SYBEL
en fataliste (Revol., I, 323) l'histoire comme une lutte de principes d'égale valeur, et à considérer les princes et les hommes d'Etat uniquement comme représentant des idées; il voulait critiquer leurs actes. Cette critique, cro>^^it-il, ne procédait pas d'une tendance subjective, mais de l'histoire elle-même, //ier (chez les Girondins) das Mass de?' Verantioortungschmàlern, heisst entioeder diegenaue Foi'schung ode)' die sittliche Pflicht der Geschichtschreibung verleugnen' a. 323).
Sa méthode; l'histoire de l'époque révolutionnaire. — Cette conviction de la justesse scientifique de ses jugements préserva Sybel de la façon légère de travailler d'autres historiens tendancieux. II n'était pas de ceux qui ne cherchent que des preuves à l'appui d'opinions préconçues et les pèchent arbitrairement dans les données de la tradition. Il n'était pas non plus de ceux qui, de peur de flotter dans leurs opinions, n'utilisent qu'une partie déterminée de leur matériel. Son Histoire de l'époque révolutionnaire repose sur des études critiques aussi soigneuses que n'importe quel ouvrage savant. La narration est en grande partie construite avec des matériaux d'archives; des témoignages de récits tout faits ne sont jamais accueillis sans examen critique. Conformément aux instructions de Ranke. Sybel ne s'est nulle part contenté de données "de seconde main ; il est, autant que possible, remonté aux rapports les plus anciens et les meilleurs.
Sa Geschichte der Reoolutionszeit est la plus grande production historiographique de l'école nationale libérale. Le sujet était très habilement choisi. Peut-être trop habilement. Aucun autre sujet ne permettait mieux de convaincre d'insuffisance la conception purement politique jusqu'alors régnante, que celui-là, qui précisément avant 1848 n'avait été traité que par des historiens à tendances politiques. On avait jusqu'alors presque uniquement considéré le premier plan, les luttes constitutionnelles, en les envisageant comme un conflit de principes politiques. Même un socialiste comme Louis Blanc n'avait pas osé rompre avec la manière de voir traditionnelle. Sybel est le premier qui non seulement mette au premier plan les
1. Atténuer ici la responsaI)ilité, c'est renier soit l'e.xactitude dans les rechercties, soit le devoir moral de l'histoire.
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conséquciu'os sociales de la Révolution, mais qui écrive une histoire nationale de la Révolution. Il ne se borne pas à raconter ce qui se passait à Paris et dans la Convention. Une perd jamais de vue que la véritable histoire de la Révolution ne consiste pas dans les débats et les projets de constitution du Parlement, mais dans les transformations de la propriété. L'exposition des théories politiques tient chez lui moins de place que chez ses devanciers. Il pouvait à bon droit se faire un mérite, en opposition avec les récits antérieurs, d'avoir parlé des soulèvements des ouvriers et des luttes des paysans : Seit einigen Jahren hat sich der Blick fur dièse Dinge geschàrfl' (I, 211).
La valeur de ce progrès fut à peine diminuée par le fait que Sybel chercha, d'une façon trop commode, à exploiter pour sa théorie politique l'histoire de la Révolution.
Sybel rompit complètement avec les anciennes idées sur la Révolution française. Il ne défendit ni le principe conservateur ni le principe révolutionnaire. Il ne fit servir la Révolution qu'à prouver la nécessité d'un gouvernement libéral et fort quand même. Tant que la Révolution se borna à renverser le vieil Etat féodal déraisonnablement organisé, elle fut absolument en son bon droit. Quand elle se mit à affaiblir la puissance de l'Etat au point que les masses populaires purent intervenir et que toutes les portes furent ouvertes à l'anarchie économique, elle se mit en contradiction avec les sains principes de la politique. C'est-à-dire que le jugement de l'histoire partait des sentiments de la bourgeoisie libérale, qui, sous l'impression des émeutes d'ouvriers de 1848 s'était jetée dans les bras de l'absolutisme. Insensiblement la critique scientifique et la tendance politique s'entremêlaient.
Il est moins important, en principe, que Sybel ait pour la première fois inséré méthodiquement l'histoire de la Révolution dans l'histoire de la politique européenne. Cette innovation (déjà indiquée par le titre) n'était pas insignifiante. Mais Sybel ne fit en cela qu'appliquer à l'histoire de la Révolution française, la méthode employée par Ranke pour celle de la Réformation allemande. On ne saurait voir là un trait caractéristique de la nouvelle tendance. On
1. Depuis quelques années le regard est devenu plus pénétrant pour ces choses-là.