‹ Histoire de l'historiographie moderneChapitre 154 sur 341 · LES CENTURIES DE MAGDEBODRG · texte numérisé non relu

LES CENTURIES DE MAGDEBODRG

adversaires de perfides machinations personnelles. Aussi les Centuriateurs ne comprenaient-ils pas que la puissance papale se fût formée peu à peu sous l'influence de certaines conditions historiques. Ce sont, d'après eux, des intrigues conscientes des évoques de Rome qui ont seules créé la papauté. Le développement est terminé au vii^ siècle. Ils surfont, comme d'habitude, l'influence des chefs de partis adverses. Au x^ siècle, pensent-ils (Cent. X, inc), la domination du Pape tient tellement sous son ombre toutes les Églises que les gouvernements ecclésiastiques et laïques n'agissent que sur un signe de lui.

Ces vues des Centuriateurs firent une énorme impression. Surtout parce qu'elles s'appuyaient sur un fond puissant d'honnêteté. Les auteurs ne sont pas des apologètes officieux à gages, mais des hommes de parti convaincus. Ils ne cèdent pas à la nécessité de défendre, en dépit de leur conscience, une mauvaise cause. Pas un souffle de scepticisme historique ne les a effleurés. Ils ne soupçonnent jamais qu'ils obéissent à une suggestion, quand ils voient la doctrine de la justification par la foi formulée en des endroits où un œil non prévenu chercherait en vain quoi que ce soit de pareil.

Leur attitude vis-à-vis des gouvernements. — Malheureusement ils ont eu aussi une grande influence sur l'historiographie politique. Tant qu'ils traitaient au point de vue luthérien l'histoire de la pure doctrine et de l'Église, leur tendance dogmatique se montrait au grand jour et était relativement inofl'ensive pour l'histoire. Mais ils y mêlaient des vues qui provenaient moins de la théologie luthérienne que de la constitution des Églises nationales allemandes, et même en grande partie de la situation personnelle des Centuriateurs euxmêmes

Flacius et ses collègues espérèrent (en vain) une subvention des princes protestants allemands et s'imposèrent en conséquence des égards pour le système du summiis episcopus des Eglises luthériennes nationales et pour les souverains eux-mêmes. Dans la lutte entre les pouvoirs ecclésiastique et laïque, ils prirent toujours le parti de ce dernier. Non seulement en repoussant les prétentions politiques de l'Eglise cathofique. Us jugèrent nécessaire aussi de montrer les adversaires de la papauté guidés dans leur opposition

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uniquement par des molifs religieux. Ils ont par là fâcheusement brouillé les idées. C'est leur faute si actuellement encore bien des histoires rapportent à des mobiles réformatetirs, idéalistes, les tentatives de souverains du moyen àg-e pour mettre sous leur dépendance les établissements ecclésiastiques de leurs territoires, tandis qu'ils attribuent uniquement à la cupidité et à l'ambition les efforts vraiment réformateurs de la Curie. Us ont, ici comme partout, réparti inégalement l'ombre et la lumière. Henri II a fait assassiner Thomas Becket : ils le racontent sans ajouter un mot de blâme (Cent. XII, chap. vm). Naturellement; car — non pas les prélats papistes, mais — les princes laïques (par exemple les empereurs allemands) flagraruni eximio zelo ulterhis promovendi gloriam Z)e^■ (Cent. X, chap. i). Dans les conflits ecclésiastiques et politiques des empereurs Henri IV et Frédéric II, les centuriateurs voient d'un côté la piété, de l'autre une coupable ambition cléricale.

Conception et méthode des Centuriateurs sont restées jusqu'au xvni*^ siècle la règle non seulement de l'histoire ecclésiastique populaire, mais des recherches savantes chez les protestants. La forme même des centuries fit école. L'histoire ecclésiastique du théologien zurichois .îohann Heinrich Hottinger (1620-1667) : Historia ecclesiastica Novi Testamenti, publiée d'abord 1631 à 1667, se rattacha si étroitement à l'ordonnance extérieure des Centuries, qu'on peut qualifier les six ou neuf derniei's volumes, traitant du \v« et avec plus de détails encore du XVI'' siècle, de continuation du travail de Magdebourg, Cf. G. v. Wyss Historiographie in der Schweiz, 259 s.

d. — L'historiographie anglaise sous l'influence des Centuriateurs

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