SYBEL
ne niera pas non plus que Sybel n'ait pas su aussi habilement que son maître rattacher ensemble les événements intérieurs et extérieurs. 11 n'observe pas aussi artistement les proportions. 11 est d'ailleurs moins objectif. Gomme Kleindeutscher il voulait faire de la propagande pour la Prusse, et l'on ne contestera pas qu'il concède à la politique prussienne des circonstances atténuantes plus libéralement qu'à la politique autrichienne ou à la russe. Ces parties de son histoire étaient aussi au service de ses idées nationales.
Sybel était un écrivain distingué. Son exposition n'est pas d'une couleur aussi personnelle que celle d'autres historiens allemands. Il ne prend pas volontiers, comme Ranke, le ton philosophique. L'esprit étincelant et les pointes de Mommsen lui sont aussi étrangers que le relief et le pathos de Treitschke. Mais son style a toutes les bonnes qualités du style scientifique. Il s'entendait à raconter d'une façon vivante, claire et vigoureuse et à exposer nettement sa pensée. Ses ouvrages sont soignés et d'une composition bien ordonnée. Si l'on a déclaré son style trop lisse, avec une intention de blâme, cela ne porte que sur l'ouvrage de sa vieillesse. On ne saurait faire à VlHstoire du temps de la Révolution le reproche d'un euphémisme antiscientifique.
La discussion avec Figker L'opposition entre la nouvelle tendance politique et l'ancienne historiographie fut surtout mise en évidence dans la polémique que soutint Sybel avec Jules Ficker (1826 à 1982) sur l'importance nationale et politique de I'Empire d'Allemagne au moyen âge.
Sybel, dans un discours d'apparat, Uber die neueren Darstellungen der deutschen Kaiserzeit (1859), s'était prononcé vivement contre la narration sentimentale de Giesebrecht, tout à fait dépourvue d'aperçus politiques. Ficker éleva là contre une protestation dans son écrit Das deutsche Kaiserreich in seinen universalen und nationalen Beziehungen (1861). Suivirent une réplique et une duplique : Sybel, Die deutsche Nation und das Kaiserreich (1862) ; Ficker, Deutsches Kônigtum und Kaisertum (1862). Voir les détails, donnés au point de vue de Ficker dans J. Jung, /. Ficker (1907), 315 à 354. — La force aussi bien que la faiblesse de la tendance réaliste furent mises au jour. C'était un mérite de Sybel, d'appliquer à tous les phénomènes de l'histoire un critère politique ferme qu'il s'était formé en considérant avec pénétration et sang-froid les conditions delà vie d'un Etat, et de ne pas reculer même devant l'histoire des empereurs allemands, revêtus traditionnellement d'un nimbe romantique Ficker partait de principes beaucoup moins clairs. Il était dans son jugement moins dogmatique que Sybel. Il courait moins le danger d'admettre comme partout identiques les besoins politiques auxquels l'Etat devait Fletek. 43
pourvoir. Il reconnaissait une valeur égale à différentes tendances; selon lui, les Richtungen und Bcdurfimse (tendances et besoins) des Carolingiens étaient orientés vers un empire chrétien universel. Bien qu'il écrivit sous l'influence du parti de la Grande Allemagne, il n'empruntait pas son jugement, comme Sybel, sans restriction aux luttes politiques du présent. Mais lui et les autres adversaires de Sybel payaient leur indépendance plus grande par le fait qu'ils ne saisissaient pas nettement les problèmes politiques et militaires qui se rattachent au régime impérial allemand. Il y avait plus d'utilité et de progrès pour l'histoire dans la tentative faite par Sybel de critiquer la politique des empereurs allemands non seulement d'après leurs tendances, mais d'après les conditions pour ainsi dire objectives de la politique et de la géographie.
Le point de vue de l'école de Ranke était représenté alors d'une manière classique par George Waitz, qui dans les Gelehrte Anzeigen de Goettingue (1862 p. 123) s'exprimait ainsi : il s'agit d'un développement historique die ihre grosse eigentûmliche Bedeutung, auch in politischer Beziehung, hat, die kurzweg zu verdammen am xvenigsten dem Geschichtschreiber zicmt, die er vielmehr in ihrem Wesen zu crfassen und zu erklâren, aber freilich nicht als etwas fur aile Zeiten Passeudes zu prokhimiercn hatK
Dahlmann.
C'est à tort qu'on a mis souvent à la tête de la nouvelle historiographie politique en Allemagne le nom de Friedrich Christoph Dahlmann, né 1785 à Wismar, 1813 professeur d'histoire à Kiel, 1829 à Goettingue, 1837 expulsé comme l'un des Sept, 1842 professeur à Bonn, 1848 membre de l'Assemblée nationale allemande, 1850 du Landtag prussien, mort 1860 à Bonn. Dahlmann est au contraire un représentant typique de l'école constitutionnaliste libérale. C'est un whig aussi bien que Macaulay ; son idéal est la constitution parlementaire anglaise, qui tient le milieu entre les républiques de l'antiquité et la monarchie absolue {monarchische Vnum&chrànkheit) . Ses vues politiques ne sont pas moins doctrinaires que celles des historiens libéraux anglais ou français; tout au contraire. Il mesure les personnages et les événements historiques exclusivement à la mesure de la loyauté constitutionnelle [konstitutioneller Rechtschaffenheit). Cf 0. Lorenz, Die Geschichtswissenschaft I (1886) 91 ss. Ses deux histoires de révolutions, Geschichte der Englischen Révolution (1844), Geachichte der F ranzôsiachen Révolution (1845) durent uniquement leur popularité à leur esprit résolument libéral et à leur forme agréable ; il savait raconter clairement et brièvement. Ces deux livres n'ont pas de valeur scientifique,
Dahlmann en général n'était pas un chercheur original. Sa Geschichte
1. Qui a sa grande importance propre, au point de vue politique aussi, que l'historien a moins que tout autre le droit de condamner, dont il doit plutôt saisir et expliquer la nature, mais qu'il n'a pas à proclamer comme convenant à tous les temps.