OL. cxiv, 1] harangue d'alexandre 6o
colère, Alexandre, bien qu'il n'eût pas ses armes, s'élance de la tribune au milieu de la multitude bruyante ; ses officiers le suivent: d'une main vigoureuse, il saisit les tapageurs qui sont le plus près, les livre à ses hypaspistes, et désigne çà et là d'autres coupables à arrêter. Treize de ces mutins furent arrêtés; le roi les lit emmener et mettre à mort. L'efîroi mit un terme au tumulte. Alors le roi fit une nouvelle harangue pour réprimer la sédition.
Que les paroles qu'Arrien met dans la bouche du roi viennent d'une bonne source ou qu'elles aient été librement supposées d'après la situation, elles n'en méritent pas moins d'être citées à cause de leur importance : « Ce n'est pas pour vous retenir que je vous adresserai encore une fois la parole ; vous pouvez aller où vous voudrez, j'y consens : je veux seulement vous montrer ce que vous êtes devenus par moi. Philippe, mon père, a fait pour vous de grandes choses; à vous, jadis pauvres, sans demeure fixe, errants à l'aventure dans les montagnes avec vos troupeaux misérables, exposés sans cesse aux incursions des Thraces, des Illyriens, des Triballes, mon père vous a donné des habitations; ils vous a revêtus de l'habit des guerriers, au lieu des peaux de bêtes que vous portiez; il a fait de vous les maîtres des Barbares qui vous entouraient; il a ouvert les mines du Pangaeon à votre activité, la mer à votre commerce ; c'est à vous qu'il a soumis la Thessalie, Thèbes, Athènes, le Péloponèse, qu'il a procuré une hégémonie sans limites sur tous les Hellènes, en vue d'une guerre contre les Perses. Yoilà ce que Philippe a fait! c'était beaucoup en soi ; en comparaison de tous les bienfaits que vous avez reçus plus tard, ce n'était que peu de chose. J'ai trouvé seulement quelques ustensiles d'or et d'argent dans le Trésor venant de mon père; il n'y en avait pas pour plus de soixante talents, et les dettes montaient à cinq cents talents, auxquels je dus moi-même ajouter une dette de huit cents talents, contractée pour pouvoir commencer la campagne. Ensuite je vous ai ouvert l'Hellespont, malgré les Perses qui commandaient la mer; j'ai vaincu les satrapes du Grand-Roi sur le Granique ; j'ai soumis les riches satrapies de l'Asie - Mineure et je vous ai laissés jouir des fruits de la victoire ;
(;;;V i.a nAUA.Ndi i: d'alkxanduk |IV, 2
iilors les richcssiîs derK^yplo elde (lyrèno vous ap])arlinreiiL; h vouslîi Syrie ci Bahylono, à vous Baclres, à vous l(;s trésors (le la IN'rsc, cl les joyaux de l'Iude, et la nier (jui fait le tour du monde; c'est au milieu de vous que j'ai choisi les satrapes, les commandants, Ic^s slralè^^es. En dehors de la pourpn; et du diadème, que m'est-il resté de tous ces comhats ? rien ! je n'ai rien gardé pour moi, et il n'est personne qui puisse mon- Irer mes trésors, s'il ne montre ce qui vous appartient et ce qui vous a été réservé. Et pourquoi me serais-je amassé des trésors? est-ce (jue je ne mange pas comme vous mangez ? Est-ce que je ne dors pas comme vous dormez? Bien plus, beaucoup d'entre vous vivent plus somplueuscment que moi, et j'ai du passer bien des nuits pour que vous puissiez dormir tranquilles. Lorsque vous étiez au milieu des fatigues et des dangers, étais-je donc sans souci et sans mquiétude ? Qui oserait dire qu'il a plus souffert pour moi que je n'ai souffert pour lui? Hé bien ! celui d'entre vous qui a des blessures, qu'il les montre, et je lui montrerai les miennes; pas un des membres de mon corps qui n'ait été blessé; pas une sorte de projectiles, pas une arme dont je ne porte la cicatrice ; j'ai été blessé par l'épée et le poignard, par les flèches des archers et les traits des catapultes, par des massues et des coups de pierre, alors que je combattais pour vous, pour votre gloire et pour votre profit, et que, victorieux sur terre et sur mer, je vous conduisais au delà des montag-nes, des fleuves et des déserts. J'ai contracté le môme mariage que vous, et les enfants d'un grand nombre parmi vous seront les parents de mes enfants ; sans me préoccuper de savoir comment il était possible qu'avec une solde aussi forte que la vôtre, avec un aussi riche butin, vous ayez pu contracter des dettes, j'ai tout payé ; beaucoup d'entre vous ont reçu des couronnes d'or, témoignages éternels et de leur bravoure et de ma considération. Quiconque est tombé dans la bataille a péri d'une mort glorieuse, et sa tombe a été honorée ; un grand nombre d'entre eux ont leur statue érigée en bronze dans leur patrie, et leurs parents sont comblés d'honneurs, exempts des impôts et des charges publiques. Enfin, sous ma conduite, pas un seul de vous n'est tombé en fuyant. Maintenant donc, j'avais