groupe, — est le culte de l'autorité ; mais c'est là un culte que les sociétés obligées de lutter pour l'existence ne délaissent pas impunément. On peut concevoir l'autorité sous une forme autre, la vouloir moins concen-

1) Comparer, comme morceaux analogues, le parallèle entre Démade et Phocion, et le portrait d'Autipater.

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Lrée ol moins (Icspolicjuc; mais il osL corlîiin quo des millions d'hommes ne peuvent se créer une destinée commune sans accepter un(5 discipline, dont l'énergie doit être en raison de la grandeur de l'association.

C'est dans une démocratie surtout qu'il convient d'élever le principe d'autorité au-dessus de toute discussion, car nulle part l'individu n'est plus tenté de mettre ses préférences au-dessus de la u loi du nombre » ; nulle part le raisonnement n'est plus complaisant pour toutes les façons d'entendre l'intérêt général.

On dit que le roi Darius se faisait répéter chaque jour: « Seigneur! souvenez-vous des Athéniens! » Il est bon de l'imiter et de se souvenir que cet admirable petit peuple raisonnait un peu trop pendant que le Macédonien était à ses portes.

A. Bouché-Leclercq.

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