RÈGLEMENT POUR LES CHIRURGIENS ET APOTHICAIRES
31 Août 1706.
Sur ce que le Bureau a eu advis que les chirurgiens et apothicaires du dit hôpital négligent leurs fonctions et tes obhgations qu'ils ont de penser à médicamenter les pauvres malades qui y sont enfermez dans les temps et heures pour ce réglez, et que d'ailleurs ils s'émancipent è sortir journellement et reviennent à telle heure qui leur plaist couchant mesme quelquefois en ville, ne revenant pas prendre leurs repas au réfectoire ô l'heure ordinaire de la communauté, ce qui tire à très méchant exemple et est contraire ô Tordre
et discipline qui doibt eslre gardé au dict hôpital et préjudiciable aux règlements pour ce faits es années 1686, 1699, 1700, et 170!2, que le Bureau s'est fait représenter et à l'instant les dits Jourdain et Jamet adverlis^ qui sont comparus à l'audience en la présence des supérieur et supérieure proposez pour la conduitte des dits pauvres et iceux entendus en leurs raisons après lecture faicle des dits règlements dessus dabtez,
Il a esté arreslé que les dits règlements seront exécutez selon leur forme et teneur et en conséquence;
Que les d. chirurgien et apothicaire feront conjointement ensemble chaque jour la visite des pauvres malades et infirmes immédiatement après la première messe, en la présence des sœurs qui seront proposées par la supérieure, pour exercer chacun leur fonction en la personne des dits pauvres ce qui s'entend estre à l'instant pensez par le chirurgien et leur estre par Tappotticaire distribué les remèdes nécessaires et se trouveront présens aux visites des sieurs médecins ;
Prendront leurs repas au réfectoire où ils se rendront au son de la cloche avec les autres officiers, sans pouvoir faire prendre leurs portions et les porter en leurs chambres pour les y consommer comme ilz ont souvent fait jusqu'à maintenant, et en seront privez lorsqu'ils reviendront aprez l'heure de la communauté à laquelle rien ne les empesche d'assister ;
Ne pourront soubs quelque prétexte que ce soit sortir du dit hospital tous deux ensemble ou en particulier chaque jour comme ils font. L'intention estant qu'il en demeure actuellement un dans l'hôpital pour prévenir les accidents qui y arrivent assez fréquemment non seulement aux malades, mais aux autres pauvres qui peuvent estre surpris
par différents accidents. Debvant s'accommoder ensemble pour vasquer à quelques affaires particulières à choisir entr'eux chacun leur jour, de manière que quand un sera sorty, l'autre demeure sédentaire. A eux enjoint de rentrer à la maison à cinq heures du soir depuis la S^-Michel jusqu'à Pasques ; à six heures depuis Pasques jusqu'à la S^ Michel, deffenses à eux faictea de coucher en ville, comme aussy de cœuillir aucuns fruits du jardin en prenant prétexte d'aller s'y promener ;
A em. ordoimer de retirer leurs pigeons et lapins hors du dit hôpital dans la huitaine, et s'ils se rendent désobéissants à ce que dessus ainsy qu'aux autres régies de la maison et à l'exécution des règlements devant dabtez, enjoint aus dits supérieur et supérieure d'en donner advis au Bureau pour estre pourveu ainsy que de raison.
Suivent les signatures :
Le BoULLENGERj CÉCILEy Le BaILLIF.
Colette de Chamsieu. — 1709. Requêtç de Jeaa- François-Colette de Chamsieu, maître chirurgien-juré et oculiste, à Châteauneuf-en-Timeraie, âgé de yingtneuf ans environ, de la paroisse d'Alainville proche Dreux. Certificats, acte de naissance, diplôme de chirurgien. Renvoyé à l'examen habituel.
Le 29 novembre, les sieurs Gilles Roussel et Guillaume de la Roche, chirurgiens royaux, et maître Jean Taive, maîtres et gardes en charge année présente à Rouen, se présentent au Bureau et certifient avoir trouvé de Chamsieu capable. Il est nommé par la Conimission et prête serment le 27 janvier 1710.
L'année suivante, il demande Tautorisation dé faire
la dissection de quelques corps. Cela lui est accordé, en tant que le Bureau le jugera à propos, et sous la surveillance de TAdminislrateur en fonctions. Il devra y mettre toute la diligence possible et opérer aussi secrètement que faire se pourra.
Le 23 juin 1711, Jourdain réclame Taide du Bureau contre les gardes chirurgiens qui veulent le faire payer pour sa maîtrise. Il est arrêté que les Commissaires de THôpital en référeront à la Grand'Chambre du Parlement o.ù les chirurgiens seront assignés avec lui pour s'entendre dire qu'ils aient à respecter Tédit du Roi.
Elève chirurgien. — 29 avril 1712. Guillaume Desmaretz est reçu dans THôpital pour y apprendre, sous le bon plaisir du Bureau, Tart de chirurgie avec le chirurgien résidant, en payant pour sa nourriture.
En 1714, Guillaume-Marin Le Prévost, âgé de trente-deux ans, fils de Louis Le Prévost- Tinant, maître chirurgien à Rouen, rue Saint-Hilaire, demande à succéder à Colette de Chamsieu, et arrive à exercer dans l'Hôpital sans avoir subi les examens nécessaires. L'année suivante (mars 1715), les autres candidats se plaignent de ce passe-droit. Ce sont : Gilles Forbras, Christophle Chiffandelle, des Barres, Pierre Enquehard et Jean-Louis-Vincent Gréhalle. Les administrateurs Bardouville et Varin sont chargés de leur indiquer la semaine où chacun d'eux pourra exercer son art à l'Hôtel-Dieu avec Hénault et Godin, chirurgiens-jurés, après quoi ils subiront l'examen ordinaire.
En mai, nouveau candidat : Charles Buneault, trente-deux ans, exerçant l'art de chirurgie dans le quartier de Cauchoise, et qui demande à être examiné le premier. Puis, quelques jours après, un autre : Adrien Vieillot. Le Bureau demande qu'il y aient deux Administrateurs présents aux examens, et les chirurgiens royaux demandent à voir les certificats des aspirants qu'ils ne connaissent pas tous.
Le 17 janvier 1716, Chupault et Elie Le Senne, députés de la communauté des chirurgiens, annoncent à l'Administration qu'ils ont examiné Buneaull, Enquehard. Vieillot, des Barres et Chifîandelle. Les plus capables ont été Enquehard et Vieillot.
On décide que, vu leur capacité égale, ils travailleront chacun six semaines au Bureau, après quoi on choisira.
Enquehard. — Le sort désigne Enquehard pour commencer. Deux mois après, Vieillot demande à lui succéder.
Le Bureau trouve que pendant un pareil hiver si rigoureux, Enquehard n'a pu, en si peu de temps, guérir tous les vénériens qu'il avait à soigner. Il ne serait pas convenable de faire achever leur traitement par Vieillot, qui peut avoir une autre méthode. On avertit Vieillot, qui accepte de prendre la survivance d'Enquehard dans six ans, et sa place, si d'ici là il est obligé de la quitter ou de s'absenter.
En 1721, Vieillot rappelle ses droits; mais les Admi-
nîstrateurs le renvoient avec les autres candidats devant le jury habituel.
; Du Buisson. — Le 6 juillet 1722, les chirurgiens royaux viennent au Bureau présenter, sur plusieurs candidats, le nommé Dubuisson, comme le plus capable. En conséquence, Dubuisson est nommé, et Enquehard, dont les six années sont expirées, reçoit 200 livres de gratification, avec la mission d'achever le traitement des malades à la diète (vénériens) qu'il a commencés.
La place, dorénavant, n'est plus dédaignée; les candidats abondent. En 1728, se présentent Jean Delgard, Pierre Lasches, Pierre Fouache dit Desveaux, Joseph Liessç, Claude Lefebure et Toussaint-Barthélémy Chepault.
15 mai 1728 : « Nous, Louis-Léger Degouey, lieutenant du premier chirurgien du Roy, garde des chartes, statuts, privilèges et ordonnances de Sa Majesté sur le fait de la chirurgie dans la ville, ressort du bailliage et vicomte de Rouen, et chirurgien juré, etc., certifions avoir procédé à l'examen des candidats, chaque candidat passant quatre examens en quatre points différents : le premier sur l'anatomie du corps humain, le second sur les maladies chirurgicales, le troisième sur les opérations de chirurgie, et le quatrième sur les médicaments.
» La compagnie était composée de dix-huit à vingt maîtres chirurgiens. Nous avons trouvé :
» Delgard, inadmissible ;
» Lasches, épreuves jugées très satisfaisantes à Tunanimité ;
» Lefebure, de même;
» Chepault aussi.
» A ce dernier examen étaient présents dix à douze maîtres ; mais il s'agit d'un fils de maître qui parait avoir eu des questions préparées. Sur d'autres questions posées, il s'est montré insuffisant en anatomie. »
Sont venus aussi au Bureau : les sieurs Beauvains, Hélye, Moyencourl, Dufay, Roussel et Drouet, maîtres chirurgiens, avec un rapport. Ils présentent deux candidats capables : Lefebure et Chepault, fils de Louis Chepault, chirurgien de la ville.
Claude Lefebure. — L'Administration décide que Lasches et Lefebure tireront au sort. Lasches se désiste; Claude Lefebure est nommé chirurgien résidant de l'Hôpital-Général gagnant maîtrise.
L'Administration est obligée d'intervenir pour Dubuisson, auquel les chirurgiens de la ville veulent faire payer de prétendus droits. On les menace, s'ils ne le reçoivent pas gratuitement comme il en a le droit, de les mener devant le Parlement.
En janvier 1731, les chirurgiens de la ville, craignant probablement d'être inquiétés dans quelques-uns de leurs privilèges, demandent que pour l'exécution de l'édit de 1723, portant rétablissement des charges du premier chirurgien du Roi, il plaise au Bureau de recevoir les deux maîtres de la dite communauté qui s'y présenteront tous les premiers vendredis de chaque
mois, pour se trouver tous les jours au dit Hôpital, afin d'y visiter gratuitement les pauvres malades. Leur demande est évincée.
Le concours pour la place de Lefebure n'eut lieu que neuf ans au lieu de six ans après sa nomination. L'Administration devait trouver avantage à voir se renouveler moins souvent ses chirurgiens, car nous verrons, vers la fin de ce siècle, leur mandat se prolonger de plus en plus, de même que s'améliorait leur situation dans l'Hôpital . Les candidats pour la place ne semblaient cependant pas manquer. Il y en avait six en 1737; c'étaient :
Ambroise Gosmont, vingt-deux ans, fils de Gosmont, maître chirurgien à Vernon;
Bernard Rigou, vingt-six ans, natif d'Euze, diocèse d'Auch ;
Antoine- Jean Buffenoux, de Paris, vingt-sept ans;
Michel Delabarre, chirurgien des armées du Roi;
Jean-Blandin de Moydam, du diocèse de Bourgogne;
Pierre-Gabriel Ducancel, de Fontaine-le-Bourg.
DucANCEL. — Le II janvier 1737, sont venus au Bureau : les sieurs de Moyencourt, lieutenant du premier chirurgien du Roi, Dufay, Le Cauchois, Roussel et Périer, maîtres chirurgiens en cette ville, qui ont dit avoir procédé à l'examen de Ducancel et l'avoir trouvé capable, avec suffrage de toute la communauté. Ducancel, agréé, prête serment.
Création des internes. — C'est de cette époque que
paraît dater, à THôpital-Général, l'institution des internes. L'Administration en nommait deux à son choix, sous le nom de premier et de second garçons chirurgiens. La durée de leurs fonctions ne paraissait pas limitée. Le second succédait au premier, ainsi que nous le verrons, d'ailleurs.
Le 7 juin 1738, Laurent Michel est reçu comme garçon chirurgien de l'Hôpital -Général, et on lui accorde 15 livres d'appointements par an. Il sera nourri à la table des officiers, il aura son demiard de vin le matin, il rasera, saignera et médicamentera les pauvres malades. Il sera obligé d'instruire les enfants de l'Hôpital qu'il croira capables de pouvoir apprendre à saigner. Défense à lui faite de rien exiger des pauvres. Il sera assidu dans le dit Hôpital et apportera un certificat du sieur Jourdain, chez lequel il a travaillé.
En plus des internes, existent des élèves en chirurgie dont nous avons déjà signalé les premiers en 1704 et 1712. Le 22 juillet 1740, Dubuisson, âgé de dix ans, fils du sieur Dubuisson, ci-devant chirurgien dudit Hôpital, est reçu pour apprendre la profession de chirurgien dans cet Hôpital, où il viendra le matin et s'en retournera le soir. Ducancel est exhorté à l'instruire.
A la même séance, on accorde à Marc Cauvin, garçon chirurgien, 15 livres de gages par an, avec un demion de cidre à midi et autant le soir.
On inscrit la requête de Nicolas Carbonnier, premier chirurgien interne de l'Hôtel-Dieu, qui, ayant appris que la place de gagnant maîtrise à l'Iiôpital-Général
était libre par la mort du sieur Ducancel, demande à concourir. Puis celle de Henri Grillon , natif de Clermont , diocèse de Berry , vingt-sept ans, ayant travaillé nombre d'années tant à Paris qu'à Montpellier,
dO • • •
Grillon. — Le 16 mars 1742, viennent au Bureau : de Moyencourt, lieutenant du premier chirurgien du Roi, Sommes, Le Bigre et Dambrin, maîtres et gardes année présente, qui déclarent avoir trouvé à l'unanimité Henri Grillon capable de tenir la place de gagnant maîtrise. Michel Cousté, aussi aspirant, s'est désisté après la première épreuve. Grillon prête serment. Plus tard (1746), il est autorisé à habiter dans la chambre du prédicateur, où il était déjà installé.
En 1747, Jean Fouquet, de la Londe, nommé garçon chirurgien, est nourri à la table des officiers et a cent livres par an, puisqu'il sera chargé de faire repasser à ses frais les rasoirs et autres instruments portatifs de chirurgie.
Dans la même séance, la Commission administrative élabore un règlement pour toute la maison, dans lequel il est spécifié que le chirurgien est chargé de veiller de près sur ceux qui rasent. Il ne doit -y avoir aucune prédilection , et les jours marqués pour raser les bonshommes doivent être employés gratis aux heures ordinaires. Le chirurgien doit avoir aussi soin de trouver des garçons qui puissent raser et qui aient soin des blesses, infirmes et malades. Grillon est chargé de trouver un garçon d'âge et à ce connaissant pour
les aider aux pansements des pauvres et officiers après présentation au Bureau.
BoNAMY. — Le 8 mars 1748, Grillon passe maître de droit. On le prie de continuer ses soins au malades en cours et on accepte pour le remplacer Jean Bonamy, admis après le concours d*usage. Les juges de ce concours avaient été de Moyencourt, Marotte et Bunon, entre autres. L'Administration avait alors nommé trois commissaires : Yvar, Canivet et Elie Lefebvre, chargés de faire une enquête sur ce concours et de s'informer si les chirurgiens de la ville n'avaient pas donné connaissance à Bonamy des interrogations qu'ils lui feraient, et s'il n'avait pas été les trouver depuis quelques semaines à ce propos. La Commission ne découvrit aucune trace de fraude et Bonamy put prêter serment.
Il fut décidé que, dorénavant, trois ou quatre mois avant l'expiration des six années du gagnant maîtrise, on écrirait à Paris, à Saint-Côme, c'est-à-dire au Collège des chirurgiens, pour y faire afficher l'annonce du concours, et qu'on l'afficherait aussi à Rouen, de façon à prévenir le plus de candidats possible. Vigor, administrateur, fut chargé de cette publicité, qui paraît avoir été surtout demandée par Camus de Pontcarré , premier Président du Parlement de Normandie.
Au garçon chirurgien Fouquet succède en juin 1748 Nicolas Pavie, aux mêmes droits et conditions que lui. Deux mois après il se brouille avec Bonamy, qui se plaint d'avoir été insulté par lui. Pavie aurait, entre
autres, conseillé à quelques malades de ne pas prendre les remèdes ordonnés par Bonamy et les aurait fait jeter. Pavie est renvoyé et remplacé par Charles Dubois, dont les services sont assez appréciés de Bonamy pour que , sur un rapport de ce dernier, on augmente ses gages de 50 livres.
Le 11 janvier 1754, Bonamy est prorogé de deux ans, sur sa demande, pour acquérir plus d'expérience, et parce que l'Administration est très contente de ses services. Il obtient quelques mesurés d'assainissement, comme la modification du logement trop humide des enfants écrouelleux.
Il eut un jour une discussion violente avec Lecat, qui était venu voir n l'hôpital son parent, M. de Saint- Hubert, en traitement pour la maladie vénérienne. Il y eut des paroles fort disgracieuses et fort vives de la part de Lecat. Tous deux écrivirent à M. Elle Lefebvre. On fit venir le malade, qui raconta que, pour Grillon, il ne s'agissait pas de la maladie vénérienne, mais d'un abcès dans l'œil. Cependant il était très soulagé depuis qu'il avait été percé et bien soigné par Bonamy, et qu'il espérait sortir guéri dans trois jours.
Leschkvin. — Leschevin, natif d'Auberville, proche la ville d'Eu , et âgé de vingt-quatre ans, fut nommé gagnant maîtrise le 28 novembre 1755, sur le certificat de Dambrin, lieutenant du premier chirurgien du Roi, de Thibaut et Marette, gardes de la communauté.
Il avait comme aides les garçons chirurgiens Louis Maury, remplaçant Leduc, aux gages de 50 livres
(1758), lequel avait succédé à Dubois, et Maurice Rollin, deuxième garçon. Maury, en considération des services qu'il rendait, était admis à la table des officiers.
Vers cette époque, les chirurgiens de Rouen avaient mis au jour les nouveaux statuts de leur corporation. Le Bureau chargea Lecoulteux d'examiner s'ils ne contenaient rien de contraire aux privilèges du gagnant maîtrise à l'Hospice- Général. Voici les articles de ces statuts qui le concernent :
€ Article 31. — Lorsqu'il sera question de nommer
» et choisir un chirurgien pour l'Hôpital -Général des
» pauvres valides de la ville de Rouen, aux fins d'y
» servir les malades en qualité de gagnant maîtrise,
» Ton admettra au concours tous ceux qui se présen-
» teront, et par préférence à tous autres les fils de
* maîtres, en observant qu'ils soient de bonnes vie et » mœurs, de religion apostolique et romaine; qu'ils » aient au moins vingt ans et qu'ils aient servi trois » ans les maîtres de quelque communauté, ou fait ap-
* prentissage chez l'un d'iceux, ou servi dans les hôpi- » taux de l'armée ou autres pendant trois ans. Et » seront, les concurrents pour ladite place de gagnant » maîtrise, examinés gratuitement par le lieutenant » du premier chirurgien , les prévosts en charge, le » doyen et tous les maîtres de la communauté, dans » quatre actes en quatre jours consécutifs, savoir : le » premier, sur les principes et Tanatomie; le. second, » sur les maladies chirurgicales ; le troisième, sur les » opérations, et le qu.atrième, sur les médicaments :
» le tout en présence des médecins et des gouverneurs
» et administrateurs dudit Hôpital. Et celui des con-
» currents qui sera admis demeurera audit Hôpital Tes-
» pace de six années entières et consécutives, sans
» qu'il lui soit permis de tenir boutique ouverte ou de
» travailler en ville pendant ledit temps, sous quelque
» prétexte que ce soit, à peine de 300 livres d'amende.
» Article 32. — Ne pourront encore, lesdits gagnant
> maîtrise, après leurs six années aceomptfies» ex^reer
» la chirurgie dans la ville, jusqu'à ce qu'ils aient été
» reçus et agrégés dans la communauté des matlres
» chirui^iens en la forme qui sera expliquée au titre
» des agrégations, à Tarticle 79, au moyen de laquelle
» agrégation ils jouiront des mômes droits et émolu-
» ments que les autres maîtres de la communauté. »
Donc, en dépit du Parlement, la communauté ne voulait pas s'incliner devant le décret de 1681 et prétendait réserver tous ses droits. Elle ne voulait pas que la maîtrise fût acquise de droit et gratuitement après les six ans de service à l'Hôpital -Général. Mais elle n'eut pas lieu de mettre en application cet art. 32. Leschevin, nommé en 1755, fut prorogé dans sa place d abord de deux ans, puis indéfiniment, et il y resta jusqu'à sa mort, en 1788. Ces tracasseries des maîtres de la communauté furent peut-être en partie cause de cette prorogation qui, elle aussi, violait le décret et privait les jeunes d'une place enviable.
Antoine Le Serre succéda à Rollin comme garçon chirurgien en novembre 1761, et Leschevin, prorogé de
deux ans en 1762, est chargé de tenir registre des malades sortis guéris. L'année suivante, il demande à passer maître, tout en restant à THôpital, et en mars 1764 il faut un arrêt du Parlement pour obliger les maîtres chirurgiens à le recevoir.
Leschevin ou Lechevin (J.-B.- André), était né le 4 juillet 1732 à Auberville-sur-Vères (arrondissement de Dieppe). C'était un des plus brillants élèves de Lecat, dont il faillit devenir le gendre. 11 nous est resté de lui d'abord des rapports sur certains traitements des maladies dans son service dont nous aurons à voir l'importance, et qui attirèrent assez l'attention des autorités de l'époque pour qu'on lui décernât une récompense de 600 livres, à cause de son dévouement aux pauvres.
Il envoya un premier mémoire à l'Académie de Chirurgie de Paris, en 1762, sur les maladies de Voreille. Ce mémoire sur le sujet au concours fut jugé le meilleur de ceux présentés; mais on le lui renvoya, sou« prétexte qu'il pouvait le perfectionner encore. L'année suivante, avec un travail remanié et augmenté, il obtint le prix. Ce mémoire est un petit traité des maladies de l'oreille résumant très clairenaent l'état de la science à cette époque et ne renfermant que peu d'observations personnelles. Il y passe en revue les affectipns du pavillon, du conduit auditif externe, du tambour» du labyrinthe et du nerf auditif. A propos des corps étrangers, il flétrit en passant le procédé des anciens qui consistait à attacher le patient sur une plan-
clie, Toreille en cause contre la planche, puis à cogner à coup de maillet sur Textrémité du côté des pieds, ou encore à soulever la planche du côté de la tète et à la laisser retomber! Il traite dans cet ouvrage des malformations et imperforations du conduit externe.
Mis en goût par ce premier succès, et probablement excité par Texemple de son maître Lecat dont on connaît la réussite dans les concours de ce genre, il envoya un second mémoire sur le traitement des abcès, que Ton trouve annexé au petit volume des maladies de Toreille. Il n'obtint cette fois qu'une mention honorable. Dans ce travail il passe en revue les abcès de toutes les régions, s'arrête, entre autres, aux abcès périnéphrétiques, indique la néphrotomie, conseille la trépanation dans les abcès du cerveau. Il donne en effet la préférence, quand il s'agit de les ouvrir, à l'instrument tranchant sur les médicaments suppurants et les cautères. Il décrit les sétons et touche au drainage sans lui donner toute l'importance qu'il prendra plus tard.
Le 5 novembre 1762, on donna lecture au Bureau d'une lettre de M. le duc de Choiseul, par laquelle le Roi prescrivait l'usage des dragées du sieur Keyser, pour le traitement des soldats atteints de la maladie vénérienne. Deux ans auparavant, Leschevin, chirurgien en fonctions, avait présenté à l'Administration un cahier d'observations sur le traitement de deux vénériens soumis à la méthode du sieur Keyser. Il conclut qu'on doit garder la préférence au traitement suivi jusqu'à ce jour. Le secret de Keyser avait été
acheté par le Roi, après avis des célébrités médicales et chirurgicales qui trouvaient ce remède supérieur à tous ceux connus. Il était en concurrence avec le sirop du sieur Bellet. Les pilules Keyser étaient, par ordre de M. iMistral, commissaire de la marine en Normandie, ordonnées ti tous les marins malades traités à THôpital-Général. Cependant, le Secrétaire d'Etat à la Marine, M. de Boynes, déclarait (décembre 1772) que ce remède n'avait rien de supérieur aux autres et qu'il fallait laisser toute latitude aux chirurgiens d'employer les remèdes convenables, qui sont : le mercure pour frictions, le sirop du sieur Bellet, les dragées de Keyser dont la recette vient d'être publiée, la poudre pour les lavements antivénériens du sieur Roger, le sublimé même, en usant de ce médicament avec beaucoup de ménagement.
Le 25 octobre 1786, lettre de M. Villedeuil, intendant de la Généralité de Normandie, annonçant que Sa Majesté voulait faire jouir tous les enfants des hôpitaux du bienfait de l'inoculation du virus de la petite vérole, par les soins de M. Jamberthou, qui avait justifié sa confiance lorsqu'il avait été chargé de cette opération sur la personne même de Sa Majesté et sur celles de Mgr le Dauphin, de Madame fille du Roi et de toute la famille royale.
Leschevin répondit que la petite vérole n'est pas meurtrière à Rouen ; que sur 50 à GO enfants atteints par an, il n'en meurt qu'un ou deux, sauf dans les mauvaises années, où cette mortalité peut monter à une douzaine. La nature fait d'habitude tous les frais
du traitement ; cependant, quelquefois, lorsque lëruption languit, on va jusqu'à administrer Teau de chardon bénit avec du sirop d'oeillets, et quelquefois la thériaque. La mortalité, de Tavis des médecins et des chirurgiens, est surtout le fait du manque d'air et du défaut de place.
Leschevin eut encore à faire, en 1788, un rapport à l'Administration sur la méthode de traitement de la gale, de Tabbé Quinet. « Dès que nous avons eu con- » naissance de ce remède, peu différent de celui dont » nous usons depuis un grand nombre d'années, nous » n'avons eu aucun doute sur son efficacité ni sur le » peu de danger attaché à son usage. Nous n'avons » donc pas hésité à l'appliquer indistinctement aux » deux sexes de tous les âges et aux diflférentes » espèces de gale, et nous lui devons la justice de dire » qu'il n'a pas trompé nos espérances. Il gâte moins le » linge que les autres remèdes et est moins coûteux. »
On volt qu'avec Leschevin la thérapeutique était sagement progressive et que les méthodes officielles n'entraient pas de plein droit dans l'Hôpital-Général.
On trouve encore de lui en 1785 un mémoire sur le traitement des insensés, rédigé pour permettre de donner des renseignements sur ce sujet à M. de Crosne, qui en réclamait.
Encore un rapport sur la boîte de poudre et le baume végétal envoyés par M. de Montgerbet, médecin du Roi, contre la goutte, et qui avaient été remis à Leschevin pour qu'il les essaie avec sa prudence ordinaire. Un autre rapport sur la poudre autihémorrha-
gique du sieur Fainard, adoptée dans les hôpitaux militaires et maritimes.
Ces travaux et ces rapports avaient mis Leschevin en lumière parmi les chirurgiens rouennais contemporains; aussi avait-il été obligé d'accepter la place de lieutenant du chirurgien du Roi, c'est-à-dire de président de la communauté des chirurgiens de Rouen, à une époque où son autorité était nécessaire, paralt-il, pour apporter la paix au sein de l'assemblée.
L'Administration, à plusieurs reprises, augmenta ses gages modestes par des gratifications de 600 livres destiné^ à récompenser ses bons services. Elle l'installa plus au large près de l'apothicairerie dans l'hôpital et fit percer une porte faisant communiquer directement son habitation avec la rue, se réservant de la murer plus tard.
Leschevin, décédé le 8 mars 1788, laissait 100 louis à l'Hôpital pour être inhumé dans la chapelle. Il fut enterré dans le cimetière, à côté de l'ancien administrateur Lebrun. Son épitaphe, conservée de nos jours dans la chapelle de l'Hospice-Général, porte :
Cl GIT JEAN BAPTISTE ANDRÉ LESCHEVIN