‹ Histoire de l'hérérie de BéarnChapitre 3 sur 48 · LUI · texte numérisé non relu

LUI

P. Mirasson cite le manuscrit de Saiefranque; mais nous pourrions encore donner des citations considérables et pleines d'intérêt (1).

Mirasson nomme les auteurs ou du moins ceux qui lui ont communiqué des manuscrits. Ce sont : « M. Casalong, de Licharre », à Mauléon, t^ M. Bordenave, chanoine de S'° Marie », d'Oloron, les y Archives de Tévêché de Lescar » et aussi « M. La Masou, habitant d'Orthez » (2), etc. Toutes les autres citations de sources désignées par les mots abrégés de « Mém. ms. », de « Ms. de Béarn », etc., sont d'ordinaire de Saiefranque. Elles s'arrêtent à la page 632 du manuscrit de Mirasson, au moment de la capture de Gramont par le baron d'Arros, en 1573, là précisément où s'arrête notre copie défectueuse ; cela prouve que Mirasson n'a pas connu la suite, ou partie originale du manuscrit, qui va de 1574 à 1669 (3).

Mais, ici, il faut faire une remarque importante. C'est que la copie défectueuse de Bonnecaze s'arrête au milieu des « Preuves », ou documents relatifs à la prise de Gramont par Arros (1573). Ainsi le texte original, que détonait M. Soulice, commençait au milieu des documents du même chapitre. C'est ce qui le désorientait absolument ; il n'a pas soupçonné que le « Manuscrit béarnais », si souvent cité, était la première partie d'un document dont il avait la continuation entre ses mains (4).

Une fois, il échappe à Mirasson d'écrire que notre document lui a été « communiqué par M. le baron de Duplàa » ; malheureusement, cette précieuse indication est barrée, étant sans doute erronée (5).

Nous ne savons pas si Bonnecaze compléta sa copie détestable sur une autre copie ou sur l'original.

Cette copie, avons-nous dit, a été conservée dans les papiers de Bonnecaze.

(1) Par exemple, pp. 376 et 379, longues citations ; de même, aux pp. 386, 397, 409, 424, 422, 431, 437, 583, avec la mention « Ms. béarnais » de la main de Mirasson.

(2j Pages 8, 411, .501, .'547, 552, du manuscrit de Mirasson.

(3) Une coïncidence très curieuse entre les manuscrits de Saiefranque et de Mirasson, c'est que les deux se terminent en 1669. Or .Mirasson ne connaissait pas le ms. original de Saiefranque.

(4) Bull, de la Soc. r/e.s .V. /.. A. de Pau, 1874, t. IV, p. 92 : « i5ernard, baron d'Arros et le comte de Gramont. » L'auteur catholique, dont parle M. Soulice, est Mirasson.

(5) A'r ce ms. de VHist. du Béaru, à la Dibliothèque de Pau. p. 8.

Mais comment a-t-on recouvré la partie de l'original qui était perdue?

M. Soulice lui-même m'a ainsi raconté le fait.

Étant allé un jour à Salies, dans l'ancien château des Talleyrand- Périgord, qui avait appartenu, aux xviF et xyiii" siècles, aux Gassion, on lui signala, au grenier, un tombereau de vieux documents. Il y plongea la main et en tira, « au hasard de la fourchette », selon son expression pittoresque, un gros manuscrit dont il comprit bien vite l'importance.

Il est bien possible que les deux autres parties du manuscrit fussent dans le même dépôt.

On peut se demander pourquoi Salefranque avait confié ou remis son travail aux Gassion. Peut-être parce qu'il n'avait pas les moyens de le faire imprimer. Il était de plus allié à cette famille par sa femme. Enfin, agents de la Réforme et de la contre-Réforme béarnaise, les Gassion, en rapport avec le pouvoir royal, préparaient, sans s'en douter, la Révocation de l'Édit de Nantes.

Il n'est pas, en effet, inutile de rechercher ici, une fois pour toutes, à quel mobile Salefranque a obéi en composant son ouvrage. 11 a mis de longues années à le rédiger; mais nous pensons qu'à un moment donné, il fut l'historiographe officiel, ou au moins officieux, de l'Etat. Le texte relatif au grand historien Oihénard nous paraît très significatif à cet égard. Il s'exprime en ces termes : (« Collationné sur l'original représenté par M. d'Oihénard, intendant de la maison de M. le maréchal de Gramont. Et, ce fait, led. sicuv cV Oihénard a relire Icd. original cl, s'csl signé avec nous, COMMISSAIRE cl secrélaire du roy. A Pau, ce il décembre i06i. Signé ainsy : d'Oihénard, pour avoir retiré l'original. Salefranque » (1).

Il suit de ce texte qu'Oihénard s'était rendu à Pau avec la lettre originale de 1572 qu'on lui demandait. De plus, Salefranque reçoit communication de ce document comme « commissaire » (2). Il a donc une délégation, une commission, un ordre, pour transcrire la lettre de 1572, et c'est Oihénard qui vient, par ordre aussi, à Pau, porter la lettre et la remettre à Salefranque. Une fois copiée et collalionée, Oihénard la rapporta sans doute aux archives de

(1) Troisième partie de l'hérésie, ch. II. « De la conversion du roy Henry. »

(2) Il est bien possible, d'ailleurs, que le mauvais copiste du manuscrit ait lu commissaire, au lieu de conseiller, ce qui est peu vraisemblable. Du coup, nos arguments ne portent plus.

Gramont, à Bidachc. Est-ce que tous ces dérangements et ces démarches ne sont pas une preuve du caractère officiel ou officieux que devait avoir Salefranque, dans la circonstance, et par conséquent dans félaboration de son œuvre?

Vers 189G, M"'" Rose Barnaud, qui avait acheté le château de S. Vincent de Salies, donna tous ces papiers au pasteur Frossard de Bagnères (1).

En possession du manuscrit, M. Soulice s'en est servi, avonsnous dit, pour raconter la prise d'Antoine de Gramont, par le baron d'Arros, h Hagetmau en 1573. Il l'a fait avec talent, en réfutant la fable d'Agrippa d'Aubigné. Il donne dans son étude onze pièces justificatives précédées de ces quelques lignes intéressantes : « Les documents qui suivent ont été extraits d'un manuscrit de la fin du xvii" siècle, traitant de l'histoire du Calvinisme en Béarn et dont il ne nous est malheureusement parvenu qu'une partie. Uauteur, catholique ardent, y avait réuni, sous le titre de Preuves, un grand nombre de pièces extraites des archives du Parlement de Navarre, brûlées en 1716, ou des archives ecclésiastiques également perdues aujourd'hui. La destruction des originaux donne à ces copies une valeur d'autant plus grande que leur teneur est confirmée par le récit d'autres historiens. Aussi, avons-nous cru pouvoir nous appuyer sur leur témoignage, quoiqu'elles n'offrent pas tous les caractères d'authencité qu'on est habitué à réclamer en pareille circonstance » (2). Ces réserves n'existent plus aujourd'hui qu'on voit d'où viennent les documents. D'ailleurs, le récit si plein de vie qu'à su faire M. Soulice, grâce aux extraits de Salefranque, prouve la valeur incomparable du manuscrit. Mais comme nous l'avons remarqué, en parlant de Mirasson, l'auteur de VHistoire de Béarn, de la bibliothèque de Pau, M. Soulice, n'a pas soupçonné que ce dernier, en citant un Manuscrit Béarnais, citait son propre manuscrit.

(1) Ces papiers de famille étaient ceux des Gassion, des de Peyre, des Talleyrand-Périg-oi'd et des de Béarn. Il est évident que M"ic Barnaud les donna de bonne foi, comme M. Frossard les reçut de même. Au moins sont-ils sauvés. V'" le récit du pasteur Frossard sur cette trouvaille dans le BuUet. du protestantisme de 1896 : « La Réforme en Bé.\rn. Nonv. docum. provenant du château de Salies. » M. Frossard nous apprend qu'il y avait là « six quintaux de papiers et de parchemins ». Cf. aussi nos Etudes hist. et relig. du diocèse de Bayonne, t. VI, p. 45.

(2) Bull, de lu Soc. des S. L. A. de Pau, 1874, t. IV, p. 100.

Il faut distinguer dans l'ouvrage de Salefranque la forme et le fond. La forme est médiocre, Salefranque n'écrit ni mieux, ni plus mal que la plupart de ses contemporains. Cependant le livre de Nicolas de Bordenave est bien supérieur par la forme à son travail et ne souffre pas la comparaison.

Mais Salefranque compense les défauts de la forme par la richesse du fond, c'est-à-dire par l'abondance des documents. A ce point de vue, il est, sans contredit, le premier historien de la Réforme et l'emporte sur tous les autres. On trouve chez-lui au moins 150 documents inédits ; ce qui n'empêche pas qu'il y ait quelques lacunes graves que nous signalerons à l'occasion.

Garde-sacs, secrétaire, notaire et archiviste du Parlement, Salefranque avait sous la main les documents les plus sûrs et les plus secrets.

Il est vrai qu'il n'est guère sorti de là. Il n'a pas été chercher ailleurs ce qui pouvait accroître ou compléter son récit. Ses emprunts à d'autres écrivains sont rares et pas toujours judicieux, comme nous le montrerons.

Malheureusement l'ouvrage de Salefranque nous est parvenu en fort mauvais état. L'auteur de la copie actuelle ne savait ni le français, ni le béarnais, ni surtout le latin. Aussi a-t-il fallu parfois deviner le sens du français et du béarnais. Quant aux textes latins, il a fallu renoncer à les reproduire, tant ils sont fautifs. Nous en ferons la preuve.

L'original lui-même est bien défectueux. Ecrit trop souvent sur du mauvais papier qui a bu l'encre et ressemble à une sorte de crible, à peu près illisible aujourd'hui.

Malgré tous ces défauts, nous espérons arriver à un résultat très satisfaisant. Nous nous sommes contenté de supprimer les très rares actes latins qu'un copiste ignorant avait eu l'intrépidité d'écrire sans y rien comprendre. Les textes français seront toujours suffisamment intelligibles et quelques conjectures nous aideront à rétablir plus d'une fois la véritable version béarnaise de Salefranque. Il s'agit, bien entendu, de la mauvaise copie de Bonnecaze.

J'espère, en revanche, qu'il y aura peu de fautes dans la i-eproduction de l'original.

Lvn

Mort de Salefranque. — Ses descendants : son fils Pierre lui succède.

— Famille Salcfranquc-Fanget. — Henry de Salefranque. prêtre.

— Philippe de Salvfranque-Belloc : Pierre et Callieri)ie de Belloc. — Le Ninon de Salefranque.

Le 12 noveiiiljro 1085 eut lieu à Pau la rentrée solennelle du Parlement de Navarre. Après la messe du Saint-Esprit à l'église paroissiale, la Cour va à la Chambre du Conseil où le Premier Président fait une harangue sur le devoir des juges. Ensuite on procède à la prestation du serment à genoux, sur la Passion figurée : « Le greffier en chef et le secrétaire de la Cour prêtent pareillement le serment en robe rouge en main de M. le P. P. » Salefranque lit les ordonnances. La Cour descend enfin à l'audience et ouvre la séance (1).

Pai'eil cérémonial eut lieu le mardi 12 novembre 1686. Le texte fait cette remarque : « Salefranque, greffier (2), par ordre de la Cour, se seroit approche du bureau sur lequel estoit le registre où les ordonnances sont enregistrées, et en ayant fait lecture, à la partie d'icelles, et s'estant retiré par ordre delà Cour » on prêta serment et l'on promit de «. taire observer les ordonnances... leues par led. greffier, garde-sacs. Et ensuite, chacun de Messieurs, depuis le second président jusque au greffier en chef et garde-sacs ont preste le serment » (3).

Le procès-verbal de la rentrée solennelle du 12 novembre 1687 ne mentionne plus la présence de Salefranque. Ce fut le greffier en chef Lanusse qui porta le registre et fit la lecture des ordonnances. Sans doute, Salefranque était déjà atteint de la maladie qui devait l'emporter. Il mourut en effet cette année, comme le porte son acte de décès ainsi conçu :

« Le 24 avril 1687, M. Pierre de Sallefranque, prebstre, conseiller secrétaire, garde-sacqs du Roy au Parlement de Navarre, vicaire général de Monseigneur l'Archevêque d'Aux, et curé de Mourenx, décéda en la communion de l'Église. Son corps a esté inhumé

(1) Arch. B.-P., B. 4539, (os 22 et 23.

(2) Nous n'avons jamais trouvé le titre de greffier pour Salefraiique. Lui se qualifiait toujours secrétaire et conseiller du roi ; son fils fera de même.

(3) Arch. B.-P., B. 4539, fos 07, 69, 115.

dans l'église Saint-Martin, et les saints offices ont esté faits pour le repos de son âme par moy, Laiournade, recteur de Pau » (1).

On voit les titres qui sont donnés ici à Salefranque, nulle part' celui, très honorable d'ailleurs, de a: greffier ». Je soupçonne que c'est par vengeance de scribes qu'il est ainsi nommé dans les registres.

Page 1