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PETRARQUE

Ce n'était en fin de compte qu'un détail extérieur ; pas complètement inoffensif cependant. Il y a une étroite affinité entre l'habitude de Pétrarque de désigner des objets antiques par des termes auxquels ses contemporains attachaient de tout autres idées ou n'en attachaient aucune, et la manie des puristes postérieurs, qui s'efforçaient de désigner des choses modernes par des équivalents antiques.

En revanche, Pétrarque est tout à fait indépendant dans la com- ' position de ses biographies. Il ne s'attache pour cela à aucun modèle j antique. Il estimait Suétone, mais ne le suivait pas ; quant à Cornélius Nepos, il ne le connaissait pas encore.

Pétrarque et les sources. — Avec lui, la critique des sources fit ' un progrès décisif. Pétrarque n'avait pas de dispositions pour la critique. Mais ses efforts pour préserver de toute souillure moderne son État romain idéal l'amena à distinguer suffisamment les sources pour s'appuyer exclusivement sur des auteurs anciens et bannir résolument de l'histoire ancienne les inventions fabuleuses du i moyen âge. Pour la biographie d Alexandre le Grand, il ne fit aucune concession à la légende d'Alexandre et n'accueillit que les relations de témoins anciens (latins). Mais quels témoins! A côté de Justin, avant tout Quinte-Curce, qu'il prenait tout à fait au sérieux et dont le style lui inspirait une grande admiration. 'Voici comment il procédait. Dès qu'une source était antique, il l'utilisait, sans exa- ' miner si elle était digne de fui ; à moins qu il n'y eût des invraisem^^ blances trop grossières, parmi lesquelles il rangeait surtout les prodiges anciens (Kirner, p. 74). Il ne faisait pas de différence entre les auteurs d'époques différentes et ne s'informait pas de leur tendance. Dans sa biographie de César, il suivait sans hésiter les Commentaires et ne se demandait pas si César (ou le Celsus supposé dépendant de lui) n'avait peut-être pas mis quelque partiahté dans la couleur du récit. D'un autre côté, il cherchait à mettre en œuvre tout ce qu'il trouvait de documents^antiques, même les rares sources non littéraires dont on disposait alors, et pour sa vie de César il fit quelques emprunts aux lettres de Cicéron. A l'exception de Cornélius Nepos et deVelleius Paterculus, il connaissait déjà tous les historiens romains qui nous ont été conservés pour la période qu'il traitait (quant aux auteurs postérieurs, il lui manquait avant tout Tacite).

Les Res memorandse — L'autre ouvrage historique de Pétrarque, le Rerum memorandarum libri IV, n'appartient guère à l'historiographie. Ici ce n'est plus le patriote, c'est le moraliste qui parle. En cette qualité, il fait preuve d'indépendance. Dans les Viri illustres déjà il s'écartait volontiers des sources romaines en ce qui touchait la philosophie de la vie. Mais nous n'avons pas à nous occuper ici des principes éthiques soutenus par Pétrarque dans son recueil de cas intéressants pour la morale et la philosophie. Remarquons seulement que la plupart des anecdotes sont empruntées à l'histoire ancienne, un petit nombre sont des Recentiores. La fiction de l'ancienne Rome est maintenue ici encore : tout comme chez Valère Maxime, les anciens Grecs figurent comme Externi. Au reste, ni le plan ni l'exécution ne montrent vis-à-vis de la littérature de l'antiquité ou du moyen âge la même originalité que les Viri illustres.

Pétrarque novateur. — Malgré ses faiblesses, l'activité historique de Pétrarque marque le début d'une nouvelle ère dans l'his-

•Toriographie. Pour la première fois depuis longtemps l'histoire n'était plus écrite sur commande d'une autorité, ni d'après les vues d'une

^classe ou avec l'appui d'un système théologique. Un laïque indépendant (Pétrarque l'était comme écrivain) traitait l'histoire d'après sa conception personnelle. Le fait que la personnalité qui l'entreprenait était peu qualifiée pour l'histoire ne diminue en rien la valeur de cette innovation. Les fondations étaient posées : l'historiographie humaniste de l'Italie n'avait qu'à bâtir.

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