I. PIERRE DE SALEFRANQUE
Salefranque eut pour successeur son fils aîné, comme le porte un acte ainsi intitulé : « Provisions de l'office de conseiller du roi, secrétaire garde-sacs en la Cour de Parlement de Navarre, en faveur de Pierre de Salefranque, en remplacement de défunt Pierre de Salefranque, son père » (2), Il y eut une opposition à ce choix. Nous soupçonnons qu'elle vint précisément du greffier en chef ou d'un de ses parents, Jacques de Lanusse (3), comme on le voit dans les lettres de provision. Le roi y dit en particulier : « Avons donné et octroyé, donnons et octroyons par ces présentes Voffice de nostre conseiller, secrétaire, garde-sacs de nostre Cour de Parlement de Navarre que tenoit et exerçoit deffunct Pierre de Salefranque, son^ père, dernier possesseur d'iceluy, duquel il est fils et héritier, ainsy qu'il appert par le certificat des jurats de la ville de Pau... Duquel office y ayant eu opposition formée par Jacques de la Nuste (?) il fut passé outre, le fils de Salefranque ayant plus de vingt-cinq ans « suivant son extrait baptistaire du dix-sept décembre XVIo trente quatre ». Ces lettres sont datées du 21 août 1688 (4).
(i) Arch. comra. de Pau, GG. 5, fo 138 vo.
(2) Arch. Nat. V« 53. Commun, de M. de Dufau de Maluquer.
(3) Le texte, sans doute mal orthographié, porte Jacques de la Nuste.
(4) Arch. Nat. V* 53. Copie de M. Henri Courteault, conservateur-adjoint aux Arch. Nat. C'est précisément alors (17 août 1688), qu'il est ainsi question des greffiers de notre Parlement. B. 4540, f" 68 vo : Désordre du Palais « faute de consierge que les greffiers ont chassé du palais, ayant pris le logement que led. consierge occupoit ». Raucourt « fermier du greffe » sera appelé et le concierge rétabli. — IbicL, f» 73 v". 27 août. Interruption de la justice par suite des difficultés « que fait chaque jour Raucourt commis à la régie des greffes » f» 130 vo. 4 juin 1689. Déclaration du roi pour procéder « à l'establissement des greffiers en chef créés par les édits de 1672 et 1679 ». Salefranque n'était donc pas greffier. Cependant, avant sa nomination, le 7 janvier 1688, « a esté ordonné à Salefranque, greffier, d'apporter sur le bureau les anciens registres ». B. 4540.
Le nouvel élu attendit près d'un an avant de se faire installer. Nous donnons ici le procès-verbal de son installation :
Rt'cepliûii du ,s"' Sallt'fnoiquc, secrétaire et garde-sacq.
Le lundy 6 juin IfiSQ.
Led. jour Me Pierre Sallefranque, advocat en la Cour, pourvou de la charge de conseiller, secrétaire et guarde sacq du parlement dont estoit pourveu feu ^K' Pierre Sallefranque, son père, dernier possesseur d'icelle, ayant raporté son enqueste de vie et mœurs, et sur les conclusions de M'* les gens du roy, il a esté ordonné que lesd. lettres de provision dud. S'' de Sallefranque, dattées du 21 aoust 1688, seront enregistrées ez registres de la Cour, pour jouir led. Sallefranque de l'efiect et utilitté d'icelles. L'arrest a esté mis sur le registre.
Et tout incontinent led. sr de Sallefranque, ayant esté mandé à la Chambre par ordre de Monsieur le P. P., il a preste le serment à genou.x sur le Te igitur et S'e Croix en la forme accoustumée...
Et led. de Sallefranque a esté taxé pour sa réception pour la compagnie <à la somme de cent livres qu'il a payé comptant et lad. somme a esté remise entre les mains de Blair, receveur de la Cour (1).
Comme nous l'avons dit au chapitre V, Pierre de Salefranque, secrétaire et garde-sacs du Parlement, restait à la fois à Pau et à Jurançon ; à Pau, où l'appelaient ses fonctions et où naquirent tous ses enfants ; à Jurançon, où il avait sa maison de campagne (propriété d'Aressy, à Rousse), et dont il fut jurât pendant plusieurs années.
C'est en qualité de jurât de Jurançon qu'il fut très mêlé à un long procès soutenu par cette commune contre Antonin Du Pont, premier président de la Chambre des Comptes de Pau, probablement au sujet de droits seigneuriaux. Pierre de Salefranque se fait tirer l'oreille en 1689 et en 1690, pour aller détendre les intérêts de la ville à La Réole où le Parlement de Bordeaux avait momentanément transporté son siège. La lettre suivante est bien caractéristique de l'influence qu'avait alors notre Salefranque auprès de ses compatriotes de Jurançon.
.4 Monsieur Monsieur Scdlefranqne, secrétaire en la cliancellerie du Parlement de Pau, Pau.
A La Réolle, ce 24 mars 1690.
Monsieur. J'ay creu qu'il estoit nécessaire de vous donner advis que Monsieur le Président Dupont fait rester icy pendant ces festes son homme
(1) Arch. B.-P., B. 4.540, fo 132 ro ; B. 4541, fo 09 vo.
d'affaires et il ne faut pas doubter que ce ne soit pour poursuivre le jugement de la requeste civile des habitans de Juranson, soudain que la Cour reprendra sa séance, ce qui se faira de dimanche ou de lundy en quinze.
Je vous prie d'en donner advis à Messieurs les intéressés affln qu'ils se disposent a envoyer quelqu'un icy la sepmaine de quazimodo pour disposer de leur part la playdoirie de ceste requeste civile. Vous pouvés comprendre de quelle grosse conséquence est à présent ceste affaire pour ces Messieurs par les grantz dispans qu'on obtiendroit contre eux s'ils venoient à estre desboutés de leur dite requeste civile. Cela avec l'amande yroit sans doubte bien loing.
Je vous souhaite de bonnes Testes (1) et demeure avec attachement, Monsieur, votre très humble et très affectionné serviteur.
Yl.\DEL (2).
Lesj Lirais de Jurançon décident que « au cas led. s"" de Salefranque trouve qu'il ne suffise pour lad. communauté d'escrire vers led. deViadel... et qu'il faille nécessairement aller à La Réole, led. s"" de Salefranque sera prié par les susd. juratz et députés de vouloir y aller conformément aux actes de députation et commission en faveur dud. s"" de Salefranque, cy devant prins par lad. communauté, laquelle commission et députation en faveur dud. s"" de Salefranque lesd. sieurs juratz et députés aprouvent, ofTranten lad. qualité et faisant pour lad. communauté de faire payer aud. s»" de Salefranque le salaire réglé pour lesd. commissions à raison de 4 1. par jour ». Salefranque sera sommé et requis « de se transporter aud. Parlement de la Réole aux fins susd. du dit procès et de continuer sa commission » (3). On essaiera « vu les grandes dépenses qui ont esté faites en la poursuite de cette affaire », de chercher quelque voie d'accomodement. Nous ne savons pas à quel résultat aboutirent tous ces efforts.
Les affaires municipales n'absorbaient pas tellement Pierre de Salefranque qu'il ne songeât aussi un peu aux œuvres de charité (4). 11 contribua à l'entretien de l'hôpital de Pau (19 avril 1694), mais il allait bientôt mourir, car son acte de décès est ainsi conçu : « Le mesmeS may 1695, décéda M. Pierre de Salefranque, conseiller et
\\) Les fêtes de Pâques.
(2) Délibérations de Jurançon, à cette date.
(3) Cette délibération paraît être du Ici- mars et antérieure à la lettre précédente. Nous donnons les deux documents dans l'ordre du registre.
(4) Arch. de l'hôpital de Pau, E. 2. Don de 1 1. 10 s. par mois depuis le 15 mars 1694.
secret'" du roy au Paflement de Navarre, inhumé dans Téglise Notre-Dame » (1). Sa femme, Madeleine de Fanget, lui survécut assez longtemps. On la voit dans un long acte du 26 janvier 1697, liquider les dettes de son beau-père, l'historien (2).
Nous avons vu au chapitre V que, de son mariage avec Madelaine de Fanget, Pierre de Salet'ranque (20 mars 1674), eut quatre enfants :
1" Pierre, l'ainé, dont nous n'avons pas la date exacte de naissance. « Pierre de Salefranque, escolier » figure comme parrain au baptême de Pierre de Leblanc, le 19 juillet 1684 (3). Aux examens solennels de fin d'année donnés par le Collège des Jésuites de Pau, en 1688, Pierre de Salefranque est souvent nommé, avec cela de particulier qu"il n'est pas désigné comme palois, mais comme béarnais (4). Voici les mentions concernant notre élève :
Li IL Grammaticx. Historias gallice propositas latme reddent ex tcmpore Petrus Salefranque, Benearnus.
GiCERONis oraliones omnes, Ubros omnes de Offîciis, de Senectute et de Amicitia xnlerprelalntur Petrus Salefranque, Benearnus.
Le même traduira en français les discours Pro Marcello, Pro Dejotaro, et les récitera de mémoire ; il traduira aussi et récitera les Lettres familières de Cicéron, quelques églogues de Virgile; il expliquera Cornélius Nepos, Quinte Curce, Suétone, Florus, Justin, Turcellini (5). C'était un As, dirait-on aujourd'hui. Il grandira et deviendra chef de famille en épousant Jeanne de Monlaur ;
2° Madeleine. Elle naquit entre les 10 et 14 mai 1678 et eut pour parrain son oncle Henry de Salefranque, prêtre et chapelain royal (6). Elle figure, comme marraine, au baptême de sa sœur
(1) Arch. commun, de Pau, GG. 11, f" 50 n\
(2) Arch. B.-P., 2079, fo .35 ro ; très nombreux détails.
(3) Arch. comm., GG. 7, fo 144 ro.
(4) Regium I P.\LENSE | Collegium | Sociotatis Jesu | Affixionum | solemnes ludos | Instaurabit ] diebus 26, 27, 28 Augusti anni 1088 | (Armes de la Compagnie dans un cercle entouré de rayons) | Pâli | Excudebant Yidua Johannis Desbaratz | et Johannes Desbarafz Regii atque Collegii Hegii Palensis societatis Jesu, typographi. | In-i" de 16 p., dont quinze imprimées. Exemplaire de feu M. Delrieu.
(.5) Ibid., pp. 11 et suiv.
(6) Arch. comm. de Pau, GG. 7.
Marie, le 18 décembre 1688 (1). Mais, hélas ! le 4 août 1C95, à l'âge de 17 ans, « décéda d"° Magdalène de Salefranque et son corps fut inhumé dans l'église Nostre Dame de la présente ville » (2) ;
3" Marie-Aline. On ne trouve pas son acte de baptême. Elle épousa l'avocat J" de Beluch ou Beluich. Elle avait reçu un legs de M. de Labastide, curé de Lème, et avait une créance sur J"e de Monlaur, sa belle-sœur (1725). C'est peut-être la même que Marie, mais alors elle n'aurait eu à sa mort que 79 et non 83 ans, comme le porte son acte de décès : « L'an mil sept cens soixante sept et le dix neuf avril est décédée à l'âge de quatre vingt trois ans, Marie Anne de Salefranque, veuve à fu sieur J" de Beluch, avocat, et son corps a été enseveli le vingt dans la chapelle de Messieurs les pénitens bleus... Camplong, curé de Pau » (3);
Jk° Jean Henry. Il naquit le 5 juillet 1684 et eut pour parrain et mari'aine Jean Henry de Sans, médecin à Pau, et Jeanne de Ribaux sa femme. Au baptême d'Henri de Pujo, le 5 décembre 1699, paraissent comme parrain et marraine c( M. Henry de Salefranque, écolier, et D""^ Magdelene de Fanget, veuve de feu M. Salefranque, mère et fils » (4). On voit qu'Henry embrassa l'état ecclésiastique, car une somme de 500 1. fut donnée par sa mère « pour fournir aux frais nécessaires, afin de mettre le s'' Henri de Salefranque, à présent (1725) curé de Lasserre, de Montaner, dans les ordres sacrés de la prêtrise et le mettre en possession dud. bénéfice » (5). Plusieurs actes constatent qu'Henry ou Jean- Henry était curé de Lasserre, en 1743, 1751 et 1753 (6); il était à la dernière date âgé de 69 ans;
5" Marie. Née le 15 et baptisée le 18 décembre 1688, elle eut pour parrain et marraine ses frère et sœur, Pierre et Madeleine (7).
(1) Ihid., GG. 7, fo 219 vo.
(2) Ibid., GG. 11, fo 53 ro.
(3) Ihid., GG. 15 et Arch. B.-P. Not. non classés (15 juin 1725). Acte Fanget. fis eurent une fille, Jeanne. B. 4, 724, fo 552 vo.ctGénéal. d'Estandau.
(4) Ihid., GG. 7, fo -144 vo.
(5) Arch. B.-P. Notaires de Pau, arch. non classées.
(6) Arch. B.-P., B. 4709, fo 88 vo. Action de noble H. de Sal. « curé de Lasserre, contre Caubios de Montanei-, fév. 1713; B. 471G, fo> 93 ro, 307 ro, 342 vo, contre les jurats de Caubios, le syndic de Lasserre, sur la jouissance de Va dîme par arrêt de la Cour, en 1751 ; B. 4887, f' 9 ro, en réclamation d'une somme de 1000 1. sur sa légitime, 7 août 1753.
(7) Arch. comm. de Pau, GG. 7, fo 219 ro ; rectifier la date de baptême au cliap. V.
LXlIt
Nous ne savons pas ce qu'est devenue Marie SaletVauque et à quelle époque elle mourut. A moins que ce ne soit la même que Marie- Anne? Elle serait morte ainsi à 79 et non à 83 ans.
Disons maintenant quelques mots des autres enfants de notre historien.