Simonetta
Giovanni Simonett.\, d'une ville de Calabre que François Sforza avait reçue en dot de sa première femme Polyxena Ruffa ; entré avec d'autres membres de sa famille au service du condottiere, qui le nomma son secrétaire. Comme tel il l'accompagna constamment à partir de 1444 (Muratori, Script. XXI, 173). Quand Ludovic le More se fut emparé du pouvoir, il tomba en disgrâce et fut exilé à Verceil, 1480. On ignore l'année de sa mort. Il a écrit Rerum gestarum Francisci Sfortiœ 11. XXXI
SIMONETTA bl
(142i à 1466). Commencé, semble-t-il, seulement après la mort de Sforza ; achevé 1479, d'après la lettre de Filelfo communiquée par Muratori 1. c. 1'" édition Milan 1479, avec des altérations d'une main étrangère. Muratori, dans son édition Script. XXI, donne d'après l'autographe qui existe encore les plus importants des passages biffés ou adoucis par la censure, f" édition de la traduction italienne officieuse (de Gristoforo Landino), Milan 1490. Cf. Sickel, dans les procès- verbaux de l'Académie de Vienne 1856, p. 232, note 1, dans le mémoire ; Die ambrosische Republik iind das Haiis Savoy en.
Simonetta se trouvait, à part sa dépendance de son gouvernement, dans une situation analogue à celle de Guichardin. Encore dans la force de l'âge, il avait été repoussé de la politique pratique qu'il aimait et réduit au métier d'écrivain. Il avait le sens politique et une affinité intérieure avec son sujet. S'il n'est pas au niveau du grand Florentin comme penseur, il a sur lui cet avantage, qu'il ne considérait pas ses années d'activité avec le sentiment d'amère résignation qui donne à la Storia d'Italia son coloris original. Avec Guichardin il s'efforce d'exposer l'histoire objectivement. Il lui était plus difficile de se dégager des préceptes de l'historiographie humaniste ; autrement, il a des vues toutes pareilles : pour lui non plus l'histoire n'a pas pour but d'émouvoir le lecteur par les artifices de la rhétorique ; elle ne veut que rapporter sobrement les faits.
Son histoire, même au point de vue esthétique, fait une impression plus bienfaisante que les vains apprêts de style des virtuoses humanistes. Voilà un point, mais ce n'est pas encore le plus important.
Simonetta ne donne ni une biographie ni une histoire proprement dite. Ce n'est pas une biographie, parce qu'il ne rapporte que les actes, res gestœ de son héros, laissant de côté sa vie privée; ce n'est pas de l'histoire, parce qu'il ne touche aux destinées générales de l'Italie qu'autant que son héros y est intervenu. Ce sont plutôt des Mémoires. Mais comme il sait traiter son sujet ! Quelle clarté dans sa relation des entreprises de son héros ! Combien les archaïsmes latins ont peu nui à ses descriptions d'actions militaires ! Avec quelle sûreté il a su rassembler sous un plan général de nombreux petits mouvements de troupes ; avec quelle précision il reconstitue les motifs des acteurs ! Les détails qu'il donne, il ne les choisit pas pour leur valeur esthétique, mais à cause de leur importance
pour le succès pratique. Il n'insère pas môme les harangues d'apparat prescrites ; le peu de discours directs qu'il emploie, sont des résumés de faits réels.
Grâce à son objectivité, l'ouvrage de Simonetta est d'une partialité moins exclusive que d'autres histoires iiumanistes. On ne saurait méconnaître sa tendance au panégyrique. Les difficultés rencontrées par Sforza sont grossies à dessein pour qu'il y ait eu plus de gloire à les surmonter. Les gouvernements des États italiens ont toujours une posture de suppliants, Sforza celle d'un arbiter mundi. Subit-il une défaite? c'est la faute de ses subordonnés. Mais quel réalisme et quelle exactitude relative dans l'exposé des projets politiques de Sforza et de la situation générale de l'Italie ! Voyez le portrait que Simonetta fait de son héros à la fin de son livre. Vous y trouverez sans peine des éloges empreints d'une banalité désagréable. Mais quel relief, quelle personnalité marquée, en dépit des raffinements de l'expression ! Il ne manque aucun trait essentiel à cette image d'un tempérament de soldat.
Simonetta non plus ne prenait à l'histoire aucun intérêt spéculatif, il se contentait de rendre convenablement ce qu'il avait vu et appris. Aller plus loin, méditer sur les raisons profondes qui rendaient possible une existence comme celle de son héros, ce n'était pas son affaire. Il n'a ni traité ni même pressenti des problèmes historiques. A cet égard il ne va même pas de pair avec Bruni.