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GUICHARDIN

tion donnée, pourraient avoir été les plus opportunes. Il distingue entre le personnage et l'institution. 11 n'était pas très bien disposé pour les Médicis. Il n'en a pas moins pu faire un portrait aussi important et aussi vrai de Laurent de Médicis que s'il s'était agi d'une famille ne vivant depuis longtemps que dans Ihistoirc (Chap. ix). Esprit plus vaste que Machiavel, il fit entrer des mesures financières dans le cercle de ses observations (projets d'impôts, comme la Décima scalata, p'. 221 s., chap. xxi), peut-être parce que sa situation économique était plus favorable que celle de l'auteur du Principe. Il faisait une distinction entre la gloire littéraire et les fonctions politiques. Bernardo Rucellai était arrivé par ses études humanistes à la réputation usurpée d'un grand homme d'État. Cela n'empêche pas Guichardin de le juger très froidement, pas mieux que nous ne jugeons nous-même l'œuvre historique de cet humaniste. (Cf. plus bas, p. 97 s.)

Sa partialité. — Mais comme son jugement est partial !

Guichardin connaissait la politique médiocre et les politiciens médiocres comme pas un. Il ne connaissait pas autre chose. Il avait un peu plus de tenue que la plupart, mais son égoïsme politique était aussi complet. Des mobiles idéaux, le patriotisme, l'abnégation religieuse, cela n'existe pas pour lui. Il n'a qu'un but : disposer les conditions politiques de façon qu'elles soient autant que possible favorables à sa famille et peut-être à son parti. Mais il eut le tort de juger tous les autres hommes d'après lui. La grosse dot que devait avoir la fille de Pierre de Médicis aurait, pense-t-il (p. 373, chap. xxxii) gagné tous les jeunes gens, si des raisons politiques ne s'étaient mises à la traverse. Ce raisonnement pouvait s appliquer à bien des cas. Mais pas à tous. Un personnage comme Savonarole le trouve désemparé. Certes, n'ayant pas, ici encore, de théorie préconçue, il ne contestera pas en principe que le frate n ait pu être un grand prophète, d'autant plus que rien absolument ne permet de lui attribuer des intentions basses. Mais il n'exclut pas la possibilité que le dominicain ait été un politique raffiné. On aurait affaire alors à un uomo grandissimo ; car il fallait être tel pour simuler si longtemps sans se faire prendre (p. 181, chap. xvii).

L'intrigue et le calcul sont à la source de tous les événements

politiques. Le tumulte des Ciompi a son origine dans une intrigue des Otto délia guerra (p. 3, chap. i). 11 ne croit au désintéressement que quand il est absolument démontré, et encore conscrvet-il ses doutes. Le désintéressement politique surtout est incompréhensible pour lui. 11 était si exclusivement absorbé par les ambitions politiques qu il ne conçoit pas qu'à Pistoïa, après la soumission de la ville aux P'iorentins, les vieilles querelles de familles durent encore — non oslante che, avendo perduta la amministrazione délia città, fussi in gran parte cessata la materia per la quale gli uomini sogliono contendere (p. 231, chap. xxii).

Dans son ouvrage de jeunesse, Guichardin juge encore tout à fait en Florentin. Il parle bien de l'influence des affaires étrangères sur les destinées intérieures de la ville, mais il ne les traite pas pour elles-mêmes. Il n'a compris que plus tard que l'histoire de Florence ne pouvait être exposée que comme une partie de l'histoire générale de l'Italie ; et cette vue lui vint sans doute principalement de son activité politique hors de son pays. Quelques remarques isolées annoncent seules le pessimisme de l'ouvrage ultérieur. Cf. p. 303 s., chap. xxvii, où sont mis sciemment en regard la pemersité et le bonheur démesuré du pape Alexandre VI.

lu Histoire florentine est pour l'essentiel puisée dans la tradition ; cependant Guichardin alors déjà a consulté les Actes. (Villari, N. Mach.,\, p- 390, n. 1.)

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