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PETRARQUE

Littérature. — Ce que nous avons de meilleur sur les Viri illustres est dans P. de Nolhac, Pétrarque et l'humanisme, 2*^ édit. 1907 (le chapitre : Pétrarque et les historiens romains). On peut comparer encore sur les fier. memor. G. Kôrting Petrarcas Leben und Werke [Geschichte der Literatur Italiens im Zeitalter der Renaissance I, 1878) 592 à 614; toutefois, son exposé ainsi que celui de L. Geiger {Petrarca 1874, p. 78 ss.) sont dépassés en grande partie par de Nolhac. Korting est attaqué aussi par G. Kirner Sulle opère storiche di F. P. 1889 ; A. Viertel, P. De V. ill. 1900.

Pétrarque et l'histoire romaine. — Ce n'est pas un intérêt scientifique qui amena Pétrarque à l'histoire : ce sont les aspirations de son patriotisme utopique vers l'unité iti^ienne, vers le rétablissement de l'ancien empire romain. Et il ne composa d'abord ses écrits historiques que pour lui-même, pressé par ses malheurs : il demandait au passé de le consoler du présent. De ce fils d'un exilé florentin, la vie avait fait un cosmopolite italien ; le solide appui d'une cité lui manquait. Comment la situation politique de son temps eût-elle pu donner satisfaction à son tempérament circonspect et méditatif? Un patriote italien comme lui ne pouvait s'accommoder de l'empire des Barbares. L'oubli des maux du présent (iniqui temporis oblimo), il ne pouvait le trouver que dans la contemplation de l'âge d'or, de cet idéal qui avait été réalisé, puisque son pays avait tenu le monde sous sa domination. Au milieu des déchirements politiques de l'Ita- 1 lie contemporaine, il se réfugia dans la glorieuse histoire de la Rome ; antique .

Il est toujours assez fâcheux pour un historien de se tourner vers le passé par la raison qu'il ne peut s'intéresser au présent. Comment comprendrait-il les luttes de jadis, s'il n'a pas les yeux ouverts sur les tâches du jour ? Une autre circonstance encore était désavantageuse pour Pétrarque : il était déconcerté non seulement par les problèmes historiques, mais par ceux de la psychologie individuelle. Il ne comprenait bien qu'un seul homme : c'était lui-même. Autant il montre de pénétration dans l'analyse de soi-même, autant il est incapable de comprendre des caractères étrangers, surtout des hommes d'action. Les sonnets à Laure dessinent l'amoureux avecj une finesse admirable ; les figures des Trionfi sont des abstractions. Si encore il avait peint des hommes de l'histoire romaine d un esprit apparenté au sien ! Il s'y refusa par des motifs patriotiques et s'attacha avec un exclusivisme voulu à des héros de la guerre et de

la politique. Rien d'étonnant à ce qu'il y échoue. Ses personnages manquent de vie. Quand il essaye de les caractériser, il reste empêtré dans une pi)raséologie vague : d'une personnalité aussi fortement marquée que celle d'un Caton le Censeur par exemple, il ne se fait pas une idée juste ; il l'appelle quelque part orator elegantissimus (Viri éd. Razzolini, I, 704). Il n'est pas plus heureux dans une caractéristique indirecte : il rassemble sans choix tout ce qu'il trouve sur son héros, même des anecdotes insignifiantes. Non content de s'en tenir au point de vue partial de Tile-Live, il va plus loin que son maître : il supprime sciemment (sciens sileo) des faits rapportés par celui-ci,, quand ils risquaient de défigurer son tableau idéal. C'est ainsi qu'il passe sous silence l'anecdote racontée (Ïite-Live XXXIX, 4:2, s.) sur^Quinctius Flaminius, ne unquam ad nolitiam hominumperveniret taie aliquid, non dicam a Romano duce sed a Romano cive commissum (I, 708, s.). Ce qu'a de théâtral ce style tant admiré ne le choque pas davantage. Il le prend pour guide, en grand comme dans les détails. Son culte pour le premier Scipion l'Africain (son héros favori, sur lequel il s'étend le plus, après César) repose sur une théorie de Tile-Live, qui, avec d'autres Romains de son temps, regardait la période des guerres puniques comme Tàge d'or de la République romaine.

Le style historique de Pétrarque. — Le mépris du présent et l'enthousiasme pour l'ancienne Rome ont influé à un autre point de vue (-encore sur les productions de Pétrarque. On sait que son désir de vivre au moins en esprit dans l'antiquité le poussa à écrire comme is'il y vivait réellement encore. Dans le De remediis utriusque forîunae I, 29, il s'exprime comme si les courses de chars elles luttes antiques étaient de son temps encore une coutume générale. Même procédé dans ses œuvres historiques. Il emploie les termes techniques de l'administration et de la guerre chez les Romains comme des expressions courantes, comme si le sens n'en avait pas changé depuis et que ses contemporains aient su ce qu'est un consul ou un tribun du peuple. Il n'aurait pu autrement garder sa pose d'ancien Romain. Une interprétation exacte de ces termes eût d'ailleurs exigé de longues et savantes études de droit public que Pétrarque n'avait ni les moyens ni l'envie d'entreprendre.

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