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I. — L'historiographie confessionnelle

1. — La fondation de r histoire ecclésiastique ; les centuriateurs de Magdebourg et leurs successeurs.

a. — Remarques générales

L'historiographie ecclésiastique moderne est fille de la Réforme luthérienne.

L'humanisme ne s'était pas occupé de l'histoire de l'Eglise (cidessus, p. 16 et ailleurs). Les historiens humanistes n'avaient mentionné, occasionnellement, que les événements ecclésiastiques qui avaient une répercussion directe sur la politique. L'histoire intérieure de l'Église, l'histoire de la doctrine et de l'administration ecclésiastique n'existait pas pour les représentants de l'esprit nouveau. Platina lui-même avait écrit l'histoire d'une dynastie ecclésiastique, non celle d'une institution. Les manuels du moyen âge ne pouvaient combler cette lacune. Non seulement leur langage avait vieilli, mais il y avait trop d'écart entre leur conception et les tendances des temps nouveaux.

Si le XVI* siècle s'est mis à cultiver l'histoire ecclésiastique, il semble naturel de l'expliquer par le fait que les disputes confession-

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nellcs auraient ouvert les yeux des historiens sur l'importance générale de rÉglisc. C'est ainsi, pourrait dire un critique moderne, que l'historiographie contemporaine n'a commencé qu'avec l'apparition des mouvements sociaux à s'attaquer sérieusement aux problèmes de l'histoire économique. Mais ce serait une fausse analogie. L'historiographie ecclésiastique protestante a été provoquée exclusivement par les besoins de la polépnique confessionnelle. On demandait à l'histoire ancienne de l'Église la preuve que, contrairement au catholicisme, le protestantisme avait gardé dans sa pureté la forme primitive du christianisme; on prenait l'histoire eccclésiastique du moyen âge à témoin des affreuses ténèbres où avait conduit la domination de l'Antéchrist. Les connaissances historiques ne profitèrent pas de cette application à l'histoire de l'Église. Ce qu'elles gagnaient à l'extension du champ de l'histoire, elles le reperdaient par l'étroitesse des jugements tendancieux de la polémique.

Un nouveau domaine de l'histoire fut bien mis en culture, mais en même temps il fut soustrait à la science. C'est ce qui arriva surtout pour l'histoire du moyen âge. L'histoire générale du moyen âge perdait toute liberté scientifique, depuis que l'histoire médiévale des papes et de l'Église était au service de la polémique protestante. C'est l'école de Blondus qui en pâtit le plus. Si ses savantes recherches n'ont pas donné ce qu'elles promettaient, la faute en est surtout à la réformation luthérienne.

Combien la liberté de parole fut restreinte, même en Italie, par la contre-réformation ! Critiquait-on autrefois un pape ou un saint ? la critique n'atteignait que sa personne. Depuis que le protestantisme forgeait avec des remarques de ce genre des armes envenimées contre l'institution même, on ne pouvait plus se permettre de critiquer ouvertement un organe de l'Église. Tout ce que la littérature médié- ,vale contenait de saillies contre des papes, des prélats ou des moines, les protestants — en dépit de l'histoire — le prenaient pour symptômes d'une opposition dogmatique luthérienne contre le papisme et ne distinguaient pas si les expressions citées provenaient de poètes bouffons, de libres penseurs ou d'amis des réformes dans l'Église. C'en fut fait par suite, à l'intérieur de l'ancienne Église, de l'humeur naïve qui y avait régné.

b. — JjES débuts. Petits ouvrages

L'historiographie protestante a reçu son programme de la main de Luther lui-même. Sa première œuvre parut sous les yeux du réformateur (1536), à Wittenberg, et avec une préface de lui. C'étaient les Vitœ Romanorum Pontiftcum de l'Anglais Robert BarxNes. La matière n'est qu'un assez pauvre extrait de Platina et de quelques autres humanistes; l'originalité ne consiste que dans les chapitres disparates de polémique protestante qui y sont intercalés. Barnes s'en tenait rigoureusement déjà aux instructions de Luther, rédigées plus tard il est vrai, sous cette forme : « dass man den Papst getrost herausstreiche als den Erzfeind unseres Herrn und Heilandes » à quoi « neben der Heiligen Schriflsehr wohl die Historien von den Kaisern dienen ^ » {Pap&ttreu HadrianilV und Alexanders [Il gegen Kaiser Friederichen Barharossa ^ew6/,Wittenbergl545 ; dans l'édition des Œuvres d'Erlangen, XXXÏI, 359) Barnes déjà rejetait sur les papes toutes les calamités de l'histoire et glorifiait leurs adversaires laïques. Quand ses sources ne le secondaient pas, il se tirait d'affaire (comme les humanistes allemands dans des cas pareils, ci-dessus, p. 224) en prétendant que toute la tradition avait été intentionnellement faussée. Il ne peut contester que les témoignages des sources soient défavorables à Henri IV. Mais qu'est-ce à dire, puisqu'elles ont pour auteurs des Italiens et des adhérents du parti papal, et que ces auteurs ne pouvaient dire la vérité ? (Remarque dans la Vita Paschalis).

Robert Barnes, né 1495 à Lynn, moine Augustin, promu docteur en théologie à Cambridge, se fait luthérien, réfugié pour cette raison 1528 en Allemagne, rappelé par Cromwell 1531, envoyé en ambassade à Wittenberg 1535 pour l'affaire du mariage d'Henri VIII, brûlé comme hérétique à Londres 1540. Il fit paraître à Wittenberg 1536 ses Vitse Romanorum Pontificum, dédiées à Henri VIII, (de saint Pierre à Alexandre III). Cf. E. Schàfer, Luther als Kirchenhistoriker 1896 (Diss. de Rostock), p. 84.

On en resta à ce point de vue. Pour apprécier le tort qu'il a fait à l'exposition de l'histoire du moyen âge, on n'a qu'à prendre cet autre produit, également dû à un Anglais, de l'historiographie ecclé-

1. Qu'on signale hardiment le Pape comme l'ennemi juré de iNotre-Seigneur et Sauveur : à quoi peuvent très bien servir les histoires des Empereurs.

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siaslique protestante, Vllistoire de la littérature de la Grande-Bretagne de l'évoque Baie (1548).

Baie avait des dons d'historien. Il disposa son Summarium, sur le modèle des Italiens (Crinitus, ci-dessus, p. liSs.), en simple recueil chronologique de biographies isolées, et ne comprit pas mieux que les humanistes italiens la nature de l'histoire littéraire. Mais comme peintre de portraits il était bien supérieur à un Jove ou à un Crinitus ; il saisissait l'individuaHté d'un auteur, et savait la fixer en quelques traits. Dans les chapitres sur les temps anciens, son travail manque de critique et de profondeur; cependant, grâce au zèle de Leland (ci-dessus, p. 202), auquel il rend hommage dans son texte, il dispose de matériaux si riches et si soigneusement amassés, que son ouvrage, s'il avait pu rester impartial, aurait peutêtre plus de valeur que tous les autres recueils humanistes de biographies. Mais Baie était protestant avant d'être humaniste ou historien. Il glissa dans son histoire littéraire des morceaux étrangers, qui ne servaient qu'à la polémique protestante (par exemple un résumé de l'histoire des papes). Son parti pris l'entraîna à se méprendre constamment sur les intentions des écrivains dont il parlait. Il découvrait dans les endroits les plus invraisemblables l'expression d'une hostilité de principe contre la papauté, faisait de plaisanteries innocentes d'amères invectives, interprétait de libres créations de l'art enjoué du moyen âge comme si les auteurs avaient voulu donner un abrégé de la dogmatique luthérienne. Il faussait le moyen âge, en transportant dans le passé la lutte contemporaine entre la papauté et la pure doctrine, entre les souverainetés laïques attachées à l'esprit nouveau et le clergé demeuré fidèle à la foi scolastique.

John Bale (Balaeus) né 1495 à Cove près Dunwich en Suffolk, moine Carmélite, puis protestant et marié ; après la chute de Cromwell, qui lavait protégé contre le parti catholique, réfugié en Allemagne 1540 : de retour en Angleterre après l'avènement d'Edouard VI, 1547, évêque d'Ossory en Irlande 1552; de nouveau fugitif à l'avènement de Marie, cette fois à Bâle : après l'avènement d'ÉHsabeth pourvu d'un bénéfice à Canterbury ; mort 1563. Il a composé Illustrium majoris Britanniœ scriptorum summarium in quasdam centimas divisum. lexique des écrivains anglais depuis les plus anciens temps jusqu'à présent. En 14 centuries de 100 articles (l'expression de centurie ici, na pas rapport au siècle) J.400 auteurs sont traités.

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L'ordre est chronologique ; on trouve intercalées des notices sur l'histoire ecclésiastique anglaise, etc. : puis un abrégé de l'histoire des papes, qui fut aussi publié à part (sous le titre de Acta Romanorum Pontificum... usque ad tempora PaulilV, Bàle 1558) première édition Ipswich 1548. — 11 est possible que l'ouvrage de Baie ait été inspiré par la Bibliotheca univer^alis de Konrad Gessner (Zurich 1545). On ne saurait cependant donner le nom de précurseur au naturaliste et polygraphe de Zurich. Car Gessner ne donne qu'un lexique d'auteurs dans l'ordre alphabétique; Baie a, le premier, rangé ses articles chronologiquement, approchant ainsi, par un détail au moins, d'une histoire de la littérature.

Baie écrivit en outre différents traités sur l'histoire de l'Église en Angleterre. Cf. Select Works of Bishop Baie 1849 (Parker Society). Un Index Britanniœ Scriptorum a été publié \ 902 par R. L. Poole und M. Bateson dans les Anecdota Oxoniensia.

Barnes et Baie étaient encore pour leurs matériaux complètement dépendants de l'humanisme. Ils ne livrèrent que des essais, des attaques partielles. L'histoire des dogmes, qui semblait la chose la plus importante, n'était pas traitée dans leurs ouvrages. Ce qui leur manquait fut fourni par l'œuvre classique de l'historiographie ecclésiastique protestante, l'œuvre qui mit réellement à exécution les intentions de Luther, les Centuries de Magdebourg.

c. — Les Centuries de MAiiOEBOURG ^Flacius Illvricus)

Matthias Vlacich latinisé en Flacius et d'après son pays d'origine Illyricus) , né 1520 à Albona en Istrie, fait des études humanistes à Venise, gagné à dix-neuf ans au luthéranisme, se rend en Allemagne; 1544 professeur d'hébreu à Wittenberg; se querelle 1549 à propos de l'Intérim avec Mélanchthon et d'autres théologiens et se transporte à Magdebourg ; appelé à léna 1557, destitué 1561 avec ses collègues ; essaie de fonder une académie à Ratisbonne : puis mène une vie errante et inquiète ; mort 1 575 à Francfort-sur-le-Mein. 11 commença pendant son séjour à Magdebourg et rédigea : Ecclesiastica Historia, iatcgram Ecclesiae Christi ideam ... aecundum singulas centurias {=: siècles) perspicuo ordine complectans, une histoire ecclésiastique des treize premiers siècles. Les 4 premières Centuries sont signées de Flacius, Wigand, Judex et Faber ; les 5 suivantes des mêmes à l'exception de Faber ; les 10^ et H" de Flacius, Wigand et Corvinus ; la 12'' des mêmes et de Holthuter; la 13" des mêmes à l'exception de Flacius. Mais le plan et l'organisation des Centuries appartiennent entièrement à Flacius. Dès 1553 il voyait nettement son but. (Cf. Preger, II, 416 s.) ; il commençait dès lors à chercher des collaborateurs, (^'est au cours de l'année 1554 que sa compagnie paraît s'être organisée à Magdebourg. Pour la récolte des matériaux, le plus grand travail fut fait par Marcus Wagner, qui parcourut une grande partie de l'Europe.

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Mais lui-mènic ne fit (jiu> suivro les indications délaillées que lui avait données Flacius. — Dans les années 1557-1558 on commença le travail de rédaction. Flacius avait ici encore dressé les batteries. A la tète de l'entreprise étaient cinq Gubernatores : Flacius. Ebeling Aleman, D' Méd. -Martin Copus, .Johann \Yigand et Matlhœus Judex, les deux derniers ecclésiastiques. Aleman et Copus s'occupaient de la partie commerciale. Au-dessous d'eux il y avait deux Architectes et sept Stadiosi. Le travail fut continué plus tard à léna et en d'autres lieux. A la mort de Judex 1564, d'autres ecclésiastiques prirent sa place. 'A la mort de Flacius. l'ouvrage fut arrêté; la dernière centurie (la 13«) à laquelle d'ailleurs il n'avait plus officiellement collaboré, parut 1574, un an avant sa mort.

Première édition Bâle 1559 à 1546. Deuxième édition, avec quelques passages modifiés dans le sens calviniste, Bâle 1624. La nouvelle édition commencée à Nuremberg 1757 sous le titre de Centuriœ Magdeburgeuses s'arrêta au V siècle.

Flacius composa en outre un Catalogus, testium veritatisqui ante nostram. setatem reclamarunt Papw (Bâle 1556) et un écrit présenté en 1566 à l'empereur Maximilien II, De translatione Imperii Romani ad Germanos (Bâle 1566).

La plus ample appréciation des Centuries chez F.-Ch. Baur, Die Epochen der hirchlichen Geschichtschreibung (1852), 39 ss., qui malheureusement ne connaît pas du tout les historiens humanistes italiens et par suite surfait considérablement le travail critique des Centuries. Pour la biographie, ce qu'il y a de mieux c'est Preger, M. F. III. und seine Zeit ( 1 859-1861) , cf. spécialement. II, 41 3 ss. Détails chez W. Schulte, Beitràge zur Entstehungsgeschichte der M. C 1877 ; Nûrnberger, Die Bonifaciuslikeratur der Magdeburger Cent, dans Neues Archiv XI (1886), 9 ss.; Schaumkell. Beitrag zur Entstehungsgeschichte der Magdeburg. Cent. 1898. Sur l'usage que la polémique protestante a fait des Centuriateurs, on trouve beaucoup de renseignements dans J. Janssen. Gesch. des deutsch. Volkes, V. 319 ss.

Importance des Centuriateurs pour Ihistoire ecclésiastique. — Ce sont eux proprement qui l'ont fondée. Eux seuls ont fouillé systématiquement toute la tradition historique pour y trouver les matériaux dune histoire de l'Église. Eux seuls ont affranchi la polémique historique protestante des œuvres historiques des humanistes et des livres de droit du moyen âge. Les témoignages dont avait besoin l'apologétique confessionnelle des Protestants sont pour la première fois chez eux clairement répartis en rubriques qui les embrassent à peu près tous.

Grâce à Flacius, tout un canton de la vie humaine complètement négligé par les humanistes, fut reconquis pour l'histoire ; l'exposé, bien que superficiel, de la doctrina dans les différents siècles.

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c'était la part faite à la vie de l'esprit dans l'histoire; c'était une extension de l'idée même de l'histoire. Les Centuriateurs ne s'en tinrent pas au récit des faits capitaux de la vie extérieure de l'Église ; ils embrassèrent sa vie intérieure, qui n'avait pas de place jusqu'alors dans l'historiographie politique, les changements dans la doctrine, dans le culte, etc. Leurs notices, assez maigres d'ailleurs, sur les religions non chrétiennes posèrent même la première pierre d'une histoire des religions.

Leur méthode et leur critique historique. — Cependant, au point de vue du mérite historique, les Centuries signalent une régression.

Faisons ici abstraction de la forme. Les Centuries ne voulaient être qu'un arsenal bien rangé à l'usage de la polémique protestante : il était logique de disposer la matière, au lieu d'une narration suivie, en rubriques invariables et de découper l'histoire de l'Eglise non pas en périodes organiques, mais d'après le cadre tout extérieur des siècles (imitation des annales humanistes pire que le modèle). Pour le but pratique qu'ils poursuivaient, les auteurs n'auraient pu y imaginer une forme plus commode.

Mais ils sont au-dessous des humanistes comme critiques et comme historiens.

Leur critique a été en général bien surfaite. Baur va jusqu'à parler de la echt kritischen Tendenz des Protestantismus, die auf dem Gebiete der Kirchengeschichte von selbstzu einer histori&chen Kritik werden musste, die ûberall da um so tiefer eindrang loo sie uni so mehr (!) von dem polemischen Interesse geschdrft wurde^ (p. 47). Il eût été plus juste de dire quelle était pénétrante là seulement où elle était aiguisée par l'intérêt de la polémique. Les Centuriateurs ne comprenaient pas la critique philologico-historique exercée pour elle-même. En face de données qui n'intéressaient pas la dogmatique, ils adoptaient simplement l'attitude critique prise avant eux par les humanistes. Us abandonnaient la correspondance de l'apôtre Paul avec Sénèque (Cent. I, l. II, chap. x sub voce Paulus), qu'Erasme avait déclarée inauthentique; quant à celle du Christ

1. Haute tendance critique du protestantisme, qui, sur le terrain de l'histoire ecclésiastique, devait se tourner d'elle-même en critique historique et pénétrer d'autant plus profondément là où elle était aiguisée par l'intérêt polémique.

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avec le roi Abgar d'Edcssc, ils ne tenaient pas le faux pour démontré (Cent. I, 1. I", chap.ii) : or il se trouvait par hasard qu'aucun humaniste ne l'avait attaqué.

Les Genturiateurs ne sont critiques que quand la tradition contrarie leur tendance antipapiste. Ils n'émettent pas le moindre doute sur la fable de la papesse Jeanne, tandis qu'ils cherchent à établir la falsification des Dôcrétales du Pseudo-Isidore. Us sont bien loin du scepticisme rationaliste des humanistes. Platina avait marqué son incrédulité quant au bruit dun pacte que le pape Silvestre aurait fait dans sa jeunesse avec le diable: les Genturiateurs ne songent pas à douter du fait (Gent. X, chap. x). Les miracula, auxquels est consacrée dans chaque centurie une rubrique spéciale, sont séparés par un classement bien peu méthodique selon qu'ils parlent pour ou contre leur cause. Sont-ils l'œuvre de missionnaires chez les païens ou d'hérétiques antipapistes ? il faut qu'ils soient authentiques. Permettent-ils des conclusions favorables à la vérité d'une institution catholique (adoration des Saints, culte des reliques) ? ils sont à rejeter comme signa mendacia. Les auteurs cherchent à imposer par la quantité plus que par la qualité de leurs preuves. Bien différents deBlondus ou de Galchi, jamais ils ne font une différence entre des sources anciennes ou nouvelles, contemporaines ou postérieures, originales ou de seconde main. Tout témoignage est bon, pourvu qu'il soit hostile à la papauté.

Leur conception de l'histoire. — Naturellement, la conception théologique reprend tout son empire. L'histoire universelle redevient ^ une lutte entre Dieu et le Diable. Les germes d'une explication humaine et naturelle de l'histoire semés par les humanistes, périssent entre les mains des Genturiateurs. De mystérieuses interventions divines sont de nouveau VuUima ratio. Quelle raison aurait l'historien de faire des recherches sur l'origine du gnosticisme, du ■^ moment qu'il sait que cette hérésie a été suscitée par le Diable ?

Par un côté cependant les Genturiateurs sont ramenés à l'explication individualiste.

Jamais un homme de parti convaincu ne conviendra que le parti opposé puisse être autant que le sien le produit d'un développement naturel, quoique funeste ; il verra toujours dans les agissements des

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