‹ Histoire de l'historiographie moderneChapitre 272 sur 341 · Angleterre · texte numérisé non relu

Angleterre

a. — Remarques générales.

Veut-on voir par un exemple contraire combien l'appréciation de l'histoire amenée par le Romantisme dépendait delà réaction contre les idées de la Révolution française ainsi que de la Restauration politique? On n'a qu'à comparer l'historiographie anglaise de la première moitié du xix'' siècle avec celle qui régnait sur le continent, particulièrement en Allemagne.

Les histoi ' )ns anglais du Rationalisme n'avaient pas travaillé moins sérieusement que les hommes de leur bord sur le continent. Mais lorsque, dans d'autres pays, à l'instigation du Romantisme s'éveilla une passion intense pour l'étude de l'histoire, la science anglaise se trouva bientôt à l'arrière-garde. L'Etat n'avait pas intérêt aux recherches historiques comme telles. La matière historique avait son importance, parce que l'on ne pouvait résoudre sans son aide bien des questions de droit politique ou de généalogie. Mais le gouvernement n'avait pas besoin d'historiens pour établir par eux une liaison artiticielle entre le passé et le présent. La tradition n'était pas rompue; il n'était pas nécessaire de la faire remplacer par un succédané au moyen de recherches historiques. Les puissances historiques n'avaient pas été détruites; leur légitimité n'avait pas à être démontrée par l'étude. Aussi l'histoire ne fut-elle pas entre les mains de savants aux gages de l'État, mais de littérateurs et d'écrivains de parti. Le travail proprement scientifique en fut naturellement beaucoup négligé. La méthode de critique philologique de Niebuhr se fit jour lentement dans d'autres pays encore que l'Angleterre. Mais c'est aussi à des historiens comme Thierry ou Guizotque l'his-

toriographie anglaise n'eut rien à opposer dans les premières années du xix" siècle. Fait bien caractéristique, encore en 1863, Stubbs fit imprimer une traduction anglaise des Institutions de Mosheim. Il y avait bien quelques savants initiés aux nouvelles recherches critiques, mais il n'y avait pas d'écoles, pas d'enseignement méthodique, pas de public.

On n'en cultivait qu'avec plus d'empressement l'HisToaiOGRAPutE de PARTI. Les principes des partis libéraux surtout, des Whigs et des Radicaux, furent représentés dans de brillants exposés historiques, peut-être parce que le public anglais, même au xix* siècle, puisait ses connaissances historiques exclusivement encore chez les historiens conservateurs du Rationalisme, tels queHume, Gibbon et Mitfort. En face de ces auteurs, le parti libéral, dut tenter de se faire écouter. Les Tories, qui n'ont guère à redouter de Hume et de Gibbon, se sont moins appliqués à l'histoire.

L'opposition à l'historiographie du Rationalisme se montre d'abord en Angleterre chez le prêtre catholique John Lingard (1771 à 1851), auteur de VHistory of England from the first invasion by the Romans (1819 à 1830). Vis-à-vis de la conception parlementaire et protestante de l'histoire d'Angleterre, Lingard tient le point de vue de la minorité catholique. Sans raideur d'ailleurs : son but n'était pas de confirmer ses amis dans leurs convictions, mais de disposer favorablement les adversaires; d'où la grande modération de son langage.

Son ouvrage n'a du reste pas de valeur originale. Lingard ne manquait pas d'intelligence et il visait à un jugement indépendant. En regard de Hume, l'étendue des sources consultées est augmentée. Mais il n'ouvre aucune voie nouvelle. Il garde la distribution traditionnelle de la matière. Il donne presque exclusivement une histoire dynastique et parlementaire (Biographie par Haile, 1912).

b. — Macaulay

Thomas Babington Macaulay, né en 1800à Hothley Temple, Leicestershire, d'abord fellow à Cambridge, du premier coup populaire par sou Essay sur Milton dans la Revue d'Edimbourg (1825), puis nommé à différents postes administratifs, appelé au Parlement (1830) comme représentant d'un Pocket borough, nommé 1833 membre du Conseil supérieur des Indes, 1834 à 1838 aux Indes où il collabore à la codification du droit criminel indien ; 1839 envoyé par Edimbourg au Parlement. 1839 à 1841 secrétaire de la Guerre dans le ministère Melbourne, 184tî Paymaster-General, 1847 non réélu, se retire de la politique active (renvoyé au Parlement en 1852), anobli 1857, mort en 1859 à Londres. Auteur

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