VI. — L'historiographie sous l'influence
DE théories DES SCIENCES NATURELLES ET DE SYSTÈMES SOCIOLOGIQUES.
Opposition au Romantisme. — Les Rationalistes rejetaient en masse les vues religieuses et philosophiques qui tenaient à des hypothèses erronées en histoire naturelle : les Romantiques avaient au contraire tendu à la tolérance. Ils avaient cherché, en théorie au moins, à reconnaître le principe que ce qui est, est raisonnable. Ils s'étaient proposé comme but la neutralité. Quand ils poursuivaient dans l'histoire la lutte entre les tendances, ils partaient de la supposition que toute idée avait été légitime à sa place, si même ils ne prétendaient pas que la vérité sortait du développement dialectique de l'idée. Ils pratiquaient une observation quiétiste.
Ils pouvaient d'autant mieux se le permettre que la lutte contre les idées religieuses combattues par le Rationalisme avait été couronnée de succès. Dans le peuple, beaucoup des anciennes « supers-
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titions » survivaient ; mais pour les cercles dirigeants, au temps du Romantisme, les principes du Rationalisme étaient devenus des vérités incontestées. Maint homme d'État pouvait bien apporter à la piété ancienne des hommages respectueux : aucun n'en revenait à la foi massive des périodes antérieures, à la foi qui se manifeste dans la vie.
Dans le « siècle des lumières » on avait encore brûlé des sorcières et les rationalistes avaient dû démontrer en toutes formes l'inanité de la sorcellerie. Les gouvernements croyants de la Restauration n'ont plus admis sérieusement qu'un homme pût conclure avec le diable un pacte de haute trahison . Pourquoi les historiens n'auraient-ils pas jugé avec indulgence des conceptions religieuses qui avaient perdu toute espèce d'importance ?
Cette commode impartialité n'était pas le fait de tous les historiens philosophes de l'époque.
Faisaient exception d'abord tous ceux qui venaient des sciences de la nature. C'était une autre affaire que dans la théologie ou la philosophie, qui avaient été la première école des théoriciens romantiques de l'histoire. En physique, en astronomie, par exemple, il n'était pas possible de considérer comme d'égale valeur des vues divergentes. On avait en main des critères qui permettaient de distinguer l'erreur de la vérité et ne laissaient pas douter que du passé au présent il ne se fût accompli un progrès dans la connaissance de la nature. Mais ce progrès n'avait-il de valeur que pour l'étude des sciences naturelles ? De nombreuses institutions pohtiques et sociales ne reposaient-elles pas sur des idées cosmologiques surannées? Pouvait-on attendre d'un esprit formé par les sciences de la nature qu'il leur donnât quand même son adhésion — uniquement parce que, comme le prétendaient les romantiques, ces institutions avaient pour elles le droit historique ? N'avait-ôn pas le droit de critiquer sans ménagement l'histoire et les institutions devenues historiques, au point de vue scientifique du présent ? Pourrait-on, par exemple, si l'on voulait être conséquent, exposer l'histoire du Rationalisme en le présentant comme une thèse relativement justifiable, et en lui opposant une antithèse tout aussi autorisée ? — Certes le Rationalisme n'avait nulle part dit le dernier mot. Mais pour sa lutte contre la superstition religieuse, n'avait-il pas été dans son droit ? La