‹ Histoire de l'hellénismeChapitre 50 sur 231 · EFFERVESCENCE EN GRÈCE · texte numérisé non relu

EFFERVESCENCE EN GRÈCE

Les coups rapides et violents par lesquels le roi, au prix d'attaques parfois risquées, écrasa les Illyriens font voir quelle impatience il avait d'en avoir fini avec eux. Pendant qu'il avait encore beaucoup à faire avec les Illyriens, une agitation s'était produite dans le Sud; si elle n'était promptement réprimée, elle pouvait retarder pendant longtemps encore Texécution du grand plan d'une expédition contre les Perses, et peut-être même la rendre à jamais impossible.

Les Hellènes avaient bien reconnu l'hégémonie d'Alexandre et juré alliance avec lui dans l'assemblée fédérale de Corinthe ; mais pour le moment le roi était loin avec ses forces, et les paroles de ceux qui rappelaient l'ancienne liberté et l'ancienne gloire trouvèrent bientôt des oreilles et des cœurs ouverts. Sans doute, tant qu'à la cour de Suse on ferait peu de cas de la jeunesse d'Alexandre, on jugeait prudent de louvoyer; ce que le Grand-Roi avait écrit tout récemment aux Athéniens pouvait encore résonner à leurs oreilles : « Je ne veux pas vous donner d'argent ; ne m'en demandez pas, car vous n'obtiendrez rien * ». Mais peu à peu on commençait à comprendre à Suse quel ennemi l'empire allait avoir dans Alexandre. Memnon, dont le frère était sans doute mort, avait été envoyé, avec 5,000 mercenaires helléniques, contre les troupes macédoniennes qui déjà avaient abordé en Asie; mais l'agitation qui régnait parmi les Hellènes d'Asie menaçait de rendre sa position difficile. Les Perses n'avaient pas de meilleur moyen de se protéger que celui qu'ils avaient souvent employé et qui consistait à combattre l'ennemi dansl'Hellade et par les Hellènes.

Darius écrivit une lettre aux Hellènes pour les exciter à la guerre contre Alexandre. H envoya de l'argent aux divers États : le démos d'Athènes eut encore assez de bon sens pour ne pas accepter les trois cents talents qu'offrait le Grand-Roi, mais Démosthène les prit pour s'en servir dans l'intérêt de Darius et contre la paix jurée ^ Le grand orateur était en rela-

*) iEscHiN., In Cteslph., § 238.

2) Arrian , II, 14, 1 6. Mscum.yhi Cteslph., § 239. Dinarch., In Demosth., § 10. Plut., Demosth., 20 et 23, où il est question des lettres de Démosthène et des YpâfJLjjiaTa Tu)v PaatXéto; orxpaTrjycbv ôr)XoOvTa to uXrjÔoç tcov ôoQIvtwv auT(T> -/p-/;[j.âTa)v,

l.*{i i:ffi:hvrS('.k\ci: kn r.MKci-: ||,:i

lion par Icllrt's avof- hîs ^énrraiix du (IimikI-Koi, iifiLuiMillemciit pour ilomier et recevoir des inform.ilions au sujet de lu guerre coiilre Alexandre. Etroitemenl lié avec Lycurgnt; et les autres chefs populaires de même opinion, il faisait tout ce (pril fallait pour préparer et engager une nouvelle lutte contre la puissance macédonienne, et en particulier pour pousser à de n<Mivelles entreprises les bannis de Tlièbes, dont un grand nombre avaient trouvé asile dans Athènes. Plus Alexandre était loin, plus il restait h^ng temps éloigné, et plus aussi grandissait le courage et le zèle de cei)arti. Déjà le bruit d'une défaite d'Alexandre dans le pays des Tri hall es ' se répandait et s'accréditait. Même en Arcadie, en Elide, en Messénie, chez les Étoliens, se réveillaient le goût des nouveautés et de nouvelles espérances : plus que tous les autres les ïhébains sentaient le joug de la domination macédonienne ; la garnison établie dans leur citadelle leur semblait un souvenir incessant de l'outrage qu'ils avaient subi et de la perte de leur ancienhe gloire.

La nouvelle certaine qu'Alexandre avait trouvé la mort dans un combat contre les Triballes se répandit alors ; Démosthëne présenta au peuple assemblé un homme qui pouvait montrer une blessure reçue dans la bataille même où, à l'entendre, Alexandre était tombé sous ses yeux -. Qui pouvait douter encore ? Qui ne se serait laissé persuader avec joie par ceux qui disaient que le temps était venu de s'affranchir du joug macédonien, que les traités conclus avec Alexandre avaient pris fin par sa mort, que le Grand-Roi, prêt à protéger la liberté des Etats helléniques, avait déposé de riches subsides entre les mains d'hommes qui, comme lui, ne voulaient que le bien et la liberté des Hellènes? Ce qui contribuait, non moins que l'or des Perses, à assurer la réussite de ces plans, c'est que l'intègre Lycurgue parlait, comme Démosthène, en leur faveur. L'essentiel était d'agir sans délai et de donner par une action d'éclat un centre au soulèvement général.

On comprend que dans cette Thèbes si sévèrement punie,

1) £v Tp'.oâXXo'.ç, txovov ô' o"j/ ooarbv Ittti toO (îriixaTOç vsxpov xov 'AÀl^avopov Tipoéer.xav (Ps. Demad. , § 17).

'-) Justin., XI, 2, 8.

Kté 33o] EFFERVESCENCE EN GRÈCE l3o

que parmi ceux qui s'en étaient enfuis ou en avaient été bannis et qui s'étaient réfugiés à Athènes et ailleurs, l'opinion fùtqu'il fallait tout oser. Une fois déjà les bannis n'étaient-ils pas partis d'Athènes pour aller délivrer la Cadmée ? Pélopidas les avait conduits; les victoires de Leuctres et de Mantinée avaient été les glorieux résultats de cette héroïque entreprise. A la vérité, dans le traité d'alliance, chaque ville avait promis solennellement qu'elle ne permettrait pas que les bannis se préparassent dans ses murs à rentrer de force dans leur patrie ; mais aujourd'hui, le roi à qui l'alliance avait été jurée était mort. De connivence avec Démosthène, et peut-être soutenus par une partie de l'or perse que l'orateur avait dans ses mains, plusieurs bannis quittèrent Athènes et arrivèrent pendant la nuit à Thèbes, oii déjà leurs amis les attendaient. Ils commencèrent par égorger deux meneurs du parti macédonien, qui sans se douter de rien étaient descendus de la Cadmée \ Ils convoquèrent les citoyens à une assemblée, leur annoncèrent ce qui venait d'arriver et ce qu'on pouvait espérer ; ils conjurèrent le peuple, au nom si cher de la liberté et de leur ancienne renommée, de secouer le joug des Macédoniens ; la Grèce entière, disaient-ils, et le roi des Perses étaient prêts à les soutenir. Quand ils eurent annoncé qu'Alexandre n'était plus à craindre, qu'il avait trouvé la mort en Illyrie, le peuple prit la résolution de restaurer l'antique liberté, de rétablir les béotarques, de chasser la garnison delà Cadmée, et d'envoyer des ambassadeurs aux autres Etats pour les appeler à son aide.

Tout semblait promettre le plus heureux succès. Déjà les Éléens avaient chassé les partisans d'Alexandre ; les Étoliens étaient dans l'agitation ; Athènes se préparait ; Démosthène envoyait des armes àThèbes - ; les Arcadiens s'avançaient pour soutenir les Thébains. Lorsque les envoyés d'Antip?. er arri-

1) Arrien (I, 7, 2) les appelle 'A[j.'jvTav xa\ T'.|j.6).aov -rtov tt.v Kaou-sfav lyôvTwv. Déjà NiEBUHR a reconnu dans ces personnages les chefs du parti macédonien que Démosthène cite dans la liste des traîtres [Fro Coron,, § 295), et corrigé 'Afx-jvTaç en 'AvsixoîTaç.

-) Plut., Demosth., 23. — 7:apà Ar,\i.oobivo'jç 07:)>wv To 7i).r,6oç £v otoçsaî; ).aê6vTeç (DiODOR., XVII, 8).

\'M) îNsrnnrxTioN di: Tiif-.nKs fl, 3

vt'n'nlàrisllun(',oii les Arcadicnsélaienl tl«''jà,pourles rappeler an respect des traités et leur demander leur secours en vertu (lu j>acle fédéral \ on ne fit pas attention h eux; on n'écouta que les instantes prières des ambassadeurs tliébains qui, portant dans leurs mains des rameaux d'olivier entourés de laine, appelaient les citoyens à la défense de la cause sainte ". A llièbes, on n'en fut que plus zélé; la Cadmée fut environnée de palissades et d'autres ouvrages, de sorte que la garnison qui y était établie ne pouvait recevoir ni secours ni vivres ; les esclaves furent aiïrancbis et armés pour la guerre, ainsi que les métèques ; la ville fut abondamment pourvue de provisions et d'armes : la Cadmée devait bientôt capituler; alors Tbèbes et la Grèce entière était libre, la honte de Chéronée vengée, et le conseil fédéral de Corinthe, ce fantôme d'indépendance et de sécurité, disparaissait devant la joyeuse lumière d'une aurore nouvelle qui semblait déjà se lever sur la Grèce.

A ce moment, le bruit se répandit qu'une armée macédonienne arrivait à marches forcées, et qu'elle était déjà à Onchestos, à deux milles de Thcbes. Les chefs du mouvement

^) Dinarque (I, § 18) dit des Arcadiens : t-^v (xèv uapà 'AvTiuâtpo'j Tips^êôiav aTrpaxTov àTTOTTc'.Xâvxœv. Anlipater ne se contenta pas de les engager à rebrousser chemin, comme on le voit par le décret rendu sur la proposition de Démocharès en l'honneur de Démosthène : xa\ oi^ excoXug-s ITcIouovvoaîou; £7i\ Qr^oC^z 'A).£^âvop<<) fiorfir^rroLi -/pr,p.aTa ooùç xai avTOÇ Tipsaêî-jcra; (1 <7. X Oratt., p. 850). Si, comme les auteurs l'affirment, il y avait depuis 338 une gnrnipon macédonienne sur l'Acrocorinthe, il est d'autant plus singuUer qu'Antipater négocie au lieu de la faire intervenir.

2) Eschine, dans le discours qu'il écrivit environ cinq ans plus tard, présente les choses tout différemment [In Ctesiph., § 239). Les Arcadiens, d'après lui, avaient demandé pour servir qu'on leur allouât leur solde sur les subsides perses : mais comme Démosthène, par avarice, avait prétendu ne rien débourser et garder tout pour lui, les Arcadiens étaient retournés chez eux : avec quelques talents, on aurait pu décider la garnison macédonienne elle-même à se retirer, mais Démosthène n'avait rien voulu avancer. Ce sont des accusations qui ne tiennent pas devant l'examen des faits. Démosthène aurait bien mal compris son intérêt, si, pour garder quelques talents par devers lui, il avait compromis le succès d'une entreprise dont l'échec pouvait lui coûter non seulement sa popularité, mais sa fortune et même la vie. Si réellement il était possible de corrompre la garnison de la Cadmée, est-ce que les Thébains n'étaient plus en mesure de réunir cinq talents ? Dinarque, dans son Discours contre Démosthène, dit à peu près la même chose qu'Eschine, mais cela n'enlève pas à ces allégations leur caractère apocryphe.

Été 33o] ALEXANDRE DEVANT TRÈBES 137

calmèrent le peuple : ce devait elrcAntipaler; Alexandre étant mort, on n'avait plus besoin de redouter les Macédoniens. Puis vinrent des messagers : c'était Alexandre lui-même. On les reçut assez mal : en ce cas, c'était Alexandre le Lynceste, le fils d'Aéropos. Le lendemain, le roi, le soi-disant mort, était avec son armée sous les murs de la ville \

Tout dans cette première guerre du roi est surprenant, imprévu ; tout y révèle la vigueur, l'énergie ; mais cette marche étonne encore plus que tout le reste. Quatorze jours avant, il frappait le dernier coup sous les murs de Pélion ; à la nouvelle de ce qui se passait à Thèbes, il avait pris sa course : en sept jours, marchant à travers les montagnes, il avait atteint Pellineion, au haut du bassin du Pénée, puis poussé vivement jusqu'au Sperchios, traversé les Thermopyles, pénétré en Béotie, et il était maintenant à Onchestos, à deux milles de Thèbes et à près de soixante milles de Pélion^ Le premier effet de sa brusque apparition fut que les Arcadiens, qui venaient au secours des Thébains, n'osèrent pas s'aventurer à traverser l'isthme, que les Athéniens résolurent de retenir leurs troupes jusqu'à ce que la lutte eût tourné contre Alexandre, et que les Orchoméniens, les Platéens, les Thespiens, les Phocidiens et les autres ennemis des Thébains, qui déjà se croyaient livrés à toute la fureur de leurs anciens bourreaux, redoublèrent de zèle pour s'unir aux Macédoniens. L'intention du roi n'était pas d'employer d'abord la violence. Il conduisit son armée d'Orchomène vers Thèbes et campa au nord des murs, près du gymnase d'Iolaos : il pensait que les Thébains, à la vue de ses forces, reconnaîtraient la folie de leur entreprise et vien-

0 Diodore (XVII, 9) évalue l'effecLif de l'armée à plus de 30,000 hommes de pied et au moins 3,000 cavaliers. Le nombre n'est pas invraisemblable eu soi, mais il faut dire que l'auteur qui renseigne Diodore, Clitarque, ne mérite guère de confiance.

2) Arrian., I, 7, 5. Alexandre n'a pas dû remonter la vallée de l'Aoos (Viossa) et déboucher en Thessalie par le col de Mezzovo, car Arrien dit qu'il s'achemina par la Cordiée et l'Elymiotide, et longea les monts Tymphœa et Parauaea, c'est-à-dire qu'il laissa ces montagnes à sa droite et l'Haliacmon à sa gauche : il est entré en Thessalie par les défilés de Katakati, que décrit Gorceix {Aperçu géogr. de la région de Khassia dans le Bulletin de Géographie, 1874, VI, 7, p. 449).

138 ALEXANDRE DEVANT TTifCBES |1, 3

(li'aiont lui (lomandcr un arran^»-omoni à ramial)lo. Mais coiixci, I)i(Mi (ju'ils n'riisscnl aucun espoir d^Mro secourus, él,ai(;nl si loin (le vouloir céder, qu'ils lirenl faire aussitôt une sortie à leurs cavaliers et leurs soldats armés à la légère pour repousser les avant-postes ennemis et redoublèrent de zèle pour serrer de près la Cadniée. A ce moment encore, Alexandre hésitait à livrer une ])alaille qui, une fois commencée, pouvait causer un grand désastre à une ville hellénique. Le second jour, il s'avança vers la porte du sud, celle qui conduisait à Athènes et à laquelle la Cadmée est adossée en dedans de la ville : il y établit un camp pour se rapprocher des 3Iacédoniens enfermés dans la place et pour les soutenir. Il hésitait encore à attaquer. On dit qu'il avait fait savoir dans la ville que tout ce qui était arrivé serait pardonné et oublié si Thèbes voulait livrer Phœnix et Prothytès^ les instigateurs de sa défection'. Il ne manquait pas de citoyens dans la ville qui conseillaient et demandaient qu'on envoyât au roi des ambassadeurs et qu'on lui demandât pardon; mais les béotarques, les bannis et ceux qui les avaient engagés au retour ne pouvaient s'attendre à une réception amicale de la part d'Alexandre; ils poussèrent le peuple à une résistance obstinée. On répondit au roi, paraît-il, que s'il voulait la paix il devait livrer aux Thébains Antipater et Philotas-; puis ils firent, dit-on, publier l'invitation d'entrer dans la ville adressée à tous ceux qui voulaient délivrer l'Hellade avec eux et le Grand-Roi. A ce moment encore, Alexandre ne voulait pas attaquer.

MaisPerdiccas, qui avec sa phalange formait l'avant-garde du camp macédonien et se trouvait'près des ouvrages avancés de l'ennemi^ trouva l'occasion si favorable pour attaquer, que, sans attendre les ordres d'Alexandre,, il se précipita sur les retranchements^ les renversa et tomba sur les avant-postes

■/a\ Toîç {jLîTaga).>.o[ji£vot: Tipo; aOxov aostav h.r^p'ji'zt (Plut., Alex., \i). Arrien ne parle pas de ces offres.

2} Plut., A/ea?., 11. Les deux noms rendent ce renseignement suspect. Si ce Philotas est le commandant de la Cadmée, il est étonnant qu'on lui associe Antipater ; si ce dernier nom est bien exact, il aurait fallu, pour que l'ironie fût complète, lui accoler non pas Philotas, mais son père Parménion.

Automne 335] prise de ttï^bes 1 39

ennemis ^ Aussitôt Amyntas, avec sa phalange, qui était voisine de celle de Perdiccas, sortit rapidement du camp et suivit son collègue à l'attaque de la seconde palissade. Le roi vit leur mouvement et craignit pour eux s'ils restaient seuls en face de l'ennemi ; il envoya promptement les archers et les Agrianes faire irruption entre les retranchements et fit radiV- Q\\QvVar/êma avec les autres hypaspistes, mais avec ordre de. faire halte devant les ouvrages avancés. Perdiccas tomba grièvement blessé à l'attaque de la seconde palissade ; mais les deux phalanges^ unies aux archers et aux Agrianes^, prirent d'assaut la barricade et pénétrèrent dans la ville par le chemin creux de la porte d'Electre jusqu'à rHéracléon. Soudain, les Thébahis se retournèrent en poussant de grands cris et tombèrent sur les Macédoniens, de telle sorte que ceux-ci se replièrent en fuyant sur les hypaspistes et éprouvèrent des pertes sérieuses; soixante archers tombèrent, et parmi eux leur commandant, le Cretois Eurybotas. En ce moment, Alexandre, qui voyait les Thébains poursuivre en désordre ses propres troupes, s'avança vivement contre eux avec une phalange compacte : les ennemis furent culbutés et s'enfuirent avec une telle vitesse que les Macédoniens entrèrent avec eux par la porte, tandis qu'en môme temps, sur d'autres points, ils escaladaient le mur d'enceinte laissé sans défense à cause des nombreux avant-postes, et s'en emparaient; les communications avec la Cadmée furent rétablies. Maintenant la ville était perdue; la garnison de la Cadmée se jeta, avec une partie des troupes nouvellement entrées, dans la ville basse, sur TAmphiéon ; d'autres escaladèrent les murs et s'avancèrent au pas de charge sur le marché. En vain les Thébains combattirent avec la plus grande valeur; les ennemis les pressaient de tous côtés; x'Vlexandre était partout, enflammant les siens par la parole et par l'exemple. La cavalerie thébaine, dispersée par les rues, s'échappa dans la campagne par la porte qui restait libre; parmi les fantassins, ceux qui le purent se sauvèrent dans les champs, dans les maisons, dans les temples,

1) Suivant l'expression d'Arrien (I, 8, 2), il avait pénétré jusque eîaw toO yâpaxo; : il s'agissait maintenant de toO ôe'JTspo-j -/âpaxo; sî'aw 7raps).6î?v (I, 8,3).

140 pnisi: m: tiikhes |I, 3

(jui ('laiciil HMiiplis de Icninics cl (rciifaiils poussant des cris (le (IrliTsse. A partir de ce momoni, ce furent moins les Macédoniens que lesPliocidiens, les Platéens et les autres Béotiens qui, pleins d'animosité, organisèrent une horrible tuerie; les femmes, les enfants eux-mêmes ne furent pas épargnés; leur sang souilla les autels des dieux'. Enfin l'obscurité de la nuit .mit fin au pillage et au massacre. Cinq cents Macédoniens, dil-on, avaient péri, et six mille Tbébains avaient été égorgés lorsque le roi donna l'ordre de cesser le carnage.

Le lendemain, il convoqua une assemblée des membres de la ligue corinthienne qui avaient pris part au combat^ et remit entre leurs mains la décision du sort de la cité. Les juges de Thèbes furent ces mêmes Platéens,Orchoméniens, Phocidiens, Thespiens, qui pendant longtemps avaient dû supporter la terrible oppression des Tbébains, qui avaient vu leurs villes détruites, leurs fils et leurs filles violés et vendus comme

') C'est ce que rapporte Arrien, d'après Ptolémée, qui a été lui-même témoin de cet assaut. La description de Diodore, faite d'après Clitarque, n*a aucune valeur au point de vue militaire, et les points où elle s'accorde avec Arrien n'en montrent que mieux qu'il faut la laisser de côté. Le plain d'Alexandre était sans doute d'obliger les Thébains à capituler en s'emparant des ouvrages extérieurs ; la prise de la ville à la première attaque fut l'œuvre des circonstances. Clitarque transforme cet accident en un plan régulier d'opération pour trois corps, dont l'un doit prendre d'assaut les ouvrages, le second occuper les Thébains, et le troisième se tenir en embuscade (ecpeopî'jEiv) : on reconnaît là l'attaque de Perdiccas, la marche consécutive de l'infanterie légère, l'assaut donné par la phalange. Polyœnos (IV, 3, 23) indique encore (peut-être d'après des sources différentes) une autre opération : il veut que les troupes embusquées (Tr,v v.v/.ç>'j\ihr,y ô-jvajji'.^*) aient été sous les ordres d'Antipater et aient escaladé la muraille à un endroit où elle était en ruines et mal gardée. Mais, si Antipater avait rejoint l'armée avec des troupes de Macédoine, il n'est pas probable qu'Arrien aurait passé le fait sous silence. Cette assertion de Polyœnos est tirée de la deuxième de ses trois séries indépendantes d'aphorismes, celle où l'on trouve bien des renseignements différents de ce que l'on sait par ailleurs. Les phrases d'Hégésms{fr., 1) extraites d'Agatharchide (ap. Phot., p. 446 éd. Bekker), sont absolument sans valeur.

2) Arrian., I, 9, 9. Diodore (XVII, 14) parle de a'jvéopo'. twv 'EUr.vwv : d'après le pacte fédéral, tous les alliés auraient dû prêter leur concours contre Thèbes. Le roi, se conformant aux statuts, remit le sort de Thèbes Toî; tJ.£Ts-/o'j(7c ToO spyo'j cT'j {j.(j. «"/oi; (Arrian., ihid.). Il se trouva que les anciens ennemis de la Béotie — y compris sans doute les Thessaliens — avaient été seuls à s'acquitter de leur devoir fédéral ; cette circonstance fut fatale pour Thèbes -. mais ce n'était pas la faute d'Alexandre.

Automne 335] destruction de thèbes 141

esclaves par leurs oppresseurs. Ils décrétèrent que la ville serait rasée, que le pays, à rexception des biens des temples, serait partagé entre les alliés d'Alexandre, et que tous les Thébains, avec les femmes et les enfants^ seraient vendus comme esclaves': seuls les prêtres et prêtresses^ ainsi que les hôtes de Philippe, d'Alexandre et des Macédoniens, devaient obtenir la liberté; Alexandre demanda qu'on épargnât aussi la maison de Pindare et les descendants du poète. Trente mille hommes- de tout âge et de toute condition furent vendus et dispersés au loin dans le monde; puis les murailles furent rasées, les maisons évacuées et détruites. Le peuple d'Épaminondas n'existait plus ; la ville n'était plus qu'un sinistre amas de décombres, « le cénotaphe de sa gloire »: au sommet de la citadelle solitaire^ une garde macédonienne veillait sur les temples et sur « les tombeaux des vivants ».

La destinée de Thèbes était émouvante : à peine une génération auparavant, elle avait eu l'hégémonie dans THellade ; son bataillon sacré délivrait la Thessalie; ses chevaux buvaient dans l'Eurotas; maintenant elle était anéantie. Les Grecs de tous les partis sont intarissables dans leurs plaintes sur la chute de Thèbes et trop souvent injustes envers le roi

*) Peut-être pourrait-on supposer qu'il y avait dans les statuts fédéraux un article en vertu duquel ce verdict fut rendu. Du moins on lit dans ceux de la seconde Ligue athénienne de 378/7 ; làv ôsti; sturj r, èm^î/r^cp'cr-ri yj àp'/wv Yj îôiajT/)ç Tiapà tÔoî to '^r^::^ia^'x w? X-Jîtv t'. û£ï tcov sv twôî xfo ']/r;9:(7[xaTi s'.p-ojjLsvtov, uuap'/é'Tw [J-£v a'JTfj) àTt[X(j) eîvat xa\ Ta -/priaaTa aOtoO ô/;tx6(7ta ïa-tù... xa\ xpivécr- 6w èv 'A6Y)vaiotç xai toîç 'cr'J[JL[xd"/oi; toç otaX-Jwv Tr,v a'j(x[j.a"/îav, ÇyjtxtO'jvTiov oï ol'j- Tov OavaTfj) r, ^'jyr, ouusp 'AOr^vaîo'. xa'i o\ a-jjxixa/ot xpdcTOjff'.v (G I. Attic, II, n"!?, ligne 50 sqq.). Cent ans plus lard, les statuts de la Ligue achéenne punissent aussi de mort la violation du pacte, ce qui paraît résulter d'un fragment du traité avec Orchomène... xa\ èlsorw -zm po'j).o[jLlvf;) ol-jtcù o:%y.v OavâTo-j elfrayeiv ei; to xotvbv tcov 'A-/a'(ov... [TXevw: Archéol.j 1876, p. 97). C'est aussi au nom de la Ligue hellénique de 480 que Thémistocle est accusé de haute trahison (o-j)-Aa[xoâvctv xai ays'-v xpi8r,(76;j.îvov aOtov èv toÎç "EXlr,(jv;). II semble donc que, d'après les principes juridiques des Hellènes, les fédérations de cette nature avaient essentiellement le droit d'appliquer de pareilles pénalités, et il doit y avoir eu aussi dans le pacte conclu à Gorinthe un article rédigé dans ce sens.

2) Ces chiffres de 30,000 hommes vendus et de 6,000 morts sont donnés par Diodore (XVII, 14), Plutarque (Alex., 11) et Elien {Var. Hist., XIII, 7). ils ne sont pas impossibles, attendu que, parmi ceux qui luttèrent et furent vendus, il y avait non seulement des Thébains, mais encore des affranchis et des métèques.

\ \2 DicSTRiimo.N i)i: iiikmks |l,r{

(|iii ne |»iil la saiivrr. IMiis lard, lorsque, ixiniii les Iroupos inciccnaiiTs (1 Asie, des Thchains toinl)cn)iit cnln; ses mains roiniiie prisonniers de guerre, il les traita toujours avec génélosité; nirmc en ce moment, lorsque le combat était à peine terminé, il se comporta de la même manière. On raconte qu'une noble Tliébaine, prise et garrottée,, fut amenée devant lui : sa maison avait été abattue par les Thraces d'Alexandre ; elle-même avait été outragée par leur commandant; puis, interrogée avec des menaces brutales sur ses trésors, elle avait conduit le Tiirace à un puits cacbé dans un bosquet, lui disant que ses trésors avaient été déposés au fond, et^ une fois qu'il y fut descendu, elle avait jeté des pierres sur lui jusqu'à ce qu'il fût mort. Maintenant les Thraces l'amenaient devant le tribunal du roi. Elle déclara qu'elle était Timocleia, sœur de Tbéagène, le général qui était tombé à Chéronée en combattant contre Philippe pour la liberté de la Grèce. Si ce récit est digne de foi, la manière dont il se termine ne l'est pas moins : Alexandre pardonna à cette femme courageuse et lui donna la liberté ainsi qu'à ses parents ^

La prise et la ruine de Thèbes étaient bien faites pour intimider les Hellènes, qui avaient l'enthousiasme fugitif. Les Éléens, qui avaient banni les amis d'Alexandre, se hâtèrent de les faire rentrer; les Arcadiens rappelèrent de l'isthme leurs bataillons de guerre et condamnèrent à mort ceux qui avaient poussé à cette expédition contre Alexandre ; les tribus des Etoliens envoyèrent, chacune pour son compte, des ambassadeurs au roi et lui demandèrent pardon de ce qui s'était passé chez eux. On fit de même ailleurs.

Malgré le serment fédéral^ les Athéniens avaient laissé

1) Plut., Alex., 12. De vhi. muUcr., 24. Poly.ex., VIII, 40. Chez Arrien, il n'est aucunement fait mention de Thraces dans l'armée du roi durant celte campagne : l'historien ne dit mot de cette anecdote, bien quePIutarque la donne comme racontée par Aristobule, non pas il est vrai dans la Vie d'Alexandre, mais incidemment (Plut., JSon passe suaviter, 10), à l'appui de cette réflexion qui est du Plutarque tout pur î « qui aimerait mieux dormir avec la plus belle femme que de veiller pour entendre lire ce que Xénophon a écrit de Panlheia, Aristobule de Timocleia, Théopompe de Thébé? » Le moraliste est bien capable d'avoir écrit Aristobule pour Clitarque.

Automne 335] attitude des athéniens 143

retourner chez eux les bannis de Thèbes ; sur la proposition de Démosthène, ils avaient résolu de prêter secours à Thèbes, d'envoyer la flotte; mais ils n'avaient pas profité des hésitations d'Alexandre pour faire marcher leurs troupes, qui en deux étapes eussent pu atteindre Thèbes. Ils célébraient justement les grands Mystères (au commencement de sept tembre) lorsque les fuyards apportèrent la nouvelle de In prise de Thèbes. La solennité fut interrompue par la plus profonde consternation ; tous les biens meubles du pays furent amenés dans la ville ; puis on tint une assemblée dans laquelle on résolut, sur la proposition deDémade, d'envoyer en ambassade au roi dix personnes qui lui fussent agréables, afin de le féliciter sur son heureux retour du pays des Triballes et sur la guerre illyrienne, aussi bien que sur la répression et le juste châtiment de l'insurrection thébaine. Cette députation devait en même temps solliciter, au nom de la ville, la faveur de pouvoir^ en donnant asile aux fuyards de Thèbes, faire honneur à son ancienne renommée d hospitalité. Le roi demanda qu'on lui livrât Démosthène^ Lycurgue et aussi Charidème, cet adversaire acharné de la puissance macédonienne qui l'obligeait de mettre un terme à ses lucratives opérations stratégiques, puis Ephialte, qui venait d'être envoyé en ambassade à Suse^ et enfin quelques autres ; car ces hommes étaient la cause non seulement de la défaite qu'Athènes avait subie à Chéronée, mais encore de toutes les injustices qu'on s'était permises^ après la mort de Philippe^ contre sa mémoire et contre le légitime héritier du trône de Macédoine; ils avaient été la cause de la chute de Thèbes^ non moins que les agitateurs thébains eux-mêmes. Parmi ces derniers, ceux qui avaient trouvé asile à Athènes devaient être également livrés*. La demande d'Alexandre souleva les plus vives discussions dans l'assemblée du peuple à Athènes. Démosthène conjura le peuple de « ne pas imiter les brebis

*) Ce que dit Arrlen : Ta [j.kv àÀXa ^'.XavOptoTiw; upo; tt,v r^çttnozly.v àTTcxpivaTo (Arriax., I, 10, 3) tend à faire considérer comme controiivée l'autre version (Plut., Phocion, 17), d'après laquelle Alexandre aurait jeté la lettre des Athéniens et tourné le dos aux envoyés. Fùt-elle exacte, on s'expliquerait très bien l'indignation du roi en présence d'une pareille flagornerie du démos athénien.

144 ACCOMMODEMKNT AVEC ATHÈNES \[/.\

(le liifahN', (pii livirrent au loup leurs chiens de {partie ». Dans sa j)erplexité, le juniplc atleiiilail que le rigide Phociou exprimât son sentiment; il fut d'avis d'acheter à tout prix le jKirdou du roi, cl de ne pas ajouter au malheur de 1 hèbes la ruine d'Athènes par une rôsislancc inconsiflérée; ces dix hommes qu'Alexandre demandait devaient maintenant montrer qu'ils élaientprùls à se soumettre même au plus grand sacrilice, par amour pour la patrie. Mais Démosthène agit avec sa parole sur le peuple, avec cinq talents sur l'orateur Démade, qui était animé de sentiments macédoniens, et par ces moyens il obtint que Démade fût envoyé au roi pour demander que ceux qui seraient coupables fussent soumis à la justice du peuple athénien*. Alexandre y consentit, en partie par considération pour Athènes, en partie par zèle pour l'expédition d'Asie, pendant laquelle il ne voulait laisser en Grèce aucun mécontentement suspect ". Le bannissement de Charidème fut seul exigé; c'était un aventurier taré que Démosthène lui-même avait abhorré jadis ; il s'enfuit en Asie, près du roi de Perse ^ Peu après, Ephialte quitta aussi Athènes et s'embarqua.

Ramenée ainsi à la tranquillité, la Grèce paraissait suffisamment protégée à l'avenir contre de nouvelles agitations par l'anéantissement de Thèbes et par la garnison de la Cadmée. Alexandre, quittant ses positions devant ïhèbes, se hâta de regagner la Macédoine (automne 33S). Un an avait suffi pour affermir sa royauté menacée par de si grands dangers. Assuré de Tobéissancc des peuples barbares voisins, de la tranquillité en Grèce, du dévouement de son peuple, il pouvait fixer au

') Les éléments de ce récit sont disséminés dans Plulaïque {Vies de Dé' mosthcne et de Fhocion), dans Diodore et dans Arrien. On dit que Phocion prit part à la deuxième ambassade : Plularque lui attribue toute la négociation avec Alexandre et Theureuse issue de cette démarche.

-) D'après Plutarque {xilex., \3 : Phocion, 17), Alexandre aurait traité Athènes avec celte générosité parce que ia ville — ce sont les termes qu'on lui prête — devait avoir l'œil sur la Grèce, dont l'hégémonie devait lui appartenir s'il venait à succomber. La politique d'Alexandre n'était pas si enfantine; mais les Athéniens étaient gens à entendre volontiers et à croire de pareilles sornettes.

3) Arrian., I, 10, 6. Dinarque (In Demosth., § 12) représente la fuite de Charidème comme la libre résolution d'un patriote.

Hiver 'STôm apprêts de la grande guerre Ho

printemps suivanHe commencement de l'entreprise qui devait avoir une influence décisive sur les destinées de l'Asie et sur la marche des siècles.

Les mois suivants furent employés aux préparatifs de la grande guerre ; de Grèce, de Thessalie, des montagnes et des vallées de la Thrace venaient des bataillons d'alliés; on enrôla des mercenaires, on apprêta les vaisseaux pour passer en Asie. Le roi tenait des conseils * pour combiner le plan des opérations de la campagne d'après les renseignements qu'il obtenait sur l'état des pays d'Orient, sur l'importance au point de vue militaire des vallées avec fleuves, des chaînes de montagnes, des villes et des contrées. Combien nous serions heureux d'apprendre quelque chose de plus précis à ce sujet, et en particulier de savoir si, à la cour de Pella, on avait une idée des conditions géographiques du royaume qu'on voulait attaquer, et de son extension au delà du Taurus et au delà du Tigre. On connaissait certainement Whiabase de Xénophon, peut-être l'Histoire de Perse de Ctésias ; on avait pu se procurer bien des renseignements par les Hellènes qui avaient été mercenaires en Asie, par les ambassadeurs de Perse, par Artabaze et par Memnon, qui avaient vécu pendant des années comme proscrits à la cour de Macédoine. Malgré tout le soin qu'on put mettre à recueillir des informations, tout cela ne pouvait guère fournir que des données peu sûres pour guider l'armée jusqu'à l'Euphrate ou tout au plus jusqu'au Tigre ; mais bien certainement on n'avait aucune idée des dislances et de l'état des contrées qui s'étendaient plus à l'est.

On régla alors les affaires du pays : Antipater fut placé à la tète du royaume comme administrateur -, avec des forces suflisântes pour assurer la tranquillité en Grèce, couvrir les frontières de la Macédoine et contenir dans l'obéissance les peuples environnants. Les princes des tribus barbares alliées furent invités à prendre part en personne à l'expédition, afin

<) Diodore (XVII, 16) nomme to-j: r.Ycjiôva; twv (j-rpat'.wTwv y.%\ tov: à;'.o:o« YtoTocTou; Ttôv ^^ilià^^, que le roi convoqua à cet effet. Malheureusement, ce ne sont pas là des expressions techniques et précises.

-) -îà xaxà Maxcoovtav xe xa-. toÙ; T/Ar,vaç 'Avf.Tiatpto £7îtTpé'|a; (Arrian., I, 11, 3^. Nous n'avons pas le titre officiel de ?a fonction.

I il) AiMM\f:Ts i)K i.\ c.uANDi': orKRiu: [I, 3

«HIC !(• loNaiimc lui. (raillant })liis assun'î C(nilr«3 les changcmciils cl {[\u) Jours peuples coinl)alliss('nl plus courageusement sous leur conduite'. Le conseil de guerre, et surloul Antipater cl l*arniénion, se in'éoccupa aussi d'un auli'e soin : au cas d'un nuillieur inij)révu, à (|ui appartiendrait la succession au trùne? On conjura le roi d(^ se marier avant la campagne et (raltendre la naissance d'un héritier-. Alexandre rejeta ce conseil, en disant qu'il n'était digne ni de lui, ni des Macédoniens et llellèiu's dépenser aux noces et au lit nuptial lorsque TAsic se tenait déjà prête pour le combat. Devait-il doue attendre que la Hotte déjà équipée des Phéniciens et des Cypriotes arrivât, que l'armée levée par le Grand-Koi s'assemblât et passât le Taurus? Il ne devait pas hésiter plus longtemps s'il voulait gagner l'Asie Mineure et se procurer ainsi une base d'opérations pour porter la guerre plus avant.

On rapporte qu'il voulut tout disposer comme s'il avait l'intention de s'éloigner pour toujours de sa patrie, (le qui lui appartenait en Macédoine, biens-fonds, bois, villages, même le péage des ports et les autres revenus, il distribua tout à ses amis, et quand presque tous ses biens furent ainsi partagés, comme Perdiccas lui demandait ce qu'il lui restait enfin, le roi répondit : u L'espérance ! » mais Perdiccas, dédaignant la part qu'Alexandre lui avait faite, reprit : « Alors, laissez-nous donc partager avec vous l'espérance, à nous qui allons combattre avec vous » ; et beaucoup de ses amis suivirent l'exemple de Perdiccas \ Il doit y avoir de l'exagération dans cette anec-

') Devicta perdomitaque Thracla petens Asiam veritus ne post ipsius discessum mmerent arma, reges corum prsefectosque et omnes qulbus videbatur inesse cura detractse libertatis secum velut honoris causa traxit (Frontin , II, 11, 3) — et reges stipendiarios 'conspectioris ingenii ad commilitium secum trahit, segniores ad tutelam rcgni relinquit (Justin., XI, o, 3). On peut compter parmi ces princes ou fils de princes Sitalcès, qui commandait les Thraces, Arislon, qui conduisait les cavaliers péoniens (Plut., Alex., 39), Attale, chef des Agrianes, et peut-être Agathon, fds deTyrimmas, qui commandait la cavalerie odryse.

2] cr'jaêouXôuovTwv irpoTîpov 7îa'.oo7rotr,<7a(r6ai (DiODOR., XVII, 16).

^} C'est ce que raconte Plutarque. L'histoire n'est pas nécessairement inventée : quelque fait de détail a pu se trouver généralisé ainsi en passant de bouche en bouche, et Gallisthène ou quelque autre lettré a orné ce récit de mots à effet.

Page 1