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de History of England frorn the accession of James II (1849 à 1861). Inachevée, atteint avec les chapitres posthumes la mort de Guillaume III (1702). Plusieurs sujets historiques sont traités dans les Essays que Macaulay écrivit pour la Revue d'Edimbourg (en grande partie réunis par lui dans les Critical and historical Essays publiés pour la première fois en 1843) ainsi que dans les Biographical Essays composés originairement pour la Encyclopaedia Britannica. Les exposés proprement historiques sont les articles sur William Temple (1838), Clive (1840), Warren Hastings (1841) et le premier Pitt (1844). Une valeur de principe s'attache à l'article History (1828), qui manque dans la plupart des éditions des Essays. — G. A. Trevelyan a publié (1906) des Marginal Notes dans les livres qu'avait lus Macaulay.
Pour la biographie, Life and Letters of M., publié par son neveu G. 0. Trevelyan (1876). Sur Macaulay historien, cf. surtout!. G. Morison Macaulay [English Men of letters) 1882. Puis F. Harrison, Studies in early Victorian Literature, 64 ss. 1905, 0. Krauske, Macaulay und Carlyle dans la Uistor. Zeitschrift Cil (1909) 31 ss. ; Albert S. G. Canning, Macaulay. Essayist and Historian 1882, nouvelle édition 1913. Un ouvrage, entre autres, s'élève contre la confusion dont Macaulay s'est rendu coupable au sujet de la personnalité de William Penn, c'est l'écrit de John Paget An Inquiry inlo the Evidcme relating to the Charges brought by Lord M. against W. Penn 1858.
Macaulay historien politique. — Un de ces écrivains de parti anglais, le whig Macaulay, devint, grâce à son merveilleux talent d'exposition, l'historien libéral le plus populaire de tous.
On ne peut pas dire que Macaulay ait dépassé les historiens libéraux par la profondeur de la conception ou par la pénétration des vues historiques. Il évitait sans doute les allures doctrinaires de Guizot ou de Gervinus. Il était whig, non parce qu'il croyait aux dogmes libéraux, mais parce qu'à ses yeux la politique du compromis, du juste milieu, était absolument d'accord avec le sens commun ; aussi était-il plus mobile, plus souple que les rigoristes du libéralisme continental. Mais il achetait cette mobilité au prix d'une abstention complète de spéculation historique et politique.
Ce qui fit en partie la grande popularité de Macaulay, comme celle de Thiers, c'est qu'il se sentait un avec son public. Ses jugements partaient naïvement du présent. Beaucoup de ses contemporains essayaient au moins d'apprécier les changements politiques en eux-mêmes. Macaulay n'éprouvait pas cet intérêt scientifique. Il voyait avant tout dans les événements politiques des preuves de la grandeur où étaient arrivés les Anglais de son temps. Son intérêt
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historique était borné déjà en élcntlue. Il n'était pas ce qu'on appelle un chauvin. Mais tenant le compromis qu'avaient conclu les -whigs par l'acte de réforme pour l'idéal de la sagesse politique, il n'avait pas de raisons pour s'occuper en détail des entreprises manquées d'hommes d'État étrangers. Ne comptaient pour lui que les événements qui avaient contribué au bonheur du temps actuel, c'est-àdire surtout l'histoire d'Angleterre depuis la glorieuse révolution.
Macaulay, par le fait, ne s'est presque occupé que de cette période. Un petit nombre de ses Essays proportionnellement traitent des sujets de l'histoire antérieure de l'Angleterre ou de l'histoire étrangère. Son grand ouvrage historique est consacré uniquement à son époque favorite. Il est destiné à démontrer par un exemple typique les avantages du système whig. A faire voir la prospérité de l'Angleterre reposant sur le fait que contrairement aux efforts égalitaires des Puritains et au régime absolutiste de Jacques II qui était en opposition avec la volonté du peuple, la victoire resta à la politique intelligente et modérée des whigs et de Guillaume III. Ce n'est pas dans la révolution ou dans le despotisme, c'est dans un gouvernement parlementaire libéral que réside le salut de l'Angleterre.
Macaulay s'est tellement facilité la tâche de prouver sa thèse que son ouvrage ne peut avoir grande valeur scientifique (sociologique). Il appliqua un cas spécial à l'histoire universelle, sans essayer même de fixer exactement ses particularités. Il n'explique pas pourquoi l'absolutisme ne triompha pas en Angleterre ; il se contente de décrire sa chute.
C'est son genre en général. Il ne sait pas motiver historiquement l'origine des institutions ; il ne sait que les décrire. Le premier chapitre de son Histoire d'Angleterre, qui veut donner un aperçu analytique de l'ancienne histoire, est le plus insignifiant (le tout l'ouvrage ; il y critique le moyen âge anglais absolument du point de vue duxix^ siècle. Du même genre est le troisième chapitre, à tort si vanté, le tableau de l'Angleterre en l'an 1683. Macaulay n'essaya pas de tirer de l'époque même la description de l'état social du xvii^ siècle, c'est-à-dire de montrer la dépendance réciproque des différentes conditions ; pas davantage de les faire rentrer dans le développement qui s'étend de l'époque des Tudors à celle de l'in-
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dustrialisme. Il compare tout, jusqu'aux petits détails, au temps actuel. Il n'a pas même l'idée du caractère relatif des chiffres. IL dépeint, il ne fait pas une étude historique.
Macaulay écrivain. — Quant à la peinture et à la narration, il s'y entendait comme pas un historien avant ou après lui. Il se proposait, comme on sait, de remplacer pour quelques jours par son histoire le dernier roman à la mode sur la table des jeunes dames. Il avait le droit d'y viser, car il pouvait y arriver. C'est un maître sans rival dans l'art d'agencer clairement son récit, de soutenir habilement l'intérêt, de donner de la vie à chaque détail. Il tient en mains avec une sûreté absolue les fds de l'intrigue et n'oublie jamais de procurer au bon moment de la variété. Il faudrait comparer des dramaturges français comme Scribe ou Sardou, pour trouver quelque chose d'analogue. L'expression est d'une clarté, d'une transparence inimitable. Jamais il ne perd des yeux son public ; il explique sa pensée tout le temps voulu pour que le cerveau le plus paresseux l'ait saisie.
Macaulay combinait comme Thierry des idées libérales avec une forme romantique- Lui aussi était fortement influencé par Walter Scott. Mais il sut tirer de ses romans plus de profit que le Français. Il évita les exagérations de la couleur locale. Il s'aperçut que le style pathétique était passé de mode. Comme Scott, il lit mouvoir ses héros dans un sang-gêne familier. Comme lui il ignora les préjugés du style de classe, et traita les personnages du peuple avec autant de sympathie, quoiqu'il y ajoutât un peu d'humour, que les hommes d'État et les princes de l'Église. Il raillait la dignité de l'histoire, expression favoiHte des mauvais historiens (« the vile phrase of which bad historians are exceedingly fond »). Aussi son exposition est-elle plus variée que celle de Thierry. Il ne passe sous silence aucun événement, quelque vulgaire ou insignifiant qu'il soit, qui a occupé tant soit peu le public. Sans perdre toutefois comme Carlyle le sens de la proportion historique. Son sens commun ne l'abandonne jamais. On peut contester qu'une aussi complète reconstruction du passé jusque dans ses détails soit justifiée scientifiquement. Mais si l'on approuve cette exigence, on avouera aussi que personne n'y a mieux satisfait que Macaulay.
Son Histoire dWngleterre est peut-être un roman plutôt qu'une histoire savante ; mais c'est un bon et honnête roman.
Macaulay avait un avantage sur beaucoup d'autres iiisloriens libéraux : il pouvait parler par expérience de politique et d'affaires d'État. H ne se montre nulle part aussi brillant historien que quand il rend compte des débats d'un Parlement ou d'un Conseil des ministres. 11 décrit ce milieu en réaliste, et avec une impartiabilité relative. Il trouvait la politique des Tories tout à fait manquée. Mais il avait trop de raison et de connaissance du monde pour exalter en toute occasion les hommes du parti des Whigs aux dépens des Tories. 11 avait ses antipathies ; maison n'a pu que très rarement lui reprocher les déguisements de la vérité.
Macaulay n'a pas laissé de traces profondes dans l'histoire de l'historiographie. En Angleterre aussi les jours de l'historiographie de parti étaient comptés. C'est le troisième chapitre qui paraît avoir agi le plus. L'habitude de dépouiller des pamphlets, des drames et des relations pour y trouver des détails sur la vie journalière de l'ancien temps, la méthode anti-critique des petits faits employée par Taine, semble devoir sa naissance principalement à Macaulay. Quant à son talent d'exposition, il n'a guère été copié avec succès. Le charme de sa narration ne s'apprend pas. Son histoire, comme œuvre d'art, ne peut pas plus s'imiter qu'une poésie de Heine.
Finlay. — L'historien le plus remarquable de l'école libérale en Angleterre, à côté de Macaulay, fut George Finlay. Né 1799 à Faversham comté de Kent, il se rendit 1823 en Grèce pour prendre part à la guerre d'indépendance contre les Turcs, y passa ensuite sa vie presque entière, et mourut 1875 à Athènes. Ses vues historiques dépendaient tout à fait de la doctrine libérale; il rapportait la chute de l'empire romain exclusivement à la domination despotique de la bureaucratie, et croyait que le pays aurait regagné prospérité et puissance si un gouvernement libéral avait concédé aux communes une plus grande autonomie et avait moins restreint le commerce. Mais il avait sur bien d'autres chercheurs l'avantage de connaître exactement le système d'administration turc et il en tirait des conclusions par analogie pour l'époque de l'empire d'Orient qui ont été depuis adoptées par la science. Il s'était aussi familiarisé d'une façon très louable avec la littérature savante de la France et de l'Allemagne de la première moitié du xix^ siècle.
Finlay ne voulait écrire primitivement qu'une histoire de la révolution grecque. Ses travaux préliminaires l'amenèrent finalement à une histoire complète de la Grèce depuis l'époque romaine; Greece under the
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Romans (1844) ; History of the Byzantine fLnd Greek Empires, from 716-1^53 (1854) ; History of Greece under Ottoman and Venetian Domination (1856) ; plus tard réunies comme History of Greece under Foreign Domination. Ce n'est qu'en 1861 que parut la Gree/c Révolution. L'ouvrage entier prit le nom de A History of Greece from its Conquest by the Romans to the Présent Time (1877).
c. — Grote.
George Grote né 1794 à Glay Hill près Beckenham, comté de Kent, d'abord occupé dansla banque de son père (jusqu'àl843), mais s'applique dès le début à des études historiques et philosophiques; en relations intimes avec J. Stuart Mill et les radicaux, élu au Parlement après l'acte de réforme (1832 à 1841), retiré plus tard de la vie politique, mort 1871 à Londres. Il composa une History of Greece (1846 à 1856) allant jusqu'à Alexandre le Grand. La conception de l'ouvrage remonte à l'année 1823 ; les principes de l'auteur sont déjà clairement exprimés dans la récension de V History of Greece de Mitford parue 1826 dans la Westminster Revieiv.
C'est comme un complément de l'Histoire grecque que forment les livres sur Platon {Plato and the other Companions of Sokrates 1865) et Aristote (inachevé, 1872). De ses nombreux petits écrits beaucoup sont réunis dans les Minor Works (1873) publiés par A. Bain.
Pour la biographie, Personal Life of G. Grote composé par son épouse (1873). La meilleure critique de Grote chez B. Pôhlmann dans Quiddes Zeitschrifl III (1890) 1 ss. Beproduit dans son recueil d'articles Aws Altertum u. Gegenwart 2. Auflage (1910), 228 ss.
Macaulay écrivait l'histoire en Whig, Grote, en radical utilitaire. L'un soutenait la cause du gouvernement parlementaire, l'autre la démocratie. L'un choisit pour la traiter la période classique du régime parlementaire en Angleterre, Tautre l'époque brillante du gouvernement populaire à Athènes. Tous les deux étaient plus hommes de parti qu'historiens et guidés par des mots dordre politiques, non sociaux.
Grote était d'autant plus disposé à accentuer ses tendances démocratiques, que l'histoire de la Grèce en langue anglaise la plus populaire de son temps, — {"History of Greece de William Mitford (1744 à 1827), rédigée dans ses dernières parties sous l'impression toute fraîche de la Révolution française (1784 à 1810), avait traité l'histoire d'Athènes dans un sens aristocratique et conservateur très rigoureux. Et cet ouvrage n'était pas à sa manière une production sans valeur. Les chapitres sur les temps anciens n'en ont guère ; les
légendes y sont platement rationalisées. Mais l'exposé de l'histoire d'Athènes au v" siècle montre du jugement politique et un sens rassis. Milford était partial, unilatéral, mais toujours réaliste. II s'appuyait volontiers sur des analogies avec la vie politique anglaise. 11 comparait Aristophane à Swift et les comédies attiques à des pamphlets politiques modernes: il prétendait que les intérêts d'un parti auraient été aussi bien servis par des pièces de ce genre que par des discours sur l'agora (cf. II, 221 de l'édition de 1808) — Conception assurément insuffisante. En Angleterre, les partis avaient à leur solde des publicistes et cette habitude est transportée sans façon à Athènes ; mais au moins on écartait le faux idéalisme qu'on avait prêté à l'antiquité. Il est aisé de comprendre que, pour combattre cet adversaire, Grote ait employé des armes tranchantes.
Dans sa caractéristique distinguée, Pôhlmann a montré en détail comment V histoire de l'Etat a fait oublier à Grote celle de la société. Ce n'est pas ma tâche de donner des extraits de son travail. Je voudrais seulement ajouter un mot : presque tous les reproches que Pôhlmann fait valoir contre Grote, pourraient être adressés également aux autres historiens libéraux. Les autres aussi ont exagéré la puissance des formes politiques et du droit politique et ont analysé d'une manière insuffisante les éléments et les lois vitales de la société. Il ne faut pas isoler Grote. Pôhlmann a lui-même fait la remarque que ce défaut capital de l'ouvrage de Grote n'a pas été du tout signalé dans la critique de Freeman : le critique ne voyait pas plus loin que l'auteur.
Malgré cela, Pôhlmann n'avait pas tout à fait tort de diriger spécialement contre l'auteur de \ Histoire grecque sa critique de l'historiographie libérale au point de vue économique. Grote était à plus d'un égard l'historien le plus éminent de l'école libérale. C'était un s<9lide travailleur et un critique perspicace. Il fit une étude approfondie et indépendante de la littérature historique allemande de l'école de Niebuhr (Ottfried Miiller). Il avait un jugement plus calme : un de ses titres de gloire sera toujours sa réfutation de la légende tendancieuse de la répartition des terres dans l'ancienne Sparte (p. n, chap. vi). Sa critique profita aussi de sa situation de parti : la tradition fortement aristocratique et en partie de couleur lacédémoliienne sur l'histoire athénienne du v^ siècle ne pouvait être mieux
critiquée que par un auteur qui appartenait au bord politique opposé. Et puis il avait une expérience pratique en matière de finances, et avait vu de près les luttes des Chartistes. Sa culture philosophique était plus profonde que celle de la plupart des autres libéraux. Cela étant, c'est un témoignage bien remarquable de l'autorité de la dogmatique libérale, que le fait qu'il n'ait pu lui-même s'affranchir des étroitesses de l'école.
Grote n'était pas un artiste en style, comme Macaulay. Il s'en tenait fermement aux principes rigoureux de l'école de Bentham. 11 ne voulait pas écrire un roman, mais de l'histoire. Ce serait un mérite, plutôt qu'un défaut, si avec la forme artistique Grote n'avait pas sacrifié la composition. Le récit traîne trop en longueur ; les choses peu importantes y prennent autant de place que les essentielles. La matière n'est pas sévèrement distribuée. Grote était si absorbé par des préoccupations de parti qu'il n'avait plus le sentiment de la forme. Il voulait glorifier la lutte de la domination athénienne contre la politique traîtresse et antihellénique de Sparte et contre le despotisme de la Macédoine ; il ne se souciait pas des besoins esthétiques des lecteurs.
Un ouvrage contemporain était aristocratique aussi, bien qu'avec moins de raideur que Mitford : VHistory of Greece (1835 à 1844), allant jusqu'à la conquête romaine, de l'ecclésiastique Connop Thirlwall (1797 à 1875). Thirlwall n'était pas assez indépendant pour s'affranchir de la tradition antidémocratique de l'antiquité. Il a d'ailleurs le mérite d'avoir fait en Angleterre, en même temps que Grote, de la propagande pour les recherches critiques allemandes. Il traduisit Niebuhr en anglais et utilisa consciencieusement dans son histoire les recherches dOttfried Millier.
a. — Remarques générales.
Les historiens américains sont en apparence plus impartiaux. Ils se tenaient généralement à l'écart des luttes politiques de leur pays ; ils n'écrivaient pas en hommes de parti comme les Anglais. Mais ils achetaient cet avantage par une na'iveté plus grande.
Ils avaient une foi plus inébranlable encore que les Anglais en la justesse absolue et en l'application universelle des principes libéraux. Les postulats du Rationalisme étaient devenus pour eux des
axiomes. Cola se voit surtout dans la manière de juger l'Eglise d'Etat et l'intolérance religieuse. Sur les exigences de la démocratie politique, ils n'étaient pas irréductibles : les cercles éclairés des Etats de la Nouvelle-Angleterre (d'où provenaient la plupart des historiens) avaient les opinions des vieux libéraux bourgeois plutôt que des sentiments démocratiques, et répugnaient résolument à la domination de la populace. Mais ils étaient d'autant plus convaincus que la République américaine seule avait su régler d'une manière satisfaisante les rapports entre l'Etat et l'Eglise. Ils ne se demandaient pas si d'autres conditions n'avaient pas rendu nécessaire une autre attitude de l'Etat envers l'Eglise. Ils mesuraient sur leur dogme immuable les gouvernants de tous les temps et de toutes les nations.
On comprend à présent pourquoi l'histoire d'Espagne exerçait une attraction particulière sur les historiens américains (Prescott, Ticknor, Lea, Motley encore). L'Espagne n'était pas seulement le pays qui avait découvert le continent américain et l'avait en grande partie colonisé. Son histoire romantique n'offrait pas seulement une abondante nourriture au na'if besoin de sensations du public américain. C'était aussi le pays par lequel on pouvait démontrer irréfutablement (semblait-il) les fléaux que constituent.les Eglises d'Etat et la fureur des persécutions religieuses. Ici l'essor de la libre Amérique ; là, la terre du despotisme et de l'inquisition condamnée à la décadence : le contraste était trop fécond pour n'être pas exploité.
Sous une forme absolument polie, sans doute. Pourquoi aurait-on pris un ton agressif? Les historiens américains n'avaient pas à convertir leur public. Ils contemplaient d'un port sûr les violences des despotes et des prêtres, avec une compassion mêlée de curiosité, mais sans haine. Tout cela était si loin d'eux, qu'ils ne pouvaient s'en indigner. Naturellement, il ne fallait pas se montrer sans cœur, d'éloquentes tirades devaient de temps en temps manifester l'horreur de l'historien. Mais ces observ^ations avaient un caractère tout à fait académique. Elles n'avaient en vue aucun but pratique.
b. — Prescott.
William Hickling Prescott, né en 1796 à Salem, Massachusetts, d'abord juriste, mais forcé par un accident arrivé pendant ses études au collège
de Harvard et qui eut pour suite une cécité presque complète, de renoncer à sa vocation, mort en 1859. II publia :
1° History of the Reign of Ferdinand and Isabella the Catholic 1837 s. (nouvelle édition avec les dernières corrections de l'auteur par J.-F. Kirk 1873).
2'^ History of the Conquest of Mexico 1843 (édit. de Kirk 1874).
2° History of the Conquest of Peru 1847 (éd. Kirk 1874),
4° History of the Reign of Philip II, King of Spain, inachevée, 1835 à 1872 (édit. Kirk 1887).
Pour établir la jonction entre 1 et 4, Prescott republia le Charles-Quint de Robertson 1857.
Cf. en outre Critical and Historical Essays {inVituié SLUSsi Biographical und Critical Miscellanies) 1845 (la plupart tii'és de la North American Review). Les Works complets ont été publiés par Kirk 1895 et W.-H. Munro 1905-
Pour la biographie, sa Vie par Ticknor 186i. Caractéristique par R. Ogden, Prescott {American Men of Letters) 1904. — Cf. en outre sur Prescott et les autres historiens américains les « four lectures » de J. F. Jameson, History and Historical Writing in America, 1891.
L'école historiographique américaine fut représentée de la manière la plus attrayante par Prescott, savant aimable et laborieux, qui continua l'historiographie rationaliste anglaise dans le style d'un fils cultivé de la Nouvelle-Angleterre. Son modèle fut surtout Robertson, dont il republia en 1857 Y Histoire de Charles-Quint.
Il n'était pas égal en tout à son maître. Le matériel est plus complètement réuni et plus soigneusement travaillé. Quant aux problèmes sociologiques et politiques, il leur accordait encore moins d'attention que le presbytérien écossais. Il ne sacrifiait pas tout à la narration des faits extérieurs; il maintenait le cadre analytique de Voltaire. Mais ses considérations restent à la surface, son jugement est conventionnel. Son sujet présentait une série de problèmes difficiles et compliqués : l'histoire primitive des peuplades américaines, la question de savoir si la politique coloniale espagnole se justifie historiquement, la recherche des suites qu'eut pour l'Espagne l'expulsion des Juifs et des Maures, etc. Prescott n'a fait qu'effleurer ces problèmes, il ne les a pas traités scientifiquement. La doctrine libérale l'a empêché d'en apprécier l'importance. Il n'était pas en mesure de concevoir des nécessités politiques et militaires qui n'étaient pas prévues dans cette doctnne, ni de comprendre des opinions religieuses qui n'existaient pas pour un protestant libéral.
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Quelques elïorts qu'il fît pour èlre juste et bienveillant — il jugeait les Espagnols des xv" et xvi^ siècles absolument du point de vue des Unitaires cultivés de Boston ses contemporains.
Prescott n'en était que plus libre de déployer son talent d'écrivain. Comme historien arliste, il tient le milieu entre le Rationalisme et le Romantisme. Ses accords pathétiques, son expression relativement concise rappellent le style de Robertson et de Gibbon. Son don de conter avec vivacité et relief a été visiblement formé par les romans de Walter Scott. Il arrange l'histoire moins romanesquement que des historiens postérieurs ; mais il fait de plus fréquents appels au sentiment que les rationalistes. Ses tableaux sont d'une clarté parfaite et s'embrassent d'un coup d'œil. Ses brillantes descriptions des expéditions conquérantes des Espagnols en Amérique furent extraordinairement populaires.
C'est dans le même esprit que Prescott qu'écrivit son ami et son biographe George TicKNOR, né 1791 à Boston (Mass.); d'abord juriste, puis homme de lettres, 1819 à 1«35 professeur de littérature française et espagnole à l'Université de Harvard, mort 1871 à Boston. Son History of Spaiikh Literature (1849), complète en quelque sorte les ouvrages de Prescott sur l'histoire politique de l'Espagne.
Ticknor était un collectionneur diligent et instruit; mais il ne savait pas disposer les grandes lignes du développement littéraire. Il glissait volontiers avec des phrases d'un juste milieu peu clair sur des que.stions critiques vitales. Il prenait un intérêt sincère à son sujet ; mais cela ne pouvait pas suppléer à une intelligence défectueuse. Ses jugements littéraires sont proches parents des convictions politiques de Prescott. Celui-ci professait un libéralisme modéré ; Tickner un classicisme modéré. Son code est toujours encore la poétique du xvm'^ siècle qu'il a légèrement adoucie et assaisonnée de pruderie anglaise. (Cf. la Life écrite par G.-S. ITillard 1876.)
La manière de Prescott fut continuée dans la deuxième moitié du siècle par Henry C. Lea, né 1825 à Philadelphie, mort 1907. Il traita de préférence, comme son prédécesseur, des sujets de hhistoire ecclésiastique espagnole. Sa méthode, il est vrai, était plus moderne. Il décrivait plutôt qu'il ne racontait, et il expose l'organisation de l'Inquisition avec autant de détails que l'histoire de son extension. 11 ne se taisait pas scrupule d'intercaler dans le texte des matériaux historiques à l'état brut. Mais il n'a guère plus approndi son sujet que Prescott ou Ticknor. L'Inquisition est pour lui comme pour les rationalistes un monstre absolu, né du fanatisme et de l'avidité cléricale, d'un effet radicalement désastreux. 11 ne tira presque aucun profit de l'instigation de Buckle et de son école. Il ne met pas à nu le fondement que fintolérance religieuse a dans la superstition. Les idées superstitieuses n'existant plus
pour lui, en sa qualité de protestant éclairé, il négligeait leur importance historique. — Ses ouvrages principaux sont : History of tho Inquisition in the Middle Ages 1888 ; A Historij of the Inquisition in Spain 1906- 1907 (à joindre: The Inquisition in the Spanish Dependencies 1908); Chapters from the Religions History of Spain 1890; The Moriscos of Spain 1901.
c. — Bancroft.
George Baxcroft, né 1800 à Worcester (Mass.), fonde 1820 la Round Hill-School de Northampton, 1845 ministre de la marine, 1846 à 1849 ambassadeur des États-Unis à Londres, 1868 à 1874 à Berlin, mort 1891 à Washington. Auteur de The History of the United States 1834 à 1874. La narration devait originairement être poussée jusqu'au temps présent, mais n'atteignit finalement qu'à 1782. Elle fut continuée jusqu'en 1789 par History of the Formation of the Constitution of the United States 1882. — Il parut aussi de Bancroft une traduction des Idées de Heeren (1824). — Life and Letters édition M. -A. de Wolffe Howe 1908.
Bancroft était un caractère beaucoup plus passionné. Il représentait la conception que se fait de l'histoire la démocratie populaire. La cause des Etats-Unis se confondait pour lui avec celle de la liberté. Il raconta l'histoire des colonies anglaises en Amérique du ton inspiré et avec la rhétorique de Rousseau. Il aborda moins encore que Prescott des problèmes politiques et historiques profonds.
d. — Motley.
John Lothrop Motle\ né 1814 à Dorchester près Boston (Mass.), d"abord juriste, 1840-1842 secrétaire de l'ambassade américaine à Pétersbourg, 1862 ambassadeur américain à Vienne, 1869 à 1870 à Londres, mort 1877 en Angleterre. Il exposa l'histoire de la révolte des Pays-Bas dans les ouvrages suivants : The Rise of the Dutch Republic 1855; The History of the United Netherlaiids from the Death of William the Silent to the Synod of Dort 1860 à 1867 ; The Life and Death of John of Barneveldt 1874. — Holmes, Memoir ofJ.-L. Motley iSl9; Correspondance édiiion G. -W. Curtis 1889; J-L. Modey and his Family, Further Letters and Records, publié par la fille de Motley et II. St. John Mildmay 1910.
Avec Motley l'historiographie américaine entra dans la voie de Macaulay. 11 décrivit la révolte des Pays-Bas dans le style de l'Histoire d'Angleterre, avec force détails colorés. Comme l'Anglais c'était surtout un brillant conteur. Par ses convictions politiques il appartenait au parti libéral ; moins homme de parti que Macaulay, il était d'autant plus pénétré de la valeur absolue de la liberté poli-
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tique. C'était d'ailleurs un travailleur honnôte, consciencieux et appliqué.
e. — Parkman.
Francis Parkman. ne 1823 à Boston (Mass.) vécut quelques mois en vue de ses éludes liistoriques au milieu des tribus d'Indiens sauvages, d871 professeur de l'art des jardins à l'Université de Harvard, mort 1893 à Jamaïque-Plain (Mass.). Il écrivit une histoire de la domination française au Canada, dont les volumes séparés portent différents titres : The Conspirary of Pontiac 18S1 : Pioneers of France in the New World 1865 ; Montcalm and Wolfe 1884; A Half-Century ofConflict (1700-1750) 1892, etc. La série entière fut enfin appelée : France and England in N or t h- America. — Complète Works 1893. — K. de Kerallain dans la Revue histor. 58 (1895), 309 ss. ; E.-G. Bourne. Essays in Historical Criticism 1901, 275 ss. — Biographies de Gh.-H. Farnham (1900-1904. avec l'autobiographie de Parkman) et de H.-D. Sedgwick dans American Men of Letters.
Un seul historien américain fut en opposition avec la tendance unilatérale qui régnait dans la démocratie libérale.
Parkman avait à peine égard aux opinions politiques et mettait au premier plan l'élément de la puissance militaire. Il traita, remarquons-le, non pas la lutte d'un peuple pour sa liberté, mais la lutte de deux grandes puissances pour l'hégémonie militaire et commerciale. Il possédait de saines et réelles connaissances ethnographiques acquises par une expérience pratique. Ses sympathies vont à la lutte libre et joyeuse et à la vie à demi sauvage du trappeur ; il n'avait que des sarcasmes pour le cant des sentimentaiistes (politiques). Il raconte par exemple dans la Conspiration de Pontiac avec un féroce contentement comment l'amour théorique des Quakers pour la paix échoua devant la rude réalité.