Mézeray
François Eudes appelé de Mézeray, né 1610 près Argentan en Normandie, vécut comme publiciste à Paris; 1649 membre de l'Académie française: mort 1683. Il écrivit une Histoire de France [jusqu'à la mort d'Henri IV. Paris 1643 à 1651), qu'il résuma lui-même plus tard dans V Abrégé chronologique de l'histoire de France (Paris 1668). — Cf. Sainte- Beuve, Causeries du lundi VIII (1854); E. Bourgeois et L. André dans les Sources de V Histoire de France 111, 1 (19Î3), 298-302.
C'est Mézeray qui marqua un vrai progrès sur Paul-Émile.
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Il était aussi conséquent et aussi honnête que l'humaniste itaHen ; il avait en plus cet avantage, qu'il pouvait profiter d'un siècle de recherches archéologiques, et des facilités offertes par l'histoire ecclésiastique et l'ethnographie. D'un côté, sa critique pénétra plus avant (il doutait de l'existence de Pharamond, et n'admettait pas d'emblée tous les récits des Anciens) ; de l'autre, il élargit le cercle de la matière historique. Il consacre, à intervalles réguliers, des chapitres spéciaux à l'histoire de l'Église, à celle des mœurs et coutumes ; il croit pouvoir rapporter maintes particuliartés des temps mérovingiens au caractère national des Germains. On lui a reproché de s'en être tenu trop souvent à des sources secondaires. C'est à tort ; on devrait plutôt relever qu'il employa et popularisa les récentes recherches avec une saine critique.
Mézeray est le premier historien français national qui possède un jugement politique indépendant. II n'est nullement impartial. Il est j adhérent du parti politique; il se fait l'organe de la bourgeoisie, qui désire un État bien ordonné et administré avec justice ; il est pénétré des idées gallicanes. Il n'est croyant que ce qu'il fallait alors pour être honnête homme. Mais il n'altère ni ne fausse rien, garde toujours son bon sens, et exprime hardiment ses opinions. Les recherches modernes sont revenues sur bien des points à sa sobre appréciation.
Dans la forme, il dépend de l'humanisme — il insère, par exemple, des discours ; — mais il se distingue des humanistes de l'école de Bruni tout autant que Corneille et Racine diffèrent des poètes tragiques de la Renaissance italienne. L'ancienne école avait visé avant tout à une exposition brillante : Mézeray cherche à unir le vrai au beau {le vrai seul est aimable), se méfie des gestes théâtraux, elj garde son indépendance vis-à-vis des historiens anciens. Les branches gourmandes qu'avait fait pousser dans le style le culte de la forme chez les Italiens, sont émondées; les phrases sont simples ; plus d'inutiles digressions. Les sentences, souvent hardies, sont incorporées à l'ensemble. Mézeray ne se prive pas toujours d'une parure romanesque. Mais son analyse psychologique est plus profonde que celle des humanistes italiens et s'appuie sur une observation et une réflexion personnelles.
On conçoit que son œuvre ait passé longtemps en France pour la
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meilleure histoire du pays. Ajoutons que la situation politique changea rapidement. Bientôt, c'en était fait de l'indépendance de l'histoire. Mézeray arrivait juste avant la fermeture des portes. On s'aperçoit bien qu'il avait traversé l'époque de la Fronde, où la publicité politique avait joui d'une grande liberté. Ce n'est pas un hasard, que le produit le plus marquant de l'historiographie politique, dans la période classique de la littérature française, ait paru ava7it le règne de Louis XIV. Sous peu, les écrivains allaient perdre le droit d'émettre de libres jugements historiques. Mézeray lui-même se fit des affaires avec Colbert.