MÉMORIALISTES (SAINT-SIMON
souvent incorrect. Mais son expression met toujours les points sur les i; ses comparaisons peuvent manquer de goût, mais elles ont un relief sans pareil. Il trace des caricatures méchantes ; au moins il ne les estompe pas par délicatesse morale ou esthétique. Même quand il avait à parler des plus augustes personnages. Comme duc et pair, il se sentait l'égal du roi, et n'éprouvait en face de lui rien de ce frisson respectueux qui ôtait à des inférieurs la liberté de leur jugement. Il était du petit nombre de ceux qui échappèrent à la suggestion exercée par Louis XIV. Il trouvait le journal courtisanesque de Dangeau (Tune fadaise à faire vomir. Avec cela, il savait un tas de choses et connaissait très exactement la situation, au moins de la Cour et de l'armée. Sa psychologie est souvent mesquine, souvent pénétrante, elle ne sent jamais l'école. Il accumulera des détails en dépit de l'art; mais il ne tombe pas dans une coloration conventionnelle. Ses peintures sont toujours bien vivantes, même quand elles sont le fruit de son imagination ou d'un arrangement tendancieux.
Le genre ambigu des anciens mémoires français survécut au xviii® siècle. C'est à lui quappartiennent par exemple les Mémoires d' outre-tombe de Chateaubriaxd (l'''^éd. 1849-50). L'auteur, pas plus que ses devanciers, n'a lintention de raconter uniquement ce qu'il a vu; il emprunte même des récits imprimés, et traite de Napoléon par exemple avec plus de détail que n'en comporteraient des Souvenirs. Nous n'avons pas à parler ici de l'ouvrage : ses qualités — le puissant pathos poétique dans les considérations sur la philosophie de l'histoire, et la narration colorée — ne lui sont pas particulières, elles se retrouvent dans presque toutes les créations de cet historien romantique.