SUR
Pierre de SALEFRANQUE
Comment f ai découvert SaJefranque.
Pierre de Salefranqae est aujourd'hui un inconnu.
Il l'était autant de ses contemporains, du moins comme écrivain.
Il n'est en efTet cité nulle part dans les ouvrages du xvii'^ et du xviii« siècles, sinon sous le voile de l'anonyme.
A peine le trouvons-nous une fois en rapport avec le célèbre historien basque, Arnaud d'Oihénart, « intendant de la maison de M. le maréchal de Gramont », qui lui communique, le 17 décembre 16G4, une Ordonnance originale de notre futur Henri IV, rétablissant la religion catholique en Béarn, le 16 octobre 1572 (1).
Cette pièce existe parmi les documents de Vliistoivc de ritéréfiie de Béarn, dont une copie, malheureusement très défectueuse, se trouvait dans les Papiers de l'abbé Bonnecaze, de Pardies (2).
(1) Au chapitre de notre manuscrit intitulé : T)e la conversion du roy Henri le Grand.
(2) Voir son Autofjiographie dans les Etud. Jtisl. et rcli<j. du dioc. de Bayomie, Y, 37.
Ayant examiné ce manuscrit dans une séance de la i:iociété des Sciences, Lettres et Arts de Pau, le 29 mars 1905, je rappelai les noms des historiens qui se sont occupés do la Réforme jusqu'à nos jours : Nicolas de Bordenave, Pierre Olhagaray, Jean de Bordenave, Pierre de Marca, le barnabite Mirasson, Bonnecaze et Poe y da van t.
Les manuscrits, traitant le même sujet, sont peu nombreux, inconnus ou perdus pour la plupart. Le plus important est VHistoire du Béarn, du P. Mirasson, qui offrit son ouvrage, en 1772, aux États de Béarn et est déposé aujourd'hui à la Bibliothèque de la ville de Pau (1). Cet auteur médiocre cite parmi ses sources un ft mémoire » ou « manuscrit béarnais » qui n'est autre que l'Histoire inédite dont nous nous occupons. D'autre part, une conversation avec feu M. Soulice, le savant et judicieux bibliothécaire de la ville de Pau, m'avait fait comprendre qu'il existait deux parties de cette Histoire : la première venant de Bonnecaze, et qui n'était qu'une mauvaise copie (1545-1573), et l'autre, en mains de M. Soulice, qui était l'original et la suite de la précédente, allant de 1573 à 1646 environ, d'après lui. Cet ouvrage, ajoutais-je, « est du xvii" siècle. 11 est sans nom d'auteur. 11 fut écrit après la mort de Louis Xlll et probablement au temps du second Maytie, évéque d'Oloron. Ce fut sans doute un ecclésiastique (prêtre ou religieux), demeurant à Pau, qui le rédigea, comme semblent l'indiquer certaines tournures de phrase. L'auteur donne, à chaque chapitre, un texte qu'il appuie de preuves ou pièces justificatives; elles sont au nombre de 150, la plupart inédites. Par conséquent, ce manuscrit est d'une importance capitale pour noire histoire locale » (2).
Je m'occupai encore de ce manuscrit, le 29 novembre 1909 (3). J'essayai de prouver que c'était une partie du second volume de VHlstoire de Béarn, de Marca, aujourd'hui perdu. Les raisons invoquées en faveur de cette opinion étaient les suivantes : l" le texte du chanoine J'^ de Bordenave, qui renvoie pour l'histoire
(1) Voir dans le Bullelin de la Société des Sciences, Lettres et Arts (1887-1888) mon étude sur le P. Mirasson « auteur anonyme de VHistoire du Béarn ».
(2) Bull, de la Société, t. XXXIII, p. 240.
(3) Ibid., 1909, p. 290.
du protestantisme béarnais au tome II de Touvrage de Marca ( 1 ); 2» l'uniformité de composition entre Vllisioiro de Bcarn et ce manuscrit, où Ton voit, à chaque chapitre, le texte de l'auteur suivi des « Preuves » ou pièces justificatives; 3" l'époque oii ce manuscrit fut rédij^é, que je croyais alors d'avant IGiO; i" rimpossiliilité de trouver au xvii*- siècle, en Béarn, un historien initié aux bonnes méthodes de ce temps-là, autre que Marca lui-même.
Je savais dès lors que M. Soulice avait utilisé ce manuscrit dansle récit qu'il pubHa de la capture d'Antoine de Gramont par le baron d'Arros, en 1573 (2). Mais ce n'est qu'en 1913 que je pus me rendre bien compte de l'importance de l'original et de son contenu exact. Il avaitété déposé à la Bibliothèque de la Société de lliisloire du Protestantisme français, à Paris. M. l'abbé Guérard, ancien chapelain de Saint-Louis-des-Français, à Home, bien connu par ses travaux d'érudition, eut l'oljligeance de copier, à mon intention, la Préface du manuscrit, qui se trouve, d'une manière assez singulière, reléguée à la fin de la IIP' partie de l'ouvrage. Il m'écrivait en même temps que cette histoire de la Réforme se poursuivait jusqu'en 1669.
Cette constatation me prouva que je m'étais trompé dans l'attribution de ce travail à Marca, celui-pi étant mort en 1662. Il fallait donc chercher ailleurs.
La Préface révélait un auteur nourri de controverses théologiqnes, tout à la fois polémiste inodéré et apôtre. Ce devait être un ecclésiastique ou un religieux ; mais aucun nom ne se présentait à la- mémoire, dans l'ignorance où nous sommes toujours des écrivains béarnais du xvii*^ siècle. L'hypothèse la plus vraisemblable était que cette œuvre sortait du Collège des Jésuites de Pau, car l'auteur nous apprend qu'il résidait dans cette ville (3).
Malheureusement, de ce côté, il n'y avait guère rien à espérer. Aucune comparaison d'écritures ne pouvait se faire, car la plupart des archives de la Compagnie de Jésus à Pau ont été perdues. Mais il y avait aussi des origines parlementaires possibles. Le
(1) De l'eslal Jes I^alises calhcdrales ri cd/lrgialfs. Paris, Dupais, 1643, in-fol., p. 837.
(2) Bitll. (h- la Soc, 1874, t. iV, p. 8? ; Lrs UKijKriiots daits le Brani, \n\r Coninuniîiy, p. 183.
(3) Ktalilissement <lo la Confrérif des priiitciits hlcus r» tvV/r ville dr Pan, par arri'-t do la Cour, du 't j"i'i f'"''"'- C-liap. •"> du nianuscrit.
Parlement de Navarre siégeait en effet à Pau, ancienne capitale du Béarn. Un de ses membres, Arnaud de Cortade, a laissé de nombreux documents publiés par Paul Raymond et M. de Dufau de Maluquer, sous le titre d' « Extraits de la Chambre des Comptes ». Et que de Mémoires on trouve encore sur de multiples questions, œuvres anonymes de magistrats et non sans valeur ! Colbert n'avait-il pas chargé précisément un Président de la Chambre des Comptes de Pau, Jean de Doat, de rechercher des documents et de faire des extraits dans les dépôts des Archives de France pour le service du roi? Travail mené à bonne fin^t qui est devenu une des sources principales de l'histoire de notre pays à la Bibliothèque Nationale de Paris, sous le nom de Collection Doat.
Un magistrat pouvait donc être l'auteur de notre manuscrit, d'autant plus qu'en tête de la copie de Bonnecaze, l'on disait que cette « relation » se trouvait au verso d'un registre du Parlement oi^i les c( faits » avaient été « écrits, dans la suite, par quelqu'un des greffiers du Conseil ». Cette note, que je n'ai pas d'abord bien comprise, pouvait, à elle seule, faire découvrir l'auteur du manuscrit; mais elle était un peu trop vague.
Heureusement, il y avait d'autres moyens plus sûrs d'arriver à une solution.
Les archives de l'ancienne Chambre des Comptes de Pau possèdent encore un nombre considérable de quittances des xvi« et xvn« siècles, écrites et signées par tous ceux qui émargeaient alors, de quelque manière, au budget du Béarn.
Qui sait si ces précieux autographes ne révéleraient pas le nom de l'auteur inconnu? Une comparaison d'écritures s'imposait donc de toute nécessité.
M. Weïss, bibliothécaire de la Sociale du Protestantisme français, eut l'obligeance — et je l'en remercie vivement — de m'envoyer la photographie de deux pages de l'original. Il n'y avait plus qu'à les comparer avec nos documents et nos quittances.
La recherche fut longue et souvent peu encourageante. J'avais cependant bien à portée la solution tant désirée; elle se trouvait, en réalité, dans la copie de Bonnecaze, oii il est question de Salefranque et d'Oïhénart en 1664 ; mais, je ne connaissais pas alors ce passage. J'ai retrouvé plus tard les notes dont j'accompagnai, dans cette recherche fastidieuse, les noms des signataires des quittances. A plusieurs est attachée la mention non, pour dire que leur écriture ne ressemblait pas à celle du manuscrit. D'autres
noms étaient suivis d'une note plus favorable et laissant quelque espoir d'identification (i).
Mais les recherches n'aboutissaient point. Un jour, cependant, je tombai, dans le dossier B. 3930, sur unequittance dont l'écpiture avait quelques ressemblances avec celle de notre manuscrit et qui était signée Salefranque. Je m'ouvris alors de mon faible espoir de découverte à M. Lorber, archiviste des Basses-Pyrénées, toujours obligeant aux travailleurs, et qui me répondit, après une comparaison minutieuse des caractères : « Cette fois, vous brûlez! » Mais pourtant rien de décisif; bien plus, des dilTérences d'écriture qui n'autorisaient pas de grandes illusions. Il y avait surtout, dans notre manuscrit, les B et les R majuscules, très caractéristiques, que je ne retrouvais pas dans les quittances de Pau. (2).
Il faut croire que les vieilles écritures sont de comparaison diflicile, car bientôt je ne « brûlais » plus du tout.
De guerre lasse, et ne conservant plus grand espoir de succès, j'eus l'idée de réunir 7 ou 8 quittances, signées Salefranque. et de les aligner en colonne en face des photographies de l'original ; la lumière éclata aussitôt, l'identité de l'auteur devint irrécusable; c'était l'évidence absolue et ne laissant place à aucun doute possible.
L'auteur de V Histoire de V hérésie de Bèarn était donc découvert. C'était un certain Salefranque dont la belle et grande signature se faisait remarquer entre toutes les autres.
Depuis lors, les confirmations décisives vinrent de toutes parts. Le regretté Barthety, avisé de la trouvaille, accourut tout triomphant m'apportant la fameuse signature qu'il avait remarquée jadis aux Archives de Lescar dans le FF. 1 (3), tant il en avait été frappé. Je connaissais bien ce document dont j'avais autrefois publié plusieurs textes (4), mais je ne m'en rappelais pas la signature que
(1) A^oici, à titre de curiosité, de B. :^939 à 3943, les noms suivis de la note non : Salefranque, Cachalon, l.abourt, Cortade, Doat, Vignau, Loyard, Larocque. Mais, on y disait : Voir Nolivos et surtout Sarthou. Dans B. 3955, j'éci-is : « Labourt? Sartliou (plutôt) ». Dans B. 3961 : « Cortade 7 Revoir Cortade, B. 3983 ». B. 3927 : Thibault de Lavie, non; B. :-î930 : Salefranque, peut-ître. — C. 714, f. 105 : « On dirait l'écriture de Salefranque, et dans tout le registre ».
('2) Trop longtemps je me suis obstiné à la recherche de majuscules B et R, identiques à celles du manuscrit. J'ai dû enfin y renoncer.
(3) x\rch. de Lescar, f" 137 r", 1(5 novembre 1648.
(4) L'ocum. et biljliogr. ixr la Réforme en Béarn, I, Pau, Yignancour, 1900, pp. 93 et 156.
je n'avais pas d'ailleurs mentionnée. J'allai donc bien vite à Lescar à la cote indiquée; je trouvai un manuscrit de plus de 300 pages, entièrement écrit par Salefranque, et bien précieux pour la -ville de Lescar, à cause des nombreuses décisions du Conseil souverain de Béarn dont les originaux sont aujourd'hui perdus.
Des comparaisons d'écritui'e se (irent aussi ailleurs ; par exemple, dans le registre BB. 2 des délibérations municipales de la ville de Pau; il ne contient pas moins de 50 pages, écrites de la main de Salefranque, lorsqu'il était premier jurât, c'est-à-dire maire delà cité; il l'édigeait alors presque toutes les délibérations auxquelles il présidait. Devenu secrétaire du Parlement de Navarçe en 1640, comme nous le verrons, on trouve le nom de Salefranque un peu partout jusqu'en 1687, date de sa mort.
Qu'on compare maintenant les deux textes que nous donnons, aux pages suivantes, de la Préface du manuscrit avec celui d'une quittance signée et l'on sera convaincu que Salefranque est bien l'auteur de VHisloirc de lliéréiie de Béarn.
Nous étudierons dans un chapitre spécial le manuscrit de Salefranque et nous en montrerons l'importance. Nous verrons aussi que, quoique l'auteur n'en fût pas connu, son manuscrit n'en a pas moins été utilisé, en partie.
Il y a bien quelques problèmes dont nous n'aurons pas la solution.
Pourquoi Salefranque a-t-il écrit une histoire de Béarn et surtout une histoire de la Béforino béarnaise? Il semblait moins que personne indiqué pour un travail de ce genre. Ce n'était pas un « nouveau converti », comme l'on dira plus tard; mais c'était un « converti » récent, qui s'est trouvé bientôt un tempérament, non de combatif, — ce serait trop dire — mais de redresseur de torts, en faveur de l'Église et des doctrines qu'il venait d'embrasser.
On ne comprendra pas que l'œuvre de Salefranque s'arrête à l'année 1669.
Je persiste à croire que cette étude était une sorte de préliminaire lointain de la Bévocation de l'Édit de Nantes; que c'était un travail demandé par le pouvoir royal, qui devait |)ar conséquent être publié, pour permettre aux esprits de comprendre le présent à la lumière du passé et d'y voir une sorte de représailles du xviF siècle contre certains événements du xvi'".
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Le no)» de Salefranquc. Pierre de Salefranrjue, chirurgien à Pau, originaire de Caslélis. Sa fetnine, Anne de Hirigo'iiy. La maison de Salefranque. Naissa^ice, éducation et mariage de lliistorien Pierre de Salefranque. Il succède à son beau-père, comme secrétaire et garde-sacs du Parlernsnt. Les d'Estandau et les Salinis. La propriété cVAressg à Rousse (Jurançon] .
Le nom de Salefranque était commun en Béarn (1). 11 y avait des Salefranque un peu partout, particulièrement dans la vallée d'Aspe et à Borce, oi;i l'on voit encore ce nom écrit sur une porte en pierre de taille du xv' siècle (2).
A Pau, il y avait trois ou quatre familles de ce nom au xyii^ siècle (3). Celle qui nous intéresse était originaire de Castétis, près d'Orthez (4).
C'est le 13 février 1586 qu'il est fait mention, pour la première fois à Pau, de (c Berthomiu de Salafranque, de Castetiis », témoin au codicille du testament de Bernard de Forgues, seigneur de Siros (5).
Ce nom n'existe pas à Castétis dans io dénoraljrcment général fait par Gaston Phébus en 1385, mais on le trouve en 1536, dans le censier du lieu : « Item l'ostau de Sallafrancque... Item l'ostau de Verduc de Sallafrancque » ; et parmi les témoins du dénombrement de Jean de la Salle, seigneur de Candau, figure alors Gassiot
(1) Avec une ou deux /et la forme SaleTranque, Salafranque, Salafrancqua.
(2) Un moulage de cette belle inscription est au musée de Pau.
(3) 11 y avait Jean de S., « praticien », de Lèes, demeurant à Pau (Arch. B,-P., E. 205f5-2050, passim); deux Jeanne de S., veuves Sorber et Dezols {ibid., E. 2083, fo 187 ro ; E. 2085, f'> 311 ro); au xvnic siècle, les Salefr. de Gurs sont, à Pau, (lan-Jolis, Domezain (B. 4725, f" 14 r», et notaires non classés de Mauléon en 1704). Un Pesbarats, libraire, était marié avec une Salefranque, de Suus.
(4) Il y avait des Salefranque à Orthez, Arcb. B.-P. Not. d'Orthez non classés jiasshn. Il y en avait dans toute la région. M. Sallefranque, de Baigts, pharmacien à Pau et à Auglet, est de la i'amille des S. de Gurs.
(5) Arch. B.-P. E. 2008, f» 112 vo. Commun, de- M. Léopold Bauby.
(le Salat'ranca (i). Cette l'aniille existait encore à Gastétis au xviiF siècle (2), mais, vers 1740, elle prend le nom de Lostau (3).
C'est en 1597 que parait Pierre de Salefranque, chirurgien de la ville de Pau. On lui alloue- 15 écus « per comensamen de pague » ; on exécute ainsi les engagements pris avec lai, à son arrivée à Pau, « per fin et complimen de pagua de 30 escutz, qui eren estais ordonats à M*^ Pierre Salat'ranca, serurgien, au iempi^ de i^a betujudc en la présent ville, seguien l'arrest escriut » (4).
11 est probable qu'il y avait quelque lien de parenté entre Barthélémy de Salefranque, dont nous avons parlé, et ce dernier, tous deux originaires de Castétis, mais aucun texte ne l'indique.
Voici, maintenant, une requête qui va nous faire mieux connaître Pierre de Salefranque. On le désigne par sa profession de « barbier », car les barbiers étaient alors en même temps chirurgiens.
Il réclame, le 27 juin 1598, au corps de ville, un renouvellement de gages, égaux à ceux qui lui ont été déjà alloués. Sa bonne volonté, ses services, le désir de les continuer, son départ obligé pour Orthez, s'il n'est pas écouté, ses charges de famille (femme, entants, cherté de vivres, loyer d'appartement et de boutique), tout prédispose en sa faveur la ville qui lui donne encore 30 écus (5). Il sera exhorté à faire son devoir, autant qu'il le pourra, pour le bien et l'utilité générale, « per lo bien et solagement deu public ». Depuis lors et jusqu'en 1631, on trouve assez souvent, dans les Comptes de la ville et de l'État, le chirurgien recevant des honoraires pour les soins divers donnés aux malades,
(1) Arch. B.-P., B. 2079, fos 57, 58. \r dans B. 8Û6, des détails intéressants sur Castétis, en 1549 et 1550, fos 2, 3, 77, 108, 120.
(2) Arch. B.-P., Not. de Castétis, dans le fonds d'Orthez, non classé (6 déc. 1732).
(3) Déjà, en 1725 et 1732, les Sallefranque se font appeler Lostau à Castétis. B. 4815, fo 308.
(4) Arch. commun, de Pau, 1.597. CC. 83, f"s 10, 21.
(5) « Salefranque, barber. Lo XXVII de jun mil V' nabante et oeyt... assemblatz en la maison commune... Viste sa bone voluntat et services que lui a feyt et a affection de continuar, cuin autrement sie constret de se retirar à Orthez, et vistes las promesses à lui feytes, charge de famé et familie, carestie de viures et que lo convient pagar loguer et botique... aud/ de Salafranque seran balhatz deus diners de la ville, per la présent aneye, la somme de trente escutz ». Ibid.
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aux prisonniers, etc. ( I ). 11 signait tunjours De SatafranquCy cunune on le voit ici môme dans une quittance du 25 octobre 1621 (2). 11 donne sa démission de chii'urgien des prisons de Pau, le ',} avril 1628 (3).
SaletVanque était marié lorsqu'il arriva à Pau, en 1596 ou 1597. Il avait épousé Anne de Hirigoity, d'Orthez, dont le père était probablement, lui aussi, a barbier », ou cbirurgien (4).
Mais cette famille était manifestement d'origine basque et même labonrdine. Les Hirigoity babitaient Bayonne et toute la côte basque; et on rencontre assez fréquemment leur nom dans les documents de l'époque (5). Cela doit expliquer les armes parlantes, « un navire » et des pierres (?), que prit plus tard l'historien Pierre de Salefranquo dans ses cachets.
(1) « Pour avoir pensé et traité rexécuteur de la liante justice pendant 3 sepmaincs des blessures qui luy avoient été faictes » 22 avril 1002: B. 3329; visite de cadavi-es à Gelos, B. 3434. « Par la Cour est taxé à Me Pierre de Salafranque, chirurgien de la présente ville, la somme de quatre livres tourn. pour deux jours vacqués à aller au lieu de IMorlane, de mandement de lad. Cour pour sçavoir au vray et faire raport s'il y avoit des maladies dangereuses et contagieuses... le dernier de juin 1022. /. de Gassion ». B. 3659.
(2) Arch. B.-P., B. 3642.
(3) « Le 3 avril 1628 sont enregistrées les lettres de l'état de chirurgien en la geôle et prisons de la ville de Pau en faveur de M^ Jean de Casaubon, de Lescar, sur la démission de Pierre de Sallefranque )i. Bull, de la Soc. de Pmi., t. XYI, p. 173. Celui-ci avait été « pourvu de l'état de chirurgien aux prisons du château de Pau, aux gages de 50 I. » le 23 décembre 1613. Ibid., p. 127. — Cages de Salefranque, Chambre des Comptes de Pau, séi-ie B. et Arch. comm. de la ville, CC, ixissim, de 1598 à 1631.
(4) Censier d'Ortlte:, f" 56 vo, xvr' siècle. Martichant: de IIirl<joitij, harher. — Censier de KiW, le même, f'>17 vo. Il avait acheté la maison du serrurier Rebel, qui confrontait à la maison Lichigaray-Crouseilles (maison des prêtres prébendiers). Commun, de M. Batcave.
(5) Quatre prêtres de ce nom, de Bidart et de Saint-Jean -de-Luz, sont mentionnés par M. Vinson dans son Essai d'une bdjUogr. de la langue basque, pp. 67, 68, 99, 124. — Aux Arch. comm. de Bayonne, on trouve de nombreux Hirigoity, de 1638 à 1646 (Reg. de ba})tèmes). Un Hirigoity est receveur du bureau de Ciboure, en 1648. Ibid., CC. 419, p. 126. — Il y avait une maison et une prébende de Hirigoity à Ascain ; cette dernière fut fondée le 16 janvier 1664, par Auger de H., neveu de Jean de H., ancien curé d'Ascain. Arch. B.-P., G. 23.
Nous verrons qu'ils eurent au moins sept entants, mais nous n'avons trouvé que l'acte de baptême suivant : « Le 5 mars 160G, fut baptizé Jean Paul de Salefranque, fils de M''^ Pierre Salefranque et Anne de Hirigoyti, sa femme, présenté par egregy M""" Jean Paul de Lescun, conseiller du roy, et Dam<'"^' Catherine de Séris, sa femme » (1). Notons en passant que le parrain de l'enfant est ici Jean-Paul de Lescun, le célèbre agitateur huguenot liéarnais du xviie siècle.
Il faut croire que les affaires du chirurgien étaient prospères, car il acheta un petit terrain pour y construire au plus tôt une maison et s'y loger. Cette acquisition se fit, le 8 avril 1608, au prix de 525 francs bordelais, de 10 sols jaques par franc ; le vendeur était Pierre d'Héréter, avocat. Ce terrain était situé au faubourg de la ville, dans la rue appelée « de dessus le Portail de l'horloge » (rues du Château et Préfecture). Ce portail était à l'axe de la rue Sully actuelle, avant d'arriver à la rue Bordenave-d'Abère qui n'existait pas encore, non plus que le pont. Le terrain confrontait par devant à la rue publique, par derrière aux a. embarras » de la ville ou fortifications ; elle était bornée à (h'oite et à gauche par les maisons Roques et Lescuder (2). Un mois après, Salefranque acheta la mitoyenneté de son immeuble au graveur 0'"^ Lamy, mari d'Anne de Lescuder (3). C'est là que notre chirurgien bâtira, et qu'il établira son séjour après de nouveaux arrangements avec son vendeur et la ville.
Il est plusieurs fois question de cette maison dans nos documents. Dans l'un d'eux, du 28 novembre 1618, figure comme témoin noble Jean de Salefranque, ce abbé » de Borce (4), ce qui indiquerait une parenté intéressante.
Nous nous sommes demandé où pouvait être située cette maison Salefranque. Un acte du 7 janvier 1651 semble nous apporter la solution. Il y est question de la maison « scise en la grande rue, appelée de Salefranque, ...controntant... avec lad. rue publique
(1) Arch. commun, de Pau, GG. 1, f" 89 vo.
(2) « Me Pierre de Ilereter, advocat au Conseil,... fe vendition... en fabour de meste Pierre de Salafrancque de Castetiis, chirurgien,... de toute acquere place et terre... sise et scitoade au fausbourcq de lad. ville et rue apperade de dessus le portau deu relodge », etc. Arch. B.-P., E. '2021, fo 330 ro. Sur le Portail de l'horloge, cf. Lacaze dans le Bull, de la Soc, t. L\, p. 88.
(3) Arch. B.-P., E. 2022, fo .519 vo,
(4) Jbid., E. 2029, fo 21 vo, et 2027, fo 235 ro; E. 2031, fo 414 ro.
et jyar le derrière avec place publique de la ville » (l). Ainsi cette maison était près de l'actuelle maison Baylaucq, non loin de la rue Sully, et cette place publique était l'ancienne place Gassion.
Il ne faut donc pas confondre cette maison avec celle dite de Salefranque, située à la rue Lacoudure ou de Nay, et dont il est beaucoup question dans les affaires de la ville en 1639 et 1642 (2). On y voit ligurer un Jean de Salefranque de « Salies ». Les deux maisons ne sont pas du tout dans le même quartier. Je crois d'ailleurs que ce dernier était un parent du chirurgien et que plus tard nos Salefranijue iront habiter cette maison.
Dans l'intervalle, le chirurgien Salefranque lit une maladie qui le réduisit à toute extrémité. 11 rédigea alors un testament qui nous fait connaître un peu l'état de sa famille (3 juin 1614). Après une courte profession de foi oii il recommande son àme à Dieu, il déclare vouloir être enterré au cimetière de l'hôpital. 11 dit qu'il est marié avec Anne de Hirigoïly, d'Orthez, dont il a cinq enfants vivants; sa femme est encore enceinte. Ces enfants se nomment Pierre, Philippe (3), Jeanne, Marie et Madeleine. On voit que Jean- Paul, né en 1606, était mort en bas âge. 11 laissa la propriété de ses biens à ses enfants, et la jouissance à sa femme ; les pauvres recevront cinq écus petits, un an après sa mort. 11 doit 20 francs à la famille de M. de Roques; et c'est tout (4).
Deux filles, Philippe et Jeanne, se marieront du vivant de leur père, la première avec Pierre de Pierre, de Beuste, greffier, en novembre 1625; la seconde avec Jacques de Lafite, en août 1627(5). Nous ne savons rien des autres enfants, sauf de l'aîné, Pierre, qui fait l'objet de cette étude.
Pierre de Salefranque naquit vers 1600, à Pau, .sans doute, car il eut pour parrain Pierre de Foissin, apothicaire de cette ville, qui l'assistera à son mariage.
Nous n'avons pas le moindi'o l'enseignement sur ses (Hudes. 11 dût les faire dans la fameuse Université protestante d'Orthez
(i) Arch. B.-P., E. 20.V2, 1" 170 n>.
{-2) IhiiL, E. 20:58, -10 janvier 1040. — Arcii. comm. de Pau, DO. 10. Eiarg-isseinent de la rue Lacoudure. — L. I^acazk, Lea rues de Puu, in-8", 1888, p. 111 ; celte seconde maison Salefranque était au coin de la rue Adoue actuelle.
(3) Ici, nom de fdie.
Cn Arch. P..-I'., E. 202i, f" 908 v.
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où l'on voit au moins un autre étudiant de son nom, en 1618, devenu ministre de Nay en 1623 (1),
Pierre de Salefranque se dit simplement avocat au Parlement quand il épousa Jeanne d'Estandau en 1631. Il est assisté de son père, de son beau-frère, Pierre de Pierre, et de P. Foissin, apothicaire et bourgeois dft Pau, son parrain.
Jeanne d'Estandau est accompagnée de son père, Pierre d'Estandau, secrétaire du roi et garde-sacs du Parlement, de sa mère Jeanne d'Esclaux, de Jean et de Jacob de Gassion, ses cousins, de Pierre de Salinis, son oncle, etc.
Les deux fiancés promettent de faire bénir leur mariage au temple protestant, en facij de le gleijse de la religion refformade, un mois après réquisition. C'est là un détail important qu'il faut retenir.
Après quelques arrangements nuptiaux, l'oncle de la future, Pierre de Salinis, l'institue héritière de tous ses biens, présents et à venir, parce qu'elle est la fille aînée de sa sœur d'Esclaux et sa nièce et filleule. Il n'excepte que la maison maternelle de Gastagnède, située à Pau, et il veut que la jouissance de ses biens n'ait lieu qu'après sa mort (2).
L'acte fut rédigé le jeudi 2 janvier 1631, par devant Jean d'Agoeix, notaire de Pau, et en présence de nombreux témoins (3).
La famille d'Estandau était originaire de Bellocq, près d'Orthez. On en trouve une généalogie assez exacte, sauf quelques dates, à la Bibliothèque de Pau (4).
Pierre d'Estandau figure partout comme secrétaire et garde-sacB. Gette charge fait l'objet de plusieurs articles dans les Priviledges et Reglamens deu Pays de Dearn (5). Le garde-sacs, ou archiviste.
(1) Ibid., B. 3593 et B. 3684, Ja de Salefranque, d'Orthez, figure comme étudiant, en 1618 ; B. 3635. — Dans le Censier d'Orthez du xvie siècle, fo 60 vo, Jean de Salafranque achète la maison de Domecq. On trouve dans E. 2053, fo 449 ro et suiv., plusieurs Salefranque, d'Orthez, en 1651.
(2) Voir E. 2019, fo 69 vo, un acte établissant la parenté des d'Esclaux, Gassion, Gastagnède, etc., et ibid., fo 494 vo.
(3) Arch. des B.-P., E. 2034, fo 435.
(4) Fragment de généalogie, annexé à un factura contenant un Mémoire de M. de Bats contre Jacques de Salefranque.
(5) Compilation d'auguns priviledges et reglame)is deu pays de Bearn, feyts et octroyais à Vintercession deiis Estats. La première édition fut imprimée à Lescar par G. de La Place, en 1633, in-4o ; et la seconde à Orthez, par Jacques Rouyer, en 1670, in-4o.
était tenu de faire sa résidence dans la ville de Pau, et, un mois après sa mise en possession, de faire un inventaire de tous procès et autres pièces dont pourraient avoir besoin les États du pays, Pierre d'Estandau est deux fois mentionné aux articles XL et LXI de la rubrique 12 des notaires dans le livre des Priviledges. On ne l'y appelle jamais que secrétaire et garde-sacs.
On nous a conservé le souvenir de quelques-uns des secrétaires, garde-sacs du pays, depuis le xvi-^ siècle.
Jean Lacoste, de Monein, l'était en 1589, lorsqu'il fut exclu pour cause de religion, et remplacé, le 13 décembre, par Bernard de Montant, nommé par le baron d'Arros. Cet office lui fut confirmé le 12 mars 1574 ; mais Jean Lacoste reprit sa place après 1580. On trouve ensuite la mention suivante :
« Provisions de M. de La Force de l'office de secrétaire, gardesacs du Conseil, en faveur de Pierre d'Estandau, de Belloc, à la place de Jean de Lacoste, de Monein, du 10 septembre 1597 ; receu le 25 avec la confirmation du roy, dans laquelle il dit que quoyque cet office soit de ceux qu'il s'est réservé, puisqu'il est du corps du Conseil, néanmoins, attendu la modicité d'iceluy et la réception du pourveu, il la confirme sans tirer à conséquence, du 22« novembre 1597 ; et l'inventaire des papiers ayant été fait par M. de Colomiers, commissaire, contenant, est-il dit, 85 feuillets d'écriture, on le remit en original audit Destandau lequel s'en chargea icy, sur le registre. »
Le 30 décembre 1598, il fut pourvu de l'office de garde-sacs du sénéchal (1).
D'après la généalogie déjà mentionnée, Pierre d'Estandau et Jeanne d'Esclaux se marièrent le 25 juin 1599. On le dit, lui, dans dilTérents actes, conseiller du roi, secrétaire, garde-sacs, notaire (2) et plus tard jurât de Pau. Son nom se rencontre très fréquemment dans les registres notariaux et dans les papiers publics du temps, jusqu'en 1640.
De ce mariage naquirent plusieurs enfants dont, en particulier, Francjis, Jeanne et Catherine.
1° François épousa Jeanne de Parage, le 19 juillet 1640 (3); ils
(1) Bull, de la Soc. des S. L. A. de Pau, t. XXIV, pp. 63, 64, 66, et t. XXV, p. -136.
(2) On l'appelle même notaire « général », E. 2031, f» 372.
(3) Arch. B.-P., E. 2038, fo 250 r<>. - Les d'Esclaux étaient aussi de Bellocq, comme les Parage, E. 2016, f» 168 v».
eurent au moins une fille, Marie, qui fut unie à Armand de Gontaud, baron d'Arros, en janvier 1662. Leur fils, Armand, épousa, en premières noces, M"e de Mesplès (décêdée sans enfants) ; et ensuite M"» deDiusse. Leur enfant unique, marquis de Biron. étant mort en 1759, laissa une succession revendiquée, entre autres, par les Salefranque, d'après le droit d'avitinage.
2« Jeanne, née le 19 juillet 1600, se maria, disons-nous, avec Pierre de Salefranque.
3" Callterinc, née le 23 septembre 1601, épousa Jean-Jacques de Gaye, de Montpezat.
4° Fièvre d'Estandau-Guiraudet (I).
On voit, dans les actes notariaux du temps, que Pierre d'Estandau devint grand propriétaire foncier, à Pau, à Jurançon, à Bizanos.
A sa mort, Pierre de Salefranque, son gendre, lui succéda dans ses cliarges publiques, comme on peut le constater dans les documents suivants :
(( Provisions de l'office de garde-sacs du Parlement en faveur de Pierre de Salafran que, par le décès de Pierre d'Estandau, du 28- avril 1640. .
« Provisions de l'office de notaire et secrétaire du Parlement en faveur dudit Pierre de Salefranque, du 28'' avril 1640 » (2).
Nous verrons bientôt que le nouveau garde-sacs sut bien remplir son devoir.
Mais, avant de terminer ce chapitre, disons quelques mots de Pierre de Salinis, qui donna ses biens en héritage à la jeune femme de Salefranque.
La généalogie des Saliuis est assez compliquée, à cause de la multiplicité des memi)rcs de cette famille.
Le premier, M. de Dufau de Maluquer, a mis de l'ordre et de la clarté dans la question. 11 a prouvé que la famille de Salinis est originaire de Salies-de-Béarn (3).
L'oncle de Jeanne d'Estandeau, Pierre de Salinis, avait pour mère Blanche de Castagnède (ou Castaede, dans les textes béarnais), qui s'était mariée deux fois (d'oii l'embarras des généalogisles) :
(1) Arch. B.-P., E. 2051, fo 56 vo.
• (2) Bull, de la Société de Pau, XXXV, 1907, p. 142. Un autre texte dit « par la démission ».
(3) Armoriai de Béarn, Pau, Ribaut, 1893, in-8o, II, pp. 390 et suiv.
'1° avec Ar'naml de Salinis, notaire el jurât de Pau, avant 1561 ; leur fils aine et liériliei- fut précisément notre I*iei're de Salinis, encore « écolier « en 1583 (1) ; 2" avec Arnaud-Guillieni d'EscIaux, greftier et jurât de Pau, le 26 janvier 1580 ; ils eurent, entre autres entants, une fille, Jeanne d'Esciaux, qui épousa Pierre d'Estandau (2).
Ainsi, Pierre de Salinis et Jeanne d'Esclaux étaient frère et sœur utérins, issus de Blanche de Castagnède, leur mère commune (3). Jeanne d'Estandau, femme de Pierre de Salefranque, était donc bien la nièce de Pierre de Salinis.
Parmi les biens laissés par lui à sa nièce se trouvait la propriété d'Aressy, située au quartier de Rousse, à Jurançon, dont il était jurât (4), et où il restait habituellement.
Plusieurs documents en témoignent.
D'abord, le Licre terrier de Jnrti)U'0)i l'IOO^I, qui indique les maisons, vergers, chàtaignerées et bois d'Aressy comme lui appartenant. Cette métairie avait une surrace de 9i journées de terre. Dans un acte oii il se dépouille de la maison maternelle de Castagnède à Pau, P. de Salinis avoue « sa vieillesse de septante ans ou plus, seinhs aver aucuns enfans » et laisse cet immeuble à sa sœur, Jeanne d'Esclaux, le 2 mars 1634. Il ne tarda pas à disparaître, et Pierre de Salefranque fit de ce lieu retiré une maison de campagne oi^i, plus tard, la famille s'installa définitivement.
On trouve encore au lÀvre terrier de Jurançon une page débutant ainsi : ({ Aressy. Incontinent s'est présenté M'' Pierre de Salefranque, advocat, lequel moyennant serment, comme dessus, a reconnu tenir et posséder... une maison appelée d'Aressy » (5).
Depuis lors, cette maison prit le nom de son nouveau maître, et on l'appelle encore aujourd'hui la propriété Salefranque.
(i) Arm. de Bcctrn, II, p. 305.
(2) Ifjid., p. 395, note bo.
(3) Un acte du 17 janvier 16()0 prouve le bien-fondé de ces origines. Arch. B.-P., E. 2019, f" 09 v".
(4) Papiem de Xaijs à Rousse.
(5) Arcli. B.-P., B. B7o, fo 497.
Pierre de Salcfranqiie, député et jjremier jurât de Pau [1641- 1645; 1654-1661 ). Procès sur la seigneurie d'Aressy contre M. de Labourl ; il est délégué à Bordeaux. Affaire des délibérations falsifiées et des documents perdus [1650, 167 3J.
Nous ne savons guère ce qu'a fait SaletVanque jusqu'en 1640. Le premier registre des délibérations de la ville de Pau, au xviF siècle (1600-1640), nous aurait probablement renseignés sur son activité, mais il a disparu depuis longtemps. Cette perte irréparable ne laisse place qu'aux plus vagues indications.
Si Salefranque avait vécu do notre temps, on pourrait dire qu'il fut un moment piqué de la tarentule de la politique. A cette époque, c'était besoin de se produire et de vivre, en travaillant beaucoup, au service du public.
C'est pour cela que Salefranque se fit d'abord nommer « député ». Ce litre était électif. D'après les Fors de Béarn, c'était la communauté, — on dirait aujourd'hui simplement la commune — qui nommait les députés. Ceux-ci, réunis aux anciens jurats, élisaient les nouveaux et- parmi eux le premier jurât (ou ipaire) et le second jurât, qui succédaient, le moment venu, d'ordinaire au bout de deux ans, aux anciens mandataires.
Ainsi, Salefranque fut d'abord nommé député vers 1639 et ensuite premier jurât le 9 juin 1641 (1). Il figure souvent, à titre de « député » dans le registre des délibérations de la ville de Pau, du 4 octobre 1640 au 9 juin 1641, date oi^i il entra dans la jurade et au premier rang.
Vaille que vaille cette nomination, elle est au moins une preuve que Salefranque avait une réelle action dans son pays et que ses concitoyens lui accordaient une haute valeur, puisqu'ils le préposaient à l'administration de leur villu.
Aussi, croyons-nous devoir publier le document qui nous donne l'élection de Salefranque comme jurât et premier jurât :
Le liuicticsme juin mil six cens quarante un, estans assemblés à la maison de ville, les sieurs de Capdeville, de Loyard, Doazon, Lostau, Idron et de Mirassour, juratz, d'Auture, Misson, Tisnées, Ducamp, Pefaur, Prechacq,
(1) Arcli. commun, de Pau, BB, 2, fos 15 ro, 35 r°.
Dubourcq, S:ilerranc;;ue, Horeter, Lalande, (rAbbadie, Micolau. depputés, pour procéder à la nomination de trois jurais et sept députés, sçavoir des sieurs de Capdeville, Loyard et Doueson, jurats, d'Auture, Misson, Tisnées, Ducamp, Pefaur, Pussacq, Dubourcq, députés anciens, a esté procédé à lad. nomination, après avoir faict lecture du douziesme article du for et de jurats (1).
Tous les jurats et députés ont juré, sçavoir les catholicques sur les saints Evangiliis, Te igitur et S'f Croix, et ceux de la religion P. R. (2) sur la Bible, qu'ils ne se sont laissés briguer et qu'ilz esliront personnes capables et suffisans pour estre jurats.
C'estans retirez à part, chacun auroit escript un bilhet où estoit només ceux entendant estre juratz. Et lesd. bilhetz ayant esté mis en main du S'' de Capdeville, premier jurât, il les auroit mis dans un chapeau ; et, en ayant fait lecture, l'un après l'autre, c'est trouvé que par pluralitté de voix ont esté nommés, sçavoir, pour les jurats catholicques, Mtics Pierre de Salefranque, Jacques Ducamp ; pour servir de premier jurât à la première nomination, led. de Salefranque, et led. Ducamp second. Me Pierre Wisson pour jurât de la religion P. R. Et tout incontinent lesd. de Salefranque, Du Camp et de Misson ont preste le serment et ont prins place suivant leur élection, et tous les jurats, tant anciens que ceulx (jui ont esté nouvellement créés, ont signé... Snlefranque^ jui-at (3).
Quand Salefranque voulut prendre possession de sa charge de premier jurât, il trouva une opposition de la part du maréchal de Gramont, gouverneur de la ville.
En réalité, il y avait deux candidats à ce que nous appellerions aujourd'hui la mairie : un ancien premier jurât, Lostau, « ahhé » de Gélos (4) et memhre, par le fait, des États de Béarn, et Salefranque se la disputaient et faisaient valoir leurs droits ; le duc de Gramont prétendit les mettre d'accord en les excluant tous deux d'une fonction pour laquelle ils n'avaient, d'après lui, ni l'un ni l'autre, les qualités requises.
En effet, lé 20 juin 1641, Lostau annonce à l'asscmhlée muni-
(1) Fors et costumas de Bearn. Rubrica de juratz. Art. XII"^. Le nombre des jurats dans les villes importantes était de six; le nombre des députés ne parait pas limité. A Pau, il y avait 6 jurats et 12 députés. Les catholiques avaient au Corps de ville la majorité dans la proportion du double, c'està-dire 4 catholiques et 2 réformés, depuis 1021.
(2) Religion prétendue réformée.
(3) Arch. commun, de Pau, BB. 2, f" 35 r".
(4) 11 juin 1647. Baptême de Pierre de Lostau, fds de Jean de L. « abbé de Gélos » et de Mtc de Salinis-Doazon. Arch. commun, de Pau, GG. 2, fo 28 v».
cipale que « s'en venant au Corps de ville, un soldai du château lui a rendu une lettre de M^'' le gouverneur >■>. Celui-ci y déclarait que le Corps de ville avait violé son ordonnance du mois de mai 1636, d'après laquelle, le premier jurât devait être ce un noble, faisant profession des armes, ou un gradué », ce que les élections dernières n'avaient point observé.
La ville décide aussitôt qu'elle adressera un mémoire au gouverneur, et, de fait, il lui fut envoyé le 23 juin. Le 23, le gouverneur répond qu'il a vu les raisons alléguées par les jurais et l'état des contestations existantes entre les deux premiers jurais ; que Lostau, en sa qualité, « peut bien jouir du privilège de noble » ; mais son office d'huissier à la Chaml)re des Comptes « détruit entièrement la qualité de noble et par conséquent, il n'a pas celle de pouvoir présider au préjudice du s"" de Salefranque, qui a celle de gradué ». Lostau v obtora de se défaire de sa charge d'huissier ou de présider ». Lostau cessa aussitôt ses fonctions d'huissier, devint premier jurât (1) et occupa celte situation, selon l'usage, pendant deux années. Les délibérations municipales nous apprennent qu'il y eut alors des propos aigre-doux échangés entre les deux candidats et un commencement de procès. Le 18 juillet, le duc de Gramont maintint Lostau « en lad. charge de premier jurai de Pau ».
Mais, pour nous, le plus étonnant est de voir Salefranque à la tête du parti catholique, tandis qu'il appartenait à une famille foncièrement protestante, où le fameux Lescun avait servi de parrain, et qu'il s'était marié, au temple, avec Jeanne d'Estandau, également protestante, dix ans auparavant.
Ceci prouve qu'il s'était fait une grande évolution dans les idées de Salefranque et que c'était là un des nombreux incidents de la contre-réforme en Béarn au xvii'-' siècle.
Peu après, Salefranque eut un différend du même genre avec le s^ d'Idron, mais qui s'apaisa assez vite après avoir amené l'inutile intervention du gouverneur (2).
Depuis lors, il n'y a presque pas de page où ne figure le nouveau jurât, mêlé à toutes les affaires de la ville. Souvent, il tient la plume pour transcrire les délibérations. Il prend la qualité de « premier jurai » depuis le 7 juillet 1643(3). A partir de ce moment,
(1) Arch. commun, de Pau, BB. 2, fos 35 vo et suiv.
(2) Ihid., fo 41, 0 septembre 1641.
(3) Ibid., fo 88 1-0.
il préside souvent et remplit de très nombreuses pages de son écriture et de sa signature caractéristiques. Le 8 juin 1645, il signe « premier jurât ancien » et passe la mairie à M. de Labourt (i).
11 est bientôt renvoyé à ses chères études et ne reparait comme député de la ville que le 3 juin 1(354, et comme premier jurât que le 8 juin 1G55 (2). Dès lors, sa virile et belle écriture remplit encore de grandes pages du registre. Cette seconde période se termine, pour lui, le 10 juin 1659 (3).
Pendant son passage aux afîaires, deux questions personnelles l'occupèrent.
D'abord l'une, relative à sa maison, où le Parlement, par un arrêt du 6 novembre 1643, condamna la ville à lui donner une somme de 1,100 1. « pour réparation de dommages qu'il dit avoir reçu au derrière de sa maison, ppur le comblement des fossés » (4).
Dans la seconde aifiire, il fut délégué par la ville pour aller soutenir à Bordeaux un procès contre M. de Labourt, au sujet de la t( seigneurie » d'Aressy que Pau lui disputait (1656). Ses dépenses à Bordeaux furent taxées à 9 1. par jour (5). La ville perdit le procès par arrêt du 18 juillet 1657. Plus tard, le notaire Isaac d'Agoeix fut envoyé à Bordeaux pour rentrer en possession des documents produits. Salefranque fut ensuite prié de se rendre à l'assemblée municipale pour répondre à une lettre venue de Bordeaux à ce sujet. 11 se récuse et le Corps de ville, dans une longue et curieuse délibération du P'"" juillet 1658, déclare qu'on « se pourvoira pour la répétition desd. despens pâtis, soufferts et à souffrir, à i-aison de la susd. négligence, longueurs et subterfuges, dommages et intérêts, contre qui il appartiendra » (6). La
(1) Arch. commun, de Pau, BB. 2, f" 135 vo.
(2) Ihitl, fos 361 r'\ 383 vo.
(3) Arch. commun, de Pau, liB. 3, fu 74 \". — On trouve dans les comptes de la ville de nombreuses mentions de Salefranque. Cf. CC. 107, notes marginales et presque toute la page 20 v» signée « Salefranque jurai et commissaire » (1643) ; CC. 109, 110, 112, 114. Dans CC. 116, foS vo, 10 v<>, 38 1. 6 den. à M. de Salefranque « pour le pri.\ des estofcs de son ctiapcron, façon et sac d'iceluy » ; f"s 12, 17, 22, le tout signé de sa main ; et surtout CC. 117, fi» 20 ro, où est marquée une somme de 910 I. pour son voyage à Bordeau.x ; payée le 24 mars 1(5.07 ; enlin, fus 25 et 26.
(4) .\rch. commun, de Pau, l'.B. 2. f«> 142 v» et 388 r», 1645, 16.')5.
(o) IhuL, fi>^ 415 r", 428 v", 449 \". On ' ne veut lui donner (|uc 6 I., le 20 nov. 1657.
(6.) Jbid., BB. 3, fus 16 r", 18 v".
délibération du 16 juillet 1658 n'est pas moins intéressante. La ville ne passe pas condamnation; elle demandera requête civile, mais ne dit mot de Salefranque (1).
Bientôtaprès(5juillet'1659),Salefranquefutaccuséd'avoirarraché des feuilles du registre des délibérations et d'en avoir falsifié plusieurs. Il répond « être véritable qu'il a coupé sans aucune fraude ni dessein les feuilles détaillantes, mais que si le Corps de ville prétend de lui en faire reproche, ni même parler de près ni de loin en cette assemblée, il se lèvera d'abord de sa place et sortira, ne pouvant soulTrir ni permettre qu'on lui relève ce défaut ni même qu'on en parle en sa présence » (2). Salefranque était alors encore premier député.
Le Corps de ville fit de nouveau sommer Salefranque de comparaître « pour rendre compte véritable de la coupure et enlèvement des feuillets ». Par trois fois, on lui envoie la « garde » ; il fait répondre qu'il est malade, qu'il est sorti, qu'il ne dira rien, qu'il ne souffrira pas qu'on lui en parle, ajoutant que, comme premier jurât, il avait le droit d'en ajir comm3 il a fait « pourvu que dans le fond il ne change ou altère la substance o. Il prie le Corps de ville « de se contenter de cette réponse sans vouloir exiger de lui la faire de sa propre bouclie ». Mais ses collègues décident de porter l'affaire devant le Parlement et déclarent qu'il « est interdit en l'exercice et administration de la charge de député, jusqu'à ce qu'il se sera purgé entièrement de la susd. coupure et enlèvement de feuilles », le tout « sous le bon plaisir de la Cour » (3).
En même temps, on faisait publier un monitoire contre ceux qui détenaient des documents de la ville et Salefranque était avisé de rendre les pièces qu'il avait gardées, relatives aux bois de l'Ousse et du Larron.
C'est ensuite Salefranque qui attaque à son tour. Il signifia aux jurats, le 25 août 1()Ô9, une requête en cassation des précédentes délibérations. Le 29, il assiste à la séance, prend « son siège ordinaire et alTecté au premier député » et somme les jurais de délibérer sur son affaire. Ils lui demandent alors de sortir, étant « partie et suspecte » ; mais «^ il a toujours refusé de sortir et a réduit par ses déportemens et rebellions le corps de ville à opiner sur cette affayre
(1) Arch. comimin. de P;ui, \\B. 3, f^s 19 r", 21 vo.
(2) Arcli. commun, de P:ui, DB. 3, 78, 79, 80,
(3) Ibid., m. 3, f"s 78. 80.
en sa présence ». On décide de maintenir les délibérations et de faire répondre au procès par Lenfant, premier jurât; néanmoins, en attendant le jugement, Salefranque continuera l'exercice de sa charge de député. Il avait donc gain de cause.
De ce jour, il figure dans les délibérations de la ville et s'occupe des allaires puliliques. Vraisemblablement, il n'y eut rien déjugé sur le contlit. Salefranque parut encore le 8 juin 1661 aux élections et prit, selon l'usage, les billets remis en ses mains, comme premier député (1). Depuis lors, il ne brigua plus de fonctions publiques.
En revanche, la question de restitution de documents revint sur le tapis 14 ans après. On les réclame en effet à Salefranque dans la délibération du 3 novembre 167:3. 11 répondit, qu'il ne détenait aucune pièce et qu'il avait remis toutes les clefs, ajoutant « qu'api'ès un si long temps depuis qu'il est sorti de lad. charge de premier jurât, il ne peut se souvenir des choses qui se passèrent alors ».
Cette fois, Salefranque se rendit auprès du Corps de ville et signa au registre ses nombreuses réponses et défenses.
Il affirme avoir tout rendu, mais il semble que personne n'en soit convaincu. On l'oblige à comparaître encore le l^r décembre 1673 sous peine de COO 1. d'amende. Tout se termina par l'ordre de mettre les registres dans une armoire à deux clefs, dont l'une serait gardée par le premier jurât, et l'autre par le notaire i)ublic de la ville (12 janvier 167i) Ç2).
Salefranque, conseiller du roi, secrétaire du Parlement et garde-sacs. Nature de ses fonctions. — Ses revenus.
Les documents donnent à Salefranque les titres de notaire, conseiller du roi, secrétaire et garde-sacs du Parlement. Mais quand on en parcourt les registres, on est étonné de ne pas trouver une seule page écrite par Salefranque dont les fonctions se continuèrent [)ondant 47 ans (1640-1687).
(I) Aroli. comuii. de P:iu, BFi. 3, ("^ 84-80,90, 141.
(2> Arch. commun, de Pau, 150. 4, ^'> 1-4, dont plusieurs paj^-'es de la main de Salefrantiue.
XXKII
11 y a cependant une page, des plus curieuses, écrite par Salefranque, insérée dans un registre et relative à la séance des États de Béarn, tenue à Pau par Louis XIII, le 19 octobre 1620 (i). Ce document égaré, qui devrait se trouver dans un registre des États, rédigé par un membre du Parlement, est trop important pour n'avoir pas ici sa place. En voici la teneur :
Oncerture des Eclats faille par Je Roy esqueh on donna au Roy lam esculs petits.
L'apres dinee'du lundi 19 du mois d'octobre, nous partîmes du Conseil vers une heure après midi, messieurs de Casans, pr. (2), Laforcade, Pont (3), Loyard, Dufour, Laugar, Gillot, Lendresse, Marca, Claverie, touts les trois gens du Roy, et moy, en robe rouge, pour acister à l'ouverture des Estats, qui se fit en la grande sale basse du chasteau, où l'on dressa un petit eschefaut ou théâtre, sur lequel y avoit une chaise, sur laquelle le Roy s'assit. A son costé droit estoit Monsieur de Luincs, à gauche, Monsieur le garde-sceaux, derrière. Monsieur du Maine ; auprès de luy, Monsieur de Laforce, touts debout ; les Evesques d'Oloron et de Lescar parlèrent les premiers, deliout, cesfui ci portant la parolle, quoyque postérieur en réception à l'autre. Après, parla le sindic Colom, à genoux, et rapporta la gloire d'avoir bien dit. Après luy, Mons'' le garde-sceaux print la parolle et feust court. Les discours ayant pris fin, Mons. de Cazaux, pr., ayant le foor (4) à la main, leut le premier article d'icelluy, premièrement en béarnois, et puis en françois, et supplia le Roy de jurer le contenu en icelluy, ce que le Roy fit, en levant la main et disant : Oui. Ensuite, le dit sieur Président leut le 8e article, le contenu duquel feust aussi juré par les I^éarnois assistans à genoux, sauf nous autres du Parlement, lequel souvent feust suivi de Vive le Boy. Après tout cella, le dit si' pr. requit qu'il feust ordonné aud. s'" de A'illaucler (5), là présent, d'en retenir acte pour cstre registre aux archif du pays, ce qui feust fait, et cella fait, l'action prit fin ; le Roy sortit le premier et s'en alla promener vers le parc.
Nous n'avons plus le procès-verbal d'installation de Salcfranque comme garde-sacs, mais celui de son fils et successeur est connu. Après l'enregistrement des provisions, le garde-sacs est introduit « à la Chambre par ordre de M. le Piemier Président » et prête
Çl) Arch. 15. -P., B. 4538, f" 53 bis. Écriture de Salefranque. {'I) Président.
(3) Ou plutôt Du Pont, de la Ciiambre des Couiptes.
(4) SaieiVanque écrit toujours foor au lieu de /'()/■. (,5) De la Ville aux Clercs,
serment « à genoux sur le Te igituv et sainte Croix en la forme accoutumée » (1). Il doit gérer et négocier, agir et défendre en justice, expédier et signer des arrêts et actes, recevoir des registres en son nom, faire des recouvrements, donner des quittances, avoir soin de toutes les affaires concernant l'office de garde-sacs (2). On voit qu'il n'y est pas question d'une rédaction quelconque des registres du Parlement.
Cette situation mettait Salefranque en relation continuelle avec les États de Béarn où il se créa de précieuses amitiés.
A peine entré en fonctions, il demanda, avec les secrétaires du sénéchal et des autres « sièges », un supplément d'honoraires pour les recherches difficiles et la copie des documents très longs. Les États supplièrent le gouverneur, duc de Gramont, de n'en rien faire, les garde-sacs étant aussi hien payés pour les recherches faciles, d'où compensation : « So qui a de pénible es compensât ab so qui es de facile et aysit ». Les secrétaires devront se contenter des honoraires fixés par le for : ce qui fut décidé le 13 décembre 16i0 (3).
Quelques jours après, le 24 décembre, Pierre de Salefranque, « notaire et secrétaire du Parlement », ira porter aux États un arrêt sur Tenlretien des gens de guerre (4).
Nous ne savons pas bien quel pouvait être le traitement réel de l'archiviste du Parlement pour une année ; mais il est de 75 1. ordinairement (5).
Le secrétaire devait donc compter pour sa subsistance sur les expéditions et les copies, en dehors de son maigre salaire. C'est pour cela qu'on en trouve un peu partout et de toutes les années, entre 16iO et 1687.
Nous pourrions remplir plusieurs pages de ce genre de dépenses payées à Salefranque (G).
Citons, par exception, les missionnaires de Bétharram protestant
(1) Arch. B.-P., B. 4540,1» 132 r-. La réception fut taxée à iOO 1.
(2) IhùL, B. 3977. Copie pour Henri de Saletran({ue.
^3) Arch. B.-P., C. 689, f<> 189 ro ; C. 714, A- .310. Quelques pof^es avant, on fixe une somme de 100 1. à P. d'Estandau, garde-sacs, pour des recherches en faveur de Lescar ; ihiiL, fo 218.
(4) Arch. B.-P., B. 4538, fo 17 v.
(.5) Ainsi, en 1650 et 106i. En 10.59 et 10(i2, cette soniiiie est donnée pour « les trois quarts » des « gages ». Ihid., B. 39.59, :?905, 3900, 3979.
(0) Voir surtout la série G. 715 à 735, et C, 851 à 875,
contre certaines ordonnances de Tévèque de Lescar. Ils font faire une requête de trois feuilles à M. de Salefranque « pour demander le retraitement des ordonnances » ; Salefranque est même un de leurs arbitres au sujet de l'union de la cure de Lestelle à la dévote Chapelle. En 1654, ils donnent un demi louis au clerc de Salefranque pour un extrait de patentes du Parlement (l).
Voici maintenant Salefranque en correspondance avec les d'Arridole de Sauveterre, au sujet des redevances dues au Ctiapitre d'Oloron et de la grave question des moulins que Louis XIV voulait mettre sous le monopole de l'État. C'est dans deux lettres relatives à ces alfaires que l'on voit des cachets aux armes de Salefranque, que nous reproduisons ici :
AI'.MOiniKS DE l'IKRnK DE SALEFRANQUE
La première lettre, datée du 12 septembre 1662, porte sur cire rouge les armes suivantes : Chargé au 1'''' et 4*^, de trois pierres /?) superposées 1 et 2 ; au -2'', d'un petit navire à trois mâts ; au 3", d'un pin domestique.
La seconde lettre, du commencement de 1668, donne un écusson sur cire noire, ainsi chargé : Au i*^"", d'une herse, au 2«, d'un pin doYnestique, au 5« et )'", d'un navire à un mât.
Les trois pierres ne rappelleut-elles pas le nom d'Anne Hirigoïty, mère de Salefranque, signitiant « la pierre en haut », et le petit navire n'exprime-t-il pas l'origine des Hirigoïty, gens de mer et de la côte bayonnaise ?
Un autre cachet, formé de lettres entrelacées D. M. surmontées
(1) Ai-ch. H. -P., E. iJi'i, aux datos, et f" 24 v
d'un tortil de baron, et figurant sur quelques missives de Salefranque, parait être un cachet emprunté.
Jadis les Etats se sont plaints du prix élevé des copies ; à son tour (9 juin 1(564), avec le notaire d'Agocix et d'autres, Salefranque se plaint de ce que les États ne les paient pas (1).
Parfois, il s'olTre à faire des copies. Ainsi il écrit aux États de Navarre, en la personne du syndic d'Etchessary, « disant qu'il a des pièces authentiques en mains, concernant quelques privilèges considérables des États et qu'il lui en expédierait des copies quand il le voudrait. » On lui demande alors des extraits non signés pour examiner la nature des documents et les faire copier; mais la proposition n'eut pas de suite ; 22 août 1675 (2).
1675! Salefranque approchait d'une des plus grandes difficultés de sa vie. C'est en efTet en 1676 qu'on voulut, par des manœuvres louches, le dé[)0uiller de sa charge ; nous pouvons produire deux documents à ce sujet.
D'abord une requête de Salefranque lui-même aux États, relatée dans la séance du 12 juin 1676. Il y dit que l'office de garde-sacs a été établi en 1552, à la demande des États, dans l'intérêt public et pour la conservation des registres et des titres des familles remis aux procès. Il est assujetti à la paulette (3), comme toutes les autres charges, afin de les rendre héréditaires dans les familles. Il a payé ce droit. Néanmoins le fermier du domaine a fait présenter par un certain Baudin une commission pour exercer cette charge au Parlement. Lui, Salefranque, a dû le faire assigner ft ab deffenses de lou troublar en l'exercicy deud. officy ». Il demande aux syndics des États d'intervenir en sa faveur et de faire débouter le fermier du domaine. Les États décidèrent que leurs syndics interviendraient en l'instance « per la conservation deud. officy en favour deud. s"" de Salefranque », vu ses raisons et parce que cet office « nou pot estar exerçât per un estranger » (4).
Cet adversaire écarté, il en surgit un second autrement redoutable. C'est ce que nous apprend un factum d'un des petits-fils de
(1) Arclj. B.-P., (;. 727, f- 1(51) r".
(2) Arch. B.-P., C. 1533, f" 90 ro.
(3) Droit sélcvant à la (j<> partie du prix d'un office, qu'il fallait payer tous les neuf ans pour assurer la possession des cliarges aux latiiilles. Ce nom vient de ('.h. Paulet qui, en 1(XJ4, fut le premier fermier de ce droit,
(4; Arch. des H. -P., C. 715, fo 51 v et C. 830, f" 69 vo.
Salefranque, Pierre de Belloc : « Il est public et notoire, dit-il, que s'il arriva quelque diminution dans le bien de feu le s'' de Salefranque, ayeul, ce feut à cause des procès que du Laurens, domestique de feu M. de Lavie, premier président, luy fit sur la charge de garde-saqs, et comme du Laurens avoit tout l'appuy de son maître, qui taisoit sa cause propre de cette affaire, led. s"' de Salefranque feut obligé d'aller à Paris et d'y faire un long séjour ». Il y eut un premier procès et arrêt en 1676. Enfin, « il fallut donner par accommodement 3000 1. au dit du Laurens pour se mettre en repos... Cette affaire de du Laurens était un cas fortuit et même une force majeure, le crédit du premier président et le savoirfaire d'un des plus illustres hommes du monde y ayant été. employés » (1).
Nous trouvons mention de ce Du laurens en ces termes dans un compte des Etats qui le désavouent : « Item pour Monsieur Dulaurens, secrétaire de M. le Premier Président, septante cinq livres, pour le paicr de l'office de secrétaire garde-sacq du Parlement pour les affaires de Navarre, touchant lequel les États n''entendent point luy rcconnoistre rien plus à V avenir et révoquant toutes procurations, si aucune il y en a au nom des Etats » (2).
Salefranque conserva ainsi sa charge de garde-sacs jusqu'à sa mort et la transmit à son fils, Pierre, comme nous le verrons.
La famille de P. de Salefranque. — Ses alliances ; résidences de Pau et de Jurançon. — Salefranque perd sa femme et entre dans les ordres. — Il devioH cliapclain du roi, juge métropolitain et curé de Mourenx. — So)ï dernier procès.
De son mariage avec Jeanne d'Estandau, P. de Salefranque eut au moins quatre enfants, trois fils et une fille : Pierre, Henry, Le Ninon et Philippe (J)). Naquirent-ils tous hors de Pau et de
(1) Papiers de Nays à Rousse. Procès Belloc.
(2) Arch. B.-P., C. 1533, fo 105 r-', 1676. — Il s'agit sans doute de Pierre Dulaurens, conseiller et secrétaire du Parlement de Navarre, marié à Jeanne de Lafargue; avocat aussi, ancien jurât et voisin, dont il est question plusieurs fois dans les archives communales de Pau. (Kt. 2, f"* 91 ro, 96 vo. GG. 7, fos 44 vo, 58 ro, 95 vo ; BB. 24, fo 1 v", 7 avril 1681.
(3) Philippe, prénom de femme, avait été porté par une sœur de Sale-
Jurançon? On pourrait le croire, car les registres paroissiaux des baptêmes y sont muets à cet égard, mais leur existence nous est prouvée par le testament de leur mère, comme nous le dirons plus loin, et par d'autres actes.
Pierre était l'ainé. Il fut baptisé le 13 décembre 1(334 (1). Nous savons quelque chose sur lui par ce qu'en dit son neveu, Pierre de Belloc, dans un procès contre sa sœur. Son grand-père Salefranque, dit-il, alla à Paris, « aussi bien que le s'' de Salefranque, son tils aîné, qui était un jeune homme en ce temps-là, pour l'éducation duquel il n'éparguoit rien; et avant ce voyage de Paris, il l'avoit tenu à Toulouse. 11 paroit du premier procès (2) sur lequel l'arrêt de 1670 fut rendu, que c'étoit le s'" de Salefranque lils qui causoit les plus grandes dépenses à Paris. Le père étoit un homme déjà avancé en âge et d'une grande frugalité, au lieu que la jeunesse du fils faisoit qu'il ne menoit pas une vie réglée. 11 ne faut que voir les lettres remises audit procès et écrites par led. s'' de Salefranque, ayeul, au s'' de Bellôcq, père de l'exposant, pour être persuadé de cette vérité... Le fils qui étoit instruit [des dettes] et que c'étoit lui qui avoit fait les principales dépenses à Paris, ne voulut pas après la mort de son père, faire une instance pour la réduction ^) de la dot de sa sœur (3).
Quelques documents confirment ce récit.
On trouve en etfet une double mention des examens passés par Pierre de Salefranque fils devant la Faculté de Droit de l'Université de Toulouse. 11 fut reçu bachelier en droit civil, le 19 avril 1660, et obtint sa licence le lendemain avec de grands éloges : Ad gradum Ucenliœ dicta Facultate Icgali fait adinissHu, tanquam optime nierilus, ncmine prorsus discrcpante (i).
11 n'avait que 26 ans. Sa jeunesse fut orageuse. Certains registres de Jurançon conservent la preuve de ses incartades en 1662 et plus tard. L'auteur des méfaits, était, dit-on, « l'ayné de Salefranque » fô). Son père devait en soufTrir. La mort de sa mère
franque, comme on l'a vu plus haut, p. -19, et aussi par Philippe de Gassion, lerame de Louis de Colom, syndic de Béarn. Arch. B.-P., E. 2031. (i) Arch. B.-P. Dossiers non classés. Invent'c Biron.
(2) Procès contre Dulaurens, qui avait usurpé l'office de garde-sacs à cette époque.
(3) Papiers de Nays à Rousse. Factum de P. de Belloc.
(4j Arch. de la Biljliolh. universitaire de Toulouse, reg. 28 et 9, fo 158. (5) Arch. commun, de Jurançon, GG. 0, f" 5 v".
en 1663 n'apporta pas sans doute une amélioration bien appréciable à des passions violentes.
C'est ce qui explique que Pierre de Salefranque amena son fils à Paris vers 1665 pour y compléter ses études et prendre peut-être le bonnet de docteur.
Nous verrons bientôt que le père resta près de 4 ans à Paris, sans doute avec son fils.
Depuis lors, celui-ci est qualifié dans les documents, avocat au Parlement (1); il s'assagit complètement en se mariant, le 20 mars 1674 avec Madeleine de Fanget de Thèze (2), qui lui donna entre autresenfants Pierre, iMadeleine, baptisée après le 10 mai 1678, Jean Henry, né le 5 juillet 16S4, et Marie, née le 18 décembre 1688 (3).
Je crois que le fils aîné de Salefranque fit partie, sans doute comme avocat, du Parlement de Guyenne, mais avant son mariage. On dit en effet, dans une délibération de Jurançon, qu'on songe à l'envoyer en délégation à Bordeaux parce qu'il « a esté autrefois au Parlement de Guyenne » (4) ; mais cette façon de parler peut simplement dire aussi qu'il y avait été déjà envoyé en mission.
Tous ses enfants sont baptisés à Pau, où il habitait; mais il devait rester beaucoup avec son père à Jurançon, dans la maison d'Aressy, car il faisait partie de l'assemblée municipale, oi^i il figure comme un membre des plus actifs (5). On le trouve, un jour, à la tète d'une belle bagarre, pénétrant de force, avec une vingtaine de compagnons, dans la salle des séances, où il se livra à des voies de fait (6). Nous verrons enfin qu'il succéda à son père dans les fonctions de garde-sacs et de secrétaire du Parlement.
Le second fils de Pierre de Salefranque était Henry. Il entra dans les ordres et figure assez souvent dans les documents de famille. Il sera chapelain de la Chapelle royale de Pau et juge métropolitain, fonctions dont nous dirons plus bas la portée et où il remplaçait son père.
(i) Ârcli. commun, de Pau, GG. 7, fo 219 vo ; Arcli. B.-P., E. 2055, fos 50,
(2) Arch. B.-P. Fonds non classés. Inventaire Biron.
(3) Toutes ces dates se trouvent à leur place, dans la série GG. des baptêmes de Pau.
(4) Arch. commun, de Jurançon, BB. 3, 28 mai 1089.
(5) IbiiL, fo 20 vo.
(6) Ibid., fo 38 ro.