‹ Histoire de l'hérérie de BéarnChapitre 2 sur 48 · XX.XIX · texte numérisé non relu

XX.XIX

Le troisième fils, dit le Ninon, n'est mentionné que dans le testament de sa mère Jeanne d'Estandau. Ce prénom étrange, qui signifie en béarnais « le Petit », lui avait été conservé « pour n'avoir encore eu le nom du baptesme », dit ce testament (I).

L'unique fille de Salefranque s'appelait Philippe. On la voit figurer comme marraine dans quelques actes de baptême. Elle se maria avec Antonin de Belloc, avocat, et leur contrat matrimonial est du 20 février 1G62 (2). Elle fut assistée par « M. Pierre de Salefranque, s'" d'Aressy, docteur en droit, conseiller et secrétaire du royaud. Parlement, son père, et D'i^ Jeanne Destandau, sa mère ; de noble Pierre Destandau, sieur de Guiraudet, avocat en Parlement, NP' Jacques de Lafitte, procureur du roy au parsau de Salies, Messire Jean de Xavailles, baron d'Angaïs et syndic de Béarn, ses oncles, M" I^ierre de Forgues, avocat, et Pierre de Lafitte, ses cousins. »

Ils eurent entre autres, deux enfants, Pierre et Calherine,, qui leur survécurent.

Pierre, capitaine au régiment de Navarre, célibataire, trop souvent en mal d'argent, avait été la cause de grands soucis pour sa famille. Dans son testament, son père déclare, le 9 décembre 1091, que son fils a est depuis dix ou douze ans au service du roy ». Quoiqu'il l'institue son « héritier universel », il ne veut pas « qu'il puisse lever aucune somme considérable sans emploi légitime, à cause que c'est un grand dépensier. En efiet, ajoute-t-il, il m'a fait de grandes dépenses, puis led. service et avant, quoiqu'il dise le contraire, et dont peut-être je ferai un estât » (3).

Après la mort de son père, Pierre fit un procès à sa sœur, au sujet de cet héritage.

Nous verrons que Catherine de Belloc épousa Pierre de Neys, baron de Labassère, de Montaner.

Sa mère, Philippe de Salefranque, était morte le 14 août 1667 et fut ensevelie dans l'église Notre-Dame de Pau (4).

Pierre de Saletranque lui survécut longtemps. Il vivait dans un véritable état de gêne (5) en travaillant beaucoup, toute sa vie.

(1) Papiers de Nays, à Rousse. Testam. de Jeanne d'Estandau.

(2) Ibid.

(3) Papiers de Nays, à Rousse.

(4) Arch. commun, de Pau, GG. 5, f" 18 v".

(5) Cette situation précaire du vieux Salefranque nous est confirmée par le procès Belloc et par d'autres documents. Arch. B.-P., E. 2079, f" 35 r».

Nous avons déjà dit que le chirurgien Salefranque avait bâti une maison dans la rue Préfecture, près de la maison Baylaucq actuelle. Son fils y resta jusqu'en 1653 ; celui-ci la vendit le iO juin à un certain François Juge, qui la revendit plus tard, le 7 janvier 1671, à François de Lasserre, bourgeois et marchand de Pau; cette maison sise « en la grand rue, appelée de Salefranque », fut acquise pour le prix de 4. 000 1. Cet acte nous a été conservé ; il y est question de notre Salefranque qui fut payé de ce qui lui était dû depuis longtemps (1).

C'est peut-être alors, qu'il alla occuper une maison située presque à l'angle actuel des rues Henri IV et Adoue, connue même alors sous le nom de maison Salefranque et jusqu'à la Révolution (2).

Il occupait en même temps, la maison, appelée Aressy et située au quartier de Rousse à Jurançon, donnée à sa femme par Pierre de Salinis, oncle de celle-ci, et dont nous avons déjà parlé. L'(( estât des biens de la métairie d'Aressi, située à Jurançon, tirée du livre terrier» de cette localité, pour 1602, et appartenant alors à Pierre de Salinis, existe encore (3). On voit que Pierre de Salefranque occupa cette maison bientôt après son mariage car un document mentionne un « arrest du 27 janvier 1637 contre le s'' de Salefranque, successeur du s''de Salinis », par lequel « la cour déclare que la coustume est telle qu'après que le propriétaire a prins 27 gerbes ou 27 pots de vin, le gros dimier en prend 3 et le curél»(4). Nous avons pour le xyiif siècle une enquête très intéressante sur ce bien de campagne (5).

On pourrait suivre assez bien l'état de santé de toute la famille Salefranque pendant une dizaine d'années, « depuis le 8 février '16i8 jusqu'au 2i juillet 1658 », d'après les ordonnances des médecins Prévost, le célèbre botaniste, Dufourcq, et les comptes du pharmacien Despruets. La rhubarbe et la thériaque y figurent abondamment, ainsi que le coton musqué, l'huile rosat, les cataplasmes et les emplâtres de « mélilot et mustilage, le sucre

(1) Arch. B.-P., E. 2052, fo 170 vo.

(2) Voirie plan de la ville de Pau, par Moisset, à la Bibliothèque municipale. — Il y avait là un Jean de Salefranque de Salies. E. 2038, 20 janv. 1640. Était-ce un parent? C'est possible, car il est question d'un Jean de S. « cousin », dans le mariage de Philippe du 5 juin 1653. E. 2043, fo 172 vo.

(3) Papiers de Nays.

(4) Arch. comm. de Jurançon, BB. 3, à la date du 27 mai 1691.

(5) Papiers de Nays, 1736.

candi, répiterne », les juleps et les linaments au cérat pour le foie, les « ptisane laxative, clistères, poudre de benjoin pour parfum », 1 once de huile de « murthre )), des pommades, de la « gresse », de la mort aux rats, du y basilicum,des collires »; et, pour le cheval, « 2 onces égiptiacq ». Servante, fille aînée, fils aîné et puîné, enfants et domestiques ont leurs remèdes : 1 once de « betonica pour son tils second, un emplâtre de vesicatoires, « 1 once pomphelix, 1 clistere carminatif »; pour son fils puîné, le 5 janvier 1655 : « un julep refrechissant avecq le sirop de grenades, sel prunelle et autres » ; confection de « hiacinthes » et « diapalme et demi diapalme, emplastre de masticq ; pour le laquay et son fils, l'aisné, un diapalme » (l). La lecture de ces vieux comptes d'apothicaire est un excellent moyen de désopiler la rate.

Jeanne d'Estandau, femme de Pierre de Salefranque, dont il est souvent question dans ces comptes, pensa à faire son testament. Elle le remit à Pierre d'Idron, jurât de Pau, qui le passa au notaire d'Agoueix, dont les minutes sont perdues pour cette époque (2 avril 1663). Annulant toutes dispositions précédentes, elle ne reconnaissait comme valable que le testament où serait cette formule : « Seigneur, ne me retirés pas dans les jours de vostre cholère ».

Elle a embrassé le catholicisme, comme son mari, mais le testament n'en porte nulle trace. Cependant, son second fils Henri est prêtre. Elle lui lègue, ainsi qu'à son aîné Pierre, 50 francs. Elle ne leur « laisse pas davantage, d'autant que led. Pierre doit succéder aux biens dud. s'" de Salefranque, son père, comme aisné, et que led. Henri s'est voué à l'Église ».

En revanche, elle laisse 1000 francs « aud. Ninon, son 3^ fils masle ».

« Item a dit que pour reconnaistre l'amitié que sad. fille, Phylippe de Salefranque, mariée aud. s^" de Belloc, luy a toujours rendu, elle l'institue héritière en la quarte de la meterie appellée d'Aressi, scituée au terroir de Juranson, qui lui feut donnée par feu Monsieur Pierre de Salinis, son oncle, qui est présentement possédée par elle et led. s"" de Salefranque, son mari » (2).

Quelque temps après la mort dé sa femme, Pierre de Salefranque prit une décision peu ordinaire : il résolut, à l'âge de plus de

(1) Arch. de l'hôpital de Pau, BB. 3.

(2) Papiers de Nays, à Rousse.

60 ans, (le s'engager dans l'état ecclésiastique. Il y aura de cela plusieurs exemples illustres au xvii'^ siècle dans notre pays : les évèques de Lescar, J.-P. d'Abbadie (1599-1009), Dominique d'Esclanx de Mesplès (1681-1719) et notre célèbre Pierre de Marca, évêque de Gouserans, archevêque de Toulouse et archevêque de Paris, mort en 1662, qui devinrent prêtres dans leur veuvage. C'est l'acte mortuaire de Pierre de Salefranque qui nous a fait connaître cette situation ; mais nous n'avons trouvé aucun document sur ses difîérentes ordinations. Nous en sommes réduits aux conjectures, nous pensons qu'il alla se préparer et se faire ordonner, de 1665 à 1669, à Paris, oii il amena son fils aîné Pierre.

Salefranque constitue en effet '< son procureur général et spécial, M^ Henry de Salefranque, son tils, pour, à son nom, gérer et négocier, en tout ce qui le concernera, agir et deffendre en justice, expédier et signer des arrests et actes qui pourront despendre de sesd. offices, recevoir des registres en son nom..., faire des recouvremens, ottroyer des qui tances et généralement avoir soin de toutes ses affaires ». Cet acte important, du 1«'' octobre 1665, fut passé devant J. J. de Roglan, jurât de Pau. Il s'y qualifie « conseiller et secrétaire du roy, notaire et garde-sacs au Parlement de Pau » (1). Quelques jours après, le 6 octobre, Salefranque signe une obligation, en faveur d'Antonin de Belloc, son gendre (2). Depuis ce moment, nous ne trouvons aucun acte émanant de lui en Béarn, pendant quatre années, tandis que nous avons des quittances de son fils Henry, comme ayant perçu alors les gages de son père (3). Bien plus, nous avons trouvé cinq lettres originales (dont quatre autographes) envoyées de Paris par Salefranque, à son correspondant de Bayonne, le banquier Javeleau, le 3 avril 1667, en 1668, les 23 juin, 1^'- août et 6 octobre 1669 (4). Salefranque n'y traite que de questions étrangères; pas un mot sur ses propres alïaires. Nous avons lieu de croire que c'est alors qu'il reçut tous les ordres après s'y être préparé avec soin. C'est à quoi fait allusion sans doute son petit-fils, lorsqu'il écrit dans un acte de son procès « Ledit s'' Salefranque fut obligé d'aller à Paris et d'y faire un long séjour » (5).

(1) Arch. B.-P., R. 3077. Copie.

(2) Papiers de Nays, à Rousso.

(3) Arch. B.-P., B. 3977. Original.

(4) Documents personnels.

(5) Réponse de noble Pierre de Belloc. Papiers de Nays, à Rousse.

Il est donc forL probable que SaletVanquo a suivi les conférences de Saint-Lazare où saint Vincent de Paul venait do mourir (1600), celles des séminaires de Saint-Sul[)ice ou de Saint-Nicolas du Chardonnot pour prendre les ordres.

Belloc ajoute, en parlant du second fils de Salefranipie, Henry, prêtre à Pau et son oncle : « Le s'' de S:ilefranque, métropolitain, qui est le seul cadet qui reste (1703), est aussi nn homme de mérite et qui a succédé à son père, en l'employ de juge-métropolitain qu'il avait longtemps occupé; son père avait même obtenu, pendant son séjour à Paris, une [)rébcnde royale de 5 ou 600 1. de rente ». C'est ce que nous allons expliquer.

Revenu àPau à la fin de 1069, Salefranquo continua ses fonctions de secrétaire du Parlement sans avoir de bénéfice ecclésiastique. Mais, cà cette époque, il y avait des prébendes qui rattachaient leurs titulaires à une église. Telle fut pour notre nouveau prêtre la chapellenie royale de l'église Saint-Martin de Pau.

Il y avait là, en eflet, une Chapelle royale, située près du sanctuaire, du côte de l'épitre, où la messe se disait tous les jours pour les souverains de Béarn. Cette prébende avait été fondée, le 2 janvier 1426, par le testament d'Isabelle de Foix, vicomtesse de Béarn, dans l'église des Frères Prêcheurs d'Orthez, à l'autel de Saint- Grégoire. Plus tard, cette fondation fut transférée à Pau et rattachée à la nouvelle collégiale de Saint-Martin, par le pape Jules III, à la demande d'Henri II, roi de Navarre et souverain de Béarn, qui résidait au château de Pau. On bâtit ou on afTecta alors un côté du sanctuaire pour la chapelle royale, l'ne bulle du 8 mars 1549, fulminée par l'évêque de Lescar, Jacques de Foix, consacra cette belle fondation, qui subsista depuis lors à Saint-Martin jusqu'à la Révolution. Des lettres patentes de Louis XIII, du 5 janvier 1632, confirmèrent le transfert de la prébende royale à Pau, et y rattachèrent les anciens revenus (! ). Pierre de Salefranque eut la bonne fortune d'être nommé chapelain royal peu après son ordination. Peut-être l'avait-il été avant son départ de Paris, comme le dit Belloc dans son Factum. On ti-ouve en elTet dans les Archives de

(1) L. Lacazk. L\nicieinir /ylisr Siiiiil -Marliii. Pau, Piiljaut, lSS(i, iii-8<>, pp. 02 et suiv. t't p. 125. Voir aussi Aicli. lî.-I'., B. 4005, f" 5, où figurent de noMibreux détails sur cette piéjjende et son titulaire, Honoré de Marrenx, qui la desservit pendant 48 ans. — Voir encore nos Mchuujes de hihl. et d'hisl., V, pp. -.m et 324.

Jurançon ce curieux acte de décès : « Le 18 de avril 1610, est décédé le métayer de la meterie d'Aresi, appartenante à M^ de Sale.franque, chapelain du Roy en la Chapelle de Pau et secrétaire du Parlement » (1). Salefranque conserva ce titre jusqu'à sa mort; son fils, Henry, lui succéda. Celui-ci eut à se défendre en particulier contre le syndic du clergé de Dax, qui, se souvenant sans doute de l'origine de cette chapelle établie jadis à Orthez, paroisse du diocèse, voulait l'imposer. Le Parlement déclara que cette chapelle était comme autrefois, « laïque », et l'exempta de toute imposition (2).

Salefranque devint aussi juge-métropoHtain pour l'archevêque d'Auch. Le chanoine béarnais, Jean de Bordenave, rappelant (3) une ordonnance de Moulins qui obligeait les évêques à établir un vicaire général dans certains parlements, poursuit en ces termes : « A quoy je puis adjouster que l'archevesque d'Aux, par divers arrests du Parlement de Pau, l'an 1623, est pareillement obligé de mettre et establir dans le Béarn un vicaire général en faveur des habitans du pais, afin qu'il ne leur faille sortir de leurs Fors et Coustumes, pour avoir justice sur les appeaux (4) interjettes des évesques et officiaux de Lascar, d'Oloron, d'Acqs et de Tarbe, en la partie de leurs diocèses qui est située dans les enclaves et territoire de lad. Cour souveraine », Ainsi le juge-métropolitain nommé par l'archevêque d'Auch, jugeait en Béarn les causes ecclésiastiques déférées en appel au tribunal archiépiscopal.

Aucun béarnais ne pouvait sortir du pays pour être jugé, au spirituel ou au temporel. Ainsi l'ordonnaient les Fors et les Privilèges du Béarn (5), Les ecclésiastiques jouissaient naturellement de la même faveur (6).

Les Etats de Béarn se sont occupés plus d'une fois de cette question, se plaignant des lenteurs des archevêques d'Auch à nommer le juge-métropolitain de la province (7). Ce juge ecclé-

(1) GG. 11, folO ro.

(2) Arch. B.-P., B. 4617, fo 32 ro, 23 janvier 1706, mars 1715.

(3) Estât des Cours ecclésiastiques, Paris. G. Chaudière, 1625, in-4", p. 76.

(4) C'est-à-dire appels.

(5) « Aucun habitant deu Pais no pot estar convocat fore dequet per aucune jurisdiction espirituau ny temporau, etc. » Reglamsns et establissmens deu Pays de Beurn : Rubr. I, art. XII.

(6) Ihid., Rubr. des îlcclésiastiques, art. IX et X.

(7) Arch. B.-P., C. 691, fo 97 vo, 132, 179; G. 733, fo 277 v ; C. 734, fo 308 vo ; C. 787, fo 220 %".

siasLiiiuo par.iît pjjr la première fois en Béarn après un arrêt du Parlement de 1G23 et surtout après les règlements de 1625 et de [626, dont on trouve mention dans les Privilèges du Pays(i). C'est alors que fut désigné le chanoine J. de Bordenave, officiai de Lescar, grand vicaire et métropolitain (2). En 1060, M'' Jean de Benaben, est oc juge-métropolitain au ressort du Parlement de Navarre et aussi curé de Xai » (3). Canq ans environ après la mort de ce dernier, Salefranqu"! fut n()ium.% en 1676 (4). En effet, le 26 mai de cette année, il assiste an mariage de M. de Jausiondy et de Marie de Gaye (petite-fille d'Estandau), ses alliés, oii il est qualifié de conseiller, secrétaire du roi, juge-métropolitain en Béarn et Navarre (5). C'est encore son fils Henry qui succéda à ce titre (6).

Enfin, Pierre de Salefranque fut nommé curé de Mourenx, dans le doyenné actuel de Lagor, à l'âge de plus de 80 ans. Il fut présenté par M. de Gassion (7) auquel il était allié, après la mort de M. de Baclioulet,et prit possession de sa cure, le 20 février 1685 (8). Tranquillisons-nous. Il n'y résida pas et se fit remplacer, se contentant de percevoir quelques émoluments.

Son grand âge ne l'empêcha pas d'avoir un procès qui lui fut intenté devant le Parlement par son propre évèque, d'Esclaux de

(1) Des Ecclésiastiques, loc. cit., IX et X.

(2) Arch. B.-P., E. 2050, f" 415 v». 11 prend le titre d'official et de métropolitain dans son ouvrage sur VEstat des Eglises (1643).

(3) Ibid., E. 2048, f" 114 ro.

(4) Voir les cotes citées de la série C. Les États se plaignent, en 1G7G, de n'être pas entendus et rappellent une l'éponse du roi faite à ce sujet en 1071. C. 733, fo 277 vo, et C. ml, f" 132 ro. Série GG. Nay, à cette date.

(5) A. DE Dlf.\u de M.^luquer, Armoriai de Béarn, t. II, p. 22.

(6) Henry de Salefranque eut pour successeur M. de Baccarisse, curé de Saint-Martin, de Pau ; Gaspard de Léglise, curé d'Oloron, fut nommé le 12 déc. 172G ; Arch. comni. de Pau, GG. 13, f" 13, et Arcli. B.-P., B. 4550,

fo un.

{!) Le 14 mars 1718, Madelainc de Colhert, veuve de Pierre, marquis de Gassion, pi-ésident au Parlement de Navarre, présente, au nom de son fils Jean, Brigadier et Colonel du régiment de Navarre, Jean Bois, d'Oloron, comme curé de Mourenx. Arch. B.-P., G. 295.

(8) Recueil d'arrêts. Manuscrit. Docum. part. « Mémoire sur le droit de vacat. » L'arrêt fut rendu au rapport de M. de Belloc. Il est donné 150 1. à l'évêque « pour la moitié du revenu de la cure de Mouren.v, pour le droit du vacant d'icelle qui lui avoit été contesté par le feu sr de Salefranque, titulaire de lad. cure ». 3-1

Mesplès, parce que Salefranque ne voulut pas s'acquiter envers le prélat du droit de déport ou do vacat. Ce droit des évoques de Lescar, élaljli par la coutume, consistait dans la jouissance de. la moitié des fruits ou du revenu d'un bénéfice pendant la première année (1). Ce procès s'engagea, fut continué après la mort de Salefranque, et soutenu par ses fils Henry et Pierre contre l'évèque. La sentence du Parlement de Navarre, du 4 mars IC89, maintint le droit épiscopal (2).

Le manuscrU de Salefranrjue.

Rien, dans les documents si nombreux étudiés jusqu'ici, ne fait supposer en Pierre de Salefranque une vocalion d'historien. L'évolution de ses idées parait surtout religieuse. Il appartient à une famille protestante des plus convaincues. Rappeler qu'un de ses frères, Jean-Paul, baptisé en 1606, avait eu pour parrain et marraine Jean-Paul de Lescun et sa femme, Lcscun, le plus grand agitateur huguenot qui ait jamais paru en Béarn, c'est tout dire.

Cependant Pierre de Salefranque, marié au temple de Pau, en 1631, avec Jeanne d'Estandau, est rangé en 1640 parmi les catholiques les plus ardents, puisqu'il est leur député et leur jurât. Qu'est-ce qui s'était passé? Un fait d'examen personnel et d'atavisme tout à la fois.

Le Béarn était alors le théâtre des controverses religieuses les plus passionnées. D'un côté, les évoques de Lescar et d'Oloron, les Jésuites, les Capucins et les Barnabites; de l'autre, les ministres Charles, Magendie, Abbadie, soutenaient dans les deux camps des luttes doctrinales du plus haut intérêt. Pierre de Salefranque, et par ses préférences et par ses études, et peut-être aussi au souvenir de sa mère, Anne de Hirigoïty, basquaise des bords de l'Océan, entra dans le catholicisme, s'y. maintint et entraîna sa femme,

(1) Bonnt'caze parle de ce droit dans les Varictéa béarnaises, et plaint beaucoup les curés. Bull, de la Société, 1911.

(2) Ce curieux arrêt est aux Arch. B.-P., B. 4617, fo 136 vo. Les arguments des parties y sont indiqués. Ce droit de déport, de vacant ou d'annate est « réglé à la moitié des fruits de l'année que la cure vacque ». Semblable litige avait eu lieu entre M. de Salettes, évêque de Lescar, et Goyénèche, curé de Monein, et décidé en faveur du prélat, le 4 février 1632. Ce document m'a été signalé par M. L. Bauby.

Jeanne d'Estandaii ; il fut heureux qu'un de ses enfants, Henry, devint prèti'c dans l'Eglise dont il avait embrassé les croyances. Il voulut faire davantage. 11 étudia et écrivit l'histoire de la terrible crise religieuse qu'avait éprouvée le Béarn au xvi« et au xviic siècles et dont il voyait les derniers spasmes et les suprêmes convulsions.

11 ne sortira pas cependant d'un calme et d'une modération tout à fait remarquables. Pas de récriminations, ou si peu que rien, dans ses discussions ; en tout cas, pas une parole amère ; pas un mot des années troublées où Lescun parcourait la France et le Béarn pour soutenir les réformés ; bien plus, s'il a un auteur à citer, c'est bien Lescun, c'est son autorité que Salefranque invoquera souvent, avec une faveur très marquée et une préférence indéniable.

P. de Salefranque commença par être l'historien du Béarn. Ou plutôt l'histoire abrégée du Béarn devait être la première partie de son travail complet. C'est lui-même qui nous l'apprend, en tête de la préface de son grand ouvrage : « Ce traité, dit-il, se divise en trois parties. La première, de Vestat ancien de cette souveraineté » de Béarn.

Cette histoire fut certainement écrite. C'était le commencement d'une étude qui embrassait toutes les époques. Pour si abrégée qu'elle fut, cette histoire de Béarn devait être intéressante, neuve et documentée, selon les bonnes habitudes de l'auteur. D'après la pagination du manuscrit original, on voit que cette histoire comprenait 83 folios ou 166 pages in-4", c'est-à-dire 300 pages ordinaires.

C'était, en somme, l'histoire de l'État et de l'Église en Béarn pendant quinze siècles. Et quels documents produisait Salefranque? Le for ancien, les testaments des grands seigneurs, les actes de l'autorité souveraine, en un mot tous les titres « propres à la preuve d'une histoire ». Et c'est cela qui nous doit faire regretter la perte de cet ouvrage, à cause des nombreux documents, inédits et introuvables aujourd'hui, que Salefranque avait dû réunir. C'était un travail nouveau et original, surtout depuis l'an 1300, date extrême à laquelle Marca s'est arrêté dans son Histoire de Béarn.

Salefranque citait-il Marca, dont l'ouvrage monumental avait paru en 1(540? N'en doutons pas; mais pas beaucoup, je présume, car nous verrons qu'il aime à produire ses textes à lui, et qu'il ne cherche guère à recourir au sentiment d'autrui. Il est très fâcheux

XLVIU

que ces pages d'histoire béarnaise, très sincères, n'aient pas été retrouvées jusqu'à prése<it ; elles n'ont, d'ailleurs, jamais été citées par un écrivain de notre pays, ancien ou moderne. Reste donc le travail sur la Réforme que nous publions. C'était, en somme, l'ouvrage principal que se proposait Salefranqne, car il intitule l'ensemble de son œuvre : Histoire de Vhèvésie de Béam, titre un peu suranné que nous avons conservé.

Salefranque e:iplique, dans la préface, ce qu'il a mis dans cette Histoire : lai naissance de l'hérésie et les moyens dont se sont servis la reine Jeanne et ses lieutenants pour l'établir en Béarn. Il annonce le récit « des ruses et des violences employées à cet effet, des meurtres, des impiétés et des sacrilèges... du massacre des prêtres et ravissement de tous les biens ecclésiastiques ».

En fait, iliiédonne pas tout cela; sa narration historique est même loin de valoir celle d'Olhagaray sur la prise d'Orthez, en 1569, et il passe bien légèrement sur le massacre des seigneurs catholiques qui eut lieu vers le 24 août de la même année, à Navarrenx, laissant aux annalistes futurs le souci de débrouiller cet événement capital ; il pouvait certainement l'éclaircir, quand il écrivait son histoire avec les documents qu'il avait sous la main et les personnages qui vivaient encore.

Ce serait le cas de se demander ici à quelle époque Salefranque rédigea son travail. Nous pensons qu'il y a songé bien vite après sa nomination de garde-sacs (1641) et qu'il écrivait en partie Vllisloire de la Réforme après 1646 et avant 1661, car il parle des deux Arnaud de Maytie, évoques d'Oloron, dont le second mourut en 1646. Or il y en eut un troisième, François-Arnaud, qui monta sur le même siège épiscopal en 1661, du vivant de Salefranque, qui n'a pas sur ce point corrigé son manuscrit (IV

Salefranque était prêtre lorsqu'il termina son ouvrage. Il devait vivre encore près de vingt ans après ce travail. Pourquoi ne l'a-t-il pas poussé jusqu'en 1685, date de la Révocation de TÉdit de Nantes? « L'acte qui clorra ce Traité de la décadence (de l'hérésie), dit-il. est le règlement de 1668 registre purement et simplement par arrêt des Chambres assemblées du 29 novembre 1669 » (2).

En agissant ainsi, Salefranque semble plus courageux que Marca. Celui-ci avait écrit également une Histoire de la Réforme béar-

(1) Histoire de l'hérésie, 2'' part., chap. II,

(2) Il)id., 3<' part, in fine.

7^aise (I) que son cousin, le chanoiue J" de Bordcnave, avait lue et dont il parle avec admiration. Mais Marca avait marié vers 1(535 sa seconde fille Catherine avec Jacques de Gontaud, baron d'Arros, pelit-fils de Bernard d'Arros, le trop fameux gouverneur du Béarn et le serviteur très soumis, exécuteur fidèle des ordres de Jeanne d'Albret, pendant les guerres de religion (1569-1572). C'est probablement ce qui obligea Marca à supprimer son ouvrage sur la Réforme béarnaise ; car, tout évèque qu'il était, il ne pouvait guère introduire dans sa tamille une cause possible de désaccord par la publication de faits qu'il devait blâmer sévèrement.

A ne considérer que l'histoire pure, la perte du second vohime de ïHistoire de Béarn, de Marca, est irréparable. On ne connaissait pas, au xviie siècle, celle de Nicolas de Bordenave ; et celle de Salefranque allait ainsi combler une lacune des plus importantes.

Il y aurait peut-être à faire ici une courte bibliographie du sujet ; nous en avons dit quelques mots au chapitre premier.

Parmi les ouvrages anciennement publiés sur la Réforme, il faut citer surtout ceux de Nicolas de Bordenave, de Pierre Olhagaray, de Jean de Bordenave, du barnabite Mirasson et de Poeydavant. Je ne rappellerai pas ceux qui ont paru depuis.

VHistoire de Béarn et Navarre (1517-r57'2), de Nicolas de Bordenave, historiographe de Jeanne d'Albret, publié pour la première fois sur le manuscrit original pour la Société de l'Histoire de France par Paul Raymond (2), est un ouvrage de premier ordre sur l'histoire de la Réforme en Béarn. Gomme le dit très bien l'éditeur, « vu les circonstances oij il écrivait, N. de Bordenave est modéré et ne se laisse pas aveugler par l'esprit de parti. On peut ajouter à cela une grande sûreté d'informations ». N. de Bordenave mérite en efïet de grands éloges : son livre est bien fait, bien écrit, bien ordonné. Il laisse peu d'événements dans l'ombre. L'auteur nous raconte les années terribles dont il fut le témoin avec une bonne foi, j'allais dire avec une simplicité qui prévient en sa faveur. Et ses récits s'appuient sur les documents dont il avait la garde.

L'Histoire de Foix, Béarn et Navarre, recueillie tant des précédons historiens que des archives des dites maisons, publiée par le

(1) Dans le tome II dv \'Hisl. de Bcuru, aujuuid'liui [)Ci-(lu. N' à ce sujet la nouvelle édtion de cet ouvrage. Pau, Garet, 1889, in-foi., pp. 4 et suiv.

(2) Paris, 187M. Renoiid. I11-8".

ministre Pierre Olhagaray (1 ), s'occupe beaucoup dos troubles religieux de notre pays. 11 avertit lui-même le lecteur qu'il s'est « servi du recueil que feu maistre Nicolas de Bordenave avoit fait, par long travail, par commandement de Madame Jeanne, reyne de Navarre, souveraine de Béarn et comtesse de Foix ». Ouvrage médiocre, où il y a cependant des pages précieuses et quelques documents, trop rares. Son style ampoulé et alambiqué, tout à la fois, n'empêche pas une certaine modération dont il faut lui tenir compte.

VEstat des églises cathédrales et collégiales (2) du chanoine Jean de Bordenave contient quelques pages sur la Réforme dans laquelle il était né. C'est lui qui nous apprend l'existence du second volume de VHistoire de Béarn, de Marca, son cousin germain, où se trouvait un récit complet de la Réforme béarnaise. Esprit très passionné, qui n'a pas su accompagner ses accusations de documents et de pièces justificatives, Jean de Bordenave a écrit un livre fort curieux et qui doit être consulté.

L'Histoire des troubles du Béarn au sujet de la religion dans le xviF siècle (3) du barnabite Mirasson, n'est gaère qu'une compilation, assez bien écrite et qui se fait lire. On voit que cet auteur ne connaissait pas les documents et qu'il n'a pas su utiliser ceux qu'il avait sous la main.

Citons, enfin, VHistoire des troubles survenus en Béarn dans le xvi^* et la moitié du xviF' siècles, par feu Vabbé Poegdavant, curé de la paroisse de Saint-Martin de Salies (4). Cet ouvrage a été fait, d'après les sources originales, par un homme fort laborieux, mais peu au courant des bonnes méthodes. Il est le premier qui ait utilisé les Registres des délibérations des États de Béarn. Il avait beaucoup fouillé, beaucoup consulté, beaucoup trouvé. Le fâcheux est qu'il a traduit en français tous les textes béarnais et qu'il n'a pas su publier les documents, qui sont la seule et indispensable garantie de l'histoire. Ses manuscrits se sont perdus. Ils étaient au presbytère de Saint-Martin de Sa'ics, oîi nous avons trouvé le testament du chanoine Jean de Bordenave, que nous avons publié dans le Bulletin de notre Société en 1898, et à Aubertin, chez ses

(1) Paris, 1609 et 1629. In-4o.

(2) Paris, Dupuis, 1643. In-folio.

(3) Paris, Iluinaire, 1768. In-12.

(4) J. Tonnet, 3 vol. in-8" (1819-1820).

héritiers, comme nous l'apprend l'acte do vente du manuscrit de VHistoire des troubles, faite par eux en faveur de Jacques Tonnet, imprimeur à Pau, le G mai 1818 (1). Tout impartait qu'il est, l'ouvrage de Poeydavant a été écrit avec la plus grande sincérité, et souvent sera consulté avec fruit.

Nous ne parlons pas des ouvrages plus modernes parce qu'ils n'entrent pas dans notre sujet. Quant au.\ recueils de documents, ils ne sont pas non plus riiistoirc, mais des matériaux pour une histoire définitive de la Réforme en Béarn.

Y a-t-ii d'importants manuscrits à citer ? Poeydavant a fait cette remarque très juste : « Pas un auteur catholique ne put avoir- la liberté d'écrire l'histoire » pendant trente ans. Il ajoute : « Mais ce que les historiens du temps ont tu par l'effet de la désolation générale qui leur en aurait dérobé la connaissance ou imposé la loi, peut être suppléé par les recherches des modernes, par la tradition générale du pays, par les mémoires et les monuments » (2) : ce qui n'est pas absolument exact.

Inutile de rappeler les Mémoires de Sarraccny, de Lescar, catholique ardent, à jamais perdus. On peut citer encore le manuscrit que Poeydavant appelle (( Manuscrit de Lescar » ; il se trouve à la Bibliothèque de Pau, à la fin des Commentaires de Maria, jurisconsulte béarnais. Nous l'avons publié en partie (3).

Poeydavant cite encore, très souvent, une Histoire manuscrite du calvinisme en Béarn. La première mention qu'il en fait se rapporte à l'année 1566 (4) : ses renseignements sont sûrs et curieux ; mais le manuscrit est perdu. Poeydavant ne connut pas le manuscrit de Salefranque.

Enfin, le barnabite Mirasson a laissé une volumineuse Histoire de Béarn, manuscrite, déposée à la l'iljliotiièque de Pau et que nous avons jadis identifiée (5).

Mirasson avait essayé de réunir des documents béarnais sur la Réforme. Il disait à ce sujet : « Nous avons pris beaucoup de soins

(1) Publie par A. Tonnet, en 188i, sous forme de prospectus, pour une réimpression, qui n'a pas eu lieu.

(2) Hist. des troubles, I., p. 36Î).

(3) Docum. et tntAioyr. sur la Reforme, I., p. 2, Narré.

(4) Hist. des troubles, I., p. 250.

(5) Bull, de la Soc. des S. L. et A. de Pau, 1889 : « L'auteur anonyme de l'Histoire du Béarn » à la Bit:)liothèrjue de Pau.

LU

pour nous procurer des Mémoires et nous en avons reçu très peu. Plusieurs de ceux à qui nous avons écrit à ce sujet n'ont pas daigné répondre à nos lettres. Loin de nous oiTenser, nous trouvons qu'ils n'avaient pas de meilleur parti à prendre s'ils manquaient de confiance en nos talents. »

Quoi qu'il en soit, le gros manuscrit de Mirasson ne méritait pas les honneurs de l'impression que son auteur demanda vainement à la munificence des États de Béarn en 1772. C'est une vaste compilation où les pages originales sont très disséminées et dont le mérite d'inédit se tire des emprunts faits surtout à Salefranque.

Nous citerons à peine les Variétés béarnaises, de l'abbé Bonnecaze, que nous avons publiées en 1911, dans le Bulletin de la Société. Dans ses pages sur le Protestantisme, il n'a jamais su utiliser le document qu'il avait entre les mains.

On peut se demander, maintenant, si le manuscrit de Salefranque était connu jusqu'à ce jour. Mirasson en a connu tout ce qui est contenu dans la copie défectueuse de Bonnecaze, mais il ne soupçonna jamais quel en était l'auteur. Il l'a cité souvent, mais il n'a pas su en tirer le parti que comportait un tel document. Voici quelques indications d'emprunts faites par Mirasson à Salefranque.

Presque au commencement de son ouvrage, à la p. 8, Mirasson parle de saint Galactoire, évèque de Lescar, dont le « corps fut transféré dans l'église cathédrale où l'on célèbre tous les ans deux fêtes en son honneur, celle de son martyre et celle de la translation de ses reliques qui se conservèrent plusieurs siècles, renfermées dans une châsse d'argent jusqu'à l'an 1507 », que la reine fit saisir et fondre à la monnaie de Pau. Mirasson donne en marge cotte référence : ^c partie de Vhérésie : Mémoire ms.

P. 357. (( Ce fut à Oleron que le Calvinisme de Béarn commença d'éclater. Un augustin, nommé Bernardi Paloma, prêcha, etc. » En marge : Mém. ms. 2'^ 2)artie de Vllisloire de lltérésie.

P. 420. Visite du cardinal d'Armagnac à Nérac, en 1559, où il portait une bulle, enregistrée au conseil. « p]llc se trouve, ajoute Mirasson, dans le Mémoire ms. sur Vhéréi'ie de Béarn. »

D'ordinaire, l'indication de source est plus brève. Mirasson dit simplement : « Mémoire ms. », « Mém. ms. », c Ms. de Béarn », « Mém. ms. de Béarn », « Mém. ms. béarnais », « Ms. béarnais ».

Nous ne pouvons noter toutes les pages oii l'Histoire du

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