‹ Histoire de l'historiographie moderneChapitre 10 sur 341 · BOCCACE · texte numérisé non relu

BOCCACE

baldi, 1907. La dernière édition et la plus accessible, mais gâtée par les interventions. personnelles de l'éditeur, Berne 1539. Sur les éditions antérieures et les nombreuses traductions comp. A. Hortis, Stuclj sulle opère latine del B., 1879.

2° De Casibus virorum illustrium libri IX, une centaine de chapitres, la plupart sous forme de biographies, sur l'inconstance du bonheur humain. La matière des huit premiers livres est empruntée à l'antiquité classique et biblique, celle du neuvième au moyen âge et au temps présent. Ecrit entre 1356 et 1364. Plusieurs fois remanié, et conservé en deux rédactions différentes (H. Hauvette, Recherches sur le De Casibus, 1900). La dernière et relativement la meilleure édition 1544 à Augsbourg, Cf. Hortis, op. cit.

3° La vitadi Dante. Conservée en deux rédactions, une plus ancienne, dite le Compendio (publiée parE. Rostagno 1899 comme vol. II-III de la Biblioteca storico-critica délia Letteratura dantesca) et la Vulgate plus détaillée (édition critique de Macri-Leone 1888 dans Raccolta di opère inédite o rare). Les deux éditions imprimées conjointement dans A. Solerti Le vite di Dante, Petrarca e Boccaccio scritte fino al secolo XVII, Milan, s. d. (vers 1904).

4° De vita et moribus domini Francisa Petrarchse. Publié d'abord par D. Rossettidans le livre Petrarca, Giulio Celso e Boccaccio, iS28, se trouve aussi chez Solerti (voir 3°). Ecrit vraisemblablement entre 1348 et 1349.

Littérature. — Index des œuvres chez G.Kôrting, Boccaccios Leben und Werke (1880). M. Landau, G. B. 1877. Quelques documents sur les sources des œuvres historiques latines (1 et 2) sont donnés par Schûck dans Neue Jahrbûcherf. Philologie und Padagogik, 110 (1874), 467 ss. Ajoutons Hortis dans l'ouvrage cité (n° 1) et dans deux études spéciales : Le donne famose, descritte da G. B., 1877 et Cenni di G. B. intorno Tito Livio commentati, 1877. L'appréciation la plus juste et la plus scrupuleuse de la Vita di Dante est celle de P. Scheffer-Boichorst [Aus Dantes Verbannung, 1882, p. 191 ss.) Cf. en outre Th. Paur, Ueber die Quellen zur Lebensgeschichte Dantes, dans le trente-neuvième volume du Neues Lausitzisches Magazin (1862), 1238 ss. — C. Trabalza, Studi sul B., 1906.

Boccace continuateur de Pétrarque. — Les encouragements donnés par Pétrarque ne restèrent pas sans fruit. Boccace ne démentit pas, comme historien non plus, sa dépendance du maître. Ses ^ œuvres historiques latines se rattachent étroitement à celles de Pétrarque. D'une manière tout extérieure, il est vrai. Il emprunta à son modèle quelques habitudes spéciales, étudia les sources sur lesquelles celui-ci avait attiré l'attention, et rechercha comme lui les historiens anciens perdus. Quant à l'esprit qui avait inspiré l'activité historique de son maître, il n'en a guère senti le souffle. Comment en eût-il été autrement! Le poète du Decamerone n'était "^ pas le penseur solitaire qui se détourne avec dégoût du spectacle

de son temps et laisse errer mélancoliquement son rea^ard dans le monde glorieux de l'antiquité romaine. Il prend résolument pied dans le temps présent. L'étude de l'antiquité ne répond pas pour lui à un besoin intérieur. Il ne sadonne à l'humanisme que pour y cher-

icher l'ornement de ses créations poétiques. L'histoire pour ellemême l'intéresse moins encore que Pétrarque; ses écrits historiques latins ne marquent aucun progrès, ni dans les connaissances ni dans les recherches.

Avec ses Femmes illustres , Boccace voulait, à ce que dit sa préface, compléter les Hommes illustres de Pétrarque. Une prévenance à l'égard de ses nobles protectrices affamées de divertissements peut seule expliquer cette singulière idée : sous prétexte que Pétrarque n a traité que les hommes, prétendre que la justice ou la galanterie exige un pendant féminin . Par ses biographies de capitaines

^et d'hommes d'Etat romains, Pétrarque avait essayé de tracer un

• tableau de la grandeur militaire et politique de l'ancienne Rome, et si l'exécution chez lui déjà était restée au-dessous de l'intention,

Isa pensée conservait de la valeur pour l'histoire. Boccace, lui, quitta le terrain de l'histoire, en se mettant à recueillir des anecdotes sur

[des femmes célèbres aux titres les plus différents. Il est vrai que le sujet permettait d'accumuler les lieux communs moraux qu'on aimait dans les cercles de Cour. Connaissant son public, il ne lui

■ supposait aucun intérêt pour la matière traitée, et ne visait qu'à

^'amusement. Le choix du thème qui pouvait attirer tout le monde et autorisait des intermèdes scandaleux, la variété des personnages, les récits romanesques des femmes célèbres rédigés avec l'art du nouvelliste exercé — tout cela montre clairement le but de l'opuscule. Cela est bien caractéristique : tout est rabaissé au niveau de la nouvelle, même les légendes grecques, qu'il raconte avec la vulgarité du rationalisme populaire de lantiquité. Naturellement, il ne saurait s'agir en l'occurrence de critique des

' sources. Boccace ne le cédait d'ailleurs pas à Pétrarque en fait d'érudition et de lecture, bien que les citations moins précises trahissent une lecture plus superficielle. 11 connaissait toutes les œuvres historiques de l'antiquité que Pétrarque avait lues, et en plus Tacite (F. de Nolhac, Boccace et Tacite dans les Mélanges de V Ecole de Rome. XII, 1892)

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Le second ouvrage historique de Boccace, De casibus visorum illustritim, est inspiré par le Rei^m memorandaruni liber Aq Pétrarque. Car les considérations morales auxquelles les exquisses biographiques réunies par Boccace servent de point de départ, ne touchent pas seulement, comme le titre pourrait le faire croire, l'inconstance de la fortune humaine, mais à peu près tous les loci communes de l'éthique populaire. Avec cette différence, que Pétrarque n'avait donné son livre que comme un recueil d'exemples, tandis que Boccace ? affectait l'allure d'une histoire universelle ou tout au moins d'un extrait systématique de cette histoire. Et comme des histoires isolées j depuis Adam et Eve jusqu'à nos jours, ne forment pas un ensemble, il était forcé de recourir à des additions artificielles, à des transitions de romans ou de feuilletons. Par là son œuvre reste vraiment étrangère à l'historiographie. D'un autre côté Boccace, sur la sensibilité duquel l'antiquité avait une moins forte prise que sur celle du maître, a considérablement étendu le cercle des écrivains compulsés en dépassant la chute de l'empire romain et en annexant par exemple Grégoire de Tours et Paul Diacre. A cet égard, les Casus sont en progrès sur les Femmes célèbres, où les Scriptores historiie aiigustae étaient les derniers auteurs utilisés.

Boccace gagna aussi l'enthousiasme de Pétrarque pour l'histoire de Tite-Live : il a traduit lui-même la 4" Décade en italien {La quarta Deçà di T.L., volgarizzata daG. B.,i. V des « Deche di T. L. volgarizzate d. buon secolo » publiées par Pizzorno. Une traduction de la 'i" Décade livre I et 11 donnée comme provenant de Boccace a été publiée par Carlo Baudi di Vesme dans le Scelta di Curiosità lett. 143 et 153 (1875 s.).

Boccace créateur de la biographie d artistes. — Si Boccace resta très inférieur à Pétrarque tant qu'il le prit pour modèle, son activité historique fut d'une grande portée quand il ouvrit une nouvelle voie. Son contact plus intime avec le présent empêcha ses

études humanistes d'affaiblir en rien sa haute estime pour la Divina

Commedia. C'est de sa vénération pour le maître de la poésie italienne

qu'est sortie l'œuvre historique la plus importante de Boccace, sa Vie de Dante.

Cet ouvrage est plus qu'une protestation indirecte contre l'exclusivisme classique affiché, sinon réellement éprouvé par Pétrarque. Vis-à-vis de la littérature ancienne, il se dresse en pleine indépen-

(lance; elle ne pouvait lui offrir de modèle, même dans la mesure où elle lavait fait pour les Hommes illustres de Pétrarque. La Vita di Dante est la première véritable biographie d'un poète. Il s'y mêle sans doute de la rhétorique, surtout de la morale raisonnante; on y sent parfois, plus qu'il ne conviendrait dans une biographie, la tendance dune Oratio pro domo, d'une apologie de la poésie. Mais partout se montre également l'effort pour tracer le caractère du poète et de l'homme, et Boccace sait donner à son style relevé autant de précision que pouvait en comporter la rhétorique d'un éloge.

Le fait que le poète seul obtient satisfaction, tandis que le politique est presque totalement ignoré, n'a guère été désavantageux à l'ouvrage. Que Boccace, qui manquait de sens politique, n'ait pas enrichi sa narration de deux ou trois lieux communs sur les troubles civils, le lecteur s'en console aisément. Il l'excusera moins d'avoir fait taire la critique en présence de la rapide floraison de la légende dantesque. Boccace reproduit tout bonnement la tradition qui voulait voir dans sa vie le poète tel qu'elle l'imaginait d'après son œuvre.

' Atec la Vita di Dante (et une esquisse antérieure, en latin, sur Pétrarque) Boccace a inauguré dans la httérature historique un nouveau genre, la biographie d'artistes. Aucun genre n'a produit dans l'humanisme de plus nombreux rejetons. Les tendances artistiques de l'humanisme et de la Renaissance n'ont pas trouvé dans l'historiographie d'expression plus directe que dans les ouvrages à la tête , desquels se place la Vie de Dante.

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