‹ Histoire de l'hellénismeChapitre 69 sur 231 · MK.MNON r.KNKHAMSSlMi: jll · texte numérisé non relu

MK.MNON r.KNKHAMSSlMi: jll

(rAloxaiidrocn s'iinissant avec les nombreux ennemis que les Macédoniens avaient dans ce pays. Il avail une Hotte puissanle de vaisseaux phéniciens et cypriotes, pins dix navires lyciens, dix de llli(Kles et trois des villiîs cilicieinies de iMallos et de Soles; la forteresse maritime (rilalicarnasse était encore en son pouvoir; Rhodes, Cos et certainement toutes les Sporades étaient pour lui, ainsi que probablement lesclérouques athéniens qui possédaient Samos ; les oligarques et les tyrans de Chios et de Lesbos n'attendaient que sou aide pour mettre fin à la démocratie et à l'alliance avec les Macédoniens; enfin les patriotes, en Grèce^ espéraient qu'il rétablirait la liberté hellénique.

Memnon était parti avec la flotte de la rade d'IIalicarnasse pour se rendre à Chios. Il s'empara de l'île par la trahison des oligarques qui précédemment l'avaient gouvernée, et à la tète desquels était Apollonide ; il y rétablit l'oligarchie qui lui en garantissait lapossession\ Il fit voile vers Lesbos, où l'Athénien Charès était arrivé de Sigeion avec des mercenaires pour chasser de Méthymne le tyran Aristonicos. C'était ce même Charès qui avait salué Alexandre avec tant de soumission lors de son débarquement à Sigeion : il demanda à Memnon de ne pas le troubler dans son entreprise ; mais le général perse arrivait comme « un ami paternel et un hôte » du tyran ; il chassa facilement de l'île l'ancien stratège attique ^. Déjà les villes de Lesbos s'étaient soumises à lui ; mais la plus importante, Mitylène, était restée fidèle à son alliance avec Alexandre, et, confiante dans la garnison macédonienne qu'elle avait reçue^ elle avait repoussé sa sommation. Memnon en commença le siège et la pressa de la façon la plus vigoureuse. Entourée du côté de la terre par un mur et par cinq camps, sur mer par une escadre qui bloquait le port tandis qu'une autre surveillait la route de la Grèce, privée de tout espoir de secours, la ville se trouva réduite à l'extrémité. Déjà des am-

») Arrian., III, 2, 5.

^) Ces indications de Polyœnos (V, 44, 3) se rapportent, comme on le voit par Arrien (III, 2, 6),àrépoque présente, et non au temps de la guerre de Byzance, car il n'est dit nulle part qu a ce temps-là Memnon ait eu une flotte à sa disposition.

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bassadeurs arrivaient des autres îles vers Memnon : l'anxiété régnait dans TEubée, dont les villes, dévouées à la cause macédonienne, crai2:naient de le voir arriver à bref délai ; les Spartiates étaient prêts à se soulever. Ce fut à ce moment que Memnon tomba malade ; après avo^r remis, jusqu'à plus ample décision du Grand-Roi, son commandement aux mains de Pbarnabaze, son neveu et le fils d'Artabaze, il descendit au tombeau, trop tôt sinon pour sa gloire, du moins pour les espérances de Darius.

Lorsque le Grand-Roi reçut le message qui lui annonçait la mort de Memnon, il convoqua, dit- on. un conseil de guerre ; il était indécis s'il devait envoyer, contre l'ennemi qui s'avançait sans relâche, les satrapes les plus voisins, ou s'il devait aller à sa rencontre en personne, à la tète de l'armée royale \ Les Perses lui conseillaient de conduire lui-même en campagne l'armée qui était déjà rassemblée : sous les yeux du Roi des rois, l'armée saurait vaincre, et une seule bataille suffirait pour écraser Alexandre. Mais l'Athénien Charidème, qui avait été proscrit par Alexandre et qui pour ce motif avait été deux fois le bienvenu près du Grand-Roi. fut d'avis, comme Darius lui-même, qu'il fallait être circonspect, ne pas tout risquer sur un coup de dés, ne pas exposer l'Asie au seuil même de l'Asie; on devait réserver le ban du royaume et la présence du Grand-Seigneur pour le dernier danger, auquel on n'arriverait pas si l'on savait tenir tête avec adresse et prudence à la folle témérité des Macédoniens : avec cent mille hommes, dont un tiers de Grecs, il se faisait fort d'écraser l'ennemi. Les Perses orgueilleux ripostèrent de la manière la plus vive, affirmant que de tels plans étaient indignes du nom des Perses et constituaient une injure gratuite à leur vaillance : que les suivre serait un indice des plus tristes soupçons, un aveu d'impuissance; qu'au contraire la présence du Grand- Roi ne trouvait qu'enthousiasme et dévouement; ils conjurè-

^j Arrien ne dit mot de ces délibérations, qui sont rapportées par Diodore (XVII, 30, et Q. Curce ,111, 1,. Elles n'ont rien d'invraisemblable en soi: il se peut que Clitarque les ait empruntées à Callisthène, qui a bien pu apprendre par des prisonniers perses le fond de ses amplifications ; mais la manière de cet auteur n'offre aucune garantie d'exactitude.

'2\i) KMUI'S Kl' Si;S (.ONSKILLEIIS |ll, 2

K'iil le l'oi indôcis de. ne pas conlicr lii (Icrniîîrc planclH; <lo sailli à un clrant;('i'(|iu n'avaiuraulro l)ul (|uo de so faire jda- (•('!• à la lAle de rarniéo pour trahir le royaume de (lyrus. Charidèuie se leva (oui en colères, les accusa (raveuj^lement, de lâcheté, d'é^oïsme; ils ue counaissaieul, disail-il, ni leur ini]Miissance, ni la redoutable force des (irecs; ils allaient précipiter dans la ruine le royaume de Cyrus, à moins que la sagesse du (irand-Jloi ne suivît présentement ses avis. Le roi de Perse, sans confiance en lui-même et doublement défiant envers les autres, se sentit blessé dans sa fierté nationale ; il loucha la ceinture de l'étranger, et ses satellites entraînèrent le Grec pour l'étrangler. La dernière parole de (iharidème au roi fut, dit-on, celle-ci: « Tes regrets montreront ce que je valais; mon vengeur n'est pas loin ». Dans le conseil de guerre, on résolut de se porter contre les Macédoniens au moment où ils entreraient dans la Haute-Asie, avec le ban du royaume, sous la conduite du Grand-Roi en personne, cl de prendre h la flotte le plus possible de mercenaires g-recs, que Pharnabaze devait débarquer aussitôt que faire se pourrait à Twpolis, sur la côte de Phénicie. Thymondas, fils de Mentor, fut envoyé à Tripolis pour recevoir ces troupes et les amener à l'armée royale, et en même temps pour conférer à Pharnabaze tous les pouvoirs qu^avait eus Memnon.

Pendant ce temps, Pharnabaze et Autophradate avaient continué le siège de Milylène, et l'avaient heureusement terminé ; la ville s'était rendue, Sous condition qu'en échange du rappel des bannis et de l'anéantissement des documents officiels relatifs à la ligue conclue avec Alexandre , la garnison macédonienne se retirerait librement, et que la ville rentrerait dans l'alliance des Perses selon les dispositions de la paix d'Antalcidas. Mais à peine les deux Perses furent-ils en possession de la ville qu'ils ne tinrent plus aucun compte du traité; ils laissèrent dans la place une garnison sous les ordres du Rhodien Lycomède, installèrent comme tyran Diogène, un des anciens bannis, et firent sentira Mitylène tout le poids du joug perse en lui imposant de lourdes contributions qui devaient être payées en partie par certains citoyens, en partie par la ville entière. Pharnabaze se hâta ensuite de trans-

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porter en Syrie les mercenaires *; ce fut la qu'il reçut l'ordre de prendre le commandement en chef à la place de Memnon, dont les plans, il est vrai, étaient, pour ainsi dire, privés de leur ressort par la remise des mercenaires; l'offensive prompte et efficace qui aurait enflammé Sparte, Athènes et toute la Grèce continentale n'était plus possible.

Toutefois, Pharnabaze et Autophradate tentèrent quelque chose en ce sens. Ils envoyèrent le Perse Datame dans les Cyclades avec dix trirèmes, firent voile eux-mêmes vers Ténédos avec cent vaisseaux, et contraignirent lile,qui avait prisfait et cause pour les Hellènes-, à revenir aux stipulations de la paix d'Antalcidas: c'est la formule dont on se servit cette foisencore. Il est évident qu'ils avaient en vue l'occupation de FHellespont.

Afin d'assurer au moins ses communications avec la Macédoine au moyen d'une flotte, Alexandre avait déjà envoyé Hégélochos dans la Propontide pour réunir des vaisseaux, avec ordre d'arrêter tous les navires qui venaient du Pont et de les armer en guerre'. Alcimachos fut envoyé à Athènes pour sommer les Athéniens de fournir en navires leur contingent fédéral et d'autoriser dans les ports attiques des armement de vaisseaux pour la flotte macédonienne; mais il éprouva un refus *, Antipater fit rassembler par Protéas des vaisseaux

*) Arrien(II, 2. 1) dit It\ Auxia; : on voit par un autre passage (II, 13, 2; que les mercenaires ont été conduits en Phénicie.

-) Voy. ci-dessus, p. 113, 2 et 162, 2.

3) Arrian., II 2, 3. C'est certainement le même Hégélochos qui commandait l'avant-garde au moment où l'armée se portait sur le Granique. On lui avait adjoint Amphotéros, frère de Cratère i^Curt., III, 1, 19;. D'après [DEM0STH.,]i)e fœd. Alex. §20, la flotte fut organiséedans la baie de Besika (eU TIvîoov àîiavTa rà ex toO Ttôvrov 7î/.oîa xaTr,yayov\ ATénédos. Hégélochosne pouvait tout au plus que rassembler des navires, tant que la flotte perse stationnait encore à Lesbos : par conséquent, Alexandre a dû donner l'ordre de les armer aussitôt que la flotte commandée par Memnon eut fait voile pourChios et autres parages au-delà. C'est pour cela que Q.Curce dit: nondum enim Memnonem vita excessisse cognoverat (III, 1, 19 .

*) On est en droit d'inférer d'un passage d'Anaximène [fragm. 47) qu'Alcimachos — celui qui, d'après Arrien J, 18, 1) commandait la colonne chargée de parcourir l'Éolide \cL ci-dessus, p. 202) — a été envoyé à Athènes pour demander des navires athéniens à l'approche de la flotte perse. Aussi Q. Curce dit-il : ex fœdere naves sociis imperatœ qnœ HeUe^ponto I 16

2Ï'2 L\ II.olTK liK l'HOlKAS [i',-

Lirés dcl'Eiibée cL du Pélopomicsc, pour observer l'escadre de Daliuiie, qui déjà était à Tancre devant i'ile de Sipluios ; mesure d'autant plus nécessaire que lesAlhéniens avaient envoyé de nouveau des ambassadeurs au roi de l^erse^it qu'en apprenant (jne leurs navires de blé avaient été arrêtés à leur retour du Pont et réquisitionnés pour la guerre contre la Hotte p(!rse, ils avaient résolu d'envoyer en mer une flotte de cent voiles, sous les ordres de i\Jénestheus, (ils d'ipliicrate ^ Iléj^éloclios jugea prudent de relâcher les vaisseaux appartenant aux Athéniens, atin d'enlever à ceux-ci le prétexte dont ils allaient profiter pour joindre leurs cent trirèmes à la flotte des Perses. Les succès de Protéas vinrent d'autant plus à propos. Avec son escadre de quinze navires, il réussit non seulement à retenir devant Siphnos les vaisseaux perses, mais encore à les surprendre par une attaque adroite, de telle sorte que huit d'entre eux tombèrent entre ses mains avec leur équipage, tandis que les deux autres prenaient la fuite et, sous la conduite de Datame, allaient se réfugier près de la flotte occupée à croiser aux environs de Ghios et de Milet et à piller les côtes ^ Le plus grand danger qu'eût pu causer le plan de Memnon était ainsi écarté; la prompte attaque de Protéas avait conjuré une défection des Grecs. Mais ces succès eux-mêmes ne démontraient-ils pas qu'Alexandre avait eu tort de licencier une flotte qu'il était forcé de réunir de nouveau au bout de six mois à peine? Alexandre avait mesuré d'un coup d'œil sûr l'énergie et l'intelligence qu'il pouvait attendre des géné-

prsesiderent (III, 2, 20). Phocion conseilla alors de céder, si on ne voulait pas la guerre avec la Macédoine (Plut., Phocion, 21) ; mais Démosthène et Hypéride s'y opposèrent, disant qu'on ne pouvait pas savoir si le roi n'emploierait pas les navires contre Athènes. Il est possible que la trirème dont parle l'orateur et qui est entrée dans la Pirée ([Demosth.,] De fœd. Alex. § 27) soit celle d'Alcimachos, et que l'envoyé d'Alexandre — qui était en même temps citoyen d'Athènes (Harpograt., s. v.) — ait demandé la permission de construire dans les chantiers athéniens de petits navires pour le compte de la Macédoine. L'orateur tonne contre le fâcheux bv ïoti sùâu? OiJ-a; [xsxà Trjç TpiY-pou? ûrp' û^j-cov à7ioXa))ivai : il finit par conseiller ouvertement la guerre. Le discours doit être de l'été 333.

^) [Demosth.,] De fœd. Alex. § 20. Plut., Vit. X Oratt. {Demosth,). MéQestheus esteo? Thressa natusCotyis régis filia (Corn. Nep., Iphicr. 5).

2) Arrian, II, 2, 4. CuRT., III, 4, 1.

Mai '333 : oj-. cxi, 3] i/aiuiée a gordion 243

raux perses, et il estimait ses alliés helléniques tels que Tévénement les a montrés; bien qu'ils fussent enclins à faire défection et prêts à réunir leurs vaisseaux à ceux des Perses, Antipater devait pouvoir les tenir en bride sur le continent : enfin, il n'était pas aussi difficile qu'on pourrait le croire de réunir à la hâte une nouvelle flotte, pour garantir les côtes contre un ennemi qui ne savait pas intervenir d'une façon décisive. Alexandre pouvait d'autant mieux poursuivre ses plans sans prendre souci de la guerre maritime, que chaque pas qu'il faisait en avant menaçait l'existence de la flotte ennemie elle-même, en lui enlevant les côtes de son propre pays. La prochaine campagne devait être consacrée à mettre cette idée à exécution *.

Les diverses fractions de l'armée macédonienne se réunirent à Gordion au printemps de 333. Du côté du sud, les troupes qui avaient fait la campagne d'hiver avec Alexandre arrivaient de Céleense; de Sardes, Parménion amenait la cavalerie et le* train de la grande armée ; de Macédoine, les soldats nouvellement mariés revenaient de leur congé; ils étaient accompagnés d'un nombre important de nouvelles recrues comprenant 3,000 Macédoniens à pied et 300 à cheval, 200 cavaliers thessaliens et loO cavaliers éléens, de sorte qu'Alexandre,

') Il n'est plus possible de donner des dates précises aux événements survenus en mer et à la mort de Memnon. Si, comme le dit Q. Curce (III, 2, 2), Darius était encore à Babylone quand il apprit la mort de iMemnon, on peut en tirer les conclusions suivantes. L'armée perse devait se trouver vers la fin d'octobre à Soches, non loin de la rivière d'Haleb. De l'Haleb à Pylee, l'armée des Dix-Mille avait fait 35 étapes, soit 220 parasanges : de Pylae à Babylone, il y avait 20 autres parasanges. Darius est donc parti de Babylone au commencement de septembre, au plus tard. Or, il est parti après avoir reçu la nouvelle de la mort de Memnon, et cette nouvelle lui est parvenue non pas par la poste royale et la route de Sardes, mais bien plus lentement, par la voie de mer et un long détour passant par la Phénicie : la mort de Memnon est donc survenue au plus tard fin juillet. Mais Thymondas, expédié à Tripolis pour transférer à Pharnabaze le commandement de Memnon, y prit avec lai les mercenaires grecs de la flotte : il faut bien que l'ordre d'emmener ces troupes ait été donné au moins huit semaines auparavant à Babylone, par conséquent dans les premiers jours de juin au plus tard, si bien qu'à la fin de juin au plus tard Pharnabaze avait fait voile avec une partie de la flotte et les mercenaires pour la Phénicie. Memnon a pu mourir au cours du mois de mai, et même plus tôt.

2i'l AMCXANDUK A GOHIMON |ll,-

ni;ili;i'é les j^aiiiisous (ju'il avail hiissros, n'avail ^iii*ro moins tl'lioniiiics (jiie lorsqu'il avait coiuballu sur le (irariiqiie *. II est facile de se faire une idée de l'esprit de ces troupes d'aprës les succès qu'elles avaient remportés jusqu'alors <;t par ce qu'elles espéraient comme prix de nouveaux combats; fières des victoires remportées et assurées de nouveaux triomphes, elles considéraient déjà l'Asie comme leur proie; les soldats avaient pour garants du succès eux-mêmes, leur roi et les dieux.

Des envoyés d'Athènes vinrcntaussi à Gordion pour demander au roi la mise en liberté des Athéniens qui avaient été pris à la bataille du Granique et avaient été envoyés prisonniers en Macédoine; était-ce, par hasard, au nom de l'alliance jurée à Corinthe et de leur fidélité aux obligations fédérales? On leur répondit de revenir, si la prochaine campagne s'accomplissait heureusement.

La ville de Gordion, .qui avait été autrefois la résidence des rois de Phrygie, conservait encore sur son acropole les palais de Gordios et de Midas, et le char qui avait fait jadis reconnaître Midas pour celui que les dieux avaient prédestiné au trône de Phrygie. Le joug de ce char était si artistement attaché par un nœud d'écorce qu'on ne pouvait voir ni le commencement ni lahn de la ligature ; il y avait un oracle qui disait que celui qui dénouerait le nœud obtiendrait l'empire de l'Asie .Alexandre se fit montrer l'acropole , le palais et le char; on lui rapporta l'oracle ; il voulut l'accomplir et défaire le nœud ;

*) Il y avait 3,000 mercenaires et 200 chevaux en Carie, 1,500 hommes devant Célaenae; il était resté d'autres garnisons à Sidé, en Lydie et dans la Petite-Phrygie. c'est-à-dire environ 3.000 hommes : il n'est guère admissible que ces 8,000 hommes aient été renforcés par les mercenaires qui de temps à autre passaient du service de la Perse à celui de la Macédoine, et il n'y a aucun indice sûr que jamais des contingents de Grecs asiatiques se soient réunis avec l'armée macédonienne. CaHisthène [fragm. 33) assure qu'il était arrivé 5,000 fantassins et 8,000 cavaliers de nouvelles recrues : en ajoutant ces chiffres aux 40,000 fantassins et 4,500 cavaliers qu'il compte au début de la première campagne, il arrivait, au témoignage, de Polybe (XII, 19), à donner à l'armée d'Alexandre, lors de la bataille d'Issos, un effectif de 45,000 hommes de pied et 5,300 cavaliers.il néglige de décompter les corps détachés et les garnisons. Mais Polybe à son tour, lui qui fait si bien la critique de CaUislhène, exagère en sens inverse lorsqu'il ne compte que 3,000 hommes de renfort.

Juillet 333 : ol. cxt, 4] départ de gordion 24o

mais c'est en vain qu'il chercha un bout de la corde : les assistants considéraient avec inquiétude ses efforts inutiles; enfin le roi, tirant son épée, trancha le nœud; tant bien que mal, Toracle était accompli \

Le lendemain, l'armée se mit en marche et se dirig-ea vers Ancyre, sur le versant méridional de la chaîne de montagnes qui forme les limites de la Paphlagonie. Une ambassade des Paphlagoniens vintàAncyre - pour offrir au roi la soumission de leur pays, à la condition qu'aucune troupe macédonienne n'entrerait dans la province; le roi le promit, et la Paphlagonie resta sous l'autorité d'un dynaste indigène, ou peut-être sous la juridiction du gouverneur de la Phrygie d'Hellespont \

L'armée poursuivit sa marche vers la Cappadoce, au delà de l'Halys, à travers les territoires de cette grande satrapie qui s'étend jusqu'à l'Iris ; on les traversa sans résistance '% et,

') Ariotobule a donné de cet incident un au-lre récit. Le roi aurait défilé la cheville qui, passée à travers le timon, tenait le nœud serré. Même en admettant que la chose se soit passée ainsi, il est certain que toute l'armée a mieux aimé croire au coup d'épée qu'à l'opération insignifiante en soi de la cheville, et que les soldats ont ensuite raconté le fait ainsi. C'est comme pour l'œuf de Colomb : ce n'est pas le résultat, mais l'imprévu de la solution qui marque le génie.

-) Si Alexandre a tant tardé à partir de Gordion, ce n'est pas pour trouver du fourrage vert dans les champs, cardés le mois de mai l'herbe foisonne sur le plateau de Phrygie. Alexandre a dû se mettre en marche quand il eut été informé que les mercenaires de la flotte avaient reçu l'ordre de se rendre à Tripolis. c'est-à-dire vers le commencement de juillet. S'il est passé par Ancyre, il n'a pas pris le chemin qui se dirige au sud à travers le steppe salé, mais bien la route impériale qui franchit l'Halys. C'est, du reste, ce qu'indique Arrien (11, 4, 2} quand il dit qu'Alexandre lr>. KaTZTaooy.-'x? ÈXâeraç ^■jjX'Traaav Tr,v k^-o:;, "AX'Joç -TZOTafioO TipocnQyâysTO xoi exi ÛTtàp tov "AX-jv TioXXr.v. Alexandre ne doit pas être arrivé en Cilicie avant le commencement de septembre.

3) D'après Q. Curce (III, 1, 22), Alexandre serait entré de sa personne en Paphlagonie : le témoignage exprès d' Arrien prouve le contraire. D'après Diodore (XVI, 90, 2), on ne peut guère douter que la Paphlagonie ne fût alors gouvernée par Mithridrate, fils d'Ariobarzane : c'est le même MithridatH qui fut plus tard l'ami d'Antigone et de son fils Démétrios, et qui, à travers des vicissitudes de toute sorte, conserva an moins une partie de ce que Diodore appelle sa ,3acrtX£ta jusqu'à l'année 302, où Mithridale III le « Fondateur )> (xT-o-Tr,:) lui succéda.

*) Que la Cappadoce ait été divisée, dès le temps de Datame (vers 360) en deux satrapies, celle du Pont et la • Cappadoce du Taurus )^ comme l'appelle Strabon (XII, p. 534), c'est un fait aujourd'hui démontré par

2i(l ALKXANnni: i:n rAppAnorr, |ll, 2

hioij (jui^ It^s ronli'éos (jiii se trouvent au nord no pussent être occupées, elles furent cependant données k Sal)ictas * comme salrapie macédonienne. Nous avons au moins un exemple '^ (|ui nous miontre que le parti démocratique, dans les villes grecques du Pont, espérait être délivré par Alexandre. Toutefois, en attendant, le parli des Perses, comme h Sinope, ou la tyrannie, comme à lléraclée, y resta au pouvoir. Alexandre ne devait pas dillerer des entreprises plus considérables pour aller s'emparer des côtes éloignées du Pont; il se dirigea vers les cotes de la Méditerranée ^. Le chemin qu'il prit conduisait au versant nord du Taurus, vers les défilés cilicicns situés audessus de Tyane, que Cyrus fe Jeune avait traversés quelque soixante ans auparavant avec ses dix mille Grecs *.

H. Droysen {Die Mùnzen dcr persischen Satrapen in Kleinasicn in von Sallels Num. Zeitschr. II, p. 314 sqq.). L'auteur précité conteste, non sans motif, que les monnaies de cuivre et d'argent frappées à Sinope et peut-être à Gazioura avec la légende niT' IN (Ariorat) soient de cet Ariarathe qui prend maintenant la fuite et qui périt onze ans plus tard en combattant Perdiccas : il les attribue à son fils, celui qu'on appelle d'ordinaire Ariarathe II.

') C'est le nom, assez bizarre d'ailleurs, que lui donne Arrien (II, 4,2). Q. Curce (III, 4, 1) l'appelle Abistamène. La soumission de la Cappadoce est un fait que démontre la force des choses aussi bien que le témoignage exprès d'Arrien. Quand Hiéronyme (ap. Appian., B. Mithrid. 8) affirme qu'Alexandre n'a pas mis le pied en Cappadoce, mais qu'il a marché contre Darius en suivant la côte de Pamphylie et de Cilicie, il se trompe, lui ou Appien. Mais comme on retrouve plus tard Ariarathe encore et réellement prince de Cappadoce, la conclusion est que la partie delà Cappadoce qui avoisine le Pont est restée en son pouvoir.

2) Memnon (ap. Phot., 223, 40 [c. 4]) raconte comme quoi le tyran Denys d'Héraclée était dans l'angoisse, et comment les bannis d'Héraclée députèrent près d'Alexandre xat xàOoôov xot tyiv xîiç ttoXsw? uàtpiov ÔYjaoxpaTj'av llai'CQ'j\}.t'jO'..

3) On est en droit de supposer qu'Alexandre n'a pas été sans remarquer l'importante position de Mazaca (Césarée) au pied de l'Ardisch, dans la plaine arrosée par le fleuve Mélos, une position qui commande la route de l'Arménie. De là, passant entre l'Ardisch et le fort escarpé de Nora, qui devait jouer un si grand rôle sous les Diadoques, il s'est acheminé sur Tyane (probablement Kilissa-Hissar : voy. les commentateurs de VAnabase de Xénophon [1, 2, 20] et Kinneir, Journey, p. 105. 110). Tchîhatcheff {Ergcinzimgsheft n°20zu Petermanns Greogî'ap^. Mittheil.^. 15) appelle cette localité Kisser-Hissar.

*) Le défilé franchi par Alexandre est mieux connu depuis Kinneir [op. cit. p. 118 sqq.) et surtout depuis le voyage exécuté en 1853 par Tchîhatcheff {op. cit. p. 55 sqq.).

Sept. 333 : OL. cxi, 41 le bain du cydnos 247

Alexandre trouva les hauteurs occupées par des postes considérables. Laissant camper le reste de l'armée, il s'avança lui-même avec les hypaspites, les archers et les Agrianes, vers Fheure de la première veille, pour surprendre les ennemis dans l'obscurité de la nuit. A peine les gardes l'eurent-ils entendu s'approcher qu'ils prirent la fuite en toute hâte, abandonnant le défilé qu'ils auraient pu barrer sans grande peine, s'ils ne se fussent pas crus dans un poste perdu. Arsame, le satrape de Cicilie, semblait ne les avoir envoyés en avant que pour gagner du temps, pour piller et dévaster le pays et pouvoir se retirer en sûreté, après avoir fait un désert des pays qu'il laissait derrière lui, auprès de Darius qui déjà s'avançait des bords de l'Euphrate. Alexandre n'en mit que plus de hâte à traverser les défilés et à franchir le Taurus avec sa cavalerie et les corps les plus agiles parmi les troupes légères ; il y mit tant de promptitude qu'Arsame, qui n'avait cru l'ennemi ni si voisin, ni si prompt, prit la fuite en toute hâte sans avoir ravagé ni la ville, ni le pays, et sauva sa vie sans se douter que la mort devait si tôt l'atteindre.

Harassé par les veilles, les marches forcées et le soleil de midi d'une chaude journée d'été, Alexandre arriva avec ses troupes sur les bords du Cydnos, fleuve limpide et froid qui descend des montagnes vers Tarse. Désirant prendre un bain, il ôte rapidement casque, armure, habits, et se précipite dans le fleuve; une fièvre chaude le saisit aussitôt, il s'évanouit: on le retire du fleuve à moitié mort et on le porte sans connaissance dans sa tente. Des convulsions, une chaleur ardente, semblaient être les derniers signes de vie; tous les médecins désespéraient de le sauver. Le retour de la connaissance ne fit qu'aggraver le mal ; les nuits sans sommeil, la tristesse dune mort prochaine lui enlevaient ses dernières forces. Ses amis se désolaient; l'armée se désespérait; l'ennemi était proche; personne ne voyait de moyen de salut. Enfin le médecin acarnanien Philippe, qui connaissait le roi depuis son enfance, offrit de lui préparer une boisson qui le soulagerait. Alexandre ne demandait rien qu'un prompt secours; Philippe le lui promit. En ce moment, Alexandre reçut une lettre de Parménion qui lui recommandait la circonspection : le médecin

2ïH ALKXANDllK KN CH.ir.IK |IÏ, 2

lMnlij)pe avait, disail-on, ro(;u dt' Daiiiis mille lalcnis cl la promesse d'un mariage avec une (ille du (Iraiid-Uoi pour empoisonner Alexajidre'. Le roi donna la lettre à son médecin, et, pendant (jue celui-ci la lisait, il vida la coupe. Le médecin lut sans se troubler; il se sentait pur de toute faute; il conjura le roi d'avoir confiance en lui (ît de continuer le traitement, l'assurant que bientôt ses soull'rances auraient disparu ; il s'entretint avec lui de la patrie, de sa mère, de ses sœurs, de la victoire prochaine, des contrées splendides de l'Orient; ses soins fidèles furent récompensés par un prompt rétablissement du roi ; Alexandre rentra dans les rangs de ses Macédoniens.

On. redoubla de zèle pour pousser les opérations militaires. Dans la chaîne des satrapies perses, la Cilicie était l'anneau qui rattachait les satrapies extérieures à celles de la Haute- Asie. En s'emparant avec rapidité des cols du Taurus, Alexandre s'était rendu maître du poste le plus fort qui défendît l'empire perse contre l'Occident ; il fallait qu'il s'assurât de tout le versant méridional de la chaîne pour pouvoir prendre et garder le territoire où se trouvait un second passage traversant l'Amanos du côté de la Syrie. Tandis que Parménion, avec les mercenaires, les troupes alliées, les escadrons thessaliens et les Thraces de Sitalcès, s'avançait dans la direction de l'est pour s'emparer des défilés qui conduisent dans la Haute- Asie, le roi marcha vers l'ouest pour s'assurer de la route de Laranda et d'Iconion, et de la région qu'on appelle Cilicie « âpre » (xpayôTa), région dont les habitants, des peuplades libres adonnées au brigandag^e comme leurs voisins de Pisidie, pouvaient facilement couper ses communications avec l'Asie- Mineure.

Il partit de Tarse pour Anchiale, ville fondée par le roi d'Assyrie, Sardanapale, dont elle conservait une statue avec cette singulière inscription : « Sardanapale a fondé en un jour Anchiale et Tarse: pour toi, étranger, mange, bois, aime; tout ce que l'homme a de plus ne vaut pas la peine qu'on en parle » . Il se dirigea ensuite sur Soles, la « patrie des solécismes ».

*) Arrîan., II, 4, 8. Sénèque (De ira, II, 23) dit que la lettre d'avis avait été écrite par Olympias. Aristobule ne parle pas du bain dans le Cydnos : il dit que le roi est tombé malade par suite de fatigues excessives.

Oct. 333 : OL. cxr^ 4] fêtes de soles 249

Bien que grecque d'origine, cette ville était tellement attachée à la cause des Perses, qu'Alexandre non seulement y laissa une garnison, mais frappa les habitants d'une contribution de deux cents talents d'argent. Il fit de là une incursion dans la Cilicie âpre avec trois phalanges, les archers et les Agrianes ; en sept jours, il acheva de soumettre les montagnards, partie de gré, partie de force, de sorte que ses communications avec les provinces de l'ouest fu/^nt assurées. Il revint à Soles, où il reçut la nouvelle qu'Othontopatès, qui tenait encore la forteresse maritime d'Halicarnasse, avait été vaincu dans un combat acharné et que plus de mille hommes avaient été faits prisonniers. Pour célébrer l'heureuse issue de la campagne et la guérison du roi, on donna des fêtes de toutes sortes à Soles. Le spectacle du grand sacrifice qui fut offert à Asclépios, du défilé triomphal de toute l'armée réunie, de la retraite aux flambeaux, des concours gymniques et jeux d'adresse, dut réveiller dans l'esprit des Soliens, qui avaient presque oublié les mœurs de la Grèce, le souvenir de leur patrie et de leurs aïeux. Maintenant le temps des Barbares était passé ; la vie hellénique rentrait dans ces contrées longtemps asservies; elles se glorifiaient maintenant de leur origine hellénique, jadis oubliée et méprisée au milieu de la barbarie asiatique. Alexandre donna aux Soliens une constitution démocratique, et, quelques semaines plus tard, aussitôt après la bataille décisive d'Issos, il envoya Tordre de leur remettre la rançon imposée et leurs otages ^

De retour à Tarse, le roi fit avancer sa cavalerie sous la conduite de Philotas à travers la plaine d'Aléa, au bord du fleuve Pyramos, tandis qu'il se dirigeait lui-même avec le reste de l'armée, le long de la côte, vers Mallos en passant par Magarsos. Ces deux villes conservaient encore des souvenirs helléniques auxquels Alexandre put faire appel : à Mallos en particulier, le peuple, à l'approche d'Alexandre, s'était soulevé contre ceux qui l'avaient opprimé jusqu'à ce jour ; la lutte sanglante entre le parti des Perses et celui du peuple ne se décida et ne s'apaisa qu'à l'apparition d'Alexandre.

') Arrian., II, 12, 4.

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