‹ Histoire de l'historiographie moderneChapitre 279 sur 341 · L EXÉCUTION DU PROGRAMME DE LA NOUVELLE ÉCOLE · texte numérisé non relu

L EXÉCUTION DU PROGRAMME DE LA NOUVELLE ÉCOLE

De plus riiistoriographie socialement orientée rencontrait une foule de problèmes difficiles qui n'avaient été que peu ou pas du tout traités. Si l'on voulait les approfondir, il ne fallait pas penser à d'amples expositions.

On ne tira pas cette conséquence.

La tradition et le besoin d'exercer une action éducatrice sur le public lettré s'opposèrent également à une telle innovation.

Quelques historiens français l'accomplirent de la façon relativement la plus radicale. Les historiens allemands étaient pour la plupart trop hypnotisés encore par les ouvrages de Ranke pour risquer le saut de l'histoire diplomatique à l'histoire sociale.

Ils se contentèrent de compromis : ils combinèrent l'histoire sociale avec le récit détaillé des complications politiques extérieures, combinaison dans laquelle l'histoire diplomatique eut ordinairement la part du lion. Ils ne se soumirent aux exigences plus sévères de la nouvelle tendance qu'en ceci, qu'ils se spécialisèrent beaucoup plus que la génération de Ranke. C'est assez tard relativement que leur représentant le plus distingué, Mommsen, passa de la narration détaillée à l'histoire descriptive.

L'apogée de cette nouvelle historiographie se place dans les années 1850 à 1870. C'était l'époque des hardies synthèses scientifiques, des espérances scientifiques illimitées. La nouvelle méthode empirique et réaliste avait donné des résultats si étonnants, qu'on croyait pouvoir avec elle résoudre toutes les énigmes. Une fois qu'on avait rejeté les constructions idéalistes trop légères de l'école romantique, il ne devait pas être difficile d'arriver par la voie de recherches exactes à des résultats sûrs. On oubliait que les principes tirés de l'observation de cas isolés, principes que l'on croyait pouvoir poser comme base solide d'une historiographie scientifique, n'étaient rien moins que démontrés, et qu'il eût mieux valu les examiner de près au lieu de les généraliser pour l'histoire universelle. C'était la, période de Darwin. On est disposé aujourd'hui à remarquer ses faiblesses, plus que ses mérites. L'histoire de l'historiographie doit en tout cas faire observer que sans la foi optimiste à la validité des recherches historiques savantes, les grandes œuvres du temps, — Y Histoire romaine de Mommsen, V Histoire de l'époque révolutionnaii'e de Sybel, les Origines du Christianisine de Renan,

608 uistoihe de l'historiogkai'hie moderne

l'Histoire de la littérature anglaise de Taine, n'auraient sans doute jamais été écrites.

II. L ÉCOLE NATIONALE LinÉRALE EN ALLEMAGNE (l'hISTORTOGRAPHIE

Page 1