Saint-Simon
Saixt-Simon, né 1675 à Paris, mort ibid. 1755. Sa famille n'était pas d'ancienne noblesse; son père seulement, qui était venu en 1625 à la Cour de France et était devenu page du roi, avait été fait duc par Louis XIII, d'où le culte de la famille pour le prédécesseur de Louis XIV. Entré aux Mousquetaires 1691, il démissionne 1702, parce qu'il n'a pas été nommé brigadier; il s'attire par là la défaveur persistante de Louis XIV, mais reste quand même, comme duc et pair, jusqu'à la mort du roi (1715) dans son entourage immédiat. Appelé par le duc d'Orléans au conseil de Régence; envoyé 1721-22 en Espagne avec mission de demander pour Louis XV la main de l'infante (ses dépêches d'Espagne publiées 1880 comme Papiers inédits) . Après la mort du régent (1723) retiré des affaires, vit soit à Paris, soit en son château de La Ferté- Vidame. II écrivit dans les années 1739 à 1751 :
1"^ Mémoires sur les vingt dernières années de Louis XIV et la Régence jusqu'à 1723. — Il prit pour base le Journal de la cour de Louis XIV, de Dangeau (1684-1720; édition 1834 à 1868). sur lequel il avait fait des
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Remarques (imp. dans l'édit. des Grands écrivains). — Des Mémoires, dont Voltaire obtint la communication, on n'imprima pour la première fois 1788-89 que des fragments, l""" édition complète 1829-30. Éditions scientifiques par Ghéruel 185G-58 et (mieux) Boislisle, 1879 ss. {Grands écrivains de la France), qui mourut avant la fin de l'impression.
2'^ Petits écrits de droit politique, de généalogie, etc., particulièrement Parallèle des trois premiers rois Bourbons dans le premier volume des Ecrits inédits, édition Faugère (1880-1888).
La littérature sur Saint-Simon est très riche. Parmi les caractéristiques générales, il faut relever avant tout celle de Ranke dans les Analekten zur franzôsischen Geschichte, H, § 19 (1870); puis H. Taine dans ses Essais de critique et d'histoire (1874); G. Boissier, Saint-Simon (1892, Grands écriv. franc.). Ses rapports avec Dangeau sont traités spécialement par R. Arnold dans la llistor. Zeitschrift,^Q (1886), 219 ss. Cf. en outre : Chéruel, Saint-Simon considéré comme historien de Louis XIV, 1865; A. Baschet, Le duc de Saint-Simon, son cabinet et l'historique de ses manuscrits, 1874; A. de Boislisle, Fragments inédits de Saint-Simon, dans la Revue hist., XV (1882) et XVI; Bléard, Les Mémoires de Saint-Simon et le père Le Tellier, 1891 ; II. Sée, Les idées politiques de Saint-Simon, dans la Revue hist., 73 (1900). 1 ss. ; A. Liard, Saint-Simon et les Etats Généraux, ibid., 75 (1901), 319 ss. E. Pilastre prépare une histoire du duc; a paru jusqu'ici Yie et caractère de M""" deMaintenon (1907) et La religion au temps du duc de SaiiU-Simon, 1909. Nous devons encore à Pilastre un Lexique sommaire de la langue du duc de Saint-Simon, 1905.
Saint-Simon historien. — Le duc de Saint-Simon tient le premier rang parmi les mémorialistes français, comme écrivain artiste et comme peintre, sinon comme historien. Plus encore que chez ses devanciers, ses propres aventures restent à l'arrière-plan. Ses Mémoires, par la disposition extérieure, sont presque un livre d'histoire ; ils ne racontent pas la vie de l'auteur, mais l'histoire des dernières dizaines d'années de Louis XIV et la Régence. Les notes autobiographiques n'en constituent qu'une minime partie. Le squelette en est formé par le Journal de Dangeau, qui notait avec une conscience documentaire, non l'histoire du pays, mais celle du roi. Saint-Simon puisa à cette source aussi abondamment que les mémorialistes antérieurs dans leurs relations étrangères. Son ouvrage, extérieurement, est une contamination de Dangeau, de remarques sur son texte, de souvenirs personnels déjà en partie rédigés. Sa narration n'est sûre qu'autant qu'elle s'en tient fidèlement à son garant. Et encore faut-il faire entrer en ligne de compte qu'il n'apprenait lui-même que ce qui était connu de la
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Cour ol n'étail quinsuHisamiiuMil initié aux secrels des afïaires et de l'administration.
Son œuvre, plus qu'aucune autre depuis les Mémoires de Commines, approchait de l'histoire par sa forme : l'intelligence historique cependant n'y gagnait rien. Saint-Simon n'était ni un grand penseur ni lui observateur impartial. C'était un réactionnaire dans le sens propre du mot ; il était du bord des politiques bornés qui croient devoir se cramponner aux vieilles formes alors surtout qu'elles ont perdu toute signilicalion. H jugeait la politique du gouvernement français exclusivement au point de vue des intérêts de sa personne et de sa famille. Louis XIII est un modèle de roi, parce qu'il a relevé son père du rang de la noblesse de province appauvrie. Louis XIV, qui a restreint les privilèges de la haute noblesse au profit d'intendants bourgeois, est appelé dédaigneusement roi des commis. Il reste en dehors des courants spirituels de son temps. Voltaire, le sieur Arouet, est pour lui un littérateur comme un autre. Sa dévotion correcte est à la vieille mode.
■^ Il n'essaya pas de classer ses récits. Ils se suivent dans le simple ordre chronologique. Pas de distinction entre ce qui est important pour l'histoire et ce qui ne l'est pas. L'histoire des temps antérieurs ne provoque pas ses rétlexions ; c'est pour lui un répertoire de notices généalogiques et de précédents en faveur de la noblesse victime d'un injuste abaissement. En outre, sous l'intluence de ses rancunes, la réalité s'évanouissait constamment. Il ne se contenta pas d'être partial dans ses jugements, il commit la faute d'inventer librement des faits ou de les défigurer malicieusement. Il ne connaissait pas le tra- ^vail de l'érudition. Il ne soumettait pas à la critique les histoires qu'il tenait de courtisans, de généraux, de chambellans, etc., ou qu'il prenait dans les gazettes et les chansons.
Saint-Simon écrivain. — Mais ce politicien mesquin était un tout à fait grand écrivain. Il se mettait au-dessus de la correction et du style coulant des lettrés de profession. Mais il possédait l'art plus précieux de la peinture vivante. Son regard était incomparablement perçant, et ce qu'd avait observé une fois, il ne l'oubliait plus jamais. Surtout il rendait ce qu'il avait vu sans l'affaiblir, avec les traits durs, repoussants même, de la réalité. Son langage est souvent grossier,