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Heeren

Arnold Hermann Ludwig Heeren, né 1760 à Arbergen près de Brème, inaugura 1784 son enseignement à l'Université de Gœttingue, 1794 prc-

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tesseur de philosophie, 1801 d'histoire, mort à Ooetitiiigue i842. Ses ouvrages principaux sont :

i° Ideen ûber die Politik, den Verkehr und den Handel der vornehmsten YôTker der alten Welt (c'est-à-dire Perses, Phéniciens, Babyloniens, Scythes, Indiens, Carthaginois, EtMopiens, Egyptiens et Grecs) 1™ édition. Gœttingue 1793 ss., plus tard fortement remanié..

2° Geschichte der klasskchen Literatur im Mittelalter (jusqu'à la fin du xv" siècle, c'est-à-dire comprenant les humanistes italiens) 1797 à 1801, commencement d'une histoire inachevée : Geschichte des Sttidiums der klaissischen Literatur.

^° Handbuch der Geschichte der Staaten des Altertums mit besonderer Rïicksicht auf ihre Verfassungen, ihren Handel und ihre Kolonien 1799.

4° Handbuch der Geschichte des europdisch. Sùaatensystems und seiner Kolonien (de 1492 à nos jours), Gceittirague 1809.

Rapports avec Adam Smith et Montesqnieu. — Heeren est l'historien le plus remarquable de récole de Montesquieu. Non seolement il égale son maître, mais il le dépasse en tout cas comme 'historien. Ses Idées stcr la poliîiqne, les relations et le commei^ce des peuples de Vancien monde laissent loin derrière elle, les esquisses d'histoire commerciale de V Esprit des lois.

Heeren avait sur Montesq-uien an avantage. Entre V Esprit des lois et Sfes Idées avait paru le grand ouvrage d'Adam Smith (1776). L'économie politique avait été constituée comme science. On avait trouvé un système et un appareil de notions ; l'historien pouvait résum.er en quelques formules plusieurs groupes de phénomènes économiques. Pour la première fois on avait démontré clairement l'enchaînement intime entre les 'différentes sphères de la vie économique.

II y a une circonstance caractéristique qui montre la dépendance où Heeren se trouvait vis-à-vis d'Adam Smith. Celui-ci avait voulu, on le sait, et le titre de son ouvrage l'indique, rechercher surtout comment les nations s'enrichissent ; il avait voulu se rendre clairement compte de l'influence que les mesures de politique commerciale et la législation exercent sur la postérité d'un peuple. Quant à la meilleure répartition à faire entre les sujets de la ricliesse nationale acquise par le commerce et l'industrie, il avait à peine effleuré cette question; il ne s'était jamais demandé par exemple si un accroissement de la population amené par l'essor du commerce ne pouvait pas rendre illusoire pour l'individu l'augmentation de la

fortune nationale. Il ne s'occupait ni du problème de la population ni de ce qu'on a nommé depuis la question sociale. Ce n'est pas par hasard que Heeren a restreint de façon identique ses recherches d'histoire économique. Lui aussi porta son attention exclusivement sur le commerce d'exportation, les rapports commerciaux de peuple à peuple. Son intérêt était beaucoup plus étroitement limité que celui de Voltaire. Il mit plus d'ordre et de soin à son travail; mais il négligea les observations du Français sur les chiffres et les problèmes de population. On s'aperçoit en lisant les Idées, qu'il manqua à Heeren un guide théorique. Le célèbre Essay de Malthus ne parut que cinq ans plus tard (1798); il n'a d'ailleurs pas été consulté par Heeren.

Mais l'important est que grâce à Adam Smith, Heeren se dégagea définitivement des idées peu nettes et des fausses analogies de Montesquieu.

Pour ce qui concerne l'histoire du commerce seulement. Gomme penseur politique, il est moins original. Ses vues politiques sont dans la dépendance de \ Esprit des lois, et les cHchés de despotisme et état de nature se rencontrent souvent encore dans son travail. Ses tableaux de l'histoire des Etats sont remarquables en ce qu'ils cherchent à mettre en lumière l'importance générale des relations commerciales et des possessions coloniales; quant aux problèmes de pure politique, il y apporte un coup d'œil moins pénétrant.

L'histoire du commerce traitée par Heeren. — Heeren n'est dans son élément que quand il s'applique à utiliser (parfois en les reproduisant mot à mot) les développements de Montesquieu sur l'histoire des échanges internationaux de marchandises. Il surpasse le Français en ce qu'il s'attacha aux faits concrets et interpréta les sources avec une critique judicieuse. Il se garda des généraUsations faites à la légère et des grandes constructions édifiées sur des matériaux de hasard. Il évita de semer des études historiques d'allusions à l'actualité et d'exploiter l'histoire en publiciste. Il croyait encore fermement que l'antiquité était l'école de la politique. Mais de ce vieux dogme humaniste il ne tira pas les mêmes conséquences que les historiens rhéteurs ou les déclamateurs de l'école de Rousseau. Il tenait à tirer au clair les conditions d'existence des peuples anciens

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plutôt qu'à puiser des leçons de politique dans les inventions des maîtres d'école grecs ou romains. Grâce au Wealth of Nations, il fut mieux que les historiens antérieurs en état de résoudre ce problème.

Comme Adam Smith, Heeren partit exclusivement des besoins matériels de l'homme, au sens propre du mot. Il voulait établir la manière dont les peuples qu'il traitait pourvoyaient à leur nourriture, à leurs vêtements, à leurs logements. Il voulait savoir comment ils se procuraient leurs aliments, leurs étoffes d'habillement, leurs matières tinctoriales, leurs machines. Dans son principal ouvrage, qui malgré son titre d'Ideen contient plus que de simples esquisses, il chercha par exemple à reconstruire les voies commerciales de l'antiquité au moyen des routes modernes des caravanes et des données d'auteurs anciens. A l'aide des témoignages épars et souvent confus d'anciens narrateurs qu'il combinait avec des renseignements sur la situation commerciale de l'Orient contemporain, il entreprit, avec une sagacité extraordinaire, de mettre à nu les fondations matérielles des États antiques. Personne avant lui n'avait attiré l'attention sur l'importance pour l'histoire de l'échange des marchandises et montré que certains peuples ne doivent leur place dans l'histoire qu'au monopole qu'ils possédaient pour la production ou l'exportation de matières premières ou d'étoffes indispensables. Les historiens idéologues de l'école de Rousseau admettaient comme allant de soi que l'homme est capable de vivre, et s'inquiétaient seulement de savoir comment les hommes pouvaient défendre leur dignité et leur liberté civile : Heeren scruta cette hypothèse.

Méthode et style. — Les romantiques ont d'habitude vivement attaqué Heeren. Beaucoup de leurs reproches étaient au moins fort exagérés. Heeren ne tablait pas sur leurs idées fantastiques de l'unité et de l'indestructibililé des nationalités et s'attachait de préférence aux phénomènes concrets du commerce et de la politique : on lui en ferait plutôt un mérite aujourd'hui. Les romantiques avaient raison sur un point, c'est qu'Heeren ne savait pas voir les enchaînements organiques ; pas plus qu'un autre rationaliste — pas plus que Voltaire — il n'était capable d'établir une relation intime entre les différents domaines de la vie publique. L'histoire commerciale, l'his-

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toirc politique, l'histoire sociale môme, marchent à côté l'une de l'autre plutôt qu'elles ne sont reliées l'une à l'autre. Et qui pis est, Heeren exagéra volontiers son principe et motiva des événements historiques uniquement par des changements dans le commerce et dans la technique. Pas plus qu'Adam Smith il ne niait en principe que la conduite des hommes ne tût déterminée par d'autres mobiles que les besoins matériels; mais il dirigeait souvent ses recherches de façon à donner raison à cette hypothèse. Avant tout il ne comprenait pas qu'à côté des besoins matériels l'esprit peut avoir aussi ses besoins indépendants. Il était étranger à l'universalité de Voltaire. Si l'on veut avoir une image chargée de ses opinions, on n'a qu'à lire son Histoire de la littérature classique au moyen âge. L'existence d'une culture intellectuelle dépend ici presque exclusivement du fait qu'il existe, ou non, des bibliothèques et des établissements d'instruction ; des perfectionnements techniques dans la fabrication du papier ont pour conséquence un essor de la civilisation, etc. La sobriété du Rationalisme a souvent rendu de bons services comme remède contre des opinions exaltées ; mais on voit ici une étrange confusion de la cause avec l'èfïet.

Heeren est parmi les historiens un des plus grands écrivains de V Aufklàrung .Vrécisércidni parce qu'il s'abstenait des ornements de la rhétorique et ne cherchait pas à imposer par des artifices de style poétique. Si ses écrits ont un attrait esthétique, ils le doivent à des quahtés de fond. Il écrivait comme il pensait et travaillait : clairement, nettement. Une composition avenante, une langue transparente, un choix de termes intelligents, reflètent parfaitement ses tendances sérieusement scientifiques.

Il travaillait d'ailleurs plus que correctement, avec un très grand soin. La méthode critique et philologique (ci-dessous p. 574 ss.) lui était encore inconnue. Mais ses connaissances en économie politique et en technique dépassaient de beaucoup celles de la plupart des historiens du temps. Il relatait d'édition en édition les résultats des dernières recherches, même quand elles ne pouvaient servir son rationalisme (comme c'était le cas pour les récents rapports sur l'Inde). Edouard Meyer (Geschichte des Altertums, 2' édit. I [1907] p. 248) a signalé le Manuel d' histoire des États de V antiquité comme le livre le plus remarquable du genre, auquel « die Folgezeit nichts

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Gleichwertiges an die Seite zu setzen vermocht hat, auquel la postérité n'a pu opposer aucun travail d'égale valeur ». Et le Manuel d'histoire des États modernes a été appelé par Hintze une « fur seine Zeit relativ vollkommene Lôsung der Aufgabe, une solution du problème parfaite pour son temps. » Cf. Forsch. zur brandenburgischen undpreuss. Geschichte 19 [1906], 286.

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