Paul-Emile
PAULUSvfiMiLiusde Vérone, humaniste, reçut vers 1499du roi Louis XII, qui le fit venir de Rome, la mission d'écrire l'histoire de la monarchie française. Il mourut avant d'avoir pu achever son œuvre, à Paris, 1529. Be rébus gestis Francorum, 11. X (jusqu'à 1488). Les quatre premiers livres (jusqu'à Philippe-Auguste) parurent d'abord à Paris 1516, les livres V et VI Paris 1519, les quatre autres 1539. Le dixième livre (Charles VI jusqu'à Charles VIII). d'après la préface, a été achevé par un certain Petrus Danesius (d'après Tiraboschi Daniello Zavarisi) . — Cf. Aug-. Thierry , Notes sur quatorze historiens antérieurs à Mézeray, dans Dix ans d'études historiques.
On n'a pour ainsi dire pas^traité jusqu'ici l'historiographie humaniste en France. Les lettres sur ihisloire de France d'Aug. Thierry (en volume 1820) n'ont de valeur que comme contribution à Ihistoire de l'école romantique libérale. Leur auteur n'a qu'un seul critère. la couleur locale; il juge les anciens historiens français à la mesure de Chateaubriand et de 'Walter Scott. En outre, il n'avait de la matière qu'une connaissance superficielle; il ne sait rien de Paul-Emile et comprend Du Haillan de travers. Ses esquisses dans Dix ans d'études historiques (dans les éditions postérieures) ont plus de valeur. — G. Monod, dans l'introduction au premier volume de la Revue historique (1876) ne traite, comme déjà l'indique le titre {Du progrès des études historiques en France depuis le XVP siècle), guère que le développement des recherches historiques; il .s'occupe peu de la manière d'écrire l'histoire.
La France jouit, comme l'Angleterre, de cet avantage, que sa première histoire nationale humaniste fut écrite par un étranger.
La tâche, pour un auteur de culture moderne, n'était pas facile. La dynastie et le peuple en France étaient tout autrement imbus de la vieille tradition historique que la race illégitime des ïudors ou les souverains de ce royaume d'Espagne qui venait seulement de se constituer. De plus, la légende légitimiste avait été peu auparavant
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(sous Louis XI ; cf. Molinier, Introduction aux Sources de l'histoire de France, V [1904] | 204 p. 142) recueillie dans les Grandes chroniques de France, et en 1492 Nicole Gilles, secrétaire de Louis XII, avait fait paraître un remaniement de cet ouvrage. Attaquer la tradition médiévale, c'était toucher à une narration approuvée par le gouvernement. Si malgré cela la Couronne laissa pleine liberté à son premier historiographe humaniste, il faut sans doute l'attribuer à l'autorité internationale prépondérante de la presse humaniste et au défaut d'auteurs indigènes cultivés.
Paul-Emile a donc pu sans scrupule appliquer à l'histoire de France les principes critiques de l'école de Bruni. Il ne mentionne l'origine troyenne des Francs que comme assertion émise par les Français. Il écarte complètement de son récit l'histoire de la mort de Roland, et passe même sous silence la légende de la sainte ampoule apportée par une colombe au baptême de Glovis. Il supprime en général les histoires de miracles, ou tout au moins y ajoute une explication rationaliste jugée vraisemblable.
Cette application de la méthode humaniste à un sujet nouveau est son principal mérite; car son œuvre n'offre rien de remarquable. C'est par l'art de la narration seulement qu'il est supérieur aux autres humanistes. Ses tableaux sont pour la plupart librement imasrinés, mais ils ont de l'élan et de la vie; dans les nombreux discours, on trouve, à côté des lieux communs d'usage, de jolies idées historiques. Les contemporains n'avaient pas tort en plaçant k l'occasion ce Tite-Live gaulois au-dessus de son modèle romain» Et puis son ouvrage est une histoire du pays et pas seulement de la dynastie; la division en livres, chez lui aussi, est restée sans influence sur la répartition de la matière, mais au moins celle-ci n'est pas divisée d'après les souverains régnants. C'est dans les observations sur l^ Curie que se fait le plus sentir la position officielle de l'auteur; elles reflètent évidemment le point de vue gallican du gouvernement français.
Un Français, le conseiller au Parlement Ferronus (.\rnouI le Ferron ou Féron), de Bordeaux (1515 à 1563), continua l'ouvrage d'yEmilius jusqu'à la mort de François 1°''. (De rébus gestis Gallorum, II. IX, Paris 1550). Son travail est une relation intelligente et indépendante; il ne faut pas y chercher la profondeur, moins encore que chez /Emilius. A propos de détails et d'anecdotes, il fait preuve souvent d'un scepticisme judi-
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cicux : il aime à confronter deux récits, l'un français, l'autre étranger, sans décider entre eux.
Vis-à-vis des disputes religieuses, il garde aussi son jugement calme et indépendant. C'est un Erasmien, comme beaucoup de gens cultivés d'alors. Il repousse résolument la politique d'un Léon X, mais ne désespère pas de voir les Protestants, renonçant à quelques-unes de leurs exigences extrèmeS, faire finalement leur paix avec la Papauté (f. 1 13 b.). Il représente bien la vieille noblesse de robe, indépendante, fermement attachée à l'ordre et au droit, et d'opinion gallicane. Il accorde à l'histoire du Parlement et du droit plus d'attention que ne le faisaient d'habitude les livres d'histoire humanistes.
Paul-Emile, d'ailleurs, ne fut pas le premier humaniste qui écrivit une histoire de France. .-Xvant la sienne avait paru déjà (1495) ie Compendiam de origine et gcstis Francorum de Robert Gaguin. Ce moine français maniait très convenablement le nouveau style latin et faisait des réserves sur maintes fables des Chroniques; mais il suivait trop étroitement la disposition des Grandes Chroniques et sa critique était trop timide pour qu'on puisse mettre son ouvrage au nombre des histoires humanistes proprement dites. — Sur Gaguin (1433 à 1501), cf. surtout L. Thuasne, Roberti Gaguini epistolx et orationes (1904).