PAUL JOVE
n'ont jamais été écrits, soi-disant à cause de la tristesse du sujet. En réalité les six premiers non plus n'ont sans doute jamais existé, et Jove ne les a pas écrits, parce que les acteurs dont il aurait pu tirer de l'argent étaient déjà morts. La seconde lacune provient de ce que Jove ne voulait pas exposer une fois de plus le sujet traité dans plusieurs Vitae (voir 2), auxquelles il renvoie lui-même. D'ailleurs, en sa qualité d'humaniste, il ne lui déplaisait pas que son œuvre, comme celle de Tite-Live, ne fût conservée qu'en fragments, et en partie uniquement sous la forme d'épitomés (il écrivit lui-même ses Periochœ). Son histoire contemporaine devenait une sorte de ruine antique artificielle. Tiraboschi, s. v. Giovio, rapporte qu'on aurait découvert t/ y a peu de temps parmi les papiers d'un comte G.-B. Giovio trois des livres perdus au sac de Rome : c'était évidemment une nouvelle erronée, car on n'a plus entendu parler de cette trouvaille. — Éditions : Jove fit de bonne heure circuler des livres isolés en manuscrits. L'ouvrage ne fut imprimé que complètement fini (1549), en 1550-1552 à Florence. Les années suivantes virent paraître nombre d'autres éditions et de traductions.
2" BiOGRAPHfEs, composées la plupart du temps à la demande de parents. a) Vitse duodecim Vicecomitum (jusqu'à Filippo Maria Visconti) avec un appendice sur les droits héréditaires des Orléans, dédié au dauphin de France Henri (l''^ édit., Paris, 1549). — b) Vita Sfortiae clarissimi ducis (= Muzio Attendolo Sforza), dédié au cardinal Ascanio Sforza, écrit sous Paul III. — c) Vita Alfonsi Atestini, Ferrarise ducis, dédié à son fils, écrit 1550. — d) De vita et rébus gestis Coiisalvi Ferdinandi Cordubas cognomento Magni 11. lll, dédié à son petit-fils, écrit 1547. — e) De vita et rébus gestis Ferdinandi Davali cognomento Piscarii 11. VII avec une dédicace à son épouse VittoriaColonna. — f) Vita Leonis X, en quatre livres, dédié au duc Alexandre de Médicis. — g) Vita Hadriani VI, dédié au cardinal Wilhelm de Dordrecht. — h) Pompei Columnœ Vita, dédié à son neveu, l'archevêque François Colonna. — Première édition d'ensemble des Vies (celles qui étaient alors écrites), Florence 1549. Plus tard dans les Opéra.
3° Sont aussi de nature biographique les Elogia virorum bellica virtute illustrium (commençant par Romuluset traitant principalement des Italiens, mais aussi beaucoup d'étrangers, Turcs, Persans, etc., et, à côté de héros de la guerre, des pirates comme Barberousse) et la composition non moins internationale intitulée Elogia virorum literis illustrium, quotquot vel nostra vel avorum memoria vtxere (très peu de personnages des temps antérieurs : Albert le Grand, Dante, etc.). Les Eloges devaient originairement servir de textes explicatifs aux portraits exposés dans le Muséum bâti par Jove 1536-1543 près de Côme. Cependant les éditions postérieures donnent seules le texte et les images ensemble. La f*^ édition illustrée des Capitaines parut à Bâle 1575, celle des Viri doctià Bâle 1577. Auparavant (Florence 1548, etc.) le texte était publié seul. Du reste, les gravures sur bois de Bâle sont très mauvaises. Les illustrations accompagnant les biogi-aphies des Visconti (Paris 1549) sont au contraire exécutées avec précision et avec art; ce sont les seules à rétablissement desquelles Paul Jove ait encore présidé. Cf. là-dessus :
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.1. Burckhardt, Bcitrdgc zar Kunstgeschichtc von Italien (1898), spécialement 465 ss. ; F. Fossati, 1/ Musco Gioviano 1892 et I Ritratli dcl Museo G. 1893 (dans la Rassegna Nazionale. XV) ; E. Miintz, Le Musée de portraits de Paul J. 1900 ; dans les Mémoires de l'Académie des Inscriptions t. XXXVI, 2" partie; A. Ilagelstange, Eine Folge von Holzschnittportràts dcr Visconti von Mailand, dans les Mitteilungen aus dem german. Nationalmuseum, 1904, p. 85 ss. k° Commentarii délie cose de' Turchi, Venise 1531, édition fréquentes. En latin (Wittenberg- 1537) sous le titre plus exact: De rébus gestis et vitis imperalorum Turcarum (d'Osman à Soliman II).
^'^ On trouva encore dans les papiers laissés par Jovc un dialogue inachevé, commencé en 1527, De viris literis illustribus et des esquisses biographiques pour une histoire contemporaine de l'art, évidemment des études pour le pendant aux Elogia doctorum virorum dont il laissa l'exécution à Vasari (voir p. 116). Les fragments sont imprimés dans l'appendice à l'histoire de la littérature italienne de Tiraboschi.
Littérature. — Cet article, dans Tiraboschi, est encore indispensable à cause des passages des sources qui y sont adjoints. Les témoignages accablants qu'il cite ont été complétés depuis par A. Luzio, qui a publié à Mantoue 1885, per nozze, Lettcre inédite diP. G. tratte dalV archivio Gonzaga. Notices utiles pour la biographie dansPastor, Geschichte der Pàpste, t. IV (voir la table) . Cf. en outre Ranke, Zur Kritik neuerer Geschichtschreibcr (apologétique) et M. Lupo Gentile Studi sulla storiografia fiorentina (1905), 47 ss. A. Morel. — Fatio, Historiographie de Charles-Quint 1(1913), 105-122.
L'attitude de Jove vis-à-vis de ses mandants. — Peu d'historiens humanistes atteignent à l'importance de Paul Jove. Non pas que l'évêque de Nocera ait frayé des voies vraiment nouvelles ou qu'il ait eu des dons supérieurs à ceux de ses rivaux. Mais ses œuvres se distinguent tellement des autres par la manière dont elles se sont produites, qu'il est impossible de ranger leur auteur dans la même catégorie que Sabellicus ou Bembo, malgré son obéissance dans la forme aux règles de l'école de Bruni.
Les historiens humanistes avaient jusqu'ici travaillé sur commande. Avec Jove, ils prennent l'initiative. Il a donné à l'historiographie conscience de sa force. Il ne poursuivait pas un autre but que ses prédécesseurs : il considérait comme sa tâche le maniement par la presse de l'opinion publique au point de vue d'un gouvernement. Mais lui et ses disciples se sont aperçus qu'il vaut beaucoup mieux pour un auteur vendre son talent à plusieurs qu'à un seul.
Louer leurs mandants, c'était une obligation formelle pour les précédents historiens de l'humanisme. Le décret dénomination de Navagero (p. 42) par exemple, parle très tranquillement d'auteurs chargés contre un gros salaire d'or de composer des histoires d'États