OL. cxTii, 4] réorganisation de la cavalerie
ce moment on aperçoive dans l'armée une sorte de refroidissement entre le roi et les Macédoniens, et bien des événements survenus par la suite n'avaient pu que contribuer à rendre ce sentiment plus marqué ; la manière même dont Tarmée avait reçu l'olTre qu'il lui faisait de payer toutes les dettes lui avait montré jusqu'à quel point la défiance était déjà montée. Par sa générosité illimitée, lesprésents et les honneurs qu'il avait distribués aux Macédoniens, la solennité des noces qu'il avait célébrées avec des milliers de ses vétérans, il pouvait croire qu'il s'était rendu maître des esprits dans l'armée; toutefois, il n'y était pas arrivé. Il pouvait s'attendre â une crise périlleuse, qui ne serait amenée que trop tôt par chaque pas qu'il ferait en avant pour constituer l'empire d'une façon hellénistique, et il devait redoubler de zèle pour s'entourer de forces militaires à la tête desquelles il pourrait, au besoin, résister à ses vieux phalangites.
Les satrapes des pays conquis et des villes nouvellement fondées arrivèrent dans le camp de Suse, avec les jeunes recrues qui avaient été enrôlées d'après les ordres donnés en 331, et qui comprenaient en tout 30,000 hommes armés à la manière des Macédoniens et formés à tous leurs exercices militaires ^ Le corps de la cavalerie reçut alors une organisation toute nouvelle. Les hommes qui se distinguaient par leur rang, leur beauté ou par quelque autre avantage parmi les cavaliers bactro-sogdiens, arianes et parthes, aussi bien que
1) Arrtan., VII, 6. Cf. Plut., Alex., 71. Diodor., XVII, 108. Ces auteurs placent en cet endroit les faits survenus plus lard à Suse. D'autres ont déjà fait remarquer qu'Arrien (VII, 6, 8) a le tort de donner à ces troupes le nom d'(( épigones », qui convient plutôt aux enfants nés de soldats macédoniens et de femmes asiatiques, enfants auxquels le roi se chargea de faire donner une éducation militaire. C'est ainsi que, cent ans plus tard, dans l'armée des Lagides (Polyb., V, 65), on appelle « épigones » non pas les u guerriers armés à la mode macédonienne », mais les descendants des Galates appelés dans le pays par Ptolémée Philadelphe (Schol. ad. Callimach. In Del., p. 165). Arrien (VII, 11, 3) appelle ces nouvelles milices des » Perses » ; ailleurs (VII, 6, 3), il les dit amenées par les satrapes des nouvelles cités et des pays conquis : Diodore (XVII, 108) et Justin (XII, 12) emploient aussi l'expression de u Perses ». Evidemment, ces troupes nouvelles n'étaient pas uniquement des Perses, mais des recrues tirées de diverses satrapies et prélevées sur ces paffîXetoi uaîSsç dont 6,000 avaient déjà été enrôlés et exercés en Egypte par ordre d'Alexandre.
G48 inniTATiON dks macédoniens [IV. i
parmi les « ovaqucs » perses, furent en partie incorporés dans les escadrons de la cavalerie, tandis que l'autre^ portion, mêlée avec des cavaliers macédonicMJs, forma une cinquième hipparchie*. On introduisit également des Asiatiques dans Vdf/éma de la cavalerie, notamment Artabélos ot lïydarn«3s, fils du défunt satrai)e Maza^os; Cophène, lils d'Artabazo; Sisinès et Phradasmane, lils de Phratapherne, satrape de Partliie; llistanès, frère de Roxane; les frères Autobarès et Mitlirobceos, et enfin le prince bactrien Ilystaspe, qui obtint le commandement de Yagéma^.
Toutes ces dispositions irritèrent les troupes macédoniennes au plus bautdegré; on disait qu'\lexandre était mainnant tout aux Barbares et qu'il méprisait la Macédoine par amour de l'Orient; que déjà, lorsqu'il avait commencé à se montrer revêtu du costume des Mèdes, les hommes graves avaient pressenti tous les malheurs qui seraient la suite de ce commencement; qu'on sentait bien maintenant que ceux qui reniaient le langage et les mœurs de la patrie étaient les plus chers au roi, et que Peucestas avait été comblé d'honneurs et de présents par Alexandre précisément parce qu'il tenait le langage le plus insultant pour les souvenirs de la patrie. Qu'importait si Alexandre avait célébré ses noces en commun avec les Macédoniens? n'étaient-ce pas des femmes asiatiques qu'on avait épousées et n'avait-on pas suivi les coutumes des Perses pour la solennité? Et maintenant voilà ces jou-
^) Ce nombre surprend quand on songe que, durant la campagne de l'Inde (Arrian., IV, 22, 7 : 23, 1 : 24, 1), il y avait huit hipparchies sans compter Vagéma. Est-ce que les pertes éprouvées durant la marche à travers le désert auraient été telles qu'il ne restait plus que TefTectif de quatre hipparchies ? C'est dans cet ordre d'idées qu'il faut sans doute chercher Texplication de ce que dit Arrien (VII, 29, 4), à savoir qu'Alexandre a incorporé dans les régiments macédoniens les anciens « mélophores » perses, c'est-àdire les iO,000 tt Immortels portant la lance ornée de grenades d'or et d'argent » (Herod., VII, 40. 83. Arrian., IIÏ, H. 5), et accepté dans les bataillons de Vagéma les ô[xÔTi[xot (probablement identiques aux £vTt[j.oi. Arrian., II, 11, 8), c'est-à-dire les « parents » et sans doute aussi «■ commensaux » du Grand-Roi.
2) Au sujet de l'orthographe des noms, il est bon de consulter les commentateurs d' Arrien (VII, 6, 5). Hystaspe est peut-être le parent de Darius nommé par Q. Curce (VI, 2, 7).