‹ Histoire de l'hellénismeChapitre 172 sur 231 · OL. cxTV;, l] Alexandre sur le tigre · texte numérisé non relu

OL. cxTV;, l] Alexandre sur le tigre

Le roi descendit alors de TEuLt^os dans le golfe Persique, navigua le long des côtes en passant devant l'entrée des divers canaux, et arriva jusqu'à rembouchure du Tigre. Après avoir pris exactement toutes les informations et donné les instructions nécessaires pour la construction d'une ville d'Alexandrie entre le Tigre et l'Eulaeos, tout près de la côte*, il entra dans le Tigre et en remonta le cours. Bientôt il rencontra les autres vaisseaux, et, quelques jours après, l'armée de terre sous les ordres d'Héphestion, qui avait établi son camp sur la rive du fleuve. En continuant sanavigation, la flotte se heurta plus d'une fois à de puissants barrages, que les Perses avaient édifiés, soi-disant pour rendre impossible toute invasion ennemie du côté de la mer. Alexandre fit abattre ces barrages partout oii il en trouva, non seulement parce qu'il ne craignait plus d'attaque par mer, mais surtout pour ouvrir le fleuve au commerce et le rendre navigable; en même temps, comme les canaux tantôt étaient obstrués, tantôt avaient rompu leurs digues, il prit les mesures nécessaires pour les nettoyer et les pourvoir des écluses et digues dont ils avaient besoin ^

On pouvait être au mois de juillet lorsque la flotte aborda àOpis^; on campa aux environs de l'opulente cité. Depuis

le Boundehesch), est le Kouran, Ja rivière de Shouster, qui se réunit à six milles au dessous de cette ville avec un cours d'eau non moins considérable, le Dizfoul (Cf. ci-dessus, p. 352). D'après Loftus {Travels, p. 342), le Dizfoul passe devant les ruines de Suse à 1 1/2 mille de distance. Néarque avait remonté avec sa flotte le Pasitigris, c'est-à-dire le Kouran et le Dizfoul réunis, xa\ Tipb; x^ (T-/côtr, ôp[jL''!^ovTat, ecp' f, To a-pâTeu[j.a ôiaê'.êaaeiv efxeXXsv 'AXé^avôpoç h SoOaa (Arrian., Ind., 42, 7).

^) Plin., VI, 26. Cf. Mannert, p. 421. La ville fut bâtie sur une terrasse à dix milles de la mer, et peuplée en partie avec les habitants de l'ancienne ville royale de Dourine.

2) Arrian., VIT, 7. Sur ces travaux hydrauliques dans le Tigre, voy. Strab., XVI, p. 740. Les barrages s'appelaient dans l'antiquité des « cataractes », et, en ce qui les concerne, il y a bien des renseignements à tirer de l'expédition faite par l'empereur Julien dans ces contrées. Lui aussi dut aveUere cataractas (Amm. Marc, XXIV, 6) pour pouvoir entrer dans le Canal-Royal (le Naarmalcha d'Ammien et des modernes).

3) Félix Jones (voy. l'Étude sur les villes fondées par Alexandre, avec la note de H. Kiepert dans V Appendice du IP volume) a fixé l'emplacement d'Opis à Tell-Mandjour, sur la rive droite du Tigre actuel. La date de l'arrivée n'est pas susceptible d'une détermination plus précise. De Basra à Bagdad par eau, il y a, suivant Tavernier, environ 60 jours, et 47 d'après Hack-

{jl)2 i.xiM.osioN ni; i.a skdition a opis [ÏV, 2

le (Irpîirt de Siiso, le iii6contenlcmonl dos Innipes macédoniennes n'avait nulhinienl diminué; les bruits les plus exagérés et les plus absurdes sur les intentions du roi à leur égard trouvaient créance et portaient Tinquiélude au plus baut degré.

Le roiconvo(jua alors les troupes à une assemblée, et elles se réunirent dans la plaine aux portes d'Opis. Alexandre fit un discours pour annoncer aux Macédoniens une nouvelle qui, pensait-il, leur serait agréable : « un grand nombre d'entre eux étaient épuisés par un service de plusieurs années, par les blessures et les fatigues, et il ne voulait pas les reléguer dans les villes nouvelles, comme ceux qui avaient été licenciés précédemment, car il savait qu'ils reverraient la patrie avec joie. Il saurait cependant récompenser le dévouement des vieuxsoldatsqui voudraientresterprès delui,et rendre leur sort plus digne d'envie même que celui des vétérans qui retourneraient dans leur patrie, de manière que leur exemple redoublerait dans le cœur des jeunes Macédoniens restés au pays le désir de pareils dangers et d'ime pareille gloire; mais, puisque l'Asie était maintenant soumise et pacifiée, ils pouvaient prendre part au licenciement en aussi grand nombre qu'ils voudraient ». Alors des cris furieux et confus interrompirent le roi : il voulait se débarrasser des vétérans, il voulait avoir autour de lui une armée de Barbares; après s'être servis d'eux, il les payait par le mépris et les renvoyait, vieux et sans forces, à leur patrie et à leurs parents qui les lui avaient confiés dans un état bien différent. Le tumulte devenait toujours plus violent : il n'avait qu'à les licencier tous; il pouvait bien poursuivre ses campagnes avec celui qu'il nommait son père ! Ainsi vociférait l'assemblée ; la rébellion des soldats était déchaînée. Enflammé delà plus violente

LUYT (voy. Vincent, p. 462) : de Suse à la mer, en descendant le fleuve, il pouvait y avoir 30 milles, soit quatre jours. 11 faut y ajouter pour Alexandre le trajet de l'Eulœos à celle du Tigre, plus le temps passé à rompre les barrages, puis le trajet de Bagdad à Opis, enfin tenir compte de l'abondance des eaux, habituelle en cette saison et qui ajoute à la difficulté de remonter le fleuve. Somme toute, Alexandre n'a pas dû avoir trop de deux à trois mois pour faire le trajet de Suse à Opis.

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