LES ANNALISTES ARAGONAIS
seur est peu intéressant. Genesius Sepûlveda ne peut prétendre qu'à la gloire d'un bon latiniste. Martyr avait essayé de donner du nouveau ; Sepûlveda se contenta d'être un imitateur correct. Il était satisfait quand il avait fondu en un latin classique les récits de ses autorités (le plus souvent des auteurs connus, et à côté quelques renseignements privés, de première main).
Sepûlveda ne sut pas s'accommoder aussi bien que Martyr aux prescriptions de l'historiographie officieuse. Martyr était un publiciste sans patrie, qui défendait sans difficulté l'opinion de son patron. Sepûlveda avait un sentiment national et confessionnel trop prononcé pour écrire en pur courtisan. La fierté nationale espagnole et l'aversion espagnole pour l'hérésie luthérienne dominent toute sa manière de voir ; le sentiment monarchique, le respect de l'empereur doivent céder le pas. Peut-être est-ce pour cette raison que ses œuvres d'histoire contemporaine, bien que prêtes pour l'impression, furent dérobées au pubhc sous les Habsbourg.
Sepûlveda était une nature trop ingénue pour bien connaître les devoirs de sa position. Homme sincèrement pieux, bon patriote, honnête travailleur (à la différence d'autres historiens, il nomme dans VEpistola ad Neylam placée en tête de son ouvrage les sources réellement utilisées par lui), mais politique naïf, il ne semble pas avoir compris ce que comportait son mandat officiel. On peut estimer comme homme cet auteur, extrêmement prisé par Ranke ; comme historien, on ne peut guère le prendre au sérieux.