‹ Histoire de l'historiographie moderneChapitre 37 sur 341 · PAUL JOVE Q · texte numérisé non relu

PAUL JOVE Q

qu'en qualité de reporter et de médecin. Il était capable d'écrire sur toutes choses; il n'en connaissait aucune, hors les questions de style latin, qu'il jugeait en homme du métier.

Mais il avait le flair du journaliste. 11 reconnut les besoins des temps nouveaux avant que les masses n'en eussent conscience. Le premier parmi les historiens de valeur, il comprit que les histoires locales avaient fait leur temps. Il met sur le même pied tous les peuples qui comptaient dans la politique européenne : les Etats chrétiens, les Turcs, les souverainetés des Pirates de l'Afrique septentrionale. Dans ses Éloges figurent indistinctement à peu près tous les personnages appartenant à l'actualité, Savonarole comme le cardinal Bibbiena, Mélanchton aussi bien que l'Arioste, des corsaires, des princes légitimes et des condottieri. Il n'oublia pas que les relations sur les nouvelles populations de l'Amérique avaient éveillé l'intérêt ethnographique (voir notre livre III, sect. B) et comme Bembo (qui intercala même dans son Histoire vénitienne un rapport sur les mœurs des Indes Occidentales), il introduisit dans l'histoire des peuples des digressions sur l'histoire de la civilisation.

Tout cela sans doute n'est qu'indiqué ; rien n'est développé. La conception européenne de l'histoire consistait surtout en ce que Jove n'avait pas de jugement politique et écrivait tantôt dans un sens, tantôt dans un autre, selon son caprice et son salaire : ce n'était pas la pénétration de l'enchaînement international des événements. Les chapitres ethnographiques ne sont que des trompe-l'œil. Il eut l'heureuse idée d'orner ses biographies de portraits authentiques et ses Éloges sont les premiers ouvrages historiques qui l'aient fait, mais il gâta lui-même l'affaire en entremêlant ses images véridiques d'inventions fantastiques.

L'exemple de Jove ne manqua pas de faire école. Ses successeurs, il est vrai, n'ont pu extorquer dans la même mesure. L'activité de Jove, cotnme celle de l'Arétin, esprit de même acabit, supposait la liberté de la presse presque absolue dont jouissait l'Italie dans la première moitié du xvi« siècle et sans laquelle ni un Machiavel ni un Guichardin n'eût été possible. La contre-réformation et l'absolutisme ont bientôt mis fin à ce régime. L'exercice du métier de journaliste au jour le jour dans l'historiographie n'en trouva pas moins des continuateurs, et l'instigation de Jove ne fut pas stérile. L'histoire de de Thou

FUETER. K

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doit à l'œuvre de Jovc, à laquelle elle se raliache directement, son plan universaliste. Les Éloges illustrés ont fait plus d'effet encore. De nombreuses imitations en ont paru encore au xvi"^ siècle.

Comme historien universel, Jove n'eut parmi les humanistes qu'un seul prédécesseur, et ce ne fut sans doute pas un effet du hasard, que ce prédécesseur vécût également à Rome et fût au service des papes. Cétait Sigismondodei Conti do Foligno. (Né vers 1440, secrétaire de différents papes depuis Sixte IV à .Iules II, mort en 1512 ; il a composé Historié s«J/emports (1475 à 1510), l'«édit., avec traduction italienne 1883.) Il n'y a de remarquable chez ce précurseur que son plan d histoire générale.

m. — La nouvelle historiographie POLrriQUE a Florence

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