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Sybel

Heinrich Sybel, né 1817 à Dûsseldorf, élève de Ranke, iMO Privatdocent à Bonn, professeur ibid 1844, appelé 1845 à Marburg, 1856 à Munich, 1861 à Bonn, nommé 1875 directeur des archives d'Etat prussiennes, 1876 membre de l'Académie de Berlin, mort 1895 à Marburg. — Geschichte der Revolutionszeit , dans la l""" édition (1853 à 1858) menée jusqu'à 1795; continuée plus tard (1872 à 1879) jusqu'à 1800. — Cf. en outre : Entstehung des deutschen Kônigtums (1844) et Geschichte des crsten Kreuzzuges (1841), la meilleure étude de critique historique qui soit sortie de l'école de Ranke, ainsi que Begrûndung des deutschen Reiches durch Wilhelm I {iS89 à 1894). — Index chronologique de ses écrits dans G. Varrentrapp. Vorir'àge und Abhandlungen von H. v. Sybel 1897 (avec introduction biographique.)

Parmi ses petits écrits les plus remarquables sont : Die deutsche Nation und dasKaiserreichi8Q2 et le programme publié 1856 de la nouvelle historiographie : Ueberden Stand der neueren deutsclien Gescliichtsclireibimg, répété dans le premier volume desKleine tdstorische Schriften {i8&3 à 1880).

Remarquons à cette occasion que ce dernier travail n'a guère que la valeur d"un témoignage personnel. 11 nous informe très clairement des intentions que poursuivaient Sybel et les hommes de son parti dans leur activité d'historiens (l'opposition à Ranke surtout est nettement formulée) ; mais on ne peut admettre avec confiance ce qu'il dit sur le développement de l'historiographie nouvelle (Sybel rapporte par exemple aux guerres de l'indépendance allemande, l'attention donnée à l'histoire de la civilisation, une des plus grandes conquêtes du Rationalisme). C'est donc à tort qu'on a pris l'introduction à cet ouvrage pour une autorité dans l'histoire de l'historiographie.

Sybel a en outre bien mérité de l'historiographie par la fondation de la Historische Zeitschrift (1859) et pour sa collaboration à diverses publi-

l'école nationale libérale en ALLEMAGNE (sYBEL) 669

cations historiques [Puhlikalionen aus den preussiscJien Staatsarchiven, PoHiische Korrespondenz Friedrichs des Qr., Deutsche Reichstagsakten, etc.).

Cf. sur Sybel, outre Varrentrapp, avant tout F. Meinecke dans Hist. Zeitsch. 75 (1895), 390 ss. ; puis G. Wolf dans Neue Jahrbiicher filr das klassische Altertum IX (1902), 279 ss., et A. Guilland, U Allemagne nouvelle et ses historiens 1899 (qui parle aussi de Niebuhr. de Ranke, de Mommsen et de Treitschke). Sur l'origine de la Begriindung des Deutschcn Reiches, intéressants renseignements chez J. v. Eckardi Lebenserinnerung en II (1910), 124 s. A. Lûbbe, Friedrich Gentz und H. v. S. (1913) cherche à prouver que dans sa conception de l'origine des guerres de la Révolution Sybel dépend de Gentz.

Rapports de Sybel avec Ranke, tendances de publiciste de Sybel.

— Sybel a parcouru lui-même encore les étapes de l'historiographie jusqu'alors dominante en Allemagne, avant de se rattacher à la nouvelle historiographie politique. Il débuta en élève correct de Ranke dans son Histoire de la première croisade. Il se tourna ensuite dans l'esprit des anciens disciples du maître vers l'histoire constitutionnelle d'Allemagne. Ce n'est qu'après 1848 qu'il se détacha radicalement de Ranke.

Ranke avait consciemment renoncé à des jugements de valeur en histoire et en politique. L'historien, d'après lui, doit rendre compte des idées qui ont agi sur l'histoire, il n'a pas à les critiquer; il n'a pas le droit de mesurer les événements historiques sur les exigences du temps présent. Lui-même avait bien tiré de l'histoire contemporaine sa conception de l'histoire; mais il ne l'avait pas orientée vers le présent. Ses œuvres manifestaient un admirable effort d'observation objective.

Le défaut de sa théorie, c'est qu'elle était achetée par une certaine obscurité dans les prémisses. Certes l'historien ne doit pas apprécier les tendances du passé du point de vue restreint de la politique journalière de son pays. Mais n'y a-t-il pas aussi des idées et des tendances incompatibles avec les conditions naturelles des organisations politiques? N'y a-t-il pas des conditions politiques préliminaires qui doivent être remplies pour que l'existence d'un Etat soit assurée? L'historien (politique) a-t-il le droit d'admettre que les idées qui ont agi sur l'histoire soient d'égale valeur?

A ces questions, Ranke ne répondait rien. C'est ici que Sybel intervint.

Sous l'impression du mouvement socialiste de 1848, il se forma

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des opinions fermes sur la lâche de l'Elat. Un gouvernement, selon lui, a pour premier devoir de protéger les classes cultivées contre l'assaut des basses classes et contre le désordre qui s'ensuit dans les affaires financières et militaires. Il doit se montrer fort vis-à-vis des gens d'en bas, et traiter libéralement les couches cultivées. Ces exigences, pense t-il, sont fondées sur l'essence même de l'Etat, et ne doivent pas être considérées comme des tendances passagères. Elles constituent la norme d'après laquelle l'historien doit apprécier les événements historiques.

Dans ces maximes qui, en opposition avec Ranke, accentuaient le caractère de puissance de l'Etat à l'intérieur aussi bien qu'au dehors, on peut bien reconnaître un progrès. Malheureusement Sybel retombait en même temps dans les voies délaissées par Ranke, dans l'historiographie tendancieuse de la presse politique. Comme les rationalistes, il ne voulait pas se contenter de voir comment les choses se sont passées. Il voulait faire 1 éducation politique de son public, le convertir à ses opinions.

Il recula au delà du Rationalisme en ce que pour formuler son programme historico-politique il eut égard exclusivement à la situation du moment dans son propre pays. Il ne juge pas le premier Etat venu susceptible de réaliser l'idéal politique de la nouvelle tendance. Seul un Etat constitué en n.\tion peut s'acquitter de ses devoirs. C'est-à-dire que la Prusse, et non l'Autriche, doit prendre la direction en Allemagne. Die Politik des liberaten Gesamtwohles und die nationale Monarchie^ {Gesch. der Revol. 4^ édit. I, 198) ne peut passer dans les faits que si le programme du parti de la Petite Allemagne triomphe.

On le voit, les jugements de valeur de Sybel ne remontent qu'en partie à des considérations purement scientifiques (sociologiques). Ils sont beaucoup au service de tendances politiques actuelles. L'historien lui-même n'avait pas conscience de ce mélange d'éléments hétérogènes. 11 tenait toutes ses opinions pour résultante de recherches purement scientifiques. Il ne croyait pas que des préjugés l'eussent hanté dans l'élaboration de ses matériaux. Sans doute, il ne reculait pas devant l'expression de son jugement. Il se refusait à traiter

•1. La politique du bien-être libéral commun et la monarchie nationale.

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