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L HISTOIRE CONTEMPORAINE EN ESPAGNE (MAR'IVR

Il la mania avec une dextérité extraordinaire. Il écrit à tour de rôle à un Espagnol de sa connaissance sur les événements de l'étranger, à un destinataire étranger sur les événements d'Espagne : cette heureuse fiction lui permettait de traiter à la ibis l'histoire intérieure et extérieure. Il remplaça les sentences d'autres historiens' par des lettres moralisantes à ses élèves, les tournois d'éloquence en usage par de prétendus résumés de lettres étrangères, oii la partie adverse, en quelque sorte, avait la parole. Grâce au décousu de la forme, il peut avoir des points de vues plus variés que d'autres historiens humanistes. Il fait preuve de snobisme : en homme qui fréquente la Cour, par principe, il ne s'occupe pas du peuple espagnol. Il montre une vanité incommensurable : des lettres fictives indiquent que l'auteur serait en relations avec des Grands d'Espagne ou avec des célébrités contemporaines, comme Colomb. Cela rétrécit son horizon. Il embrassa cependant des parties de la vie publique dont ne s'occupaient ni les annalistes classiques ni les historiens florentins du xvi« siècle (les mouvements de la littérature espagnole, par exemple). On ne peut, sous ce rapport, le mettre en parallèle qu'avec Aeneas Sylvius. C'est sans doute le diplomate siennois qui a été l'inspirateur de son travail. Comme lui, il méprisait les puristes cicéroniens et aimait mieux écrire un latin incorrect, mais imagé et piquant, qu'un latin classique incolore. Il n'égalait certes pas son modèle pour l'universalité de la culture et l'intelligence politique. Mais il savait comme lui donner, par d'habiles exagérations, de la vie au récit, sans recourir aux charges d'une rhétorique banale. On n'attendra pas de lui une pénétration profonde. Ses raisonnements ne font en général que reproduire les clichés des publications officieuses. Son plus grand mérite est dans les portraits de certains personnages ; cependant il y a fait plus de place qu'il ne convenait à des rancunes personnelles.

La question de l'authenticité des lettres de VOpus epistolarum peut être regardée comme tranchée par les profondes recherches de Bernays. Nous savons maintenant que leur valeur documentaire est très inégale. A côté de lettres authentiques en tout ou en parties, le recueil de Martyr, surtout dans les premiers livres, renferme de nombreuses épîtres fictives. De plus, des passages de plusieurs lettres authentiques sont réunis sous un seul et même numéro ; des

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additions sont intercalées après coup dans des lettres authentiques ; des fragments de lettres authentiques sont mal rangés ou pourvus d'une fausse adresse. (Martyr paraît avoir composé le recueil d'après ses brouillons, qui ne laissaient pas voir le nom du destinataire.) Si cette méthode de travail de Martyr n'a pas été découverte plus tôt, cela s'explique principalement par le fait qu'il n'a achevé qu'à moitié son travail de rédaction. Il projetait de faire de ses lettres un livre dhisloire complet (Annales ou Commentarius, comme il dit). Il a été paralysé dans cette entreprise, ou surpris par la mort, de sorte qu'il est resté beaucoup de contradictions, de transitions maladroites, etc. Il s'ensuit que son Opus, sous sa forme actuelle encore, montre des symptômes nombreux d'un recueil de lettres authentique. Des critiques anciens, qui ne connaissaient qu'une alternative, ou authentique ou faux, ne savaient qu'en penser. Bernays le premier a découvert la complication des faits.

On n'a pas lieu de songer à une duperie. Outre que les humanistes avaient coutume de retravailler les lettres privées avant la publication (Aeneas Sylvius n'a guère agi autrement que Martyr), nous ignorons si Martyr, qui mourut avant l'impression de son ouvrage, n'y aurait peut-être pas ajouté une préface explicative.

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