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ment, c'est que chaque conclusion prochaine lui réussissait comme les précédentes. Il n'eut pas le bonheur de rencontrer un adversaire qui lui fixât le terme et la mesure ; seule, la lassitude de son armée, à bout de force morale sur les bords de THyphase, avait pu le convaincre que ses moyens de puissance avaient aussi leurs bornes, et dans le désert de Gédrosie, il avait dûreconnaître que la nature était plus forte que sa volonté et que son pouvoir. Mais ni les formes dans lesquelles il espél'ait asseoir d'une manière durable l'œuvre qu'il avait créée, ni le nouveau système d'organisation qu'il avait introduit, n'avaient été contredits ni sur l'Hyphase ni dans le désert, et les oppositions du côté des Macédoniens et des Hellènes, ainsi que les rébellions tentées çà et là par les Asiatiques, avaient été jusqu'ici vaincues si rapidement et avec tant de facilité qu'elles ne pouvaient pas le faire dévier de sa ligne.
L'entreprise commencée le conduisait, le forçait elle-même à aller plus avant ; et, lors même qu'il l'aurait voulu, il eût été dans l'impuissance d'arrêter la marche du torrent impétueux et de le refouler en arrière. Les noces de Suse eurent un second acte d'une haute importance, et qui, préparé de longue main, devait maintenant s'accomplir de lui-même.
Depuis la mort de Darius, on avait enrôlé dans l'armée des troupes asiatiques; mais jusqu'à présent, elles avaient combattu avec leurs armes et à la manière de leur pays; elles n'avaient jamais été considérées que comme un corps auxiliaire de second ordre, et, malgré leur excellente coopération dans la campagne de l'Inde, l'orgueil macédonien ne les regardait pas comme des égales. Mais, plus le rapprochement des diverses nationalités se développait sous tous les autres rapports, plus il devenait nécessaire de faire également disparaître dans l'armée la distinction de vainqueurs et de vaincus.
Le moyen le plus efficace était d'incorporer les Asiatiques dans les rangs des troupes macédoniennes, avec les mêmes armes et les mêmes honneurs militaires. Déjà depuis cinq ans le roi avait pris les dispositions nécessaires pour cette innovation ; par exemple, dans toutes les satrapies de l'empire, il avait fait enrôler des jeunes gens, en ordonnant de les exercer et armer à la façon des Macédoniens. Aucune méthode n'était
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plus propre à faire pénétrer promptoineut et sûrement dans les ]»()piilali()ns respiil lielléiii(|iie ([ue celle d'altirer immédiatement les jeunes gens, après les avoir habitués aux armes et il la discipline des Hellènes, les avoir incorporés à l'armée impériale et les avoir imbus de l'esprit militaire, qui, jusqu'à nouvel ordre, devait tenir lieu dans l'empire d'une nationalité trop fraîchement unifiée.
IMusieurs considérations se réunissaient pour eng^ager à elVectuer précisément en ce moment cette incorporation. Le nombre total des Macédoniens qui se trouvaient dans l'armée active avait été réduit par les campagnes de l'Inde et par le voyage à travers la Gédrosie à environ 25,000 hommes, dont près de la moitié était sous les armes depuis le commencement de l'expédition, en 334 \ On concevait facilement que ces vétérans^ après de si grandes fatigues et particulièrement après les privations qu'ils avaient eu à supporter dans l'Inde et dans le désert de Gédrosie, n'étaient plus propres à de nouvelles entreprises et devaient soupirer après le repos et le bien-être final qu'ils avaient bien mérité. Alexandre n'aura pas été sans reconnaître qu'aux grands projets qu'agitait son esprit infatigable il fallait l'enthousiasme, l'émulation et la force physique et morale de jeunes troupes ; que l'orgueil, Fégoïsme, l'opiniâtreté de ces vieux Macédoniens, deviendraient facilement une entrave pour lui-même, d'autant plus que la vieille et intime camaraderie qui les unissait à leur roi les avait habitués à une liberté de jugement et de conduite qui semblait ne plus convenir, maintenant que les circonstances avaient totalement changé; même il pouvait craindre qu'ils ne cherchnssent à renouveler, dans une circonstance quelconque, les scènes qui s'étaient passées sur l'Hyphase, car ils étaient certainement bien persuadés que c'était leur ferme volonté de ne pas faire un seul pas en avant, et non la misère générale, qui avait forcé le roi à céder. Il semble que depuis
*) D'après Q. Curce (V, 2, 8), Alexandre conserva alors 13,000 hommes de pied et 2,000 cavaliers à son service, senioribiis mUitum in patriam remissis, et ces vétérans congédiés étaient, suivant Diodore, qui du reste tire ses informations de la même source, au nombre de 10,000. Il faut dire qu'on ne peut guère se fier à ces indications.