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AU COMMENCEMENT DU XVJ'' SIÈCLE

A. — Généralités.

L'historiographie de Machiavel et de Guichardin ainsi que de leurs contemporains de Florence n'est en grande partie, par son aspect antérieur, qu'une continuation de l'école humaniste des Annales. Mais elle lui est bien supérieure par sa valeur interne, et cette valeur, elle la âStprécisément aux qualités nouvelles qui la distinguent de l'école de Bruni, dont elle ne se rapproche au tond que par ses défauts. Elle mérite donc bien un chapitre séparé. On peut l'opposer à Ihistoriographie humaniste en la désignant comme historiographie de la Renaissance .

La situation à Florence dans la seconde moitié du XV" siècle. — Pour une histoire de grand style, cette situation avait été très défavorable dans le cours du xv'' siècle. Le mouvement humaniste avait arrêté les germes d'une historiographie nationale réaliste que représentent les noms de Giovanni Villani et de Dino Compagni. Depuis que l'humanisme avait substitué à la vieille forme autochtone de la narration historique l'imitation correcte de modèles antiques, les personnalités dirigeantes de l'Etat, du commerce et de l'industrie s'étaient vues exclues de l'historiographie artiste. Il fallait appartenir au clan des lettrés humanistes pour s'essayer dans la nouvelle et prétentieuse manière. Aussi l'historiographie populaire laisse-t-elle voir au xv^ siècle des signes de décadence.. Un ouvrage comme les Histoires florentines de Giovanni Gavalcanti n'égale en aucune façon les grandes productions du xiv<= siècle ; la nouvelle façon ne

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se manifeste que par les longs discours enmpesés, le seul point sur lequel Gavalcanti s'efforça de rivaliser avec les hunnanistes^

L'historiographie humaniste ne fit pas elle-même plus de progrès : nous l'avons dit (p. 28 s.). On ne pouvait en ce genre dépasser le type fixé par Leonardo Bruni. L'état général de la civilisation à Florence, on ne pouvait le méconnaître, était plus favorable qu'ailleurs au développement de l'historiographie. Nulle part les hautes classes ne prenaient une aussi vive part à la production littéraire; nulle part à ce moment encore,on n'a écrit relativement autantd'ouvrages d'histoire par plaisir, et pas uniquement surcommande (voir p. 27, 31 s.).

Mais un changement menaçait de se produire. On pouvait s'attendre à ce que la consolidation définitive de la domination des Medicis mît fin à l'historiographie indépendante et rabaissât les futures histoires de la ville au rang de l'histoire mantouane de Platina (voir p. 59).

Les suites de l'invasion française de 1494. — Si les bourgeons alors existants d'une grande historiographie purent s'épanouir, Florence le doit uniquement à la révolution que l'invasion de Charles VIII apporta dans la situation intérieure et dans la politique étrangère de la ville, Machiavel et Guichardin sont de ces personnages exceptionnels qui peuvent se frayer la voie en tout temps. Mais ils ne sont pas seuls. Us ne sont que les premiers de toute une série d'historiens remarquables, qui tous à leur façon représentent une nouvelle conception de l'histoire. Et cette floraison de l'historiographie ne dura pas plus longtemps que les luttes constitutionnelles qui l'avaient fait naître. Dès que la monarchie eut pTîs solidement pied, elle disparut aussi soudainement qu'elle était venue.

Ce n'est pas ici le lieu d'insister sur les changements qui résultèrent pour Florence de l'invasion française de 1494 et de la longue lutte pour l'hégémonie en Italie qu'elle déchaîna entre la France et l'Espagne. Indiquons seulement les deux points qui importaient à l'historiographie. L'intervention des deux grandes puissances occi-

1. Les Istorie florentine de Gavalcanti (1420 à 1440; un événement de 1432! y est ajouté) ont été publiées pour la première fois 1838-39 par F. Polidori. Un autre ouvrage, appelé la Seconda Storia (édit. incomplète, ibid.) relaie les histoires des années 1440 à 1447. Machiavel s'est beaucoup servi de Gavalcanti. Gf. P. Villari. N. Machiavelli III (1897), 256.

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dentales affermies après des siècles de luttes intérieures lit perdre à tous les Étals moyens de l'Italie leur position indépendante dans la politique européenne. A part Milan, aucun État n'eut plus à en souffrir que Florence. Un enchaînement de circonstances, le fait que par deux fois un Médicis fut élu pape, soumit non seulement sa vie extérieure, mais le règlement de ses affaires intérieures, au caprice des puissances étrangères. Ce revirement soudain qui fit passer des partenaires influents au rôle de spectateurs à peu près impuissants, a été vivement ressenti, notamment par Machiavel, qui en fait le sujet de réflexions très profondes. Une seconde conséquence de l'invasion fut l'expulsion des Médicis et l'établissement à Florence d'un gouvernement républicain, c'est-à-dire la rupture du développement qui de la République avait fait, en réalité, sinon dans les formes, une principauté. La tradition politique était brisée et la cité se trouva inopinément en face de ce problème : quelle constitution allait-elle se donner ? Les spéculations, théoriques jusqu'alors, sur l'essence et l'organisation de l'État acquirent tout à coup une importance pratique.

L'insécurité de la situation, les rapides changements dans le groupement des partis, la possibilité, théorique au moins, de faire passer dans la réalité n'importe quel idéal de constitution et de le mettre immédiatement à l'épreuve — , tout cela poussait à des recherches, à des spéculations dont on ne découvre pas de traces antérieurement. (L'importance capitale à cet égard de la révolution de 1494 n'a guère été jusqu'ici appréciée comme il convenait; Jacob Burckhardt lui-même n'a pas tout à fait rendu justice au doctrinarisme des S tatisH florentins. Cf. Hist. Ztsch., C, 519 ss.)

Les matériaux pour ces recherches, c'était l'observation de constitutions étrangères fonctionnant bien (spécialement celle de Venise^), et c'était surtout l'histoire qui les fournissait. Les histo-

1. Outre Guichardin, Donalo Giannotti entre autres, s'en est occupé (né en 1492, secrétaire en 1527 des Dix, exilé par les Médicis après la prise de la ville depuis 1563 à Venise, mort 1573 à Rome). Son ouvrage principal, Délia Repubblica de Viniziani (1526, remanié en 1530) ne donne pas seulement une description des institutions politiques de Venise, mais montre leur origine historique. G. a rédigé en outre des projets de constitution pour Florence. Discorso sopra il fermare il governo cUFirenze ; quatre livres Délia Repuhhlica Fior ; un discorso sur la milizia (1528). — Opère poliliche e letterarie édit. Polidori avec sa biographie par Vannucci 1850. Le livre sur la République de Venise d'abord Rome 1540; le dise, sur la milizia édit. Sanesi dans Arck. stor. it. Série V, 8 (1891).

l'histoire enseignant la politique 69

riens se trouvaient en présence d'une tâche toute nouvelle. A l'historiographie, qui jusqu'alors était au service de l'art et de la publicité, on demandait maintenant des leçons de politique. Les exposés historiques sont accompagnés de spéculations sur des problèmes de théorie politique.

Souvent l'histoire ne fut que la servante de la doctrine. L'amour des connaissances historiques pour elles-mêmes s'effaçait au point que de vastes domaines de l'histoire ne servaient qu'à fournir des exemples pour des déductions politiques (l'histoire romaine dans les Discorsi de Machiavel sur Tite-Live).

Dans ces circonstances, les historiens florentins durent se refuser les embellissements de la réalité par le style. Ils étaient trop peu des savants et des critiques pour écarter absolument les fables mensongères des historiens antérieurs. Ils empruntèrent souvent à de très mauvaises sources les preuves historiques à l'appui de leurs sentences. Mais des anecdotes sentimentales inventées par des maîtres d'école et des stylistes, ils firent un tout autre emploi que les humanistes. Ils en donnèrent une interprétation réaliste, et mirent sous leur patronage des principes totalement différents de la morale rhétoricienne et pathétique de l'école humaniste. L'historien tenait à tirer de son document, vrai ou faux, une leçon, plus qu'à examiner les faits en eux-mêmes. L'un pouvait avoir une utilité politique immédiate ; l'autre n'y arrivait que par des détours.

L'emploi des événements historiques comme types. — Les nouvelles conceptions de la tâche de l'histoire eurent encore un autre effet.

L'histoire n'instruit (politiquement) que lorsqu'on sait reconnaître un caractère typique à des événements qui se passent à l'étranger ; leur importance (sociologique) pour l'humanité en général doit fixer l'attention du chercheur plus que leur intérêt national. Il doit considérer l'histoire en philosophe, et ne pas raisonner l'histoire d'après l'apparence extérieure. Pour utiliser des exemples typiques, il faut les dépouiller des circonstances accidentelles et s'efforcer de dégager leur valeur universelle.

C'est à quoi les historiens n'avaient guère songé jusqu'ici. L'intérêt des problèmes de politique générale leur échappait. Ils avaient bien, à l'occasion, inséré dans leurs livn\s des sentences morales, mais

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sans se risquer en dehors des lieux communs de la vieille philosophie populaire. Des hommes d'I^^tat n'en pouvaient pas iaire grand'chose. Surtout ceux de Florence, qui avaient h-i charge de donnera leur cité une nouvelle organisation. Il n'était plus possible de ne faire que de la politique empirique. On avait besoin d'études théoriques. 11 était absolument nécessaire que les hommes politiques s'appliquassent sérieusement aux grands problèmes de la constitution et delà guerre.

L'histoire n'en profita guère moins que la politique. Les œuvres des historiens florentins en prirent un caractère universel. Ils ne servaient plus uniquement des intérêts publics passagers, mais, comme les bons historiens de l'antiquité, comme Thucydide et Polybc, ils tracèrent de situations politiques typiques une image inaltérable.

Du moins, telle était l'apparence. En réalité, il n'en était pas tout à fait ainsi. La dépendance de la politique actuelle où se trouvèrent les historiens eut aussi des suites fâcheuses. Elle restreignit la spéculation à des problèmes particuliers. La révolution dans la politique extérieure et intérieure de la ville de Florence avait été provoquée exclusivement par des causes politiques et militaires. Ni transformations économiques ni mouvements intellectuels n'y avaient eu leur part. On n'avait pas vu les pays les plus riches en battre de plus pauvres, mais bien les plus faibles vaincus par ceux dont l'organisation politique et militaire était la plus forte. La vieille Florence n'avait pas succombé parce que de nouvelles idées religieuses ou politiques auraient miné les bases morales de l'ordre public. On était disposé à en conclure que les forces qui avaient amené l'issue fatale étaient les seules efficaces. Voilà pourquoi la guerre et la politique sont chez les grands Florentins les seuls sujets de l'exposition historique. Sans doute, ils mettaient volontiers l'histoire politique intérieure au-dessus de l'extérieure. Mais ils ne s'écartaient pas en cela autant qu'on l'a prétendu du modèle des humanistes. Si {'Histoire Florentine de Machiavel se distingue des histoires de Bruni, c'est, en dépit de l'assertion de sa préface, moins pour avoir fait une plus grande place à l'histoire intérieure que par une manière. , totalement différente déjuger les luttes constitutionnelles de Florence au moyen âge.

On s'explique par des raisons semblables que les historiens florentins soient restés fidèles ;'i l'habitude de rapporter de grandes

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révolutions historiques à des actes volontaires et conscients de personnalités particulières. Ils adoptèrent d'autant plus aisément cette manière de voir en tout temps populaire qu'elle semblait s'accorder avec les événements qui se prêtaient à leur observation directe. A Florence, la constitution se réglait sur une supputation réfléchie des forces en balance et leur effet était calculé jusque dans le détail : d'autres organismes politiques, pensaient ces hommes-là, étaient également nés d'une réflexion sagace. A Florence, un horizon restreint et le manque de tradition donnaient à l'individu une importance disproportionnée : ils estimaient beaucoup trop haut, pour d'autres époques aussi, l'influence d'un fondateur d'État ou d'un législateur. Vivant dans une période de luttes politiques passionnées, prenant comme citoyens une part active à la vie des partis, ils dédaignaient trop la force dinertie des indifférents et des gens privés de droits politiques. Les grands Florentins eux-mêmes ne se sont pas dépouillés de cet individualisme naïf qui ne saurait se représenter le lent développement d'une constitution, pas plus qu'il ne conçoit l'action des forces de la nature (dont son anthropomorphisme fait autant de dieux).

J'ai essayé de développer quelques-unes des idées imprimées ici dans Hist. Zeitschrift, 100, 519 ss. Je ne trouve pas juste ce que dit E. Gebhardt dans son travail Les historiens florentins de la Renaissance et les commencements de Véconomie politique et sociale (Acad. des sciences mer. et polit., 1875) sur la part faite aux problèmes économiques par Machivel et Guichardin. Sans doute ils ont parlé, à l'occasion, dans leurs ouvrages, du système des impôts. Mais ils n'ont pas traité d'une manière tant soit peu satisfaisante la politique financière de la ville, et n'ont point porté leur attention sur des questions économiques générales.

Rapports avec l'historiographie humaniste. — Entre la nouvelle historiographie politique de Florence et l'historiographie humaniste, d n'y avait pas opposition de principes. La première poursuivait si peu des intérêts littéraires et était tellement dominée parles besoins pratiques du moment, qu'elle ne s'occupait guère de la théorie du genre. Elle ne s'écartait donc de la seconde qu'autant que le lui commandaient les tendances nouvelles qu'elle suivait.

Pour tout le reste, elle demeura fidèle à la forme classique. Elle garda des habitudes de l'historiographie rhétoricienne qui n'étaient pas en harmonie avec sa notion réaliste de la politique. Un seul

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ouvrage s'esl complètement émancipé «les règles de l'école de Bruni: l'Histoire florentine de Guichardin. Mais l'auteur même de ce travail qui montre l'historiographie florentine pour ainsi dire à l'état de libre culture, retomba en partie dans les anciennes ornières lorsqu'il écrivit plus tard en vue de la publicité. Des hommes de moindre valeur, comme Segni, firent dès le début de plus grandes concessions. C'est justement parce qu'ils attachaient peu d'importance au style et à la composition que les historiens florentins ne rompirent pas avec la forme humaniste.

Ainsi ils conservèrent généralement la narration par annales, ainsi que l'usage d'intercaler des discours. Ils n'étendirent pas considérablement le terrain de l'histoire. Ils n'ouvrirent pas de sources d'un nouveau genre. Les grands Florentins eux-mêmes ne firent des recherches dans les archives que quand les sources littéraires leur faisaient défaut; même pour l'histoire contemporaine ils consultaient de préférence des compositions historiques antérieures, bien qu'ayant accès à des matériaux de première main. Pour les temps reculés, ils sont plutôt inférieurs à des historiens érudits comme Blondus et Calchi ; ils n'ont jamais songé à recourir comme eux aux documents originaux.

Sous un seul rapport, les historiens politiques de Florence (sauf une exception insignifiante) furent infidèles aux prescriptions des humanistes : savoir l'emploi de la langue nationale. Cette innovation ne fut pas entièrement volontaire. La plupart n'avaient pas une culture humaniste assez profonde ou assez exclusive pour satisfaire dans leur style latin aux exigences des puristes (Vettori le déclare expressément dans l'Epistola mise en tête de son Sommario, Arch. Stor. it., App. VI, 283 s.).

Il est aisé de voir le profit que l'historiographie tira de cette contrainte. Que l'on songe seulement aux sacrifices de précision que la poursuite d'une latinité classique imposa à un écrivain réaliste tel que Simonetta.

Une chose prouve que ce fut le manque de culture, de temps aussi peut-être, et non un effort voulu d'exposition populaire, qui détermina l'emploi de la langue maternelle : c'est que les Florentins ne firent d'autre part aucune concession à la popularité. Ils n'abandonnèrent pas la forme humaniste au bénéfice du style des chroniques,

et, SOUS son vêtement moderne, ils rapprochèrent autant que possible leur langage de la dignité de la prose antique. Quand des réflexions politiques ne demandaient pas une langue sobre et réaliste, leur idéal de style appartenait autant que celui des humanistes à un art aristocratique.

B, — Machiavel. *

Le célèbre théoricien politique et écrivain Niccolô Machiavelu (né 1469 à Florence, de 1498 à 1512 secrétaire de la Seigneurie et des X di liberté e face, mort à Florence 1527) a écrit en fait d'histoires :

1° yUa di Castruccio Castraccani (1281-1328) composée à Lacques 1520. Première édition 1532 à Rome. La meilleure dans les Opère, édition Passerini e Milanesi, II (1874). — Littérature. La dépendance de cette Vita de Diodore et de Diogène Laërce a été démontrée par C. Triantafillis, SM//a vitadi C. C {Arch Venit., X, p. 1 [1875]). La meilleure appréciation : P. Villari N. M. Ill (1897). — Poiidori, Esame critico délia vita di C. C. dans les Opère minori de Machiavel (1852).

2« Istorie florentine, huit livres : le premier donne un aperçu de l'histoire générale d'Italie depuis l'invasion des Barbares jusque vers 1434, les autres traitent l'histoire de la ville de Florence jusqu'à 1492, année de la mort de Laurent de Médicis. Depuis le livre IV (1420) la naration est plus détaillée et embrasse aussi les événements étrangers. Les Frammenti storici qui passaient pour être des esquisses d'un neuvième livre ne sont que des études pour des Decennali en prose (Gerber, p. 18). Machiavel reçut en novembre 1520 de l'université de Florence, qui avait alors à sa tête, en sa qualité d'archevêque, le cardinal de Médicis (plus tard le pape Clément VII) la mission d'écrire l'histoire de la ville. Ce fut sans doute à l'instigation du cardinal, à qui l'ouvrage fut plus tard dédié. Sur sa demande Machiavel fut libre de choisir l'année par laquelle il commencerait (Villari, III, 122 s.). Les huit livres prêts furent remis au pape Clément VII en 1525. 1"= édition, Florence 1532 ; autres très nombreuses. La meilleure dans les Opère, éd. Fanfani, Passerini et Milanesi, I et II (1873-74). Le deuxième volume de cette édition, outre les esquisses pour le neuvième livre, contient aussi les fragments d'une rédaction antérieure des huit premiers ; et sous un titre erroné, p. 217 ss., un extrait que Machiavel avait fait d'une chronique latine des années 1464 à 1501 (Villari, III, 287 et Fiorini dans la préface de son édition). Une édition corrigée de cette version a été donnée par F. Carli : Labbozzo aiUografo frammentario délie « Stor. fior. » di N. M. {Annali délia R. Scuola norm. super, di Pisa V, 21 [1907]. Cf. du même : Contributo aglistudi sul testo délie Storie florentine di IV. M. : i manoscritti e le due prime edizioni [Memorie délia R. Accademia dei Lincci anno 306, sér. V, vol. XIV fasc. 1 [1909]) et 0. Tommasini, me. Mach. Il, P. H (1911), p. 1128-1139. — Cf. aussi Adolf Gerber, N. M. Die Handachriften, Ansgaben und Uebersetzungen seiner Werke im 16. und 17. Jahrhundert, 3 Teile 1912-13.

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La LiTTÉRATURK sur Machiavel historien est très peu abondante. L'homme d'État cl le penseur politique a tellement absorbe l'attention dès le début que l'historien en a presque été oublié. Cervinus déjà en était frappé (H/s<. Schriftcn, 1833, p. 86) : mais il est tombé à son tour dans le même défaut, en consacrant plus de la moitié de son examen aux œuvres non historiques. Il n'en a pas moins, le premier, tenté de montrer l'importance pour l'historiographie de l'Histoire florentine. Pour la première fois l'auteur est comparé à ses prédécesseurs et à ses contemporains et sa place bien fixée dans l'histoire de l'historiographie. Les paroles adressées, p. 165 s. à unsere Historiker philologischer und antiquarischer Schiile. savoir que Machiavclh Behandlimgsart des ersten Bûches \ jedern von unendlichem Werte diinken xverde, der aus dem Gang der Historio- i graphie ùberhaupt loisse,... welch ein Abstand zwischen der annalistischen. Erâhlung der Chronisten, der rhetorischen der Lateiner, der pragmatischen | der Diplomatcn and Memorienschreiber und zwischen der wissenschafttlich philosophischen des Machiavelli ist' : voilà la première caractéristique de valeur qui ait été faite de Machiavel historien. Si elle s'est trouvée quand même insuffisante, cela tient à ce que Gervinus n'a pas accordé assez d'attention aux sources de l'histoire florentine et à la position de Macliiavel vis-à-vis d'elles. Il ne faisait ces recherches qu'à l'occasion et sans méthode : il s'ensuivit qu'un fait aussi important que la dépendance du premier livre à l'égard de lîlondus lui échappa complètement ; ce défaut nest pas compensé par quelques jolies découvertes, comme la preuve que Machiavel avait utilisé la chronique de Cavalcanti (voir p. 67). C'est ici surtout que s'exercèrent les recherches de Villari (xV. M., 2" éd., 1895-97, 3«19I2). Laquestiondes sources peut dès lors passer pour résolue. Mais pour le reste aussi les explications de Yillari sont ce que nous avons de meilleur sur les œuvres historiques de Machiavel. Sur un seul point, ce critique, et Gervinus plus encore, ont été dépassés. Villari et après lui R. Fester dans son livre suggestif sur Machiavel (p. 179 ss.. 1900) partaient encore de l'idée que l'auteur de l'Histoire florentine y exposait systématiquement certains principes politiques : V. Fiorini. dans la préface de son édition malheureusement inachevée de l'Ist. fior. (1907) a pour la première fois insisté sur le caractère ambigu de l'œuvre et montré combien peu l'exécution répond à l'intention; selon lui les critiques ont souvent parlé d'une histoire florentine non telle que Machiavel l'a écrite, mais telle qu'il aurait pu l'écrire. — C'est un but apologétique contre Fiorini et Villori que poursuit 0. ïommasini. qui traite de Niccolà Machiavelli storico au ii'-' chapitre du quatrième livre (p. 425 à 560) de son ouvrage, La nia c gli scritti di N. M H (1911). — M. Bitter parle également de Machiavel historien dans la troisième de ses Studien zur Entwicklung der Geschichtswissenschaft ('dans Historische Zeitschrift 109 [1912], 255 ss.) ; mais il me semble avoir modernisé plus que

1. A nos historiens de l'école philologique et archéologique; la manière do Machiavel dans le premier livre paraîtra d'une valeur immense à quiconque sait par la marche de l'historiographie quelle différence il y a entre l'annatistique des chroniqueurs, la rhétorique des Latins, le pragmatisme des diplomates et (les mémorialistes, et la philosophie scientifique de Machiavel.

de raison les idées de Machiavel. — C est presque exclusivement du théoricien de l'histoire et pas du tout de l'historien que traite le petit livre, très utile d'ailleurs, de Edward Wilhelm Mayer, Machiavellis Geschichts auffassung and sein Begriff virtù, dans Studien zur Historik der Renaissance 1912 [Hisiorische Bibliothek, 31).

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