‹ Histoire de l'historiographie moderneChapitre 95 sur 341 · Z)e Thou · texte numérisé non relu

Z)e Thou

Jacques-Auguste de Thou, latinisé en Thuanus, né 1553 à Paris, humaniste, d'abord théologien, puis juriste; Maître des requêtes, Conseiller d'État et 1595 Président à mortier, souvent employé à des missions diplomatiques, notamment par Henri IV; collabore à la rédaction de l'Édit de Nantes, se retire de plus en plus après 1610 des affaires publiques; mort 1617 à Paris. Son Historia sui temporis (1546 à 1607). conçue comme continuation de P. Jove (Cf. Dûntzer, p. 55), fut commencée en 1593; elle devait se terminer à la mort de Henri IV (1610), mais De Thou mourut avant d'avoir pu achever son œuvre. Continuée plus tard par d'autres. l'« édit. Paris et Orléans 1604 à 1620. Mise à l'index 1609. — Les Commentarii de vita sua (jusqu'à 1601), composés vers 1614, ne sont qu'en partie originaux; l'*^ éd., Orléans 1620.

Il existe sur de Thou divers mémoires de concours anciens: Phil.

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Ghasles, Discours sur la vie et les œuvres de J.-A. de Th. 1824 ; 11. DùnLzer J.-A. de Thous Lebens, Schriften und historische Kunst verglichen mit der der Alten 1837, et d'autres. — J. Rance, deTh., 1887 (ultramontain) ; H. Harrisse, Le Pr. de Th. et ses descendants, 1905.

Vhisfoire de son temps de de Thou appartient aux ouvrages sur l'histoire de France. Il est vrai que l'auteur, ainsi que Jove, conçut son œuvre comme histoire universelle et, ainsi que lui, accorde une grande attention môme aux événements du Nord de l'Afrique. Mais la France est pourtant au centre de l'exposition et de Thou a traité avec un amour particulier l'histoire intérieure de sa patrie.

Sur bien des points il suit étroitement Jove et exagère encore certains usages extérieurs de la rhétorique humaniste (il traduisait partout les noms de famille en latin, si bien qu'on fut obligé de publier en 1634 une Clavis historiae Thuaneœ). Mais il est loin de marcher en tout sur les traces du cupide journaliste. Il en diflère déjà parla forme de son ouvrage. Jove avait séparé la biographie de l'histoire. De Thou agença, extérieurement au moins, les matériaux des Historiae avec ceux des Éloges. Et puis il dédaigna le clinquant d'un style bon pour des articles de journaux, et s'attacha à une expression / simple et virile. Chose plus importante encore, il ouvrit comme historien de nouvelles voies. ïl n'écrivit plus en publiciste vénal, mais en homme d'État. Il chercha à joindre à l'universalité historique de son modèlele jugement politique réaliste de Guichardin (dont il fait un grand éloge).

II n'était pas aussi impartial que l'homme d'État florentin. 11 poussait à l'extrême les opinions gallicanes, et tandis qu'il prêle volon- ^ tiers aux Guise de méchants motifs, il traite visiblement les Protestants avec indulgence. Il n'étale pas sans intention les violences et les cruautés que le parti catholique commit contre les Huguenots. Son livre est au service d'une thèse : il veut prouver qu'il est dans '^ l'intérêt de la France de faire disparaître le schisme (scissura in ecclesia) par des instructions à l'amiable, et non par la violence. Mais il j sait compter avec la réalité et garde toujours son jugement calme d'homme d'État. Il est au courant de la situation, au moins en France, et possède une vue claire des possibilités du moment. Presque à l'égal de Guichardin, il exclut de son histoire les bavardages et les motifs sentimentaux.

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De Thou était un solide travailleur. Par la nature de son sujet, il ne pouvait s'appuyer sur des actes autant que le Florentin. Il combla tant bien que mal cette lacune. Il se fit envoyer par des auteurs sûrs des rapports de l'étranger, s'attacha de préférence à des exposés faits d'après des sources diplomatiques, comme l'histoire d'Adriani (ci-dessus, p. 151 s.), et appliqua à des relations douteuses telles que les Mémoires de Monluc, une critique très intelligente. Quand il était obligé de transcrire presque mot à mot des rapports étrangers (Sleidan, Buchanan),il recherchait au moins les meilleures autorités. Pourquoi De Thou n'a-t-il donc pas pour le développement de l'historiographie la même importance que Machiavel ou Guichardin? ' C'est qu'il manque à son œuvre un fondement philosophique. On n'y aperçoit pas la main vigoureuse qui unifie la matière historique et f réduit la multitude des détails à quelques grandes lignes. Les faits ne sont pas groupés, les enchaùiements profonds ne sont pas mis à découvert. Au lieu de construire, en continuant l'œuvre des Florentins, une conception rationaliste de l'histoire, De Thou recourt de nouveau à l'idée commode, mais stérile, en historiographie, d'une justice divine vengeresse qui préside aux destinées des États. Il repousse f les théories impies des historiens italiens. L'opinion qu'il serait assigné aux Etats comme aux individus une durée de vie limitée, est déclarée superficielle (cf. les citations chez Dûntzer, 91). Pour son mérite historique, l'œuvre de De Thou reste donc au-dessous des Guerres civiles de Davila.

Ce défaut ne pouvait être racheté par des qualités d'un autre ordre. C'était un progrès, de ne pas penser aussi exclusivement en politique que les Florentins. Cela permettait de faire une place convenable aux événements ecclésiastiques et de signaler des innovations dans la législation. C'était un avantage d'être intimement intéressé au sujet. La narration n'a rien perdu à la chaleur de sentiment dont l'auteur était pénétré. Mais tout cela ne remplaçait pas Tunité inté rieure qui manquait.

L'histoire de De Thou a servi de source à beaucoup d'auteurs postérieurs. Elle a été utilisée déjà par le poète et soldat huguenot Agrippa d'Aubigné, né 1552 à Pons, en Saintonge, partisan du roi de Navarre, mort 1630 à Genève, où il s'était retiré 1620. II traite à peu près la même époque dans son Histoire universelle (1550 à 1601: 1"-' édit. Maillé 1016 à 1620, nouv. édit. par A. de Ruble 1886 à 1909 pour la Soc. de

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