Rîehl
WiLHELM Heinrich RiEHL, né 1823 à Biebrich sur le Rhin, d'abord journaliste, 1854 professeur de Staats-imd Kameralwissenschaft à Munich, 18o9 d'histoire de la littérature, 1885 Directeur du Musée national Bavarois, mort 1897. Nous le considérons ici comme auteur d'ouvrages de politique sociale : Die btirgerliche Gesellschaft 1851 ; Land und Lente 1853 ; Die Familie 1855; Kulturstudien aus drei Jahrhunderten 1859 (beaucoup augmentés dans les éditions postérieures). Cf. H. Simonsfeld, W. H. Riehl ak Kulturhistoriker (discours d'apparat) 1898. Gothein dans les Preussische Jahrbiicher, 1898, avril.
Riehl parle lui-même des impressions de l'année 1848 dans la conclusion autobiographique de ses Religiôse Studien eines Weltkindes (2*^ édition 1894, p. 468); Entscheidendward mir hier dus Jahr 18i8... ich lernte das politische und soziale Leben in tàglicher Anschaunng kennen... Allezeit eine konservativ angelegte Natur, bin ich doch durch das Jahr 48 erst bewusst konservativ geioorden \
Un représentant typique de cette école est son fondateur Wilhelm Heinrich Riehl.
Les tableaux tracés par Riehl de VHistoire naturelle du peuple n'appartiennent pas proprement à l'historiographie. Mais le programme de la nouvelle tendance dans l'histoire de la civilisation y est si nettement tracé qu'on ne peut guère le passer sous silence.
Riehl a le premier détaché complètement de l'État l'histoire de la civilisation comme histoire complète des mœurs et coutumes des peuples. 11 partait de la connaissance du peuple qui devait avoir
1. L'année 1848 fut décisive pour moi. Les spectacles de chaque jour m'initièrent à la vie politique et sociale... De tout temps j'avais été conservateur; mais c'est 48 qui a fait de moi un conservateur conscient.
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son centre dans l'idée de nation. La nation était pour lui le fond primordial qui survit longtemps aux variations de la vie politique des peuples {der Urgrund, de?' das ivandelbare Staalsleben der Vôlher weit ûberdauert). Non seulement il voulait pénétrer plus avant dans la vie du peuple que ne l'avait fait le libéralisme ; non seulement il voulait montrer qu'à côté des classes intéressées à la lutte entre l'absolutisme et le parlementarisme il y avait des couches de la population dont les besoins n'avaient été pris en considération ni théoriquement par la doctrine politique ni pratiquement par la bureaucratie qui ne connaît que ses cadres. Il allait plus loin. Contrairement aux historiens libéraux, il regardait comme secondaire l'histoire politique proprement dite, l'apparition et les transformations de l'organisation administrative et militaire. Comme historien de la civilisation, il n'estimait que les humbles, les petits paysans et les petits bourgeois du bon vieux temps, vaquant avec satisfaction à leur travail. Il ne considérait pas l'histoire politique autrement que l'histoire de la musique. 11 n'y relevait, comme dans celle-ci, que la musique bourgeoise [Hausmusik, de la fin du xviii^ siècle et du commencement du xix^).
Aussi ne comprenait-il réellement qu'une seule période, l'idylle patriarchale telle qu'il se l'imaginait dans l'Allemagne du xviii' siècle. Il était insuffisant pour le moyen âge et en général pour toutes les époques où les biens de la vie n'étaient assurés que par une lutte hardie et une grande force de résistance. Son idéal social suppose un État capable de défendre son existence au dehors et au dedans, sans exploiter les forces militaires et économiques du peuple. Riehl n'avait pas tort quand il voyait ces conditions remplies dans plusieurs petits Etats allemands du xviii^ siècle. Mais il se trompait complètement quand il voulait expliquer cette situation exceptionnelle non par les conditions politiques particulières de l'ancien Empire, mais par le caractère national des Allemands. C'était esquiver le véritable problème historique. Tout habile qu'il était à saisir finement les mouvements de l'âme du peuple, à caractériser exactement les provinces allemandes telles qu'elles existaient de son temps, il était impuissant à remplir sa tâche réelle, à expliquer historiquement l'origine et les variations des particularités de chaque groupe de population. Il lui manquait, à lui et à son école, l'intelli-
gence des conditions réelles de la vie politique et économique. En rejetant les étroitesses de la méthode statistique et naturaliste, il rejeta cette méthode elle-même et avec elle l'analyse scientillque. Par les procédés de Riehl, on peut décrire peut-être l'organisation d'une communauté rurale dans l'Etat patriarcal de l'ancien temps ; il faut renoncer à décrire de véritables Etats. Riehl — cela est caractéristique — louait jNIoscr et Ritter, mais il ne suivit pas leur exemple dans leur association géniale de l'histoire sociale et de la description géographique avec le développement politique. Le sol a bien chez lui une influence sur le caractère du peuple, mais non sur Ihistoire politique. Il ne laisse à la vie agricole que son aspect bon enfant. II n'avait pas eu tort de s'appeler un peintre de genre pour l'histoire de la civilisation (Cf. KuUurgeschichtliche Charakterkôpfe,\S9[, p. 108).
L'influence de Riehl fut extrêmement bienfaisante dès que les historiens politiques ou économistes mirent à protit ses enseignements pour compléter leur manière de voir trop généralement politique ou économique. Riehl avait, malgré son dilettantisme, l'avantage de parler en connaissance de cause ; il connaissait parle menu la vie populaire dans une grande partie de l'Allemagne centrale et méridionale. Mais à la copier, un historien s'exposerait à tomber dans un exclusivisme pire que les partisans de l'historiographie purement politique.