MÉMORIALISTES
l'Hist. de France). Mais il est bien moins habile. Il ne sort pas du genre des mémoires. La narration est verbeuse, la composition tout extérieure. En dépit du titre, on voit, plus encore que chez De Thou, l'histoire de France, et dans celle-ci la lutte des croyances, au premier plan. On peut faire à l'auteur un mérite moral d'avoir cherché à brider sa passion d'homme de parti ; mais l'intelligence historique n'y gagne rien. — Cf. S. Rocheblave, A. d'Aubigné, 1910 [Grands écriv. franc.).
ïl. — Mémorialistes
Les Mémoires ne rentrent pas, à vrai dire, dans l'histoire de l'historiographie. Quand on écrit les souvenirs de sa vie, on peut apporter une contribution à l'histoire, on n'écrit pas l'histoire. Mais on ne peut exposer le développement de l'historiographie française sans embrasser au moins une partie de la littérature des Mémoires : car ils sont plus qu'ailleurs en contact intime avec elle. L'histoire nationale de France est sortie de Mémoires, et ses œuvres, alors même que les auteurs ne voulaient être qu'historiens, ne se sont jamais dépouillées complètement du caractère de Mémoires. A peu près comme, selon l'opinion traditionnelle, l'opéra français est sorti du ballet et lui a toujours pour cette raison conservé une grande place. Dans d'autres pays. Mémoires et Histoire étaient généralement sépa-'' rés : en France, il n'y a jamais eu de distinction bien tranchée entre les deux genres. On aimait à draper les Mémoires en Histoires, et / dans les ouvrages d'histoire on admettait facilement des parties de Mémoires.
Ce genre mixte n'était pas une création des temps modernes. Il remontait en France à une tradition ancienne. On peut la faire commencer à Grégoire de Tours. Mais elle n'aurait vraisemblablement pas prolongé son action jusqu'au delà de la seconde moitié du XVI* siècle, si elle n'avait pas abouti à une œuvre qui renouvela la vieille forme d'une façon géniale. Sans l'impulsion donnée par "^ Commines, l'historiographie sérieuse des trois siècles suivants n'aurait peut-être pas cultivé avec tant d'empressement l'histoire contemporaine sous la forme mémorialiste. Des écrivains huma^ nistes même osèrent dès lors refuser l'obéissance aux prescriptions de l'école classique. Ils payaient bien dans quelques dehors leur tribut à l'humanisme. Mais sans y penser, ils tissaient leurs souvenirs en
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soi-disanls ouvrages d'iiistoire. Ce n'esl pas par un effet du hasard que la France non seulement est riche en Mémoires, mais possède en plus grand nombre que tout autre pays des exposés de l'histoire contemporaine qui sont issus de Mémoires.