AVERTISSEMENT
Il n'est peut-être pas inutile de remarquer expressément que le présent ouvrage ne veut pas donner plus que ne promet son titre. Il essaie de décrire Thistoire de Thistoriographie européenne depuis l'humanisme jusqu'à nos jours; il ne veut traiter comme telles ni l'histoire de la philosophie de l'histoire, ni celle des recherches et de la critique érudites. Il ne touche à l'histoire des théories historiques et de la méthode historique qu'autant qu'elles paraissent avoir influencé le développement de l'historiographie. Des changements qui, aux temps modernes, se sont produits dans la conception qu'a eue de l'histoire l'humanité européenne, il ne signale que ceux qui ont trouvé expression dans les ouvrages des historiens. Il ne parle que d'un très petit nombre d'auteurs de programmes historiques. 11 a même dû laisser de côté un penseur aussi original que Bodin : la Methodus ad facilem historiarum cognitionem est un livre très remarquable, mais il n'a pas porté de fruits pour l'historiographie.
Une histoire de l'historiographie est aussi peu une histoire de la didactique « historique » qu'une histoire des théories dramatiques n'est une histoire du drame. Dans plusieurs périodes, la.théorie et la pratique ont suivi des voies très différentes. Avant le temps du Rationahsme la situation était telle que les historiens reconnaissaient en principe les règles de l'école, mais les méconnaissaient dans leurs ouvrages. Us procédaient comme beaucoup d'anciens dramaturges : pour leurs créations ils se réglaient avec pleine conscience (comme Lope de Vega) non sur les préceptes de la théorie académique,
FUETER.
mais sur les désirs du public, c'est-à-dire en ce cas, des Autorités. On ne comprend bien l'ancienne historiographie qu'en examinant en elles-mêmes les œuvres des historiens.
L'espace restreint dont nous disposions nous a forcé de n'admettre qu'un modique choix d'historiens. De la période qui a suivi le Rationalisme, notamment, nous avons dû exclure beaucoup d'excellents travailleurs. Voici les principes qui nous ont guidé.
Nous n'avons traité d'une façon détaillée que les initiateurs et les penseurs originaux ; nous n'avons mentionné que brièvement ou pas du tout les épigones qui n'ont fait qu'obéir consciencieusement aux instigations d'un esprit supérieur et appliquer à un nouveau sujet la méthode qu'il leur avait transmise. Parmi les auteurs qui n'appartiennent pas à l'historiographie proprement dite ■ — les historiens du droit, de la littérature, de l'église, etc. — notre choix a été plus sévère encore. Une histoire de l'historiographie doit être autre chose qu'un lexique des historiens. J'ai visé à traiter toutes les directions principales plutôt que tous les principaux historiens. J'ai cherché à organiser mon exposé de telle façon que l'on pût facilement y insérer les noms qui ne figurent pas dans le texte. Les chapitres d'introduction intitulés Remarques générales ne se rapportent pas uniquement aux quelques auteurs dont il est parlé immédiatement après ; ils en visent beaucoup d'autres, non nommés, qui ont poursuivi les mêmes buts.
J'ai fait de même une différence entre les divers ouvrages d'un seul et même historien. La plupart du temps j'ai dû renoncer à suivre les fluctuations qu'ont traversées tels ou tels historiens. Il y en a d'éminents qui n'appartiennent à notre histoire que par un très petit nombre de leurs ouvrages, un ou deux souvent. Je me suis permis alors de ne les considérer que comme auteurs d'un petit nombre d'ouvrages. Un travail d'ensemble comme celui-ci doit, ce me semble, laisser de côté tous les ouvrages qui ont pu introduire une nouvelle période dans le développement intellectuel de leur auteur, mais non dans l'historiographie. 11 faut abandonner le reste aux biogr^hes et aux spécialistes.