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L HISTOIRE CONSTITUTIONNELLE EN ANGLETERRE

Maitland.

Un historien anglais du droit, intimement apparenté à Fustel fut William Maitland, né 1856 à Londres, juriste, 1884 professeur de droit anglais à Cambridge, 1888 choisi pour y occuper la chaire de Downing pour le droit anglais, mort 1906 à Las Palmas aux Iles Canaries. Son champ de travail était moins vaste que celui de l'historien français, vu qu'il se bornait à l'histoire du droit anglais. Mais comme historien de la constitution, il ne prenait guère une autre attitude vis-à-vis des théories en vogue (de Stubbs surtout) que Fustel vis-à-vis de celles de Waitz, par exemple. Il répugnait autant que le Français à des constructions idéologiques abstraites, à des conclusions tirées de séries de développements mal établies, à l'introduction dans l'histoire de conceptions et de tendances modernes. Comme Fustel. il était en état de substituer à des théories à l'air profond mais étrangères à la réalité un enchaînement causal sobre et positif. Des systèmes politiques n'avaient pas de valeur pour lui : il aimait mieux s'en tenir aux conditions de fait. Il montrait avec une joie maligne et un humour exquis comment des besoins pratiques avaient triomphé de la logique juridique et des fictions du droit. Il déclarait avec insistance que l'importance effective d'une institution ne correspondait pas à la formule juridique qui l'exprimait en théorie.

Maitland était comme Fustel un religions historian, un chercheur qui ne mettait rien au-dessus de la vérité historique. Il était entièrement exempt des préjugés nationalistes des Teutonisants (Stubbs, Freeman) . Stubbs avait jugé l'Église d'Angleterre au moyen âge du point de vue du Church Establishment d'après la Ré formation ; Maitland, qui n'appartenait personnellement à aucun parti ecclésiastique, écrivit contre cet essai tendancieux d'antidater V anglicanisme son Roman Canon Laiv in the Church of England (1898) qui battait péremptoirement en brèche la conception officielle de l'Église. Il s'appliquait plutôt à reconnaître tel développement dans toute son originalité qu'à déduire d'une théorie des conséquences générales. L'interprétation sagace et précise formait pour lui comme pour Fustel le point de départ de ses recherches. Fait caractéristique, il ne dédaigna pas de prendre la peine de composer une grammaire de la langue juridique normande.

Ses principaux ouvrages d'exposition (à côté de beaucoup d'éditions se rapportant à l'histoire du droit) : History of English Law up to the time of Edivard I (en collaboration avec F. PoUock) 1895 ; Domesday Book and Beyond (trois Essays) 1897 ; Roman Canon Laxo (voir ci-dessus). Après sa mort parurent les cours suivants : The constitutional History of England, édition Fisher 1908 ; Lectures on Equity, édition E. J. Whittaker. 1909. Maitland écrivit en outre la biographie de L. Stephen (1906) et les chapitres sur l'histoire ecclésiastique d'Angleterre et d'Ecosse dans la deuxième moitié du xvi" siècle, dans la Cambridge Modem History. Petits articles recueillis sous le titre de The Collected Papers of F. W. Maitland, éd. H. A. L. Fischer, 1911. Il fut le fon-

dateur de la Selden Society (1887). Liste de ses écrits chez A.-L. Smith, F. W. Maitland.Tico Lectures, 1908. Comme caractéristique, cf. surtout la nécrologie de P. Vinogradoff dans Engl. Hist. Rev. XXII (1907), 280 ss. Littérature plus étendue cataloguée à la fin de la l)iographie composée par H. A. L. Fisher, F. W. Maitland, 1910.

Depuis, le Rev. Arthur Ogle dans The Canon Laxo in Médiéval England, 1912, s'est élevé contre l'argumentation de Maitland dans son Roman Canon Law.

V. — L'Histoire non politique de la civilisation en Allemagne

Nous avons montré dans les chapitres précédents comment l'historiographie fut influencée par le mouvement social des années 40 qui trouva son expression la plus nette dans la Révolution de Février et ses suites. Celle-ci, on l'a vu, fît d'un côté reconnaître la nécessité d'un État fort et donna par là à l'historiographie libérale un trait conservateur et impérialiste ; d'un autre côté elle fit apprécier comme facteurs de puissance politique les classes inférieures jusqu'alors exclues d'une participation directe à la politique. Des tendances sociales conservatrices prirent la place des idées constitutionnelles ou absolutistes.

En général, ce mouvement, comme il était naturel, n'aboutit qu'à élargir et à transformer l'ancienne historiographie politique. En Allemagne aussi. Mais à côté de cela ce pays vit naître une remarquable innovation, une école qui ne se contentait pas de rechercher l'action des conditions sociales et des basses classes sur le développement politique, mais qui prit exclusivement pour objet de l'histoire la vie sociale et spirituelle des peuples, c'est-à-dire des classes qui n'avaient point une part directe au gouvernement. Il se produisit une nouvelle sorte d'histoire de la civilisation, qui n'avait guère de commun avec l'ancienne que le nom.

Des historiens antérieurs de la civilisation avaient bien cherché à se dégager de considérations exclusivement politiques et affirmé que des forces et des idées morales avaient autant d'importance pour le développement de l'humanité que l'action des hommes d'Etat et des généraux. Mais ils ne visaient qu'à compléter et approfondir la conception antérieure de l'histoire, non à écarter complètement

l'histoire non politique de la civilisation en ALLEMAGNE 709

les événements politiques jusqu'alors compris dans l'histoire. Ni Herder ni Guizot n'excluaient l'histoire de l'État ou de l'Église de leurs exposés d'histoire de la civilisation. Ils cherchaient à la motiver autrement qu'on en avait l'habitude, à la ramener à des causes non politiques qu'on n'avait pas remarquées ; mais il n'y eut pas de changement essentiel dans l'objet de l'historiographie. Le Romantisme s'y était parfois essayé. Surtout en Allemagne, où pour des raisons faciles à comprendre, la nationalité était plus haut cotée que l'État, quelques chercheurs avaient procédé comme si dans l'étude d'un peuple on pouvait faire abstraction de son organisation politique et ecclésiastique. L'engouement né en Angleterre au xviii'^ siècle pour ce qui est populaire n'avait nulle part rencontré autant d'adhérents qu'en Allemagne : quel savant a poursuivi tout ce qui est du terroir, tout ce qui est antique, tout ce qui a un cachet de naïveté populaire avec autant de respect, de partialité et de persévérance, que Jacob Grimm ? Mais l'historiographie avait d'abord tiré peu de profit de ces efforts. Les études spéciales des folkloristes étaient si éloignées de l'histoire des États qui avait jusqu'alors constitué le champ de travail de l'histoire, qu'elles purent bien rénover l'histoire de l'art et de la littérature, mais non celle de la civilisation.

L'initiative de romantiques isolés n'eut son accomplissement qu'après 1848. L'histoire de la civilisation se détacha de l'État. Elle n'emprunta désormais sa matière qu'à la vie non politique des classes exclues du gouvernement dans l'État et dans l'Église. Elle peignit de préférence des Intérieurs historiques [Historische Stilllehen, titre d'un chapitre de Riehl dans KuUurstudien ans drei Jahrhunderten, 1859). Elle glorifia le peuple satisfait, fidèlement attaché à ses bonnes habitudes, après l'expérience qu'on avait faite du danger d'éclairer et de remuer les classes inférieures par des mesures libérales.

La nouvelle tendance emprunta ses principes fondamentaux presque exclusivement à la spéculation romantique. Elle chercha à la concevoir plus sobrement et d'une façon plus réaliste que cela n'avait été le cas ; mais elle n'apporta pas de changements essentiels aux dogmes du Romantisme. Surtout pas à la foi en l'immutabilité du caractère national. Elle compta avec les particularités

nationales comme avec des grandeurs historiques positives. Elle n'eut pas l'idée de rechercher si elles ne pouvaient pas être seulement des symptômes de certains degrés de développement ou de certaines conditions de vie. Ce n'est pas dans ses prémisses de philosophie de l'histoire qu'il faut chercher l'importance de la nouvelle histoire de la civilisation, c'est uniquement dans son programme politique.

Le meilleur aperçu sur l'ancienne histoire de la civilisation se trouve encore chez F. Jodl dans son ouvrage : Die Kulturgeschichtschreibung , ihre Entivicklung und ihr Problem 1878.

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