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LES ANNALISTES (OV IIAILLAN

le cadre d'Aemilius, qu'il traduisit souvent mot pour mot. Mais il inséra beaucoup de fables des Grandes Chroniques, de Gaguin, etc., força la couleur patriotique et abrégea les chapitres d'histoire étrangère. La vieille foi naïve, sans doute, avait disparu. Du Haillan répète l'histoire de la sainte ampoule et celle des exploits de Roland ; mais il fait la remarque que Grégoire de Tours ne sait rien du sacre de Glovis (p. 35), que la chronique de Turpin est peut-être un faux et quelle est pleine de fables (p. 16o). La façon dont il parle de la loi salique fait exception. Il osa le premier contredire la conception dynastique traditionnelle, après que Jean du Tillet (mort à Paris 1570 étant évêque de Meaux) dans ses Tablettes chronologiques {Chronicon de regibus Francorum, Paris 1548) eut fait décréter par Pharamond la loi salique dans la troisième année de son règne (422).

La forme aussi devenait plus vulgaire. L'élégance raffinée du modèle s'épaissit, l'unité artistique est détruite. Ce que Paul-Émile ne fait qu'indiquer, le Français l'étalé. A la place des sentences latines, il met de plates et béates réflexions. Pour varier, il insère entre les sections faites par ses devanciers des renseignements sur l'histoire de l'Église et du droit, sans établir le moindre rapport entre eux et la narration. Il cherche en tout cas à garder les apparences d'un homme cultivé. Pour un public qui n'était pas totalement étranger à l'humanisme, il se soumet aux exigences classiques, insérant par exemple des tournois d'éloquence, — la plupart exercices de longue haleine, mais vides. De ce nombre est, dès le début de l'ouvrage, le trop fameux débat entre les Francs Charamond et Quadrek sur cette question : Les Francs doivent-ils établir une constitution monarchique ou aristocratique ? — débat qui est censé avoir eu lieu avant l'élection du roi Pharamond en 420, 426 ou 427.

Il faut admirer comment Du Haillan a nationalisé son sujet. Paul- Emile n'avait pas d'attache intime avec l'histoire de France. Il savait narrer vivement ; mais il ne pouvait se dérober au scepticisme italien. A travers les feuillets de l'ouvrage français souffle un esprit d'héroïque bravoure. Les héros de Du Haillan seraient à leur place dans un roman ; mais il épouse leurs sentiments chevaleresques. Où l'Italien ne fait que tourner des. phrases d'éloges compassées, le Français fait sentir le ton chaud du patriotisme.

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Malgré ces concessions à la tradition, quelques auteurs patriotes trouvèrent que la critique de Du Haillan allait trop loin. Trois ans après, François de Bellekorest (né 1530 à Coniminges, mort 1583 à Paris), nommé 1568 historiographe du roi, lui opposa son A'aste ouvrage: Grandes Annales et Histoire générale de France (de Pharamond à Henri III, Paris 1579). Cependant Du Haillan n'était pas le seul contre qui bataillât l'auteur (qui avait réédité 1573 les Annales de Gilles). Sa polémique s'adressait plus encore à François Hotman (mort 1590), qui avait dans sa Franco-Gallia (1574) pris fait et cause pour la royauté élective et la souveraineté des États. Belleforest n'avait pas tout à fait tort d'apercevoir dans la fable de l'élection de Pharamond une attaque contre la royauté absolue. — Son oeuvre ne représentait donc pas un progrès, mais une réaction de plus vis-à-vis de Paul-Émile : le manque de critique n'était pas compensé par les matériaux nouveaux quapportait à l'histoirede France unauteurversédans la littérature espagnole et italienne.

Les connaissances historiques ne devaient pas être enrichies non plus par l'histoire vivement écrite, par endroits légèrement teintée de protestantisme, du huguenot Jean de Serres. Né vers 1540 près Villeneuve de Berg, mort 1598 à Orange, Jean de Serres publia 1597 à Paris un Inventaire général de Phistoire de France depuis Pharamond jusques à présent, qu'il ne continua d'ailleurs quejusquà 1422. Il écrivit en outre Commenfara de s<a/« religionis et républicae in regno Galliae (1557 à 1570), d'abord pub. 1570 ou 1571, en français aussi comme Mémoires; continué plus tard ; désigné par l'auteur lui-même comme continuation de Du Bellay (voir ci-dessous), en réalité se rattachant à Sleidan (voir p. 246 ss.). Cf. Ch.Dardier dans la Revue hist. XXII, 291 ss. et XXIII, 28 ss. (1883). L'auteur se contenta de populariser encore les ouvrages de Paul-Émile et de Du Haillan; il manquait de critique encore plus qu'eux.

Moins critique encore, bien qu'un peu plus savant, fut Scipion Dupleix. historiographe royal, né 1569 à Condom, mort 1661, qui fut poussé par liichelieu à écrire son Histoire générale de France (jusqu'à 1643 et plus tard 1648; 1-^^ édit. Paris 1621 à 1643).

Son ouvrage devait être la contre-partie catholique de l'histoire de Jean de Serres. Un exemple de son manque de critique, c'est que lui et Charron {Histoire universelle 1621) sont les seuls historiens français qui aient cru aux faux d'AnniusdeViterbe (voir p. 165). — Cf. E. Bourgeois et L.Andrédans \esSourcesde l'Histoire de France , xvii'^siècle, 1(1913), 281-285.

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