AUTRES ÉTATS ITALIENS
Gênes. — A l'instar de Poggio, le chancelier d'État et humaniste génois Giacomo Bracelli (né à Sarzane, dès 1411 au service de l'État, chancelier 1431, mort vers 1466) décrivit une guerre de sa cité; il choisit la lutte avec le roi d'Aragon {De bello quodinter Hispanos et Genuenses saeculo suo gestum [= 1420 à 1444]. 1"- édition datée Paris 1520, dernière chez Graevius, Thés. Ant. Ital. I, 2. Fort utilisé déjà par Simonetta.) L'exécution na rien de particulier. Le De dans Genuensibus libellus (chez Graevius, I, 1) ne donne que des esquisses. — Cf. Braggio, G. B. e l'umanesimo dei Ligiiri al suo tempo, dans les Atti délia Soc. Lig. di Stor. patr. XXIII (1891).
Sienne. — Ce sont des travaux médiocres que l'histoire contemporaine siennoise [Senensiuin historianm 11. III, 1446 à 1457) et la courte histoire de Piombino (ifisfona Plumbinensis, jusqu'à 1473 également histoire contemporaine surtout) de Ihumaniste siennois Agostino Dati (1420-1478. Les deux ouvrages imprimés dans ses Opéra, Sienne, 1503). L'histoire de Sienne semble être restée inachevée.
Mantoue. — VHistoire de la ville de Mantoue de Platina est également insignifiante. Comme elle était commandée par les Gonzague, l'histoire ne commence proprement qu'à l'apparition de la dynastie (1328) et a pour principal but de mettre en lumière les hauts faits de l'illustre famille. Platina ne pouvait pas y apporter plus de critique qu'un Merula. — Il entreprit, 1461, sur commande du cardinal Gonzague son Historia urbis Mantuae (jusqu'à 1464), et l'acheva 1469. Les anciens temps, surtout la période d'avant Conrad III, ne sont qu'effleurés. La censure s'exerça sur l'ouvrage avant sa publication; l'« impression Vienne 1675; réimprimé chez Graevius, Thés. Ant. II., IV, 2 et Muratori, Script. XX. — Cf. Luzio-Renier dans le Giornale stor. délia Letteratura ital. XIII (1889), 430 ss.
Ferrare. — L'humaniste de Corse Petrus Cyrn^kus (né 1447 à Aleria, ecclésiasti<|uc, plus tard professeur humaniste à Venise, mort 150G. tire son nom de son ile natale), décrivit à la demande du prince Hercule de Ferrare la guerre que son seigneur avait faite, 1482 à 1484, à la République de Venise [Commentarius de bello Ferrariensi, chez Muratori, Script. XXI). Le but du petit livre est évidemment d'opposer un récit fait au point de vue de Ferrare à la relation, colorée par l'intérêt vénitien, de Sabellicus, contre lequel est engagée au début une polémique, La forme est habile. La conduite héroïque du duc et de son épouse, le loyalisme des bourgeois de Ferrare (qui dans des assemblées du peuple imaginaires, sont harangués par le duc et la duchesse selon toutes les règles de l'art) font un effet de contraste très réussi avec les relations abondamment colorées des atrocités commises par les troupes vénitiennes.
Corse. — Le meilleur de tous ces petits écrits historiques est l'Histoire de Corse de ce même Cyrn.«us (De rébus Corsicis, chez Muratori XXIV; nouvelles éditions, 1834 avec traduction italienne de Grégori et 1884 de Letteron. Le remerciement emphatique inséré au deuxième livre et
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adressé à la République de Venise qui lui avait donné le droit de bourgeoisie, visait sans doute à effacer la mauvaise impression qu'avait pu produire à Venise l'ouvrage cité dans le paragraphe ci-dessus [p. 433 dans Muratori]). C'est d'ailleurs le seul dont i'auteurfùt indépendant.
Quand le prêtre, musicien et humaniste Pelrus dit le Corse écrivit vers 1500 à Venise l'histoire de son lie natale, il avait échappé depuis longtemps à l'influence des maîtres de la Corse. L'incitation à son travail lui vint de Strabon. L'ouvrage du vieux géographe venait d'être traduiten latin, et les remarques désobligeantes qu'on y trouve sur les Corses avaient piqué la susceptibilité patriotique du vieux lettré.
Mais l'amour du pays natal ne fut que le point de départ. Cyrnaîus avait été trop mal traité dans sa patrie pour tomber dans les embellissements coutumiers. Le premier livre, qui traite surtout de la géographie et de l'ethnographie de l'île, en décrit la situation morale, la vendetta, les querelles de clans, etc., avec un réalisme à peu près sans égal dans la littérature historique de l'humanisme. Dans les livres suivants, qui racontent l'histoire de l'île depuis l'invasion des Barbares jusqu'à 1474, Cyrnœus n'a pas su façonner en une composition harmonieuse les matériaux assez pauvres qui avaient été conservés ; se laissant aller au goût des humanistes pour les anecdotes héroïques, il a recueilli plus d'une histoire touchante qui s'accorde mal avec sa première peinture générale. Mais nous sommes ramenés à la réalité par le dernier livre, qui — conclusion inattendue, mais estimable — raconte la vie de l'auteur lui-même. Cette autobiographie nous éclaire mieux sur les choses de Corse qu'une récapitulation par annales des querelles de famille sans fin où Cyrnseus a été plongé. Très remarquable aussi est la caractéristique détaillée que l'auteur trace finalement de luimême, en ayant l'air de peser impartialement l'éloge et le blâme. C'est l'exact pendant du portrait peint par lui-même de L. B. Alberti (voir ci-dessous, p. 126 s.).