QUE SON AME REPOSE EN PAIX
Maury. — Après la mort de Leschevin, le Collège des chirurgiens ofl'rit de faire le service comme autrefois avant le décret de 1681 ; mais TAdministration répondit qu elle pensait à faire afficher la place au concours, bien qu'un élève puisse difficilement remplir une place tenue avec aulant d'autorité. Dans une réunion au palais archiépiscopal, on décida Taffichage, et provisoirement Maury, alors maître chirurgien en ville, qui avait toujours cultivé la connaissance de Leschevin et le remplaçait pendant sa maladie, fut invilé à faire le service jusqu'à ce qu'il ait été pourvu au remplacement d'usage.
Doux candidats se présentèrent : Lamauve, de Vittelleur, et Pottier, de Bosc-le-Hard. Le lieutenant du chirurgien du Roi, le sieur Gamard, répondit à son propre et privé nom à Lamauve, qui avait quitté pour ce concours la place de moniteur d'anatomie qu'il remplissait brillamment à Paris, qu'on ne pouvait l'admettre comme aspirant, parce qu'il ne fournissait pas les certificats exigés par la loi. Au sieur Pottier, il opposa un différé à faire droit, jusqu'à ce qu'il ait plu îi l'Administration de faire connaître les titres qui l'autorisaient à borner les droits du Collège à des examens interrogatoires, et, en général, à prendre la marche qu'elle suivait dans le moment actuel. L'Administration mit sursis à délibérer.
Le 20 janvier 1789, Gamard est requis de faire procéder au concours et on demande le réquisitoire du Procureur général. Alors s'éleva une contestation au sujet du mode du concours. L'Administration voulait
que les chirurgiens se conformassent à Farrêt de la Coiir de 1768 ordonnant que trois questions seraient écrites, pour chaque épreuve, sur des billets qui seraient mis dans Turne et tirés au sort. David, chirurgien de THôtel-Dieu, paraît avoir inspiré cet arrêt. Déjà en 1783, au concours pour la place de gagnant maîtrise, à THôtel-Dieu, à laquelle fut nommé Courant, Gamard, lieutenant du premier chirurgien, protesta au nom de sa corporation, revendiquant pour chaque interrogateur le droit de choisir son interrogation. Gamard se retira avec Dieu et Maury, premier et deuxième prévôts des chirurgiens.
Dans la deuxième réunion de ce concours, Drouet, premier lieutenant, et David, chirurgien de THôtel- Dieu, avaient accepté, mais Langlois et Doubleau, prévôts, avaient encore refusé de siéger. Le Parlement dut intervenir. Les chirurgiens objectaient qu'il n y avait pas lieu de changer ce qui se faisait autrefois, que c'était suspecter leur honorabilité et leur bonne foi, et qu'un examinateur pouvait être un praticien et un savant des plus distingués et se trouver obligé d'interroger sur une question qu'il n'aurait pas approfondie depuis longtemps, ce qui le mettrait dans une fausse position en face du candidat.
Les chirurgiens se retirèrent d'une première réunion. Une seconde réunion se termina de même. Le concours fut ajourné, Maury assurant toujours le service.
Entre temps, l'horizon politique s'assombrissait, les yeux se tournaient vers les Etats-Généraux, et ainsi
- fU —
[ (irriva la nuit du 4 aortl 1789 on rous les pnrilèg«set :
les corporations furent abolis. L'Adminisl ration âait I libre désormais; elle nomma Maury chinii^eo titu- I laire le 28 mars 1792.
puKTBArr ue mauhy
peint par Lendoimy, son ami personnel.
(Cabinet du ULracleor de l'HoapicB-G^néril.)
Les garç(ïD8 chirurgiens, internes de Leschevin,| s'étaient auc^édé dans l'ordre suivant pendant le cours! de son exercice :
A la retraite de Maury, Josae était passé premier! garçon, et Gilles-Pierre Bernard nommé deuxième.
En 1767, on trouve Deserre, premier garçon, qui tombe malade et est remplacé par Jourdain fils. Le deuxième garçon est Becquet, travaillant à la barbarie.
En 1771, Becquet arrive premier, et Pierre Payen deuxième garçon.
En 1774, Payen passe premier garçon, et Pierre Bailhastre second.
En 1780, Bailhastre est nommé premier garçon par suite du décès de Payen (16 février); Piéride Henri est nommé deuxième garçon, toujours sur la proposition de Leschevin. Le premier garçon touche 150 livres de gages, le deuxième 100 livres, sans compter les 100 livres qu'ils reçoivent chacun pour leur entretien. L'Administration décide de faire célébrer à la chapelle un service pour Payen et d agir de même dorénavant pour tous les officiers.
En 1782, Henri se retire. Deux candidats sont présentés par Moulin , quartenier : Jacques - Augustin Trouard-Riolle, originaire de Dieppe, el Pierre Foré, de Villesichon, en Bourgogne, tous deux élèves en chirurgie. Leschevin choisit Foré.
Foré se retire en 1786, et Pierre- Alexandre Potlier est nommé deuxième garçon.
En 1792, les deux internes sont Bailhastre et Pottier, puis Bailhastre et Lefau qui, en Tan III (20 floréal), demandent une augmentation de traitement et obtiennent 500 livres au lieu de 300. Bailhastre reste jusqu'à sa mort, le 21 mars 1809. Bientôt Lefau est remplacé par Vigne, dont le passage dans ce poste fut des plus
brillants, comme on le verra à propos des médecins. Il démissionne le 4 germinal 1800 et est remplacé par Lepeuple dit Milly. A la mort de Bailhastre, Lepeuple passe premier interne, et Jean Postel, élève en chirurgie, deuxième interne (1809).
Maury, après avoir rempli les fonctions de. chirurgien résidant pendant pendant plusieurs années provisoirement, fut enfin nommé en titre à la séance de réorganisation du 26 pluviôse an II. On lui donna pour logement la maison qui faisait face à la porte d'entrée de THospice, en lui retenant de ce fait 450 livres sur ses appointements (25 fructidor). Ce ne fut pas sans peine qu'il put continuer à l'habiter. La Municipalité voulait la vendre avec les autres biens des Hospices. Il fallut que l'Administration représentât qu'elle était indispensable pour loger son chirurgien, et, cependant, elle fut affichée à louer en germinal an III (1795). Il est vrai qu'à ce moment la détresse était telle que l'Administration donnait une indemnité d'une livre de pain par jour à Maury, qui conserva son logement, avec un traitement de 120 livres par mois.
D'après le règlement mis en vigueur au moment de la réorganisation, l'officier de santé de l'Hospice-Général devait assister à toutes les séances de la Commission administrative avec le Directeur, afin de donner son avis sur les choses de sa compétence. Maury n'y manqua pas une seule fois. On trouve sa signature au milieu de celles des autres membres, dont l'assiduité n'est pas aussi absolue.
A chaque nouvelle organisation il est confirmé dans
sa place. Ses avis sont toujours écoutés. Il ne paraît pas qu'il ait fait des cours, au vrai sens du mot, aux élèves en chirurgie sous ses ordres, ainsi que le portait la délibération municipale de 1794. Il répondait néanmoins de rinstruclion des élèves, de leur conduite, et devait présider leurs exercices, tels que les dissections, comme celles que faisait Vigne ou Blanche, officier de santé de Thôpital militaire, qui avait été autorisé à faire des démonstrations sur le corps d'un citoyen décédé, « à condition qu'il se chargeât de le transporter ensuite au champ du repos » (1794).
Arrivé à l'êge de soixante-dix-neuf ans, Maury demande, le 2 janvier 1811, à ce que sa femme et lui soient enterrés dans le cimetière de THospice-Général, où reposent déjà plusieurs de leurs parents. L'Administration accéda à ce désir en considération des longs et loyaux services rendus à la maison depuis vingt-trois ans par son chirurgien.
En 1815, l'Administration, trouvant que Maury et Laumonier devenaient vieux, décida de leur donner des adjoints. Sur ces entrefaites, Vigne, médecin de THospice-Général, ayant démissionné le 22 mars, sous prétexte d'altération de santé, mais surtout, ainsi qu'en témoignent les lettres au dossier, parce qu'il était en but à l'humeur chagrine de Maury, l'Administration présenta au Préfet une liste de trois candidats. Elle estimait que, vu la multiplicité des services de santé à l'Hospice-Général, il était avantageux que le remplaçant de Vigne fût en même temps adjoint du chirurgien en chef, et qu'il était indispensable de nommer un
second adjoint pour coopérer au service, tant du médecin que du chirurgien en chef.
On fit le projet suivant :
P II sera nommé un médecin en chef en remplace* ment de M. Vigne, démissionnaire. Ce médecin sera en même temps adjoint à M. Maurj-, chirurgien en chef, pour le service de santé de T Hospice-Général, sauf les mesures ultérieures à prendre;
2*" Candidats comme médecin et premier adjoint : Lamauve, rue Racine, 6; Dulong, rue des Arsins, 6; Pillore, rue Saint-Patrice, 25 ;
3"" Candidats comme second adjoint :
Blanche fils, rue de la Madeleine; Hardy, rue de la Chaîne, 23 ; Burel, rue de Fontenelle, 7.
Le 27 mai 1815, une décision du Ministre nommait Roussel médecin en chef des deux hospices, Lamauve premier adjoint de Maury, et Flaubert adjoint de Laumonier, à THôtel-Dieu.
Lamauve fut alors chargé spécialement du service des fous et des épileptiques.
Maury, vieux et malade, fut assuré qu'il occuperait sa maison de Thôpital jusqu'à son décès. Le 2 mars 1816, il était nommé chirurgien en chef honoraire, gardant son traitement. Lamauve le remplaça comme chirurgien en chef.
Pendant le titulariatde Maury, les faits médicaux de quelque importance touchant THospice-Général furent les suivants :
Oculiste. — En 1807, ]e Ministre annonça la visite du docteur Forleuze, qu'il venait de nommer chirurgien oculiste des lycées, écoles secondaires, hospices civils et établissements de bienfaisance dans les départements de l'Empire. Il fut admis h faire des opérations de cataractes et autres, pour lesquelles Jlaury et son interne Milly l'assistèrent. D'après le rapport élogieux de Maury, Forleuze avait pratiqué le 9 novembre dix opérations, et entre autres celle d'une fille de quinze ans, Geneviève P ... , atteinte d'une tumeur carcinomateuse de l'œil droit, pour laquelle il avait pratiqué l'énucléation. Il fut remercié par lettre, ainsi que ses aides, et le Préfet prévenu.
Forleuze paraît être revenu par la suite à peu près tous les ans. Un rapport de Maury, en 1813, signale neuf opérations suivies de succès. Mais en 1815, comme le Préfet, annonçant sa venue, demande pour lui une indemnité de voyage et d'opérations, la Commission administrative répond qu'elle n'a pas d'argent pour ce chapitre d'abord, et qu ensuiie la présence de Forleuze n'est pas nécessaire, les officiers de santé des deux hôpitaux étant en mesure de faire aussi bien que lui les mêmes opérations.
Vaccine. — C'est aussi à cette époque que l'on voit apparaître l'usage de la vaccine dans les hôpitaux. En aotit 1807 on décide, sur un rapport de Maury, que l'on continuera à vacciner à l'Hospice-Général et à l'hospice d'Humanité, ou Hôtel-Dieu, tous les enfants admis même temporairement, et qu'il y aura une salle spé-
— asociale pour les varioleux à THôtel-Dieu. Ceci basé sur un arrêté du Préfet, envoyé en Tan XII et destiné à la propagation de la vaccine par tous les moyens, surtout dans les établissements publics, avec cette seule restriction qu'on n'y pouvait pas forcer les officiers de santé hostiles, en dehors de ces établissements.
Puis en 1811, sur le rapport de Laumonier, il fut admis qu'on ne recevrait plus aucun enfant à THospice- Général ni à THôtel-Dieu, s'il n'était vacciné.
Il y eut à la même époque (1813) une tentative de Labarre, dentiste à Rouen, pour être nommé dentiste des hospices, avec appui du Préfet, à laquelle il ne fut pas donné suite, malgré l'insistance de l'autorité.
Un médecin militaire, Laroche, présenté par Sériville, commissaire de la Guerre, demande à être employé comme médecin des salles militaires (an XIII), et comme on lui avait permis de suivre les visites faites aux militaires, il demande un logement dans l'hôpital pour lui et sa famille, ce qui ne put lui être accordé; mais, sans se rebuter, il insista pour avoir le titre de médecin de l'Hospice-Général, qu'il ne put prendre, puisqu'il appartenait à Gosseaume. Il futnommé . médecin à Saint- Yon, en 1814, avec Boismare et Barré comme adjoints.
Le nombre des élèves externes en chirurgie à l'Hospice-Général demeurait fixé à six, ce qui fut confirmé par un arrêté du 8 nivôse an XL Ils étaient admis sur présentation d'un officier de santé , inscrits sur un tableau spécial, et aucun autre n'était admis à suivre la visite. C'était parfois de tout jeunes gens, comme
nous en avons déjà vu avant la Révolution, témoin Louis-Nicolas Fortin, âgé de treize ans, fils du citoyen Nicolas Fortin et neveu du citoyen Chauffard, officier de santé. Le 15 germinal an VI, la Commission, considérant que ce jeune citoyen manifeste la plus grande grande ardeur et les plus heureuses dispositions pour se livrer à Tétude et à la pratique de la chirurgie, arrête qu'il sera admis à THospice pour y étudier et pratiquer l'art de la chirurgie sous les auspices du citoyen Maury et des autres officiers de santé de l'Hospice, qu'il lui sera accordé un logement et la nourriture dans l'Hospice, sous la surveillance du Directeur.
La même année sont reçus : Louis Sosson et Potel, dix-huit ans; Alphonse Heuzé, dix-sept ans; puis Henri Vienne, quatorze ans ; Boraare et Millet, dix-sept ans, en 1807.
A la même époque aussi (1806) fut remis en vigueur l'ancien règlement pour les internes, sous la forme suivante :
• P Les chirurgiens internes des deux hospices seront renouvelés tous les quatre ans. Ils seront pris parmi les élèves âgés au moins de dix-huit ans et au plus de vingt-quatre, présentés par le chirurgien en chef et nommés par l'Administration ;
» 2** La première nomination sera faite, pour Thospice d'Humanité, avant le V^ germinal prochain, pour remplacer le sieur Jégu, démissionnaire; la deuxième, pour l'Hospice - Général , avant le 1^"^ germinal an XIV (22 mars 1806), en remplacement de Milly; la troisième, en germinal an XV, en remplacement de Barré
— zzz —
à rhospice d*Huinanité ; la quatrième pour THospice- Général, en Tan XVI, en remplacement de Bailhastre, et ainsi d'année en année ;
» 3"" Les internes seront célibataires, le mariage entraînant leur démission ;
» 4"" Ils n'exerceront pas la médecine en dehors et ne pourront sortir quand ils seront de garde;
9 ô"" En cas de décès ou de démission, ils seront remplacés jusqu'à la tin des quatre années pour ne pas interrompre le roulement. Le remplaçant depuis moins de deux ans pourra être renommé pour quatre ans. »
Sur la demande de Maury, la Commission accorda, le 29 janvier 1812, que le nombre des élèves de FHospice-Général serait porté de six à douze, mais n'excéderait pas ce chiffre et serait ramené à six si elle le jugeait convenable. Ils seront âgés d'au moins seize ans, et le chirurgien en chef fera sur eux un rapport trimestriel.
Cette même année, le Préfet fit passer une circulaire demandant si, parmi les internes, il en était qui désireraient servir aux armées, appel qui parait resté sans résultat à^ Rouen.
En 1813, les élèves de THospice-Général, parmi lesquels on cite Jacques et Xavier Lefrançois, Angot, Audoin, Hue, Lefebvre et Cartier, furent admis à disséquer dans le laboratoire de l'hôpital, du P' octobre au 30 avril, sous la surveillance du chirurgien en chef ou des internes. Les chirurgiens avaient la charge de leurs instruments; aussi, en 1814, TAdministration refusa- t-el le le don que lui faisait l'autorité supérieure
cle deux caisses à amputations provenant du 6* corps d'armée.
Le premier interne, Lepeuple dit Milly, étant décédé le 9 juillet 1814, Postel devint premier interne, et Bavant, proposé par Maury, deuxième interne.
En 1816, Postel ayant terminé ses quatre ans. Bavant devint premier interne, et on nomme second interne Yves Louis qui, jusqu'alors, depuis 1810, était élève vivant dans Thospice moyennant une pension de 300 fr. par an qu'il payait.
Les internes de cette période reçurent des témoignages de satisfaction et des gratifications de la part des autorités pour le zèle qu'ils avaient apporté à seconder le chirurgien dans le traitement des militaires blessés. Ceux-ci encombraient les deux hôpitaux, au point que les élèves en chirurgie de la maison de détention durent offrir leur aide pour les pansements, et qu'on en traita jusqu'à 10,000 en quatre mois.
On permit à Postel de rester sans emploi pendant quelques mois, nourri et logé dans Thôpilal, afin qu'il puisse terminer ses études, interrompues par cette surcharge de travail. Quelques-uns de ses successeurs bénéficièrent de pareille faveur sans cause aussi justifiée. Son successeur direct, Bavant, ayant trouvé moyen d'héberger dans l'hôpital toute sa famille avec lui, frère, sœur, femme et fille, fut rappelé au règlement et à la portion congrue (1816).
Signalons, parmi les élèves externes admis alors à rHospice-Général : 1814, Poidevin, Delondel et Barbet;
1815, Beaumont, Petit, Berthe, Becquerel, Tibourg et Quesney; 1816, Lodieu, Hardy et Thillaud.
Lamauve. — La nomination de Roussel comme médecin en chef fut tout honoraire pourTHospice-Général. On ne trouve pas qu'il y ait fait acte de service, et cette nomination semble plutôt un moyen discret de supprimer la place de médecin en chef dans cet hôpital.
Restait comme véritable et seul chef de service Lamauve. L'installation de Lamauve se fit avec une certaine solennité. A la séance du 27 mars 1816, à laquelle assistait Rémy Taillefesse, pharmacien, ancien gagnant maîtrise de THospice, Adjoint représentant le Maire de Rouen convoqué, et président, on fit entrer Lamauve, les chirurgiens internes et les élèves en chirurgie ou externes. Après avoir lu la décision du Ministre nommant Lamauve chirurgien en chef de THospice-Général et conférant Thonorariat à Maury, avec continuation jusqu'à sa mort du logement et du traitement, après que Lamauve eut prêté serment de bien s'acquitter de ses fonctions avec toute l'humanité, le zèle et Texactitude qu'exige une place aussi importante, le Président prononça le discours suivant :
« Messieurs,
» Quelques mois seulement se sont écoulés depuis le » jour où j'eus l'honneur de me trouver au milieu de » vous pour une cérémonie semblable à celle qui nous » réunit en ce moment. Nous y remarquâmes encore » assis à ce bureau cet estimable et laborieux vieillard
» qui pendant une longue suite d'années a rendu d'im- » portants services à cette maison et dont le zèle infa- » tigable n'a pu céder qu'au poids accablant des années. 9 L'heureux choix du successeur qui vient d'être donné • à M. Maury dans la place de chirurgien en chef de » cet hospice montre assez toute l'importance que 9 l'Administration attache au service sanitaire et atteste » de nouveau sa sollicitude éclairée pour tout ce qui » peut contribuer au bien-être de cette nombreuse popu- » lation d'individus placés sous sa tutelle et confiés à 9 ses soins. La réputation méritée dont jouit M. La- » mauve, fruit précieux de ses solides connaissances, » d'une longue expérience et de nombreux succès dans » l'art qu'il exerce si honorablement, justifie pleine- » ment la bonté d'un tel choix et promet aux infortu- » nés que renferme cet hospice tous le secours que » réclameront leurs maladies ou leurs infirmités. Dans » ces vastes asiles ouverts à l'indigence par la charité » publique, où les misères humaines viennent frapper » Tœil affligé, il n'est pas de moments où l'homme » bienfaisant, le véritable ami de l'humanité, ne trouve » l'occasion de signaler sa philanthropie et de faire le » bien. C'est pour l'opérer, ce bien, qu'il se rencontre » des hommes assez généreux pour faire le sacrifice de » leurs intérêts et des douceurs d'une vie tranquille 9 aux nobles sentiments qui les animent. N'est-ce pas » par un motif aussi pur, aussi louable, que ces femmes » pieuses renoncent au monde pour consacrer leur » existence entière au service des pauvres. M. Lamauve, » digne émule de tant de dévouement, voudra s assola
cier aux vues bienveillantes et paternelles qui régissent cet établissement. 11 joindra aux secours de sonart cette voix consolante qui calme déjà les douleurs, de l'être souffrant, et Tindigence trouvera ici dans ses lumières et dans ses soins les mêmes avantages qu y rencontre ailleurs lopulence. Quel tableau plus propre à émouvoir des âmes sensibles que de rencontrer à chaque pas dans cette maison cette vieillesse débile qui, épuisée autant par la misère que par le nombre des années, cherche dans tout ce qui Tenvironne des douces consolations que Thommc moins infortuné trouve même sur les bords de sa tombe au sein de sa famille ? Quel autre tableau non moins touchant ne vient-il pas encore frapper la vue d'une manière attendrissante dans cette foule d'enfants que des parents malheureux ou coupables confièrent en quelque sorte aux soins de la Providence? Ne vous » semble-t-il pas entendre chacun de ces infortunés » s'écrier d'une voix reconnaissante : Mon père et ma » mère m'ont abandonné, et vous m'avez reçu et vous » avez pris soin de moi ? Quel doit être le prix de tant * de dévouement de la part de ces hommes généreux, » de ces dames charitables qui se livrent sans réserve » et avec un si noble désintéressement à l'exercice de » fonctions aussi pénibles qu'elles sont utiles au soula- » gement des malheureux? Vertueux soutiens de l'in- » digence, protecteurs et bienfaiteurs des orphelins, » si vous demandiez quelle sera votre récompense, je » vous répondrais : Descendez dans vos cœurs, inter- » rogez vos consciences, promenez vos regards autour
» de vous, portez-les vers le ciel, partout vous verrez » cette récompense écrite par la main de la tendre et » reconnaissante humanité. *
Lamauve, à son tour, remercie et ajoute qu'il met entièrement à la disposition de THospice l'expérience qu'il a pu acquérir tant dans l'art de guérir que dans l'habitude de l'enseignement. L'éloge bien mérité donné par le Président au désintéressement de MM. les Administrateurs, au dévouement des religieuses, et la justice rendue aux connaissances, au zèle et à l'assiduité de M. Maury, ont excité dans son âme un vif désir d'imiter de si beaux exemples en se les proposant pour modèle. S'il a désiré être chirurgien de l'Hospice- Général, ce n'est point par intérêt pécuniaire. Le temps qu'il emploie à visiter des malades en ville sera désormais réservé à donner des soins à ceux de l'hospice et à obtenir l'estime des Administrateurs.
Ensuite, M. Lamauve expose à l'Administration que la statistique médicale de l'Hospice-Général présente journellement un tableau complet de toutes les maladies qut assiègent l'espèce humaine, l'homme étant admis dans cette maison depuis sa naissance, où commencent les premières souffrances, jusqu'à l'instant de la mort, naturel terme de ces dernières. La clinique médicale de cet établissement, avec la protection de l'Administration, sera avantageuse sur le double rapport des progrès de la médecine et de l'instruction des élèves. Le docteur a terminé sa réponse en disant qu'il faisait sa retraite médicale à l'Hospice-Général, que désormais il se dévouait au service de cette maison
et au soulagement des malheureux qui Thabitent.
Un élève, M. Et. Beaumont, après avoir demandé et obtenu la permission de TÂdminist ration, a lu une pièce de vers latins. Beaumont était le fils du doyen du Collège de chirurgie de Rouen, alors âgé de quatrevingt-un ans, et pour plusieurs raisons avait été admis comme élève résidant avec la nourriture et le logement.
On trouve dans VAlmanach de Rouen pour Van VU (1899-1800) que le citoyen Lamauve, rue Saint-Laurent, n"" 3, professeur d'anatomie, fait pendant le courant de Tannée, rue et porte Bouvreuil, des cours d'anatomie, d opérations, de chirurgie et d'accouchements. Ces cours sont encore annoncés en 1804 et années suivantes.
Au début, Lamauve eut quelques difficultés avec l'Administration. Comme il habitait assez loin, il fut suppléé pendant quelque temps par Potel, ancien interne, qui résidait encore dans la maison, et qui toucha de ce fait 600 francs. Mais les religieuses ne pardonnaient pas à Lamauve d'avoir été absent un jour où Villet, le chef tailleur, sourd et muet, était mort; et puis, il arrivait parfois à Thôpital pendant leur souper. 11 n'était pas exact comme son prédécesseur. Tout s'arrangea peu à peu et la vie médicale reprit comme du temps de Maury, moins calme, cependant, du fait de Blanche fils, dont nous aurons à nous occuper bientôt.
Pendant l'exercice de Lamauve, il fut créé à l'Hospice-Général une troisième place d'interne, sur la
demande de l'Administration, qui le désirait, pour distribuer les médicaments et seconder les deux autres. Ce fut loccasion d'une décision du Ministre de Tintérieur du 24 décembre 1817 et d'un arrêté préfectoral du 29 janvier 1818. La place fut donnée à Beaumont, qui la remplissait officiellement depuis plusieurs mois. Nous nous bornerons à signaler les nominations de nouveaux internes, rappelant que le dernier nommé prenait rang de troisième interne, les précédents devenant par ancienneté deuxième et premier interne. Bavant avait terminé ses quatre années; Saint- Yves était premier interne, et Poidevin deuxième.
Concours de Vinternat. — Jusqu'alors la place d'interne avait été donnée au choix sur présentation des candidats par le chirurgien en chef. Le 16 juin 1819, Lamauve adresse un rapport à l'Administration pour demander que cette place soit donnée au concours et qu'il y ait quatre internes au lieu de trois. On n'accorda pas cette quatrième place; mais il fut entendu qu'à l'avenir les candidats pour la place d'interne se présenteraient devant un jury médical composé des chefs de service et de deux médecins de la ville, présidé par un Administrateur, qui donnerait son avis sur leur capacité.
C'est ainsi que furent nommés Tinel, en 1820, et Gueroult, en 1821, comme internes de Lamauve.
La variole ayant sévi violemment en 1819 sur les enfants de l'Hospice, au point que 140 en furent atteints dans l'année, malgré la vaccination rigoureuse
de tous ceux qui entraient, Lamauve fut chargé de faire un rapport. 11 conclut que ces nombreux cas de de petite vérole devaient être attribués : P à la grande chaleur de Tété et à la sécheresse de l'atmosphère ; 2'' à ce qu'à T Hospice-Général le vaccin se développait moins bien qu'ailleurs, avec une marche irrégulière, ce qui était dû au régime peu fortifiant de l'établissement et à l'agglomération. (On devait connaître mal alors le faux vaccin.) Il conseillait, en terminant, d'isoler les vaccinés. Le Préfet recommanda qu'on appliquât sévèrement la vaccine à tous les enfants secourus, quels qu'ils soient, et dès l'année suivante (1820), on distribuait à l'Hôlel-de- Ville des prix aux vaccinateurs.
Le Préfet écrivait encore pour recommander le traitement de la gale par le procédé des fumigations sulfureuses du Docteur Gales, offrant d'aider à l'achat de l'appareil spécial sur les fonds disponibles du département.
Les frères Mahon venaient, dès cette époque, appliquer eux-mêmes dans les hôpitaux de Rouen leur spécifique contre la teigne. La plupart des teigneux étaient toujours soignés à l'Hôtel-Dieu.
Lamauve assista à la création de l'École de Médecine de Rouen. Il eut à lutter vers la fin de sa vie contre les empiétements de Blanche, qui devait lui succéder, et qui, fortement aidé par la Préfecture, se poussait vigoureusement en avant. En prenant la place de l'Hospice-Général, il avait laissé entendre qu'il pensait bien y prendre ses invalides ; aussi
n'exerça-t-il pas longtemps. En 1821, cinq ans après son installation, terrassé par la maladie, il ne pouvait déjà plus faire son service régulièrement, et on devait le faire remplacer par Blanche. La Préfecture le nomma chirurgien en chef honoraire avec conservation de son logement dans la maison de Thospice, continuation des émoluments attachés à sa place, et demanda qu'on nommât un chirurgien en chef en activité chargé de le suppléer, sans traitement. Blanche était le candidat du Préfet ; mais le Ministre ayant signifié que cette nomination d'un survivancier était irrégulière, il fallut attendre la mort de Lamauve, survenue le 8 août de cette même année 1821, pour présenter les trois candidats obligatoires : Blanche, déjà chirurgienadjoint ; Jourel, médecin, rue Étoupée, et Mulot fils, médecin, rue Saint-Nicolas. — Blanche fut enfin nommé au poste, qu'il convoitait depuis longtemps, de chirurgien en chef de THospice-Général.
Blanche. — Blanche, fils de celui dont on trouve une partie de l'histoire révolutionnaire dans La Ter^ reur à Rouen^ de M. Clérembray, était un candidat fort bien en cour. Son activité toujours intense se manifeste dans les nombreuses lettres que la Préfecture envoyait à chaque occasion, et à son sujet, à l'Administration hospitalière. Déjà en 1811, puis en 1815, alors qu'il n'était que candidat à la place de deuxième adjoint de l' Hospice-Général, il demande qu'on lui accorde dans cet hôpital un amphithéâtre pour faire des cours d'anatomie et de physiologie aux
élèves en iiK^decine, On lui n^poml îilors r|u'i.in aur.iii désiré utiliser son zèle, mais que les nouveaux arraiigenieiUs ne laissenl pas de plarB puur lui présente ~ ment.
Nommé chirurgien-adjoint en 1819, il est désigné pour THospice-Général, en même temps que Breul était nommé pour l'Hôtel-Dieu. L'Administration rappelle à ce propos aux chirurgiens titulaires qu'ils doivent se faire remplacer par les adjoints chaque fois qu'ils s'absentent. Blanche fait demander alors par le Préfet à suivre chaque jour la visite du chirurgien en chef, afin de pouvoir le suppléer efficacement au cas où il s'absenterait. 11 demande aussi à nouveau à faire des cours aux élèves. On lui répond que ses demandes sont inacceptables, et que THospice-Général n'a jamais été destiné à recevoir des cours, mais bien l'Hôtel-Dieu, où stage et cours comptent pour les examens de doctorat de Paris.
La Préfecture, en novembre 1819, revient à la charge. Elle écrit que Blanche, médecin de la maison (le détention et de correction, avait créé dans l'intérieur de cet établissement un amphithéâtre, où il donnait gratuitement aux élèves qui se livrent à Tétude de la médecine des leçons sur l'anatomie, les accouchements, l'histoire naturelle, la médecine, etc. L'Administration favorisait ces cours ; mais des remaniements intérieurs ont obligé de détruire l'amphithéâtre ; aussi demande-t-on à ce qu'il puisse continuer à THospice-Général où il a été nommé adjoint. « Je comptais, ajoute le Préfet, que vous établiriez dans dans votre maison un cours complet de clinique comme dans presque toutes les villes du royaume, afin d'être en harmonie avec la loi du 19 ventôse an XI (10 février 1803). » Le Préfet ajoute qu'il demande
à ce que Blanche conlinue ses cours dans la salle de dissection. Si Laraauve veut faire des cours, Blanche y assistera pour pouvoir le suppléer, comme il doit assister aux visites des malades pour la même raison.
L'Administration répondit qu'il n'y avait jamais eu de cours à F Hospice-Général, comme paraissait le supposer M. Blanche. L'instruction avait toujours été donnée à l'Hôtel-Dieu par des professeurs institués et dotés môme par un règlement du Conseil général du déparlement en 1703. Ces leçons destinées aux élèves des hôpitaux, avec admission d'étrangers, comprenaient la médecine, la chirurgie et la pharmacie. Ce temps d'études était compté comme valable aux étudiants qui se présentaient à Paris. Ces prérogatives n'avaient pas été étendues à THospice-Général, probablement pour ne pas multiplier le nombre des maisons d'institution, ce qui n'aurait peut-être pas toujours tourné au profit de l'art de guérir. C'était probablement pour cela que les cours de Vigne n'avaient pas été continués. Déjà, à l'Hospice-Général, Lamauve démontrait l'anatomie et la chirurgie. De plus, il existait les cours de Vitalis et de Marquis. Enfin, il n'y avait eu en tout temps qu'un laboratoire de six pieds carrés, servant en même temps d'ensevelissoir, et qu'il ne fallait pas songer à agrantlir. De même, le souci de la bonne harmonie qui devait régner entre tous les fonctionnaires de l'établissement empêchait qu'on pût autoriser Blanche à suivre touies les visites du chirurgien en chef.
A propos de cette réponse, Lamauve, consulté, avait
rédigé pour TAdministral ion un mémoire où il écrit que le cours de Blanche avait été suivi pendant quelque temps par quelques élèves, trois ou quatre à lui particulièrement attachés. Quelques- uns avaient été grossir ce petit nombre pendant une in'Iisposition de Laumonier et une cessation des cours de Flaubert.
Ces cours n'étaient pas tout à fait gratuits, car les élèves étaient pensionnaires chez lui. Le cours d'histoire naturelle, entre autres, avait été payé 20 francs par chaque élève et n'avait pas été achevé. Puis ils avaient cessé avant la destruction même de l'amphithéâtre. Il n'y avait pas d'élèves, malgré l'apposition d'affiches. L'amphithéâtre avait été abattu autant à cause de son inutilité que par besoin de place. Au reste, les cours de Blanche étaient inutiles et nuisibles : inutiles, parce qu'il se fait à Rouen plus de cours que le nombre d'élèves ne le permet ; nuisibles, parce que les cours de Bicêtre détournaient de ceux de l'Hôtel- Dieu et que le temps qu'on y passait n'entrait pas en compte pour les examens de Paris.
Du temps de Lecat, David, Laumonier, il n'y avait qu'un seul professeur avec plus de réputation, des élèves plus instruits et plus nombreux. Quand on a a voulu multiplier et diviser l'instruction médicale, elle a langui et s'est annulée. A un certain moment on avait nommé trois professeurs qui étaient bien payés ; le nombre des élèves n'était pas en proportion. Il n'y eut plus de zèle entre les professeurs ni d'émulation entre les étudiants, et l'instruction fut suspendue (1809). « Blanche, qui n'a plus d'élèves à Bicétre,
veut s'emparer des miens , ajoute Lamauve , pour se dédommager de la perte des siens. » L'Hôtel-Dieu suffit. 11 y a trois chaires payées sur les sols additionnels du département, et seuls ses élèves ont leur temps d'études considéré valable par l'Ecole de Paris. Cette faveur a été refusée à l'Hospice-Général , parce qu'il n'est pas organisé pour l'instruction. C'est pour cela que, du temps de Bonami, Leschevin, Maury, il n'y avait que deux internes. « Je continuerai, dit encore Lamauve, à démontrer l'anatomie et la chirurgie, et avec les cours de Vitalis et de Marquis, les élèves en auront assez pour occuper toute leur année. » (Les élèves devaient alors s'inscrire à la Préfecture pour passer leurs examens devant les jurys parisiens.)
On arriva ainsi en 1821 au milieu des réclamations de Blanche, dont une, entre autres, due à ce que Lamauve s'est fait suppléer par un autre que par lui pour une absence de plus de trois jours. C'est alors que nous l'avons vu appelé d'abord à le suppléer pour six mois, puis enfin à prendre sa place de chirurgien en chef de l'Hospice-Général après décès.
Ecole de Médecine. — Sur ces entrefaites avait lieu en Fnince la réorganisation des Ecoles de Médecine, et celle de Rouen, aujourd'hui florissante, était créée par TAdministration même des hôpitaux, dont elle fut pendant plusieurs années un rouage important. La plupart des détails de cette création sont de ce fait consignés aux registres des délibérations de l'Hospice- Général. L'histoire de la maison qui nous occupe se
trouve intimement mêlée à cette création ; aussi estil impossible de Ten séparer et devons-nous l'enregistrer jusqu'à Tépoque où, définitivement, le personnel médical et enseignant des deux hôpitaux devint interchangeable, époque où cesse enfin la dernière trace d'individualité proprement dite pour l'Hospice- Général, son individualité administrative ayant déjà cessé avec l'établissement de son budget privé comme partie du budget général des hôpitaux, lui-même chapitre du budget municipal.
Le 13 mai 1820, le doyen de la Faculté de Médecine de Paris demande que la Commission administrative sollicite du Ministre de Tlnstruction publique la validation de l'instruction élémentaire donnée à l'Hôtel- Dieu de Rouen, ce à quoi l'Administration s'empresse, en demandant que cette validation soit étendue aux élèves de l'Hospice-Général.
Le Préfet répond, le 17 août, que le Ministre demande les renseignements nécessaires pour être à portée d'apprécier s'il est possible d'établir dans les hôpitaux de Rouen des cours complets de médecine dans le genre de ceux qui ont lieu dans quelques-unes des principales villes du royaume. En conséquence, il invite la Commission à lui faire connaître le nombre des élèves fréquentant les cours de Flaubert, quelles sont les branches de l'instruction médicale qu'il est dans l'usage de professer, et quels paraissent être les moyens de régulariser et d'étendre cet enseignement.
La Commission arrête (25 octobre 1820) qu'il sera répondu à M. le Préfet pour lui faire connaître Tétat
actuel de 1 enseignement médical dans les hospices, lequel consiste, savoir :
A THôlel-Dieu :
Un cours de cliniqtie interne par M. Roussel , médecin en chef.
Un cours (ïanatomie et un cours de clinique externe par M. Flaubert j chirurgien en chef.
Un cours d accouchements pour les élèves sagesfemmes, institué par arrêlé de M. le Préfet en date du 24 mai dernier, par le même M. Flaubert.
A THospice-Général :
Un cours d^anatomie et de physiologie et un cours de clinique interne par M. Lamauve^ chirurgien en chef.
Qu'il existe en outre à Rouen deux cours payés par la Ville :
Un cours de chimie et de matière médicale par A/. Vitalis.
Un cours de botanique par M. Marquis.
Que pour compléter Tinstruction, il serait facile d en ajouter deux autres qui pourraient avoir lieu dans les hospices :
L'un, de matière médicale proprement dite, par M. Blanche,
Et lautre, de pharmacie , par M. Robert, pharmacien en chef de THôlel-Dieu.
Que quant au nombre des élèves qui fréquentent actuellement les cours, il est de 40 à 50 pour l'Hôtel- Dleu et de 15 à 20 pour THospice -Général ; mais qu'il y a lieu de croire que le nombre se trouverait beau-
coup augmenté du moment où instruction se trouverait organisée.
Qu'enfin, M. le Préfet serait prié de solliciter de Son Excellence le Ministre de l'Intérieur de régulariser cette instruction, afin que les élèves attachés au service des deux hospices puissent profiter des avantages de Tarrêté du 20 prairial an XL
Les pourparlers continuèrent toute une année sans amener de solution satisfaisante, car on trouve au registre la délibération suivante :
€ A sa séance du P^'août 1821, la Commission administrative des Hospices civils de Rouen, composée de MM. de Martainville, maire, président , Faucon, Rémy Taillefesse, Fouquier et d'Etancourt : vu la lettre de Son Excellence le Ministre Secrétaire d'Etat, président du Conseil royal d'instruction publique, du 23 juillet dernier, en réponse à celle qui lui a été écrite le 14, par la Commission , et de laquelle il résulte que le Conseil ne peut autoriser les Facultés de Médecine à tenir compte aux élèves attachés aux hospices de cette ville de leur temps d'études pour l'admission au doctorat; que les ordonnances s'y opposent ; que le seul moyen de faire que ces jeunes gens puissent jouir de cet avantage serait d'établir près de ces hospices, comme il y en a dans plusieurs villes, un enseignement médical suffisant et approuvé par l'Université;
» Sur quoi délibéré :
» Après avoir entendu le rapport d'un membre ;
» Considérant que tout temps il y a eu, près des hospices de Rouen, une instruction médicale; que depuis
la suppression de TEcole en 1809, jusqu'au mois de novembre dernier, les élèves qui suivaient les cours qui ont toujours eu lieu dans ces hospices ont encore joui des avantages de l'article 29 de Tarrêté du 20 prairial an XI (9 juin 1803); que la demande de l'institution d'un enseignement médical dans ces établissements n'est pas une chose nouvelle; qu'elle est indispensable; que sur la demande de Son Excellence le Minisire de l'Intérieur, l'Administration adressa à M. le Préfet, par sa lettre du 6 noveriibre 1820, tous les renseignements qu'elle avait crus propres à servir de base pour l'établissement, près des dits hospices, d'une Ecole secondaire ; qu'il n'a pas encore été statué sur cette demande ;
» Considérant aussi que les élèves attachés à ces hospices, instruits que l'Ecole de Médecine de Paris, d'après les dispositions de la délibération du Conseil royal d'instruction publique, avait refusé de faire compter leur temps d'études, ainsi que cela s'était pratiqué jusqu'alors, conformément à l'article 29 de l'arrêté du 20 prairial , avaient cessé au mois d'avril dernier leur service, pour aller étudier ailleurs; que ce n'a été que sur l'assurance que la Commission leur avait donnée des réclamations que M. le Préfet avait faites auprès de Son Excellence le Ministre de l'Intérieur et Ministre Secrétaire d'Etat, président du Conseil royal d'instruction publique, tant pour les faire jouir provisoirement du bénéfice de l'article 29 du 20 prairial an XI que pour l'institution d'une Ecole secondaire, qu'une partie de ces élèves reprit ses fonctions;
» Que ces jeunes gens, informés de nouveau que ces réclamations n'avaient point été accueillies et que l'Ecole de Médecine de Paris persistait à refuser leurs inscriptions, sont depuis le commencement de ce mois partis successivement, soit pour la capitale, soit pour d'autres villes où il y a un enseignement médical ;
» Considérant que le nombre des malades que contiennent les deux hospices de cette ville est de 1,400 à 1,500, pour le soin» et le pansement desquels il est indispensable que les médecins et chirurgiens en chef soient secondés par des élèves instruits en nombre suffisant; qu'on ne pourra obtenir des élèves qu'autant qu'il y aura une instruction médicale ;
» Considérant, enfin, que sur 30 élèves qu'il y avait à l'Hôtel- Dieu, il n'en reste aucun aujourd'hui; que l'un des internes a donné sa démission; qu'on a lieu de craindre que les trois autres ne la donnent incessamment, et de voir ainsi le chirurgien en chef seul chargé du service avec son adjoint ; qu'un pareil état de choses ne peut subsister plus longtemps; que l'expérience n'a que trop prouvé que le défaut de soins et d'exactitude dans les pansements entraîne les plus graves inconvénients; qu'il expose les malades à de plus longues souffrances, peut même occasionner leur mort, et vu les lois et arrêtés des 19 ventôse an XI (10 mars 1803) et 20 prairial an XI, a pris la défibération suivante :
» Article 1*'. — Il est urgent, dans l'intérêt des malades, d'établir un enseignement médical près des hospices de Rouen.
» Art. 2. — Cet enseignement sera composé des cours suivants, savoir :
» A THôtel-Dieu :
» Un cours de clinique interne par M. Roussel, médecin en chef.
» Un cours (ïanatomie et un cours de clinique externe par M. Flaubert, chirurgien en chef.
» Un cours d'accouchements par M. Leudet, adjoint au chirurgien en chef, outre celui fait par M. Flaubert pour les élèves sages-femmes.
» Un cours de pharmacie par M. Robert , pharmacien en chef.
» A THospice-Général :
» Un cours d'anatomie, un cours de physiologie et un cours de clinique externe par M. Lamauve , chirurgien en chef.
» Un cours de matière médicale proprement dite par M. Blanche, chirurgien-adjoint.
» Art. 3. — Les élèves seront, en outre, astreints à suivre les deux cours payés par la Ville :
» L'un, de chimie et de matière médicale, par M. Vitalis;
» L'autre, de botanique, par M. Marquis.
» Art. 4. — Les cours seront dirigés suivant les lois, règlements et ordonnances sur la matière.
» Art. 5. — Expédition de la présente délibération sera adressée à M. le Préfet, avec prière de réitérer ses instances auprès de Leurs Excellences le Ministre de rintérieur et le Ministre Secrétaire d'Etat, président du Conseil royal d'instruction publique, afin d'obtenir le
plus tôt possible rautorisation nécessaire pour cette institution. »
Le 24 octobre, la Commission adresse une nouvelle lettre au Préfet, dans laquelle elle rappelle les termes de la précédente avec, dans la distribution des cours qu'elle propose, les modifications suivantes :
« Anatomie , physiologie y clinique externe. — Flaubert, chirugien-chef.
» Pathologie externe et accouchements. — Leudet, chirurgien-adjoint.
» Matière médicale, thérapeutique, clinique externe. — Blanche, à T Hospice-Général.
» Pathologie interne. — Hellis, médecin-adjoint à r Hôtel -Dieu.
» Clinique interne. — Roussel , médecin en chef à THôtel-Dieu.
» Clinique et pharmacie. — Robert, pharmacienchef à THôtel-Dieu . »
Sur ces entrefaites, Lamauve avait succombé à là maladie qui le tenait en grande partie éloigné de son service depuis quelques mois. Aussitôt, Blanche était nommé chirurgien en chef de THospice-Général par arrêté du Préfet du 8 août. Comme pour Lamauve , il y eut présentation en séance devant les internes et les externes, discours du Président et réponse de Blanche, après prestation de serment.
Concours rejeté. — Les candidatures pour la place de chirurgien- adjoint devenue vacante furent tout de
suite nombreuses : Glinel, Couronné, Mulot, Bouteiller, Fischelin, Bayvel, Manoury et Lenormand, interne à THôtei-Dieu, se firent inscrire. Aussi l'Administration agita-t-elle la question de mettre la place au concours. Après discussion prolongée en séance , il fut décidé qu'il n'y avait pas lieu recourir au concours, et l'on envoya au Préfet la liste suivante de proposition :
P Couronné, docteur-médecin à Rouen, ancien élève et ancien chirurgien interne de l'Hôtel-Dieu, demeurant rue Saint-Nicolas ;
2"* Glinel, docteur-médecin exerçant à Rouen, rue de la Pie ;
3" Manoury, docteur-médecin à Rouen.
Couronné, adjoint. — Le Préfet, par un arrêté du 23 novembre 1821 , nomma adjoint au chirurgien -chef de l'Hospice-Général le docteur Couronné. Blanche décida la Commission à demander alors au Préfet d'ajouter à la liste des cours qu'elle proposait au Ministre deux cours nouveaux, celui de médecine légale et celui de bandages et appareils , que Couronné professerait à l'Hospice-Général.
En même temps, on écrivit à Auvray, architecte des Hospices, pour lui demander de dresser un rapport sur la possibilité de disposer de la salle du bâtiment des Célestins pour installer les cours qui devraient avoir lieu à l'Hospice-Général.
Création de i Ecole. — Enfin, le 11 décembre, le Préfet écrivait que le Recteur de l'Académie, par une
lettre du 30 uovemtire. rinformail que le Conseil royal de l'instruction publique avait approuvé la (iélibération
par laquelle la Commission proposait d'ouvrir dans les hospices de Rouen des cours d'enseignement médical, en attendant que la Ville ait obtenu une Ecole secondaire de Médecine. Les élèves qui fréquenteraient les cours des hôpitaux seraient admis aux droits dont jouissaient, en vertu de Tarticle 29 de l'arrêté du 20 prairial an XI, les étudiants qui suivaient la pratique des grands hôpitaux où il y avait une instruction médicale légalement établie. Le Conseil chargeait le recteur, M. Botta, de veiller à l'assiduité des élèves et à la régularité de l'enseignement, conformément à son règlement du 7 novembre 1820 concernant les Ecoles secondaires de Médecine.
Le 9 janvier 1822, la Commission administrative des Hospices de Rouen, vu la lettre de M. le Préfet, en date du 11 décembre 1821, annonçant que le Conseil royal de l'instruction publique a approuvé la délibération par laquelle elle a proposé d'ouvrir dans les Hospices de Rouen des cours d'enseignement médical , en attendant que la Ville ait obtenu une Ecole secondaire de Médecine ;
La lettre de M. Botta, recteur de l'Académie, en date du 29 décembre dernier ;
Celle de M. Roussel, docteur-médecin, nommé directeur de V Ecole provisoire de Rouen ;
Le programme des cours établis, approuvé par M. le Recteur de l'Académie ;
Considérant qu'il est du devoir de l'Administration de prévoir les cas qui pourraient porter atteinte au bon ordre et à la police intérieure des hospices ;
— Ul -
Qu*il convient aussi d'encourager les élèves par Tespoir de quelque avantage,
Arrête les dispositions suivantes :
« Article T'. — Chaque élève ou étudiant inscrit à TEcole de Médecine se présentera au Secrétariat de TAdministration. Sur le vu de son extrait d'inscription, il lui sera délivré par le Secrétaire une carte d'entrée dans les hospices.
» Art. 2. — Cette carte, signée par un des Membres de l'Administration , sera présentée à l'agent de surveillance de l'Hôtel-Dieu et au Directeur de l'Hospice-Général, qui y apposeront leur signature. Les élèves seront tenus de la représenter toutes les fois qu'ils en seront requis.
» Art. 3. — Toute divagation dans l'intérieur des hospices est sévèrement interdite ; les directeur et agent de surveillance tiendront la main à ce que les élèves et les étudiants ne se rassemblent, soit dans les amphithéâtres de démonstration, soit dans les salles de clinique, que pendant les heures destinées aux leçons.
» Art. 4. — Il est recommandé aux élèves et aux étudiants de porter, en tout temps, aux dames hospitalières le respect qui leur est dû, de s'abstenir de tout ce qui pourrait blesser la décence et les égards dus aux malades.
» Art. 5. — En cas de troubles ou faute grave, expulsion provisoire.
» Art. 6. — A l'avenir, pour être admis à faire le service intérieur des hospices, soit comme interne, soit
comme élève ou aspirant, il faudra appartenir comme élève à TEcole provisoire de Médecine et justifier de son inscription. Ne seront admis à concourir pour l'internat que les élèves qui produiront un certain nombre d'inscriptions, qui ne pourra être moindre de dix, lorsque l'Ecole aura trois ans d'institution. Les règlements antérieurs persistent, sauf incompatibilité avec le présent. »
Le 22 janvier, le Directeur de l'Ecole provisoire de Médecine soumettait à la Commission un projet d'affiche des cours qu'elle approuva. Cette affiche imprimée par Nicétas Périaux, était, dès le début, dans la forme des affiches actuelles de l'Ecole, qui la continuent chaque année. On crut aussi devoir prendre des mesures pour maintenir l'ordre parmi les élèves qui devaient suivre les cours d'accouchements. Au sujet des cours de bandages et appareils et celui de médecine légale, le Conseil de Tlnstruction publique, consulté par le Préfet, jugea qu'il était, convenable d'attendre l'organisation des Ecoles secondaires pour statuer sur leur utilité.
On s'occupa encore de réglementer les autopsies et les dissections, ces dernières devant se faire dans le laboratoire distinct de l'ensevelissoir et sur des sujets non réclamés.
Auvray, architecte de l'Hospice-Général, fut chargé d'élever des bâtiments pour servir d'ensevelissoir, de salle de dissection et d'amphithéâtre de démonstration. Il choisit un emplacement entre les loges des fous et les écuries, et le devis de ces bâtiments, montant