RENAN
lisation de grande ville de la Rome d'un Néron que dans rentouragc du disciple des rabbins Saint-Paul 11 peignait le monde divec autant de compétence et autant d'amour que les luttes intérieures des missionnaires chrétiens. Avec quelle finesse, quel sens impeccable de la nuance est placé chaque coup de pinceau 1 Comme le détail ne fait jamais oublier lensemble ! Avec quel amour, un peu trop indulgent toutefois pour des opinions fantasques, Renan cherchait à poursuivre l'importance historique des événements ! Combien sont heureuses en général les analogies empruntées à la vie moderne, dont on lui a si souvent fait un reproche à cause de leur familiarité irrespectueuse, qui rappelait Voltaire (il s'en est défendu lui-même dans la Préface au 3^ volume de V Histoire du peuple d'Israël) ! Quelles vives couleurs ont ses tableaux de nature !
Renan touchait à un point faible de ses devanciers, les historiens de l'Ecole de Tubingue, qu'il vénérait comme savants et comme critiques, quand il leur reprochait déjuger les premiers chrétiens un peu trop du point de vue dun professeur de petite ville allemande. Il était en droit de formuler cette critique ; car aucun historien ne s'est plus rarement rendu coupable de constructions savantes étrangères au monde réel. Il a vraiment le premier transformé l'histoire ecclésiastique ; d'une histoire des idées dogmatiques ou théologiques qu'elle était, il a fait une histoire de la vie religieuse.
Renan doit à ses études de philologue et d'orientaliste d'avoir, à la différence de la plupart des chercheurs français de sa génération, connu à fond la méthode philologique et critique. Il ne Tapas appliquée partout avec bonheur ; quand il s'écarte des thèses de Tubingue, il tient rarement le bon côté ; sa tentative pour réhabiliter l'évangile de Jean comme source historique ne saurait guère être considérée que comme une régression. Mais les fautes qu'il a commises dans l'emploi de la méthode ne doivent pas nous faire oublier qu'il l'acceptait en principe dans toute sa portée. Enfin, il faut le reconnaître, pour des événements sur lesquels nous possédons une tradition aussi fragmentaire que sur l'histoire d'Israël ou les origines du christianisme, tout historien désireux d'arrondir son exposition est bien obligé de recourir à des hypothèses risquées. Renan ne travaillait pas plus négligemment ou avec moins de critique que d'autres chercheurs. Mais comme d'autres narrateurs, qui n'ont en
somme à leur disposition que de mauvais matériaux, il s'efforçait trop souvent de faire fond sur des renseignements qu'il aurait dû renoncer à utiliser. L'artiste, chez lui, l'emportait trop pour qu'il ait pu se résoudre, quand il l'eût fallu, à une résignation scientifique.
Pour le style, Renan est sans rival. Jamais vulgaire, rarement pathétique, son expression s'accommode à tout état d'âme. La fine ironie est à son commandement aussi bien que le ton chaud d'une enthousiaste sympathie. La simple narration lui réussit aussi bien que les raisonnements subtils de la philosophie de l'histoire. Jamais il ne sacrifie la chose au mot. Son style merveilleusement souple et mélodieux est toujours au service de sa pensée. Sa langue n'est d'un art aussi parfait que parce qu'elle obéit parfaitement à cette pensée. Chaque idée est exprimée jusque dans ses dernières nuances.