CHAPITRE TROISIÈME
Les préparatifs des Perses. — Alexandre marche vers la Syrie, passe rKuphrate et se dirige vers le Tigre. — Bataille de Gauganièle. — Marche sur Babylone. — Occupation de Suse. — Expédition à Persepolis.
Le droit superbe de la victoire est toujours la victoire d'un droit supérieur, du droit que donne la volonté tendue plus haut, le développement plus avancé, la force stimulante d'une nouvelle et féconde pensée. C'est par ces sortes de victoires que s'accomplit la critique de ce qui existait et était admis jusqu'alors, mais ne menait pas plus loin, de ce qui semblait fort et sur de soi, mais au fond était malade et vermoulu. Ni la naissance, ni le droit héréditaire, ni les mœurs paisibles, ni la vertu, ni aucun autre mérite personnel ne protègent alors contre la puissance supérieure de celui auquel le destin a donné en partage la grandeur historique. Victorieux tant qu'il trouve à oser, à combattre, à renverser, il construit, mais en détruisant encore ; il produit un monde nouveau, mais en le faisant sortir des ruines et en le fondant sur les ruines de ce qu'il a renversé. Ce qu'il a vaincu et brisé lui survit dans son ouvrage.
Les documents sur l'histoire d'Alexandre ont fait ressortir avec plus ou moins de précision le contraste qui existait entre lui et Darius, entre le héros actif et le héros passif. Ils dépeignent Darius comme doux, noble, hdèle, comme un modèle de respect envers sa mère, d'amour et de tendresse envers son épouse et ses enfants, et comme l'objet du profond respect des Perses à cause de son équité, de sa bravoure chevaleresque, de ses sentiments royaux, A une époque tranquille, peut-être eùt-il été un roi tel qu'on en vit rarement siu^ les