‹ Histoire de l'historiographie moderneChapitre 159 sur 341 · Baronius · texte numérisé non relu

Baronius

César BARomus, né 1538 à Sera, royaume de Naples, théologien, à partir de 1557 à Rome, membre de la congrégation des Oratoriens, fait cardinal 1597, mort 1607, fut amené par Philippe Néri, le fondateur de son ordre, aux études d'histoire ecclésiastique. Lors de l'apparition des Centuries, il reçut mission, du cardinal Antonio Caraffa entre autres, de répondre par une histoire ecclésiastique catholique. Il trouva des ressources abondantes dans la Bibliothèque Vaticane, dont il fut nommé directeur. Les A^inales ecclesiastici (jusqu'à 1198) parurent d'abord à Rome 1588 à 1607. Nouvelles éditions, entre autres, Lucques 1738 à 1759 par Mansi (avec la Critica chronologique de Pagi) et 1864 à 1883 par Theiner. — Cf. Baur, Epochen, 72 ss.; (J. Calenzio (C. 0). La vita e gli scritti del cardinale C. B.,1907 Lammer dans Analecta Romana (1861) 66 (sur les œuvres posthumes) : du même, des lettres publiées dans De C. Baronii literarum commercio diatriba (1903). Per Cesare Baronio : Scritti vari nel III centenario délia sua morte, raccolti da V. Simoncelli, 1912.

Les Annales de Baronius furent continuées par Odoricus Raynaldus (qui, dans une plus forte mesure que Baronius, introduisit des documents dans le texte), Jac. de Laderchio, Henri Spondé et Abraham Bzovius. En 1856-57 parut à Rome une continuation pour les années 1572 à 1582, de la main de Theiner.

Au point de vue de l'historiographie, les Annales de Baronius ne sont guère en progrès sur les Centuries. Elles se rapprochent plus que l'ouvrage allemand de la méthode critique de l'école de Blondus. Les sources médiévales sont plus soigneusement filtrées; on ne voit plus des compilateurs modernes comme Sébastien PYanck cités comme témoins pour le xm^ siècle. Les documents inédits sont employés sur une plus grande échelle. Mais le point de vue général est le même en principe. Si les Genturiateurs avaient lu dans le Nouveau Testament les loci de la dogmatique luthérienne, Baronius trouve dans les récits évangéliques l'Eglise catholique avec toutes ses institutions. Le Christ lui-même a tracé le modèle invariable pour les conciles généraux (ad annum 33, l'H). Les solennités

à la mort d'Elienne sont une preuve que la célébration du Irentain repose sur une tradition apostolique et témoignent indirectement que la croyance au purgatoire remonte au temps des apôtres. Le Christ a conlôré à Pierre la primauté, pour qu'il y ait une autorité apte à trancher définitivement les disputes sur la foi. Il fait moins violence aux sources que les adversaires : mais cela tient à ce que les Pères de l'Eglise, qu'il cite sans critique aucune comme autorités pour les premiers siècles déjà, sont plus en harmonie avec la conception catholique qu'avec les idées proleslantes. D'un développement du dogme il est moins question encore que chez les Centuriateurs ; sa tâche n'était-elle pas précisément de prouver que la doctrine catholique avait été toute faite dès le début et s'était conservée immuable?

Baronius, comparé à ses adversaires luthériens, rejette au second plan l'histoire des opinions dogmatiques. Pour lui l'Eglise passe avant la croyance. Et ce n'est pas à l'avantage de l'histoire. Les Magdebourgeois avaient essayé, sous une forme étriquée et faussée, d'écrire une page de l'histoire de l'esprit. Baronius en revient presque à un récit des faits et gestes. Il promet, il est vrai, dans sa préface, de traiter des lois, des cérémonies de l'Eglise, etc. (tout comme les Centuriateurs). Il n'a réalisé que bien imparfaitement cette promesse. La forme d'Annales qu'il employa de nouveau ne valait guère mieux que la grossière division par siècles des Centuriateurs: la matière se trouvait encore une fois déchiquetée indûment.

La critique de Baronius, comme celle des adversaires, l'abandonnait dès que la tendance confessionnelle était en jeu. Elle avait d'ailleurs le défaut de n'être pas même loyale. Les Centuriateurs avaient, fort arbitrairement, distingué entre vrais et faux miracles (ci-dessus p. 312). Mais leur polémique se terminait en général par un Oui ou par un Non. Baronius inaugura en grand la méthode moderne de sourdine. Partout où cela se pouvait, il cherchait à détourner l'attention de la question principale sur des objets secondaires. Il embrouillait les problèmes au lieu de les résoudre. Au besoin il se tirait d'affaire, comme ses successeurs ne l'ont que trop fait, par un hardi Salto mojHale. Il ne pouvait plus guère défendre directement l'authenticité de la donation de Constantin (cf. p. 135 s.). Il abandonna le texte reçu comme falsifié par les Grecs. Mais qu'importe? La forme traditionnelle du document n'impliquail-elle

l'opposition catholique (bossuet) 329

pas une offense à la dignité sacerdotale? Gomment a-t-on pu admettre qu'un empereur ait donné au pape ce qui déjà lui appartenait (ad 324, I 118)!

Baronius n'a de critique que celle que les humanistes ont exercée avant lui. Les Décrétales du pseudo-Isidore, qui n'avaient pas été attaquées par un Valla, sont pour lui authentiques. Comme les Genturiateurs, il tient pour controuvée la correspondance entre Sénèque et saint Paul (ad 66, § 1); pour douteuse seulement la correspondance analogue avec Abg-are (ad 66, | 60). Quant à l'authenticité des reliques, il garde volontiers le silence.

On aconstesté à tort que les Annales de Baronius soient dans sa pensée une réponse aux Centuries. Sans doute il n'essaie pas de réfuter systématiquement toutes les assertions des Magdebourgeois et il est exact qu'il ne nomme jamais les Centuriateurs (ni d'ailleurs ses autres adversaires). Mais il se livre souvent à une polémique directe contre les Centuries. Dans l'Apparatus en tête des Annales (§. 96), il parle de nostri sxculi novatores qui... quwcumque ignorant, blasphémant ; dans les Annales même, il les cite à l'occasion presque mot pour mot (cf. par exemple ad annum 33, § 21 avec Cent. I, lib. II, chap. vu). Les notes marginales de la vieille édition anversoise spécifient parfois le passage précis des Centuries que l'auteur a en vue. Baronius a imité plus d'un détail particulier des Centuries; comme elles il fait une coupure aux années 100 et 1000, insère des chapitres sur vitse doctonim, etc.

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