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RENAN

des études scientifiques, orientales spécialement, voyage comme membre d'expéditions scientifiques 1849 en Italie, 1860 en Syrie (Cf. Mission de Phénicie, 1874), 1856 membre de l'Académie des Inscriptions, 1861 professeur au Collège de France pour les langues hébraïque, chaldaique, et syriaque, 1863 destitué après sa Vie de Jésus, recouvre sa chaire 1871, élu 1878 à l'Académie française, mort 1892 à Paris. Deux ouvrages surtout le font rentrer dans notre cadre : Les Origines du christianisme 1863 à 1883, et Histoire du peuple d'Israël, 1888 à 1894. Ses nombreux petits écrits ne contiennent rien de particulièrement neuf [Averroès et rAverroisme, 1852; divers recueils d'Essais : Études d'histoire religieuse 1857, etc.).

Il faut consulter avant tout sur Renan l'autobiographie Souvenirs d'enfance et de jeunesse, 1883 (très imparfaitement continuée dans les Feuilles détachées, 1892). Puis les Cahiers de jeunesse (1854-1856) 1906 et Ernest et Henriette Renan Lettres intimes, 1896.

R. Ledrain, Renan, sa vie et son œuvre, 1892; Desportes et Bournand E. Renan, 1892; G. Monod, Renan, Taine, Michelet, 1894; G. Séailles, E. Renan, essaide biographie psychologique, 1895; labbé d'Hulst. E. Renan, 1894(4«édit.); M"*" James Darmesteter, La vie de E. Renan, 1898; W. Barry, E. Renan, 1905 ; G. Sorel, Lesijstème historique de Renan, 1906 ; G. Strauss, La politique de Renan (1909 avec bibliographie, thèse de la Facullé de droit de l'Université de Paris); H. Parigot, Renan, l'égoïsme intellectuel,

Le plus grand et le plus génial représentant de l'école esthétique fut Ernest Renan. Nul autre n'a traité l'histoire avec autant de finesse, de talent d'assimilation, d'universalité de pensée, nul autre n'y a trouvé autant de jouissance esthétique. Nul autre, pour apprécier les époques et les contrées dupasse, n'a aussi peu soulevé la question de vérité ou d'utilité : il laissait libre carrière à toute croyance, pourvu qu'elle parût sincère et découlât immédiatement du cœur et de l'imagination.

Renan ne repoussait que ce qui lui paraissait intérieurement mensonger, comme le catholicisme romantique et artificiel de Chateaubriand. C'est au contraire avec une chaude sympathie qu'il observait une religiosité originelle. Il prisait hautement la morale idéaliste du christianisme ; il lui semblait beau qu'il mît d'autres biens au-dessus de la vie et du bien-être extérieur, et demandât aux hommes des sacrifices pour des buts spirituels. Mais il affirmait tout aussi résolument que ses prémisses dogmatiques et historiques étaient insoutenables.

La position qu'il avait ainsi prise était également incompréhensible pour le croyant et pour le libre-penseur de l'ancienne école.

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La religion n'est pour lui ni un objet de culte ni un sujet de risée, mais une matière qui fournit au savant l'occasion d'intéressantes recherches psychologiques. L'historien peut d'autant mieux la considérer avec bienveillance qu'il n'a pas à s'engager, ni pour ni contre. La vérité a-l-clle donc tant d'importance ? Y a-t-il en définitive une vérité en pareille matière, comme le croient les gens pieux, les libéraux et les vollairiens? Celte vérité n'est-elle pas si multiforme qu'il faille faire bon accueil à toute tendance — quelqu'élrange but qu'elle poursuive — parce qu'elle soulèvera peut-être un coin du voile qui n'a jamais pu être levé jusqu'ici ? N'est-il possible de l'aborder qu'à laide de la méthode scientifique ? — Renan n'aurait que dans sa jeunesse répondu à cette question catégorique par un Oui. Plus tard il abandonna sa foi dogmatique en l'avenir de la science. Par la religion et l'art la « vérité » peut être saisie intuitivement. Et quand même ce qu'a créé la religion n'aurait été qu'un rêve, l'humanité aurait fait un beau rêve !

Des dogmes du Romantisme en philosophie de l'histoire, Renan n'en retint qu'un seul, la thèse des qualités invariables de la race. Peut-être en conséquence de ses études philologiques. Quand on s'occupe de familles de langues et de documents littéraires nationaux, on est enclin à tracer aussi entre des familles de peuples des frontières précises. Au reste, il évitait très volontiers les jugements péremptoires. Son expression est ce que les Français désignent par ce mot intraduisible, ondoyante. Un éternel sourire, mi-bienveillant, mi-sceptique. Toute opinion n'est que relativement vraie. La vérité et l'erreur ne se distinguent que par des nuances. Comment l'historien se permettrait-il de distribuer de vertes censures, de séparer les brebis d'avec les boucs, les opinions utiles et vraies des fausses !

Ce dilettantisme permit à Renan de reconstruire le passé aussi intégralement et avec autant de vie que pas un autre historien. La plupart des historiens ont à dompter de fortes antipathies contre certains phénomènes historiques et ne se sentent bien à l'aise que sur un seul terrain. Niebuhr échoua, quand il eut à décrire l'évolution de l'État rural de Rome en empire du monde ; Ranke marchait à pas incertains quand il quittait les cercles des diplomates et des prélats et se trouvait dans le peuple. Renan se sentait aussi sûr dans la civi-

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