‹ Histoire de l'historiographie moderneChapitre 44 sur 341 · L'Histoire florentine · texte numérisé non relu

L'Histoire florentine

Rapports avec l'historiographie humaniste. — L'œuvre de jeunesse de Guichardin met déjà tous ces mérites en pleine lumière. VHistoire florentine n'ouvre pas seulement, par l'époque de sa composition, la série des ouvrages historiques florentins ; elle vient en tête par sa valeur intrinsèque. Dans aucun autre ouvrage les nouvelles tendances historiographiques n'ont trouvé une expression

!^8 HISTOIRE DR l'hISTORIOGRAPHIE MODERNE

aussi nette. Nulle part — pas même chez Machiavel — la rupture avec la forme humaniste n'a été plus radicale. A part l'ordre chronologique, qu'imposait la matière même, rien ne rappelle l'école de Brimi. Pas dinlroductions artistement travaillées, pas plus que de discours. Guichardin rapporte en discours indirect les arguments allégués de part et d'autre dans les discussions publiques. Les livres informes sont remplacés par des chapitres concis.

Guichardin ne retombe pas pour tout autant dans le ton de la chronique romanesque. Son exposition évite les détails inutiles, sa langue est précise et sobre. Il emploie à l'occasion des expressions de la vie ordinaire, qui disparaîtront plus tard, dans la Storia dltalia, devant le style plus classique de la vieillesse : dans le passage parallèle du premier livre de la Storia, par exemple, on ne lira plus que le roi Ferdinand voile che queste terre (d'Orsini) fussino un osso in gala al papa (p. 99, chap. x).

Avec V Histoire florentine commence l'historiographie analysante moderne, le raisonnement politique dans l'histoire. On ne peut guère comparer ce livre qu avec les Mémoires de Commines. Pas plus que ce dernier l'auteur ne tient compte des conventions littéraires. Il met toujours le fond au-dessus de la forme. Peut-être pour les mêmes raisons que l'autre. Avant tout, parce que son travail n'était pas destiné à la publication.

C'est pour sa propre instruction qu'il le composa. Il avait coutume de traiter par écrit les sujets sur lesquels il tenait à être au clair. (Cf. les Soliloques Opère inédite, X; puis les Ricordi et les observations sur les Discorsi de Machiavel, ihid., I). En tout cas, plus tard, en s'adrcssant au public il a fait à la forme humaniste le sacrifice d'une bonne partie de son indépendance (voir plus bas, p. 92 ss.).

L'attitude politique. — Guichardin n'est pas sans préventions. Il écrit du point de vue des Grands et son jugement sur les démocrates est inspiré par l'idée que seuls les membres des vieilles familles possédantes s'entendent au gouvernement. Mais il n'écrit pas au service ou dans l'intérêt d'un parti. Il veut instruii-e, non convertir, ni influencer. Il ne se préoccupe pas du droit abstrait des principes. Il ne vise qu'à appendre quelles mesures, dans une situa-

Page 1